La pâtisserie des rêves

Il faut vivre ses rêves. Voici une bonne raison de prendre la tangente, de faire un pas de côté, d’entamer une circonflexion rue du Bac. C’était, comme si j’avais devant moi, à hauteur de mes yeux, de mes papilles, suspendue à un un fil tenu par un magicien, l’image les gâteaux de P.Conticini.

Située 93 rue du Bac, entre la rue de Varenne et la rue de Babylone, la pâtisserie des rêves, vous invitera au voyage, vous transportera immédiatement dans votre enfance …

Je me suis pâmée d’admiration, devant les accents circonflexes de la Pâtisserie des rêves. Je suis sage comme une image. Et d’ailleurs, ce qui frappe en franchissant le seuil de la pâtisserie sont les fils qui tombent du ciel pour illuminer la piste aux étoiles, ce pays imaginaire :  les gâteaux, les pâtisseries semblent s’animer et littéralement s’offrir en spectacle, danser !

Patisserie des reves-rue du bac

Pâtisserie des rêves -97 rue du bac 75007

Trois bonnes raisons plus terriennes pour vous y rendre et vous rendre :

1/ Les énormes madeleines fondantes de Philippe Conticini m’ont accompagnée dans ma lecture de la recherche du temps perdu …. INCONTOURNABLES madeleines pour les adorateurs de Proust.

madeleine-pâtisserie des rêves

2/ La tarte au citron meringuée est la meilleure que j’ai pu trouver à Paris ! Un délice, un triptyque puissamment équilibré entre pâte sablée croquante à point, crème au citron équilibrée, riche en parfum, et meringue fondante.

Tarte au citron meringuée - La pâtisserie des rêves

3/ Le grand cru au chocolat noir, tour à tour fond dans la bouche, croustille, … A déguster à température ambiante pour que le chocolat noir développe tout son arôme. Pas facile de réussir un gâteau au chocolat qui égale ceux de la Maison du Chocolat.

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Philippe Conticini, pâtissier fondateur sait nous ensorceler avec les couleurs acidulées de sa boutique et tout particulièrement le rose bonbon très prégnant. Ses emballages, les sacs en papier rose vous plongent immédiatement dans le monde de l’enfance.

Ce voyage, ces rêves favorisent sûrement l’amplification des arômes et des parfums d’enfance et rendent encore meillleures ces pâtisseries oniriques, mais bien terriennes.

La pâtisserie des rêves mérite bien sa place sur les sentiers du plaisir.

2 avril 1974 – Mort de Georges Pompidou

C’est une date qui ne s’effacera jamais de ma mémoire.

Ce sont les vacances de Pâques. La famille est rassemblée chez mes grand-parents au fond du bocage normand, non loin de la mer.

3 avril 1974, je suis réveillée, mais encore couchée, silencieuse  dans un petit lit en fer, placé contre un mur granuleux, dans la chambre de mes parents. La lumière filtre à travers les persiennes.

J’entends alors le pas lent et lourd de mon grand père marchant sur le parquet. Il frappe à la porte, entre et nous annonce en pleurant, en essuyant des larmes : “Pompidou est mort hier au soir”.

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De Pompidou, je ne retiendrai pas l’homme politique car la politique ne m’intéresse pas. Je garderai davantage le souvenir d’une voix grave, rendue rauque par la cigarette qui ne le quittait pas, d’un président malade et l’inquiétude que cela suscitait de voir ce visage déformé par la maladie, sur l’écran de notre poste de Télévision.

voeux 1972- Georges Pompidou

Je pense à la DS de mes parents, à la DS présidentielle puis à la SM, symbole de vitesse et de modernité. J’ai le sentiment de voir le temps s’accélérer … Est-ce la fin de l’enfance ?

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Le quartier de la Défense se développe … Après le CNIT, la tour GAN, gratte-ciel où je travaillerai un jour est construite.

Mias je découvre aussi l’île Saint Louis et le quai de Béthune. Je me promets d’y vivre un jour… Grâce à l’anthologie inégalée de Pompidou, je découvre la poésie française, Villon, Ronsard, Baudelaire, Apollinaire…

Anthologie de la poésie française - G.Pompidou

Grâce à Pompidou, l’art contemporain gagne en importance, devient prégnant dans mon univers. Je découvre Paris éventré. Pompidou nous offre un musée d’art contemporain ! 

Quelle architecture, quelle surprise,… mais finalement on se fait à ces énormes tuyaux qui ressemblent à des orgues. Mon seul regret est la petite taille des salles pour les expositions. Quel dommage de voir Soulages, de Stael, Kandinski, … dans un lieu aussi exigu. A chaque exposition, j’aurais voulu pousser les murs, me permettre d’avoir davantage de recul !

Le Centre se rattrape avec des collections permanentes idéales !

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Tous ces souvenirs s’égrènent et je me demande avec quel niveau de justesse, ma mémoire les restitue ? Je reste persuadée de la déformation de ma mémoire, en relatant en quelques phrases, cet événement vécu à travers le prisme d’une enfant de 10 ans alors, en ce 2 avril 74. Qu’en reste-t-il presque 40 ans plus tard ? Ce que je restitue n’est peut-être qu’une illusion, un mirage, une fata morgana ?

Rue Malaparte

 

J’ai poussé la lourde porte cochère bleue. Le silence et l’intemporalité du lieu font que mes pas résonnent sous le porche.

Je réalise à la fois le hasard et la survenance des événements, tout le cheminement qui m’ont menée rue Malaparte. En reprenant le fil des mes idées, le fil de mes pensées, je capture les images de rêve : les escaliers, le chemin vers le ciel, le voyage, la solitude, la radicalité de cette terrasse, la chute de la falaise dans la mer, le soleil, les mots, les pages de la Peau, la langue de Malaparte. Marcel Proust est bien assis au fond du séjour.

Je suis là, devant la porte de ma demeure. La clé se meut, tourne comme par magie dans la serrure. Ce sont des ruines que je redécouvre. Je jauge le ciel, la lumière, le soleil, la frondaison des arbres du Jardin du Luxembourg, la tour sud de l’église Saint Sulpice que je verrais en me réveillant.

 

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La rue Malaparte représente la synthèse, le condensé de la Place que je désirais. C’est un lieu qui n’existe pas et que j’inventerais, construirais mot à mot !

Les mots ou la question de PM. C. trottent dans ma tête. “Je suppose que vous êtes heureuse”. Décontenancée, je bredouillais. J’étais arrivée à prononcer un oui timide.

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Le Bagad de Lann-Bihoué

Mercredi 12 juillet, 4h.

Non je ne rêvais pas. Pour une fois ce n’était pas mon chat qui me réveillait mais le son, ou plutôt la résonance, d’une musique militaire. Les troupes avaient envahi les champs Elysées jusqu’à la place de la Concorde. Elles répétaient.

Tambours, clairons, trompettes se répandaient dans mon monde. Toute la journée, j’eus cet air qui trottait dans ma tête.

Jeudi matin, la Marseillaise me réveilla à 3 h, puis je reconnus les chants des légionnaires que j’imaginais marcher à pas lents. Je regardais le jour se lever, ce bleu nuit s’éclaircir doucement. La musique rompait le silence.

Enfin, vendredi, les cornemuses du Bagad de Lann-Bihoué m’ont sortie des bras de Morphée. Un mal de tête lancinant s’est installé en moi, à force de mélanger tous ces airs. Impossible de trouver le silence. Les bataillons de musique me hantent toute la journée. Je m’arme d’Aspirine, de Panadol, de Doliprane. Rien n’y fait. Les répétitions, et variations, le rythme endiablé des musiques militaires s’accrochent à moi, défilent dans ma tête.

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Telle une enfant, le défilé aérien du 14 Juillet me fait rêver. J’ai la chance d’être à la meilleure des places. Vendredi soir, comme avant programme, la Patrouille de France surgit de l’est et non depuis l’ouest, puis semble faire le tour de Paris.

Mes chats sont terrorisées samedi matin. Je guette à 10H30 les traces Bleu, Blanc Rouge. Oui, les voilà. Les neuf chasseurs, forment un accent circonflexe parfait, passent au dessus de l’Arc de Triomphe en fendant l’air.

Un peu plus tard, je vois des fumées jaunes sortir d’un bimoteur ! Ils étaient trois avions, mais celui du milieu volait à l’envers, provoquant ce panache de fumée.

Enfin, j’ai cru un instant qu’un parachutiste allait se poser sur les toits d’en face. Mais le vent, soufflant en bourrasques irrégulières, a semblé en décider autrement.

Alors que je contemplais le spectacle, de visu, et pas seulement puisque le bruit et la musique militaire étaient omniprésents, Annie, professeur de Mathématiques, en proche banlieue sud, était installée devant son poste de Télévision. Elle était fière de regarder défiler trois de ses anciens élèves ayant intégré l’école Polytechnique. Major ! Et oui, l’un d’entre eux était major de sa promo et avait l’honneur de porter le drapeau !

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Dimanche prochain, tout le monde aura quitté Paris. Je serai seule pour affronter ce jour sinistre, mon anniversaire. Je ne sais pourquoi, j’ai choisi de faire un saut, non en parachute, mais en train au bord de la mer, en Bretagne, en honneur au Bagad de Lann-Bihoué. 

J’irais inventer une Histoire, à la rencontre d’un H, qui sera tout sauf un homme.

Pauline et Sylvia, à l’autre bout du fil, ravies de la nouvelle, déploient avec moi leur imagination : Haribo, H2O, Histoire d’amour, Habit Rouge, Hô sauvage, Hibis, Hôtel Ibis, Hymne à la joie, Huit et demi !

Un vote a lieu :

Huit et demi et Hô sauvage se démarquent d’Habit rouge.

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En traversant la Seine d’ici six mois, en allant me poser dans ma dernière demeure, perchée au plus haut du Vieux Colombier, je retrouverai l’esprit de Marcel Proust. En passant du 9 au 8, à l’infini, dans un certain sens, Malaparte ne sera pas loin.

Je serai seule, je tournerai définitivement la dernière page de ma vie, vers davantage de spiritualité. Cette dernière page est blanche, silencieuse comme la neige. J’ai plein d’encre en moi. Le noir fait exister la lumière. Ce nouveau territoire sera idéal pour écrire. N’est-ce pas pour cela que je l’ai choisi ?

Ce voyage en août à Bcharre m’en ouvrira les portes.

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Librairies Parisiennes : La Procure

Je suis une patiente certainement désespérante, qui vide mon vide.

Avec ce vide, j’emplis la chambre de mes lundis. Avec rien, un souffle, j’expulse cette matière négative qui m’habite.

M.A., dans son malheur, me parle des mystiques et jésuites qu’il découvre et où il trouve l’espérance pour atteindre un jour peut-être l’espoir. Ainsi, par curiosité, ai je pris la route de la rive gauche, vers la Place Saint Sulpice.

Je n’avais jamais franchi les portes de la Procure, la cantonnant, à tort, dans la littérature bigotte, religieuse. Certes, un rayon bien achalandé est dédié à la liturgie, la bible, la religion chrétienne, l’église, mais la majorité des pans de murs propose une variété exceptionnelle et de qualité, de livres en tout genre.

“L’humble Présence” de Maurice Zundel,  que m’a recommandé M.A. était posé sur une table, bien mis en évidence. A ma grande surprise, je n’ai pas eu à beaucoup chercher pour trouver ” Syrie, un état barbare”, réédition d’écrits de Michel Seurat. J’ai eu également le plaisir de découvrir l’autre facette de Paco Ignacio Taibo II, cet écrivain mexicain, dont j’appréciais les romans policiers.  Oui, c’était également un excellent historien, comme allait me le prouver son dernier livre : “Archanges : Douze histoires de révolutionnaires sans révolution possible”.

Ai passé un long et bon moment à flâner, quittant le lieu à regret.

En sortant, j’ai profité de ce quartier cossu, privilégié. Je m’y sentais bien, portée par un bien être, le calme, l’harmonie.

J’ai rejoint sans m’en rendre compte, la rue Mabillon, puis la rue de Seine et la boulangerie-patisserie de Gérard Mulot. Sans doute avais je faim et il me fallait bien remplir mon frigo vide. Ce fut chose faite.  Le clafoutis aux griottes est somptueux, tout autant que la tarte Bourdaloue. 

Le marché Saint Germain m’a permis d’équilibrer mes repas du week end avec du poisson et des légumes.

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Ce matin, mes fenêtres sont grandes ouvertes vers ce ciel gris. Le paysage est si dégagé, que j’embrasse un espace maximum. Le sommet dentelé de l’Arc de Triomphe se dessine au dessus des toits.

La musique militaire ainsi que la Marseillaise jouées pour les cérémonies du 8 mai, parviennent à moi et réveillent mes deux chats.

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