Bibliothèque de la Pléiade : Jean d’Ormesson et pas Curzio Malaparte

Texte écrit début janvier 2018

Nota : The Villa Malaparte’s picture in the banner of this post is my property (Taken by myself on the 16th of August 2011) © Carole DARCHY

Je ne suis pas l’actualité. Je vis hors de l’instantanéité, sans poste de télévision, sans radio, sans journaux, sans magazine. Je vis dans une espèce de retirement intense ! J’ai trois wagons de retard … mais peu m’importe !

J’ai même arrêté depuis septembre 2017, d’écouter la seule source d’information que je tolérais : France Culture.  J’ai décidé également de censurer cette unique et courte page d’actualité, le matin à 6H qui ne me correspondait plus.

Entre le travail et mes pages d’écriture, l’interstice est devenu si ténu que j’ai pris la décision de fuir l’information. J’ai banni de mon monde, tout flux d’information, hormis des rubriques très spécialisées qui rentre dans mon cadre de travail.

Vous n’allez sans doute pas me croire, mais j’ai seulement appris le décès de Jean d’Ormesson et du même coup celui de Johnny Halliday à Noêl…. C’est vous dire à quel point je me suis résignée à sciemment ne pas lire, ne pas me renseigner sur l’actualité.

Oui, car c’est ma soeur qui m’a appris la disparition de Jean d’Ormesson. Et du coup, en dérogeant à ma règle, j’ai appris la disparition de Johnny Hallyday et tutti quanti …

En écrivant ainsi, vous allez me dire que je mets ces 2 personnes sur le même plan, dans un certain sens…. Certes entre Johnny et Jean d’Ormesson, il y a une différence, … mais pas si grande finalement !

Je dois reconnaître que ces disparitions, même si elles sont tristes dans l’absolu, ne me font ni chaud ni froid. J’abandonne donc là, Johnny Halliday, chanteur à succès, mais dont la musique ne m’a jamais touchée. Je n’aime pas la “variété”. Je ne retiens que Serge Gainsbourg, qui n’a rien à voir avec la variété et qui savait parfaitement que ses chansons relevaient d’un “art mineur”.

*****

Mais je veux revenir à Jean d’Ormesson.

Ma soeur m’a donc parlé du très beau discours d’Emmanuel Macron sur Jean d’Ormesson : Déjà, je ne comprends pas : Qu’a fait Jean d’Ormesson pour avoir un hommage national en présence du Chef de l’Etat aux Invalides ???

Il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond ! Autant je comprends qu’on rende hommage à Simone Veil… Mais des obsèques aux Invalides pour Jean d’Ormesson, les bras m’en tombent …

Le tweet d’Emmanuel Macron suffisait amplement pour un hommage.

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J’ai alors regardé la vidéo et effectivement, notre président présente une jolie synthèse de cet écrivain. Emmanuel Macron a une belle plume !  Le mot “clarté”, les références à la Méditerranée sont parfaites. Certes, je reconnais volontiers que Jean d’Ormesson est un esprit brillant : Normalien, immensément cultivé, subtil, talentueux…. Il a eu LA vie idéale : Aucun souci matériel, uniquement de la facilité, de l’aisance, de l’intelligence, une vie rêvée dans des hôtels particuliers, le succès littéraire, … et enfin, une mort parfaite et rapide !

C’est rare d’être comblé à ce point de son vivant ! Et Jean d’Ormesson le savait parfaitement !

C’était un séducteur hors pair, et il savait charmer son public et les femmes. Lorsque j’étais enfant, je regardais volontiers l’émission “Apostrophe” de Bernard Pivot avec ma grand mère et j’avoue que lorsqu’il y participait, il y était toujours brillant. Il illuminait le monde partout où il passait. “Epatant” lui allait bien. Cet adjectif était d’ailleurs un de ses petits tics de langage. J’avoue que sa manie de nourrir ses phrases, toutes les 2 minutes par des citations m’agaçait un peu. Je lui reconnais néanmoins son amour pour Chateaubriand et lui suis sincèrement reconnaissante d’avoir fait entrer à l’Académie Française la première femme : Marguerite Yourcenar : un écrivain digne de ce nom !

Et puis c’est vrai que François Mitterrand a convié Jean d’Ormesson, au Palais de l’Elysée pour s’entretenir avec lui, deux heures avant de quitter définitivement ce lieu et remettre le pouvoir à Jacques Chirac en Mai 1995.

Mais je ne suis mais vraiment pas d’accord avec Emmanuel Macron quand il parle de “l’oeuvre” de l’écrivain ou qu’il le qualifie de grand écrivain, ou parle de “profondeur” !

Je suis désolée d’écrire cela et je vais choquer certainement beaucoup de monde parmi les bien-pensants qui nous imposent cette doxa, comme unique vérité mais je réduis personnellement les livres de Jean d’Ormesson à de la littérature de gare, voire de plage. Elle a sûrement fait le bonheur d’une multitude de lecteurs, dans leur transport quotidien ou au bord de la mer ….

J’ai bien tenté de feuilleter quelques pages des livres de Jean d’Ormesson, dans des librairies, mais, JAMAIS, je n’ai été tentée de lire un seul de ses livres car ils ne comportent pas assez d’intensité. Déjà, les titres sont d’une banalité déconcertante  : L’amour est un plaisir, Au revoir et merci, Voyez comme on danse, C’était bien,…. Je ne trouve rien de bien “profond” dans tout cela !

Pour être un vrai et un grand écrivain, il faut avoir l’esprit torturé et pas seulement l’esprit semé parfois par le doute. La vie comblée de Jean d’Ormesson a constitué une impossibilité à sa qualité de grand écrivain : Il y a là une contradiction évidente !

Cet écrivain, à la mode, au succès facile, qui n’a connu que le luxe, qui n’a vécu que dans un monde soyeux, narrait certes bien le plaisir, mais relève de la superficialité et de la platitude. Ses livres ne sont qu’une morne plaine illuminée par le bonheur, mais sans aucun relief, sans aspérité.

Si cet homme a été comblé par la vie,  il ne le sera pas par la mort à mon avis !

Jamais, Jean d’Ormesson demeurera un “grand écrivain”, dans la durée. Jamais il ne traversera les siècles, ni même les décennies. Il va sombrer tel un “tweet” dans l’oubli et cela, très rapidement. Ses nombreux romans, qui n’ont rien d’une Oeuvre (Comme le dit E.Macron) vont se déverser dans les oubliettes de tous ses châteaux !

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Mais j’ai failli bondir au plafond, en découvrant à Noël, que Jean d’Ormesson a réussi à rentrer dans la Bibliothèque de la Pléiade, et ce, de son vivant !!!! Je suis estomaquée ! Je crois être en plein cauchemar !

D’Ormesson dans la Pléiade : Je me pince la main, tant c’est INCROYABLE … mais malheureusement c’est la réalité ! Les Editions Gallimard se discréditent par ce geste …. Un remerciement pour les nombreux succès commerciaux ?

Réalisez !!!!  Jean d’Ormesson a été publié, de son vivant, dans la Bibliothèque de la Pléiade alors que le plus grand des écrivains italiens et je dirais même, le plus grand écrivain européen, qu’est Curzio MALAPARTE, n’y est toujours pas : Cela relève de l’inconvenance la plus haute.

Je ne comprends pas !

Quand est-ce que les Editions Gallimard, cette maison d’édition si prestigieuse, va-t-elle ENFIN se décider à faire rentrer Curzio Malaparte, écrivain européen génial,  personnage complexe et hors du commun, magistral, intense, dans la Bibliothèque de la Pléiade ???? 

Lisez donc et relisez donc : La Peau, Kaputt, Journal d’un Etranger à Paris, Technique du coup d’Etat,  Monsieur Caméléon, … UNIQUEMENT DES CHEFS D’OEUVRES ! 

Lire Kaputt et La Peau m’ont transformée, m’ont renversée. Vous ne pouvez pas sortir indemnes de ces deux livres qui :

  • vont vous déchirer les tripes par leur style puissant,
  • faire flancher les plus solides par leur cynisme inégalé, la brutalité déchirante mais bien réelle des scènes d’une violence inouïe
  • Vont vous révéler des pans de la seconde guerre mondiale : une description de la tragédie qui se déroule sous ses yeux, sans la moindre complaisance !

Malaparte excelle dans la description du chaos, de l’effroi !

Bertrand Poirot-Delpech, faisait référence, dans Le monde en 1987, lors de la commémoration des 30 ans de la disparition de C.Malaparte, aux peintres les plus sombres, pour décrire les écrits de Malaparte, : Bosch, Goya …. 

 Il y avait du Bosch dans les fresques de Kaputt ; il y a dans La Peau, un Goya de la misère napolitaine, enfin débarrassée du stéréotype des draps aux fenêtres, des chants joyeux, des espiègleries, des arlequinades. 

Rendez vous au Musée du Prado pour scruter le Jardin des délices (peint aux alentours de 1505) par J.Bosch ; Effectivement, vous aurez un avant goût de ce que vous trouverez dans les pages de Malaparte :

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Détail du “jardin des délices” de Bosch (environ 1505)

Et puis, Curzio Malaparte possède ce don, a eu cette clairvoyance, cette lucidité inégalée tout d’abord, dans Monsieur Caméléon, où il décrit dès 1929, Mussolini comme un “César à quatre pattes” ! Puis deux ans après, en 1931, dans Technique du coup d’état, il consacre un chapitre entier à Hitler : “Hitler, une femme”. Il le dépeint avant tous, comme un dictateur, il alerte sur sa folie !

“Soumise à une discipline de fer, écrasées par la volonté tyrannique de leur chef, qui se déclare infaillible et qui exerce, au sein du parti, une dictature inexorable, les troupes d’attaque hitlériennes ne sont pas l’armée de la révolution nationale du peuple allemand, mais l’instrument aveugle des ambitions d’Hitler.”

Technique du coup d’état, Grasset, 1931, Traduction Juliette Bertrand

Ce livre lui vaudra d’être emprisonné puis mis sous résidence surveillée pendant 5 ans, dans l’île italienne de Lipari !

Curzio Malaparte incarne la vraie prise de risque dans l’écriture. C’est un visionnaire, et de surcroît un pur européen avant l’heure ! Certes, son parcours a été un peu sinueux, mais l’homme est littéralement fascinant, extravagant, brillant !

Curzio Malaparte

Curzio Malaparte, Photo de Guglielmo Coluzzi (1956)

Jean d’Ormesson pour écrire, blablatait, se répandait dans les cercles mondains, sous le soleil de la Méditerranée, dans ses châteaux ou sur les pistes de ski ! Je découvre que Jean d’Ormesson avait également la nationalité libanaise : encore un somptueux et prestigieux cadeau, offert par le général Aoun, car l’écrivain s’est rendu au Liban pendant l’embrasement de ce pays, envahi par son voisin syrien…

Mais y a-t-il pris les armes ?

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Je suis heureuse de lire Pierre Jourde, cité dans le blog “Les grands livres” de Didier Jacob : La pléiade, c’est mon Nobel !

Visiblement je ne suis pas toute seule à être très perplexe sur l’entrée de d’Ormesson dans la Pléiade et à réclamer l’entrée de Curzio Malaparte dans la Bibliothèque de la Pléiade !

Difficile de s’ériger en juge en cette matière. Jean d’Ormesson est un écrivain respectable d’un âge respectable, ce qui en fait a priori un candidat pour une Pléiade anthume. Mais enfin l’honneur rarissime qui consiste à être pléiadisé de son vivant (ou encore chaud) n’a été réservé qu’à quelques très grands : Kundera ou Jaccottet. M. d’Ormesson est immortel académiquement parlant, certes. Son oeuvre, elle, vivra-t-elle dans un siècle ? On peut en douter. Il y avait peut-être d’autres urgences : l’Italie moderne est très peu représentée. Pourquoi pas Malaparte, Tabucchi, Moravia ? Et ailleurs, Garcia Marquez, Cortazar, Gombrowicz ? Et en France Vialatte ou Michon ?

Pierre Jourde

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Mais Curzio Malaparte n’est toujours pas dans la Pléiade ! Et il n’y a toujours pas de rue MALAPARTE à PARIS, lui qui aimait tant la France. 

Il aura fallu que je renomme ce petit bout de rue où j’habite : entre la rue Bonaparte et la rue Madame : Rue MALAPARTE, pour le célébrer, à ma manière.

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Enfin, Malaparte n’est pas seulement un écrivain hors du commun,  rendez vous à Capri, allez voir la Villa Malalaparte, sa maison :  ce bijou architectural  revient quand même pour une part significative à Malaparte…, même si tout n’est pas de lui.

La villa Malaparte est à l’image de Curzio Malaparte :  pleine de contradictions, majestueuse, solaire depuis l’extérieur, glaciale à l’intérieur ! 

Lisez Malaparte : A house like me  de Michael Mcdonough.

Je ne peux m’empêcher pour terminer, de renvoyer à un joli article d’Herbert Muschamp (1947 – 2007) paru en 1996 dans le New York Times : The prisoner of beauty

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A la conquête de la Villa Malaparte

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A la conquête de la Villa Malaparte

En cette mi-août italienne, au petit matin, installée sur la Terrasse de l’Infini de la Villa Cimbrone, alors que les ombres des statues n’existaient pas encore, je feuilletais les pages blanches de mon almanach amoureux.

Pour combler ce vide, ce tonneau des Danaïdes, cette absence, ces pertes, mon inexistence, il me fallait lier deux points, relier dans la solitude, les deux plus beaux endroits au monde, à mes yeux, en vivant mon rêve, en dérobant au temps ma vie rêvée : Voler depuis la Terrasse de l’Infini et rejoindre la Villa Malaparte.

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Afin d’avoir ces deux endroits magiques, désirés, pour moi seule,

  • puisqu’aucun homme ne souhaitait me suivre dans ma folie douce et si belle,
  • puisqu’aucun n’avait l’intelligence de me comprendre, de me prendre, de venir à ma rencontre,

il me fallait m’y télé transporter.

L’hélicoptère, seul, avec ses pales aiguisées, saurait trancher, fendre l’air, pour dessiner ce sentier aérien, que je désirais, dont je rêvais et lui seul m’offrirait ce vol stationnaire pour embrasser, contempler la Villa Malaparte et le paysage conçu par cet écrivain.
*****

La mort s’était répandue autour de moi, cette année, envahissant ma vie comme une nappe de pétrole. Désormais, la mort ne me suivait plus, mais était bien là, face à moi, et je l’apercevais au loin qui, doucement, me guettait, et venait déjà à ma rencontre, en me tendant la main.

Pour ralentir le temps, l’abolir, suspendre ma chute vertigineuse, il me fallait m’envoler, sans attendre, dès cet été.

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J’avais choisi le petit matin. Il était la garantie de ma solitude, qui me comblerait, me ferait atteindre ce sommet du désir, qui me taraudait depuis plusieurs années.

A 6H50, au moment précis où le soleil frappait les statues et leur donnait vie en projetant leur ombre sur le sol, j’étais allée jauger l’horizon depuis la Terrasse de l’Infini.

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Le bleu du ciel se noyait dans le bleu de la mer. L’horizon était aboli.

La journée s’annonçait belle.

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J’ai vite interrompu le pilote qui commençait à me faire voir sur la carte, le trajet touristique qu’il me proposait.

Non, je ne voulais surtout pas entendre parler :

– d’Amalfi et de ses croûtes artistiques,

– de Positano célèbre pour sa dentelle crochetée, représentant tout le mauvais goût de l’Italie,

– du tour de Capri dont l’intérêt était nul à mes yeux, hormis la divine Villa Malaparte et son paysage

Comment lui expliquer que mon vol ne relevait en rien du tourisme, mais d’un voyage que j’écrivais, d’une quête, d’un désir ancré au plus profond de ma personne, d’une petite mort ?

Comment lui expliquer la beauté des pages de Malaparte qui décrivent le paysage ? Comment lui expliquer que je passais mes journées et mes nuits à scruter les ombres sur la Terrasse de l’Infini, à me perdre dans la découpe parfaite de l’escalier de la Villa Malaparte ? Comment lui expliquer l’idée de relier ces deux points ?

Comment lui expliquer l’inexplicable ?

J’ai du adopter un phrasé directif et un ton déterminé. Par inquiétude, il aura fallu que je m’y prenne à plusieurs reprises, que je me répète pour qu’il comprenne ma demande déroutante : relier ces deux points que sont la Terrasse de l’Infini et la Villa Malaparte.

Seuls les deux points magiques – la terrasse de l’Infini et la villa Malaparte – et le tracé le plus direct, le plus intense possible, entre eux deux, m’importaient.  

Nous avons pu décoller, lorsque j’eus acquis la certitude qu’il avait compris ma demande, qu’il la respecterait et que toute inquiétude, toute mauvaise tension avaient quitté mon corps et mon esprit.

*****

L’air du film de Godard, « le mépris », trottait dans ma tête ;

Enfin, je flottais devant cette Terrasse de l’Infini, fermée au public à cette heure.

Je voyais le côté face de cette terrasse, avec les bustes qui étaient prêts à se jeter dans le vide. Le temps n’existait plus. J’étais en pleine extase devant tant de beauté, en nageant littéralement, dans l’espace.

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J’étais stationnée, en plein vide, admirant cette falaise vertigineuse dont la fragilité, le silence, me renversaient littéralement. Après dix minutes, nous avons filé pour Capri.

Je connaissais chaque coin, recoin de cette côte que nous longions ; très vite, nous avons vu Capri et les splendides rochers des Faraglioni. De très loin, le point rouge intense de la Villa Malaparte était visible.

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Ce fil se déroulait, s’écrivait, se lisait. Je me répétais à l’infini les phrases de Malaparte, écrites dans “la Peau”, et qui relatent la visite de sa maison par le maréchal Rommel :

« Un jour, à Capri, ma fidèle « House-keeper », Maria, vint m’annoncer qu’un général allemand, accompagné de son aide de camp, était dans le hall, et désirait visiter la maison. …

J’allai donc au-devant du général allemand et je le fis entrer dans ma bibliothèque. C’était le maréchal Rommel. …

Je l’accompagnai d’une pièce à l’autre dans toute la maison, de la bibliothèque à la cave, et lorsque nous revînmes dans l’immense hall aux grandes baies ouvertes sur le plus beau et le plus pur paysage du monde, je lui offris un verre de vin du Vésuve, provenant des vignobles de Pompéi. …

Il but d’un trait, puis, avant de s’en aller, me demanda si j’avais acheté la maison toute faite, ou si je l’avais construite moi-même. Je lui répondis – et ce n’était pas vrai- que j’avais acheté la maison toute faite.

Et lui montrant d’un geste lent et large, la paroi à pic de Matromania, les trois gigantesques rochers des Fariglioni,

la péninsule de Sorrente, les îles des Sirènes, le bleu, le vert et le pourpre de la côte d’Amalfi, et là-bas, au loin, l’éclat doré du rivage de Paestum, je lui dis :

– Moi, je n’ai dessiné que le paysage. »

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Une chaise longue plantée, seule, au bord du toit terrasse, semblait m’attendre. Les couleurs des fonds marins, bleus verts tranchaient avec la couleur rose sienne des murs de la Villa.

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J’ai pu contempler les vastes baies vitrées, l’escalier qui descend à la mer, la virgule plantée sur le toit, l’escalier à la découpe extraordinaire, que je n’avais jamais vu dans son entièreté.

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La villa était ouverte et quelques hôtes, sans doute des étudiants en cinéma ou architecture, y demeuraient, le temps de ce mois d’août.

Pourquoi, oui pourquoi, ne pas avoir embrassé l’une de ces deux voies pour y séjourner ?

Car mon désir d’avoir survolé au plus près, la divine villa et les paysages malapartiens, étant assouvi, il me faudrait l’approcher encore plus près, l’atteindre, la toucher, y fouler mon pied, pour la posséder, la faire mienne, quelques instants hors du temps.

Durant le vol retour, j’ai pu admirer les courbes du Vésuve. Le pilote m’a proposé de survoler Pompéi. L’idée était bonne, mais ce serait pour une autre fois. Il m’est impossible de mélanger des rêves.

Il fallait terminer de tracer ce rêve et regagner cette place forte, telle une ville médiévale, qu’est l’Hôtel Villa Cimbrone.

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J’avais enfin écrit, ce trait d’union, entre les deux plus beaux endroits au monde, entre ces deux merveilles architecturales, improbables, érotiques, littéraires, cinématographiques, entre l’infini et le désir, deux mots qui s’accouplent de manière sublime.

La Terrasse de l’Infini commençait à être envahie. Nous étions revenus à temps pour échapper au flot touristique et rejoindre ma chambre 14 et sa terrasse, dont la forme avait été dessinée pour ressembler, au plus près, à celle de la Terrasse de l’Infini.

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La Villa Malaparte fait son cinéma

 

 

La Villa Malaparte s’invite au Festival de Cannes. L’affiche officielle du 69ème anniversaire du festival de Cannes nous offre une montée des marches extraordinaire.

L’escalier à la découpe parfaite raffle la vedette aux marches de Cannes.

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L’été découpé

Assise à la meilleure table du restaurant Dar Al Azrak, à l’extrémité de cette jetée qui s’avance dans la mer et la surplombe, je terminais mon repas de poisson frais, coupé en fines tranches, pour exalter le goût de la chair crue. J’avais pressé dessus un citron enrobé d’une mousseline pour éviter un combat avec les pépins. Je venais de tourner la dernière page du livre de Moravia, “le mépris”.

Je goûtais le temps des vacances, celui qui passe doucement. Dans ce restaurant estival de Byblos, j’avais l’impression d’être sur un navire, flottant sur une mer calme. La couleur de l’eau était insaisissable, bleu profond, mais le soleil de fin d’après midi, tapait encore fort pour illuminer la surface de l’eau et tout l’espace qui m’entourait.

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Dar Al Azrak – Byblos -Jbeil

Oui, Godard s’était bien fait son cinéma, en ajoutant la scène où Bardot effeuille son corps, le découpe en morceaux pour Paul son mari, joué par Piccoli. Ce n’est plus Bardot mais des jambes, des chevilles, … Je n’avais pas retrouvé trace de ce morceau du film dans le livre.  Pure invention et fantasme de la part de Godard.

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Justement deux compères libanais, vivant à Paris, discutaient quelques tables derrière la mienne. Le plus jeune, découpait son épouse en parlant de la “paire de hanches” qui avait partagé sa vie, et qui avait voulu filer à l’anglaise avec un londonien. Joseph avait découvert le pot aux roses en recourant à une agence de détectives privés. Il s’était décidé à franchir la porte de l’immeuble situé rue du Louvre à Paris, et avait rencontré la fille du fondateur, qui dirigeait le cabinet.

L’équipe diligentée par DULUC avait été efficace, avait filé Mina, jusqu’à Londres pour détricoter l’intrigue. En moins de deux semaines, l’affaire avait été pliée ou dépliée.

Joseph avait eu tous les éléments factuels pour faire pression sur la famille de sa femme. La famille avait remis Mina dans le droit chemin. Les pactes familiaux sont sacrés au Liban. Ce qui m’avait surprise, étonnée, dans ce morceau de vie, était de comprendre que Joseph était, lui aussi, infidèle à Mina. Finalement, le tabou dans ce couple, n’était pas la perte de la paire de hanches, mais la séparation potentielle, le divorce, qui aurait privé Joseph du titre de propriété de l’appartement familial Place du Trocadéro. Un bout de papier était au noeud du pacte qui liait les deux époux.

En rentrant à Paris, je n’ai pu m’empêcher d’aller voir si je n’avais pas rêvé. L’enseigne – cinq lettres entourées d’un tube en néon – existait bien, en plein coeur de Paris.

DULUC-détectives-18 rue du Louvre

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Plutôt que découper, je regardais les découpes : celle de l’ombre du plongeoir dans la piscine de David Hockney, celle de mon escalier, rue Malaparte.  Non, mon escalier ne ressemblait en rien à celui de la villa Malaparte, celui qui mène sur le toit terrasse et sa ponctuation, son solarium. Il ressemblait bien, en revanche, à ce petit escalier à Baalbek, ce passage étroit qui reliait, au sein des ruines, le temple de Bacchus à la terrasse du temple de Jupiter.

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Je m’engouffre, comme chaque matin, rue Férou, ce passage où “souffle” l’esprit, depuis la Place Saint Sulpice vers la rue de Vaugirard. Le soleil frappe sur la vitre du rez de chaussée du 4, là même où Jacques Prévert a vécu. Je contemple, comme chaque matin, trois découpes, coincées entre la vitre et le volet intérieur pas complètement fermé :

  • Les “films de ma vie” de Truffaut,
  • le dos d’une carte postale qui jaunit et dont le carton se gondole,
  • un exemplaire de Tintin au Congo qui semble ne jamais avoir été ouvert.

Ces trois objets me semblent avoir été oubliés, abandonnés pour l’été. Ils prennent vie chaque matin, lorsque je les regarde. Je les fais exister.

4 rue Férou – Photo carole DARCHY – reproduction interdite

Je n’existe pas. Tout ce qui est vivant et qui m’entoure, m’ignore. Je ne cherche pas à me réifier. La réalité est pire que cela : Je suis moins que ces trois objets oubliés. Si peu vivante, je n’arrête pas de pincer ma peau, pour m’assurer que je suis en vie. Cette peau, à hauteur de mon poignet, est réduite à l’état de griffures. Je sens grandir ce cri silencieux au plus profond de moi. Il est en train de m’envahir et me réduire à néant.

Je cherche une fenêtre, une porte, une ouverture pour m’échapper.

Villa Malaparte – Point virgule

Nota : La reproduction, l’utilisation, la publication de toutes mes photos de la Villa Malaparte est formellement interdite. Mes photos sont protégées par COPYRIGHT.  Pictures protected by COPYRIGHT.

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Je viens de découvrir l’affiche officielle du 69ème anniversaire du festival de Cannes. Cette affiche, toute dorée célèbre le film de JL Godard.  Je veux y voir au coeur de l’affiche  la villa Malaparte.

Sa villa me fait rêver, sa vie me fascine, ses livres dépeignant la cruauté de la guerre me bouleversent, son écriture me renverse.

Comment Malaparte est-il venu se planter dans ma tête ? Il est rivé à ma personne, tel un clou, comme un point d’ancrage.

Je ne peux arriver à exprimer clairement ce qui m’attire autant chez Curzio Malaparte : sa vie extraordinaire, sa personnalité un peu folle, son oeuvre, ses voyages, les épreuves qu’il a traversées. Malaparte me transporte, me fait rêver ! Il est une source d’inspiration intarissable. Me voilà désormais habitant sa rue, sa maison à Paris.

Je ferme les yeux, et monte l’escalier lentement, en prenant mon temps pour admirer le paysage.

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Me voilà sur le toit terrasse, cachée derrière cette ponctuation, cette virgule, cette respiration, que forme le mur du solarium.

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Ce qui aura manqué à ma vie, est de visiter l’intérieur de sa villa à Capri. Car sa maison est bien un des paradoxes de Malaparte : un extérieur au design épuré, des marches, des escaliers à perte de vue. L’escalier montant au toit terrasse est inspiré de celui de l’église d’Annunziata à Lipari. D’autres marches déroulent un tapis et forment un escalier privé qui serpente vers la mer.

L’extérieur est parfait, splendide à mes yeux. Cela pourrait être un lieu de sacrifice, d’abandon, face à l’immensité de la mer, à l’infini de la voute céleste. La verdure environnante accrochée à la roche gris claire se marie à la couleur rose brique de la Villa.

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Les fonds marins déclinent une palette idéale couvrant l’intégralité du spectre des bleus et des verts.

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L’intérieur est d’une rare austérité, totalement dépouillé et donne une impression glaciale.

Etait-ce cela la face cachée de Malaparte, un homme avec une pierre à la place du coeur ? un homme uniquement capable d’aimer lui même et ses chiens, dont le célèbre Febo ?

C’est peut-être cela qui m’attire autant chez Malaparte : l’esthétique, l’aridité, une douleur sourde que je devine au fin fond de son âme, au travers des pages folles de violence et de souffrance dans La Peau ou Kaputt.

Malaparte est une idée fixe, un désir à atteindre, un rêve inaccessible.

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