Aurelie Nemours : Eloge du rouge

Epure, aridité, simplicité, géométrie m’attirent dans la peinture d’Aurélie Nemours.

Aurélie Nemours

Aurélie Nemours (1910 -2005)

Absorbée au début par ses tableaux en noir et blanc, ses oeuvres, « rythme du millimètre », sur les « nombres et le hasard », me transportent dans l’abstraction et la pensée pure.

J’ai découvert par la suite ses vitraux monochromes qu’elle a réalisés pour le prieuré Notre dame de Salagon.

Eglise de Salagon

Prieuré de Notre Dame de Salagon

Du rouge pourpre, une couleur intense, chaude, profonde, intimiste, improbable dans un lieu religieux.

Vitraux de Salagon - A.Nemours

Vitraux de Salagon – A.Nemours

Quelle différence avec les vitraux de Conques réalisés par Soulages !

J’aime la verticalité de ceux d’Aurélie Nemours ; Ceux de Soulages ont certes une couleur plus froide, mais m’inspirent des mouvements hésitants.

Les traits bien droits, austères, noirs épais confèrent au rouge pourpre, solennité, recueillement, silence. Il en ressort une proximité étonnante avec le monde spirituel.

Vitraux de Salagon - Aurélie Nemours

Vitraux du prieuré de Salagon – Aurélie Nemours

L’intérieur de l’abbaye de Conques appelle un dénuement profond, une ascèse totale. La lumière du noir de Soulages donne indubitablement au lieu une magie forte. Je ne veux pas comparer l’oeuvre de Soulages et celles d’A.Nemours.

Je me limite à l’émotion que dégagent leurs vitraux dans deux lieux sacrés. Les deux oeuvres sont différentes mais à mes yeux autant réussies l’une que l’autre.

Il me semble néanmoins que Soulages a davantage de tribunes qu’Aurélie Nemours. C’est pourquoi je veux célébrer cette artiste disparue et faire l’éloge de son rouge.

Villa Malaparte – Point virgule

Je viens de découvrir l’affiche officielle du 69ème anniversaire du festival de Cannes. Cette affiche, toute dorée célèbre le film de JL Godard.  J’y vois la villa Malaparte au coeur de l’affiche.

Sa villa me fait rêver, sa vie me fascine, ses livres dépeignant la cruauté de la guerre me bouleversent, son écriture me renverse.

Comment Malaparte est-il venu se planter dans ma tête ? Il est rivé à ma personne, tel un clou, comme un point d’ancrage.

Je ne peux arriver à exprimer clairement ce qui m’attire autant chez Curzio Malaparte : sa vie extraordinaire, sa personnalité un peu folle, son oeuvre, ses voyages, les épreuves qu’il a traversées. Malaparte me transporte, me fait rêver ! Il est une source d’inspiration intarissable. Me voilà désormais habitant sa rue, sa maison à Paris.

Je ferme les yeux, et monte l’escalier lentement, en prenant mon temps pour admirer le paysage.

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Me voilà sur le toit terrasse, cachée derrière cette ponctuation, cette virgule, cette respiration, que forme le mur du solarium.

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Ce qui aura manqué à ma vie, est de visiter l’intérieur de sa villa à Capri. Car sa maison est bien un des paradoxes de Malaparte : un extérieur au design épuré, des marches, des escaliers à perte de vue. L’escalier montant au toit terrasse est inspiré de celui de l’église d’Annunziata à Lipari. escalier-eglise-annunziata-lipari-pour malaprte D’autres marches déroulent un tapis et forment un escalier privé qui serpente vers la mer.

L’extérieur est parfait, splendide à mes yeux. Cela pourrait être un lieu de sacrifice, d’abandon, face à l’immensité de la mer, à l’infini de la voute céleste. La verdure environnante accrochée à la roche gris claire se marie à la couleur rose brique de la Villa.

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Villa Malaparte – photo Carole Darchy – 8/8/2010 – Capri – Swimminginthespace.com

Les fonds marins déclinent une palette idéale couvrant l’intégralité du spectre des bleus et des verts.

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Fonds marins et verdure près de la Villa Malaparte – 08 août 2010 – Photo de Carole Darchy – Swimminginthespace

L’intérieur est d’une rare austérité, totalement dépouillé et donne une impression glaciale.

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Etait-ce cela la face cachée de Malaparte, un homme avec une pierre à la place du coeur ? un homme uniquement capable d’aimer lui même et ses chiens, dont le célèbre Febo ?

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C’est peut-être cela qui m’attire autant chez Malaparte : l’esthétique, l’aridité, une douleur sourde que je devine au fin fond de son âme, au travers des pages folles de violence et de souffrance dans La Peau ou Kaputt.

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Malaparte est une idée fixe, un désir à atteindre, un rêve inaccesible

Maux et mots – Emois et moi

Néant et vide hantent mes jours et mes nuits.

Ma vie – si c’est une vie ? – n’est qu’auto destruction, douleur mentale. Les hallucinations m’envahissent à nouveau. Je ne suis que souffrance, rien, personne. Le point de douleur, ce cri étouffé au plus profond de moi, va exploser …..La folie me guette. Le soleil a disparu, le froid m’engourdit, la raison m’a quittée.

Je ne mérite rien, si ce n’est la déchéance, le mépris. Mon monde a anéanti la lumière, la couleur. Tout y est acéré pour me faire mal. Je ne trouverai pas le répit. Ce que je ressens ressemble à cette peinture de Francis Bacon

Francis Bacon - Head 1953

Francis Bacon – Head 1953

La lucidité ne fait qu’exacerber mon désespoir.

Charlotte Perriand et le Japon : MAM St Etienne

Découvrant l’exposition Perriand et le japon au MAM de St Etienne, je republie cet article écrit en avril 2011

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Charlotte Perriand dont une exposition se tient au Petit Palais à Paris  , est une artiste inclassable, connue pour avoir  travaillé avec Le Corbusier, Pierre Jeanneret. Elle a exercé à la fois le métier d’architecte, de designer, de photographe, de conceptrice de meubles, d’enseignante….

Il ressort de cette exposition que je suis allée voir en avril, qu’elle a été une femme libre, en avance sur son temps.  L’exposition met en exergue le rôle de la photographie dans son oeuvre, ainsi que le concept « d’art brut », qui lui a permis de s’inspirer de mixer, d’utiliser dans ses créations, les matières naturelles et l’acier : bois, ossements, détritus… Son goût pour l’art brut a donné de merveilleuses créations.

Son processus de création, tout comme ceux des grands artistes (je pense à Calder, Moore, …) rejoint l’amour qu’elle portait pour la nature, les grands espaces. En temps de guerre, tout peut être utile ! Et Charlotte Perriand en aura vécu deux grandes.

Revenant du Japon, je souhaitais mettre davantage l’accent sur ce qui m’a sans doute le plus frappé dans son travail : sa gestion de l’espace, l’épure des lignes, la rigueur, l’importance du vide et du plein, la prégnance de la nature (l’art brut), qui font que son oeuvre, avant même qu’elle ne se rende au Japon en 1940, était en parfaite adéquation avec l’esthétique japonaise.

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Charlotte Perriand a longtemps conçu  l’aménagement des demeures que Le Corbusier  construisait : l’intérieur ne devait pas être dissocié de l’extérieur.

Elle partage avec lui la rigueur, le souci du minimalisme, résumés par cette règle d’or : « La fonction crée l’objet ». Cette rigueur, sera encore plus prégnante, après ses voyages et expositions au Japon (1940 et 1955).

Mais son attirance pour le dépouillement remonte à bien plus loin , à son enfance, après un séjour à l’hôpital : « Pour la première fois, instinctivement, je découvrais le vide “tout puissant parce qu’il peut tout contenir”. »

Une rigueur, encore renforcée, par un voyage au Japon, en 1940, où elle est invitée, par le ministère impérial du Commerce.

Elle sera « conseillère de l’art industriel du Bureau du Commerce, auprès du ministère impérial du commerce et de l’industrie ».

Sa mission consiste à orienter l’industrie japonaise vers l’Occident. Elle donnera des conférences et enseignera auprès de jeunes architectes. Durant son séjour, sa vie au Japon, elle sera frappée, marquée, imprégnée de l’art de vivre japonais, la philosophie du vide, la gestion de l’espace ainsi que l’esthétique japonaise que l’on retrouve en abondance dans l’habitat et l’artisanat.

Elle sera initiatrice de deux expositions au Japon : une en 1941 (seule) et une en 1955 (en collaboration avec Fernand Léger et Le Corbusier)


Bibliothèque « Nuage », Chaises « Ombre », Chaise longue en Bambou et Banquette « Tokyo » inspirée par une arête de poisson

Ainsi, une version de la célèbre chaise longue à ossature en acier conçue en collaboration avec Le Corbusier et Pierre Jeanneret (1928) est-elle créée artisanalement, en bambou, en 1941.

Les chaises « Ombre » sont réalisées au Japon, éditées par Takashimaya et présentées pour la première fois à l’exposition « Synthèse des arts ».

Confrontation d’une arête sculpturale et de la banquette « Tokyo » de 1954

Table basse en Hinoki (Cyprès) de C.Perriand

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De retour en France, de 1965 à 1969, elle travaille, avec Junzo Sakakura, à l’aménagement de la résidence de l’ambassadeur du Japon, en France, près du la rue du faubourg Saint Honoré.

Je me rappelle, alors que j’étais étudiante (et finalement, cela aura été sans doute l’inception de tous mes voyages au Japon), mes visites régulières à l’ambassade du Japon, avenue Hoche, avec ce hall au design si particulier. A l’époque, je ne pensais pas que charlotte Perriand était un petit peu derrière cela. Mais ce lieu me fascinait par sa sérénité et sa beauté intérieure.

Enfin, en 1993, elle conçoit le pavillon de thé pour l’Unesco. Même si cet ensemble est splendide, cela sera sans doute, ce qui m’aura le moins marqué dans l’oeuvre de C.Perriand.

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J’ai été frappée de voir des photos d’elle, toujours, radieuse, souriante, épanouie.
Son visage affichait toujours un merveilleux sourire.
Je souhaitais terminer cet article par une main, une table de Charlotte Perriand qui pour moi, a la forme d’une main. Pourquoi aurais-je vu cette main tendue vers moi ?
Cette main était pour moi, un signe d’un tout petit espoir, un signe de renouveau, qui réussissait à sortir de terre, tel un rhizome, après cette dizaine de jours de silence, cette incapacité à écrire tant ma tristesse est immense, tant l’énergie me manque.
 

2 avril 1974 – Mort de Georges Pompidou

C’est une date qui ne s’effacera jamais de ma mémoire.

Ce sont les vacances de Pâques. La famille est rassemblée chez mes grand-parents au fond du bocage normand, non loin de la mer.

3 avril 1974, je suis réveillée, mais encore couchée, silencieuse  dans un petit lit en fer, placé contre un mur granuleux, dans la chambre de mes parents. La lumière filtre à travers les persiennes.

J’entends alors le pas lent et lourd de mon grand père marchant sur le parquet. Il frappe à la porte, entre et nous annonce en pleurant, en essuyant des larmes : « Pompidou est mort hier au soir ».

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De Pompidou, je ne retiendrai pas l’homme politique car la politique ne m’intéresse pas. Je garderai davantage le souvenir d’une voix grave, rendue rauque par la cigarette qui ne le quittait pas, d’un président malade et l’inquiétude que cela suscitait de voir ce visage déformé par la maladie, sur l’écran de notre poste de Télévision.

voeux 1972- Georges Pompidou

Je pense à la DS de mes parents, à la DS présidentielle puis à la SM, symbole de vitesse et de modernité. J’ai le sentiment de voir le temps s’accélérer … Est-ce la fin de l’enfance ?

citroen-ds-pompidou

Citroen-SM-Georges-Pompidou

Le quartier de la Défense se développe … Après le CNIT, la tour GAN, gratte-ciel où je travaillerai un jour est construite.

Mias je découvre aussi l’île Saint Louis et le quai de Béthune. Je me promets d’y vivre un jour… Grâce à l’anthologie inégalée de Pompidou, je découvre la poésie française, Villon, Ronsard, Baudelaire, Apollinaire…

Anthologie de la poésie française - G.Pompidou

Grâce à Pompidou, l’art contemporain gagne en importance, devient prégnant dans mon univers. Je découvre Paris éventré. Pompidou nous offre un musée d’art contemporain ! 

Quelle architecture, quelle surprise,… mais finalement on se fait à ces énormes tuyaux qui ressemblent à des orgues. Mon seul regret est la petite taille des salles pour les expositions. Quel dommage de voir Soulages, de Stael, Kandinski, … dans un lieu aussi exigu. A chaque exposition, j’aurais voulu pousser les murs, me permettre d’avoir davantage de recul !

Le Centre se rattrape avec des collections permanentes idéales !

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Tous ces souvenirs s’égrènent et je me demande avec quel niveau de justesse, ma mémoire les restitue ? Je reste persuadée de la déformation de ma mémoire, en relatant en quelques phrases, cet événement vécu à travers le prisme d’une enfant de 10 ans alors, en ce 2 avril 74. Qu’en reste-t-il presque 40 ans plus tard ? Ce que je restitue n’est peut-être qu’une illusion, un mirage, une fata morgana ?