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Samedi 17 février 2018 :

16H. En sortant de chez moi, en tirant et enjambant cette lourde porte cochère bleu nuit, je suis tombée sur HANS. J’ai croisé son regard l’instant d’une seconde, mais que cette seconde a été intense et belle ! Je suis restée en arrêt. Surprise, saisie par ce moment idéal, ma bouche s’est ouverte pour faire un “Ah”, mais aucun son n’est sorti, et je suis restée muette.

HANS a remarqué ma surprise. M’a-t-il reconnue ? Cela va faire plus de 20 ans que je l’ai vu pour la dernière fois, lors d’une soirée inoubliable à son domicile où je me rendais souvent avec M., son ami qui partageait ma vie à l’époque.

Non, je n’ai pas pu lui parler. Je n’ai pas su exprimer mon émotion avec des paroles. Le féliciter pour la splendeur de ses travaux et son succès mondial était bien trop banal et fade à mes yeux. Cet inattendu m’a littéralement désarmée, rendue timide, inexistante.

Alors, après quelques foulées, je me suis arrêtée et je me suis retournée. Je n’ai pu que le contempler s’éloigner tout doucement de moi, puisque nous n’allions pas dans le même sens. Il devait penser et prenait tout son temps. Je regardais ce long manteau noir et cette écharpe s’amenuiser progressivement le long de la rue Malaparte. La silhouette s’estompait, est devenue une lettre L, une lettre I, puis un point et a finalement disparu.

Les traits si fins de son visage se sont marqués. Son corps s’est épaissi. Jadis, il était si fluet que son ombre ne semblait pas exister. Sa silhouette spectrale tranchait avec son caractère tyrannique et obsessionnel. L’intelligence d’HANS était telle qu’il donnait l’impression de se tenir en fragile équilibre, sur cette fine ligne, entre génie et folie ! Son regard a conservé toute sa délicatesse mais j’ai pu y lire son tourment, demeuré intact. J’entends encore le son de sa voix rauque et son léger accent levantin, unique, adorable qui me ravissaient, comme si c’était hier.

Je me suis donc conduite en japonaise et ai attendu qu’il disparaisse de mon champ de vision, pour reprendre mon chemin. J’ai couru à perdre haleine pour ne pas arriver en retard à ma séance de cinéma.

Bouleversée par cette rencontre inopinée, je ne pensais qu’à HANS. J’étais tellement envahie, que les dix premières minutes du film m’ont totalement échappé. Et puis, le personnage joué par Daniel Day-Lewis a réussi à m’envoûter car sa folie douce ressemblait un peu à celle de HANS, dans un autre univers artistique et intellectuel.

Je dois donc revoir “Phantom Thread”, cette fois-ci dans son entièreté mais aussi pour  faire renaître ce fil qui me liait à HANS.

Vendredi 17 février 2018:

Je passe mes nuits à lire des livres de Malaparte et sur Malaparte. J’en lis au moins 5 en parallèle.

Après m’être replongée dans la biographie de Maurizio Serra, je lis Malaparte m’écrivait de René Novella, son traducteur. Malaparte à contre-jour d’Orféo Tamburi, son illustrateur est presque fini mais j’ai aussi découvert cet inédit de Malaparte,  Febo, cane metafisico, et enfin je lis avec attention cette psychanalyse de lui-même Une femme comme moi. De fil en aiguille, m’est venue l’idée d’écrire un texte sur son bestiaire. Chiens, chevaux, mais aussi rats, poissons, rennes, oiseaux, insectes sont partout dans son oeuvre…. Je vais m’atteler à écrire ce texte dont le titre sera : Le bestiaire de Malaparte.

Que j’aurais voulu rencontrer ce personnage extraordinaire, un peu dérangé tout de même qu’est Curzio Malaparte.

Son amour pour les chiens – dont le célèbre Febo à qui il écrivait des cartes postales : Febo Malaparte, Capri –  me désarçonne un petit peu. De surcroît Malaparte aboyait, adorait aboyer ! Bien sûr, cela fait partie de son personnage fantasque.  Mais les pages des différents chapitres d’une femme comme moi sont vraiment troublantes et ajoutent une couche de complexité au personnage déjà difficile à cerner. Quel narcissisme ! Déjà Malaparte appelait sa maison “casa come me”. Dans ce livre, tout y passe : une femme comme moi, un chien comme moiun jour comme moiune ville comme moiune terre comme moi, un saint comme moi (saint de Prato), sans oublier un texte sur son père, dépeignant son attrait pour Goethe, sa qualité hors-pair de tireur de pistolet, sa dualité : douceur italienne, colère allemande. Il semble fasciné par sa virilité, son amour de la terre.

Dimanche 18 février 2018

Cet après-midi, au jardin du Luxembourg, j’ouvre au soleil avec délice l’exemplaire N°9, sur vélin pur fil Lafuma Navarre du livre de Malaparte “il y a quelque chose de pourri” trouvé par chance et pur hasard à moins de 5€. Ce livre sous-estimé, comme le dit si bien Maurizio Serra, est un excellent complément à Une femme comme moi car il contient entre autres deux chapitres, qui se révèlent être, dans un certain sens, une  psychanalyse complémentaire de l’écrivain :

  • un texte sur sa mère : Une mère pourrie
  • et un traitant de l’homosexualité dans  Sexe et liberté.

Mais les horribles perruches si bruyantes qui envahissent le jardin du Luxembourg, depuis deux à trois ans, ont détourné mon attention.

J’ai alors regardé un instant le ciel, et j’ai rêvé :  je me remémorais la dédicace si belle de G.Bataille sur l’exemplaire du Bleu du ciel que j’avais trouvé et qui représentait pour moi l’exemplaire parfait que je voulais intégrer dans ma bibliothèque !

Je voyais dans ce ciel, la couverture du Bleu du ciel, et ce livre idéal, envolé, bien rangé dans la bibliothèque du libraire qui ne voulait plus le vendre !  :  Le ciel vers 15H, avait étonnamment, exactement la couleur bleue de la couverture, et quelques nuages pommelés y étaient semés, comme sur le livre !

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Le bleu du ciel, 15H, Jardin du Luxembourg, dimanche 18 février 2018

Vendredi 22 février 2018

Encore au travail à 20H30. Je reçois une petite tape sur mon épaule. C’est Jean qui me propose du Whisky japonais, pour célébrer l’arrivée de ce week-end tant mérité.  La bouteille qu’il me montre est de la marque “NIKKA”.

La coïncidence est troublante.

Mardi, le libraire qui ne voulait plus me vendre le Bleu du ciel m’a envoyé un très joli message qui a éclairé ma journée. Il m’a offert le plus beau des cadeaux en se ravisant et me réservant son exemplaire. Dans son petit texte, il me relate que curieusement, pendant de longs mois, il fut sur les écrans de TV japonais à vanter les mérites du whisky Nikka !

Je n’aime vraiment pas le whisky mais n’ai pu m’empêcher d’en boire une gorgée !

Je découvre ce week-end, dans le catalogue de sa librairie un nombre impressionnant de  livres de photos sur le Japon, pays que j’adore …

Dimanche 25 février 2018

Pauline a 18 ans ! Ma filleule porte à merveille son prénom.

Indomptable,  pleine d’espoir, elle a la beauté, le port fier, la sensibilité, la fidélité de Pauline de Théus, personnage du Hussard sur le toit de Giono.

Textes protégés  par Copyright : 2010-2018 © Carole Darchy

Le meilleur du Japon à Paris – 6ème arrt

Nota : La photo en bandeau de cet article m’appartient : il s’agit de l’entrée du Ryokan TAWARAYA, à Kyoto, Japon – Photo de février 2005 – Reproduction interdite

Un paradoxe que de retrouver le Japon, du côté de chez Proust, près de la rue Malaparte. Oui, car le meilleur du Japon à Paris, a la réputation d’être ancré, davantage de l’autre côté de la Seine, non loin du côté de chez Swann, près du Palais Royal.

Les endroits ou instants japonais que j’élis dans le 6ème sont des lieux où j’aurais retrouvé le japon que j’aime.

Les massages de chez ASSA, dans la jolie rue Christine : 

Institut ASSA, Rue Chistine

ASSA, 8 Rue Christine

Un lieu secret, que le passant ne remarquera pas. Il faut vagabonder pour dénicher ASSA. En sonnant et poussant la porte, dès le premier coup d’oeil dans l’espace d’accueil, j’ai été conquise par l’espace épuré, la sobriété du lieu, les petits détails qui font retrouver le Japon :

– un petit tas de sel est disposé près de la porte, au sol.

– Masa prend soin des chaussures, comme de vos pieds. Des chaussons vous sont remis à votre arrivée, les chaussures sont alors rangées… Lorsque vous ressortez du SPA, vos chaussures, bien rangées, vous attendent avec une tasse d’Hojicha, disposée sur un plateau avec une théière…

– Les massages de Shiatsu sont prodigués exactement comme au japon. Le contact direct du masseur  avec votre peau est limité au minimum. Votre corps, est recouvert, non seulement par un kimono en lin et coton, mais aussi de draps et serviettes. La presso thérapie n’est nullement altérée. Les gestes précis, la pression idéale sur les points, l’ambiance zen  font que vous ressortez délié, reposé, …. 45 minutes, à une heure de bonheur et un vrai voyage au coeur du japon.

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Tzukizi : A prononcer le nom, j’entends le bruit des couteaux du chef, derrière le “bar” à Sushis, qui sont en train d’être acérés avant de trancher saumons, dorades, thons, seiches…. Regarder le chef au travail est un régal, … manger le sashimi qui vous est amené promptement, également.

Tzukizi, 2 bis rue des ciseaux

Tzukizi, 2 bis rue des ciseaux

L’endroit est minuscule dans la non moins étroite, rue des ciseaux. Un lieu plein de lames donc !

Et il est bien difficile d’avoir une place, tant l’endroit est fréquenté, par des japonais, les habitués du quartier …

Un seul bémol, … les poissons dans les formules du déjeuner sont certes excellents mais n’ont rien d’exceptionnels. Pour un poisson plein de goût, il faut prendre les plats à la carte.

Jugetsudo : Boutique de thé japonais

Jugetsudo, 95 rue de Seine

Jugetsudo, 95 rue de Seine

A l’angle de la Rue de Seine et des quatre vents,… Là aussi, il faut sonner pour entrer… mais vous découvrirez un espace de sérénité et pourrez déguster quelques petites tasses de thé. Ambiance japonaise garantie. De merveilleux services à thé sont disposés sur les étagères.

A noter un excellent thé en sachet  : le Mecha…. étonnant même. Puisqu’un peu de poudre de Matcha a été ajoutée aux feuilles classiques de thé vert.

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Goûtez également les petits sablés au gingembre, parfaits pour accompagner un matcha ou koicha.

Le moins : prix élevé, choix de thé restreint.

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Muji : les deux boutiques de la rue Saint Sulpice

Muji …. Déjà le MU est une synthèse de l’esprit japonais : Comment représenter le vide (puisque Mu signifie vide, rien….) avec un des signes les plus compliqués en japonais !!!

Muji, 27 et 30 rue Saint Sulpice

Muji, 27 et 30 rue Saint Sulpice

Et puis, les objets qu’on y trouve sont vraiment TOTALEMENT japonais…. comme :

– l’indispensable papier matifiant : 150 fines feuilles de papier pour absorber l’excès de sébum sur le nez. Vous en trouvez partout au japon ….

– le bonnet anti pluie (qui ressemble à un bonnet de douches qu’on trouve dans les chambres d’hôtel) pour protéger votre casquette de la pluie….

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– la paire de gants “tactiles” pour taper des SMS sur votre iphone lorsqu’il fait trop froid ….

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Tanakaya, estampes japonaises, 4 rue Saint Sulpice

Le lieu était fermé dimanche, quand je l’ai découvert … Ecrin dans une boutique minuscule, avec principalement des estampes mais aussi des bibelots japonais.

Tanakaya, 1à rue Saint-Sulpice

Tanakaya, 10 rue Saint-Sulpice

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AOKI, Patisserie japonaise, 35 rue de Vaugirard

Les japonais ne sont pas doués pour la patisserie…. L’endroit se veut sobre et design… bien placé près du jardin du Luxembourg. Mais les produits (notamment les macarons…) manquent d’imagination et ne sont pas bons…. L’accueil n’a pas été terrible et cela est bien étonnant pour une boutique japonaise. Je n’ai peut-être pas eu de chance ….

Quatre japonaises rue Malaparte

En sortant de chez moi, en ouvrant la lourde porte cochère alors qu’il était à peine 8h30, je suis tombée sur 4 japonaises.

Un voyage dans l’espace et le temps s’offrait à moi.

Elles avaient leurs habits d’apparat, et semblaient être en mission diplomatique. De larges obi dans les plus belles soies venaient ceindre leur taille et habiller leur fin kimono d’été. Elles peinaient à se mouvoir avec leurs “geta” en bois. Des tabis blancs enveloppaient leurs pieds. Les cheveux, coiffés en chignon de “Geisha” étaient tenus avec moult épingles et peignes. Malgré cette difficulté à bouger, les bouches étaient déliées et la conversation vive. Elles semblaient perdues, lost in translation. Un plan en main, elles cherchaient à s’orienter, désespéraient de trouver un repère, tournaient sur elles mêmes, comme les aiguilles d’une pendule et faisaient du “sur place”, devant mon porche.

Malgré tout le travail qui m’attendait, je proposais mon assistance aux jeunes nippones. Pierre Hermé, … Voilà ce qu’elles cherchaient, découvris je très vite.

Je fus surprise de constater, à quel point, le désir de quelques macarons français, était intense, à son summum, pour susciter un tel déplacement, un tel engouement ! Evidemment je me suis bien gardée de leur dire ce que je pensais des macarons de Pierre Hermé. J’aurais tant voulu qu’elles apprécient ceux de chez Mulot, ou mieux encore, les macarons oubliés de la petite station balnéaire, nichée au fond du Cotentin !

La boutique est au coin de la rue. Elles sont tout près du but,… Je leur indique le chemin à suivre, les cinquante mètres à faire pour atteindre leur paradis artificiel.

Mon imagination me les fait voir, comme quatre alpinistes, à cent mètres du sommet de l’Everest, avec des bouteilles à oxygène presque vides.

Je me transforme en sherpa et prends la tête de ce convoi insolite, place Saint Sulpice. Elles m’insufflent de la bonne humeur, en me répondant qu’elles viennent du Japon…. Où au Japon ? Kyoto.

Je les abandonne devant la fameuse boutique qui ouvre à 10h00. Une heure et demi encore à attendre pour les quatre kyotoïtes….

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Lieux d’écriture : Le café des éditeurs

Un ciel bleu comme on voudrait en voir plus souvent, me tire de mon sommeil, me donne de l’entrain, une certaine bonne humeur.

Je prends la rue Saint Sulpice et vagabonde. La terrasse vide, ordonnée, ensoleillée, du Café des Editeurs capte mon attention. Le carrefour de l’odéon est calme à 7h. Je jette un oeil à l’intérieur et les murs couverts de livres me donnent envie de faire une halte. Ce café pourrait être un lieu d’écriture, de paix et d’harmonie.

Le service est rapide, soigné. Le double expresso serré vient avec un verre d’eau. Les volutes aromatiques caresse mes narines. Vraiment bien ce café …

Le soleil apparaît au dessus des toits du Relais Saint Germain, juste en face. Les rayons réchauffent mon visage. L’addition est déjà sur la table : 5€60 … cher, mais bon… Je dépose 7 €. Je laisserai 40 centimes d’€ de pourboire. C’est alors que le grain de sable entre en scène.

Je ferme les yeux derrière mes grandes lunettes de soleil en écaille. J’entends la serveuse prendre mes sous et me dire : “je vous ramène de suite la monnaie”.

Des américains s’installent non loin de moi. Elle les aide à choisir les formules de petit déjeuner.

Un bus passe devant moi. J’ouvre les yeux et découvrent 1€ et deux pièces de 10 cents. Bizarre …. je suis persuadée qu’il manque 20 cents. Je ne dis rien, attends un peu. Le papier de l’addition a été pris.

La serveuse arrive avec des croissants pour mes voisins américains. Je la hèle gentiment : il manque 20 cents d’€. Oui, le double est à 5.60€.

Elle me regarde fixement, ne perd pas son aplomb, et m’invective : le café est à 5,80€. Elle a un regard de menteuse, de petite menteuse, prête à voler 20 centimes d’€ au client de passage, qui ne fait pas attention.

Je rentre dans son jeu. Ah, alors je suis vraiment confuse, j’étais persuadée que le double était à 5,60€. Je laisse les deux pièces de 10 centimes sur la table, mets celle d’un euro dans mon porte monnaie et ferme les yeux.

Le patron vient me donner discrètement 20 centimes d’€. La fille passe fièrement devant moi avec jus frais et cafés. Malhonnête, elle ne s’excuse pas, prend soin d’éviter mon regard. Elle fait comme si j’étais partie, comme si je n’étais jamais venue, comme si je n’existais pas.

Les 40 centimes d’euros sont sur la table. Je me lève et quitte pour toujours le Café des Editeurs.

Le Café des Editeurs est mis sur ma liste noire …. Aux clients de ce café : vérifiez bien votre monnaie !

Tentative d’épuisement

Les cloches de Saint Sulpice ont rompu le silence et ont sonné à toute volée répandant des ondes de joie, mercredi à près de 19H30. Etrange horaire … Ce ne pouvait être que pour célébrer un nouveau pape. Etre ainsi informée, de manière désuète, m’a enchantée.

Réveil nocturne. Je décide d’aller marcher dans la nuit ondine. Le lourd porche se referme. Le pavé brille sous l’effet de la pluie.

Comment décider d’un itinéraire ? J’emprunte la rue Saint Sulpice, et me dirige vers l’église, cette grande masse d’ombre. L’absence de piéton, de voiture, de vie confère à cette sortie un caractère magique. La lumière blanche des vitrines, le regard perdu des mannequins, le seul bruit de la pluie amplifient ma solitude.

Le café de la Mairie sommeille. J’y vois Georges Perec travailler sur sa “tentative d’épuisement  d’un lieu parisien” 

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Georges Perec – 1974 – Café de la Mairie, Place Saint Sulpice – Paris

Le temps est aboli, je déambule sans but, sans chemin. Suis je dans un rêve, dans la réalité ?

Mon regard est attiré par une ombre telle un fantôme. Dans la nuit profonde, la lumière forte d’un projecteur se focalise sur la statue de Saint-Paul au sein de l’église. La lumière projette sur le vitrail l’ombre du saint avec son épée.

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C’est pour moi une invitation au voyage. Je me souviens alors que tous les chemins mènent à Damas. Est-ce que le chemin de Damas me donnera la foi ?

*****

Le croassement des corneilles me réveille. Le cri aigu des mouettes rieuses me sort définitivement de mon sommeil. Se sont-elles égarées pour habiter au coeur de Paris ? Non, elles viennent et reviennent danser dans le ciel de la rue Malaparte. Elles ont sans doute élu domicile, au jardin du Luxembourg, pour l’hiver.

La fièvre fait frissonner tout mon corps. La tête endolorie par de sourdes vagues m’empêche de penser distinctement, de me poser, me reposer. Le fluide de la pensée est asséché. Mon cerveau est tel un paysage désertique, ravagé par le sel. Je déraisonne, déforme les sensations, les amplifie. Le mal qui sommeillait au fond de moi, qui se faisait discret,  se réveille tel un volcan et m’envahit. Désespoir, mélancolie, souffrance et mort, me hantent comme de vieux compagnons.

*****

La voix  de Paul grésille au téléphone. J’entends une moquerie injuste : Me voici traitée de snob. Ce qualificatif me révolte, car lancé à la va-vite, sans aucun fondement.

Je prends la définition du Larousse : “Qui affecte et admire les manières, les opinions qui sont en vogue dans les milieux qui passent pour distingués et qui méprise tout ce qui n’est pas issu de ces milieux”.

Je tente de rétorquer : “je n’aime ni la vogue, ni le milieu. Je vis sur l’arête”.  Mais Paul, d’humeur espiègle, campe sur sa position. J’ose espérer qu’il ne le pense pas réellement mais le doute subsiste en moi. Et cette idée saugrenue aura taraudé mon esprit fiévreux, le weekend entier.