Le ryokan Tawaraya à Kyoto

Pour terminer mon séjour printanier au Japon, j’ai décidé de retourner passer deux jours dans le ryokan TAWARAYA, un endroit exceptionnel où il faut absolument se rendre au moins une fois dans sa vie. Pour ne pas perdre une minute de mon séjour, j’arrive pile à 15h, heure à partir de laquelle les chambres sont accessibles.

Les couloirs sont  toujours aussi sombres et vides. Ils sont éclairés par des lampes basses disposées devant des paravents. Je ne croise aucun hôte.

Lorsque je suis rentrée dans ma chambre, j’ai eu le sentiment que le temps était suspendu. Le jardin japonais semblait figé hors du temps. La mousse vert macha magnifie le jardin.

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Chaque brin  d’herbe semble avoir été taillé à bon escient. Rien ne semble laissé au hasard, même cet oiseau qui vient boire à la fontaine.

Le dépouillement de ma chambre magnifie la tranquillité et conduit à la sérénité. Un rouleau de calligraphie et un minuscule vase avec une fleur de camélia sont disposés dans le tokonoma, petite alcôve.

L’heure du bain japonais arrive vite. Une spacieuse baignoire en cyprès remplie à ras bord m’attend. Des couvercles en bois sont disposés dessus, afin de conserver la chaleur de l’eau. Je me délasse dans l’eau et profite de ce moment privilégié.

Le diner est servi à 18h, dans ma chambre. Il s’agit d’un kaiseki, succession de 6 à 8 petits plats à la décoration exquise.  La disposition des mets est tout aussi importante que le goût des aliments précieux. KAZU, ma fidèle femme de chambre qui me sert mon diner m’explique en détail la composition de chaque plat. Le kaiseki se termine par du riz, au cas où l’hôte aurait encore faim.

Peu après le diner terminé, KAZU prépare mon futon. Demain, la journée me permettra de voir les premiers cerisiers en fleurs, et célébrer le renouveau du printemps.

Le meilleur du Japon à Paris – 6ème arrt

Un paradoxe que de retrouver le Japon, du côté de chez Proust, près de la rue Malaparte. Oui, car le meilleur du Japon à Paris, a la réputation d’être ancré, davantage de l’autre côté de la Seine, non loin du côté de chez Swann, près du Palais Royal.

Les endroits ou instants japonais que j’élis dans le 6ème sont des lieux où j’aurais retrouvé le japon que j’aime.

Les massages de chez ASSA, dans la jolie rue Christine : 

Institut ASSA, Rue Chistine

ASSA, 8 Rue Christine

Un lieu secret, que le passant ne remarquera pas. Il faut vagabonder pour dénicher ASSA. En sonnant et poussant la porte, dès le premier coup d’oeil dans l’espace d’accueil, j’ai été conquise par l’espace épuré, la sobriété du lieu, les petits détails qui font retrouver le Japon :

– un petit tas de sel est disposé près de la porte, au sol.

– Masa prend soin des chaussures, comme de vos pieds. Des chaussons vous sont remis à votre arrivée, les chaussures sont alors rangées… Lorsque vous ressortez du SPA, vos chaussures, bien rangées, vous attendent avec une tasse d’Hojicha, disposée sur un plateau avec une théière…

– Les massages de Shiatsu sont prodigués exactement comme au japon. Le contact direct du masseur  avec votre peau est limité au minimum. Votre corps, est recouvert, non seulement par un kimono en lin et coton, mais aussi de draps et serviettes. La presso thérapie n’est nullement altérée. Les gestes précis, la pression idéale sur les points, l’ambiance zen  font que vous ressortez délié, reposé, …. 45 minutes, à une heure de bonheur et un vrai voyage au coeur du japon.

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Tzukizi : A prononcer le nom, j’entends le bruit des couteaux du chef, derrière le « bar » à Sushis, qui sont en train d’être acérés avant de trancher saumons, dorades, thons, seiches…. Regarder le chef au travail est un régal, … manger le sashimi qui vous est amené promptement, également.

Tzukizi, 2 bis rue des ciseaux

Tzukizi, 2 bis rue des ciseaux

L’endroit est minuscule dans la non moins étroite, rue des ciseaux. Un lieu plein de lames donc !

Et il est bien difficile d’avoir une place, tant l’endroit est fréquenté, par des japonais, les habitués du quartier …

Un seul bémol, … les poissons dans les formules du déjeuner sont certes excellents mais n’ont rien d’exceptionnels. Pour un poisson plein de goût, il faut prendre les plats à la carte.

Jugetsudo : Boutique de thé japonais

Jugetsudo, 95 rue de Seine

Jugetsudo, 95 rue de Seine

A l’angle de la Rue de Seine et des quatre vents,… Là aussi, il faut sonner pour entrer… mais vous découvrirez un espace de sérénité et pourrez déguster quelques petites tasses de thé. Ambiance japonaise garantie. De merveilleux services à temps sont disposés sur les étagères.

A noter un excellent thé en sachet  : le Mecha…. étonnant même. Puisqu’un peu de poudre de Matcha a été ajoutée aux feuilles classiques de thé vert.

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Goûtez également les petits sablés au gingembre, parfaits pour accompagner un matcha ou koicha.

Le moins : prix élevé, choix de thé restreint.

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Muji : les deux boutiques de la rue Saint Sulpice

Muji …. Déjà le MU est une synthèse de l’esprit japonais : Comment représenter le vide (puisque Mu signifie vide, rien….) avec un des signes les plus compliqués en japonais !!!

Muji, 27 et 30 rue Saint Sulpice

Muji, 27 et 30 rue Saint Sulpice

Et puis, les objets qu’on y trouve sont vraiment TOTALEMENT japonais…. comme :

– l’indispensable papier matifiant : 150 fines feuilles de papier pour absorber l’excès de sébum sur le nez. Vous en trouvez partout au japon ….

– le bonnet anti pluie (qui ressemble à un bonnet de douches qu’on trouve dans les chambres d’hôtel) pour protéger votre casquette de la pluie….

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– la paire de gants « tactiles » pour taper des SMS sur votre iphone lorsqu’il fait trop froid ….

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Tanakaya, estampes japonaises, 4 rue Saint Sulpice

Le lieu était fermé dimanche, quand je l’ai découvert … Ecrin dans une boutique minuscule, avec principalement des estampes mais aussi des bibelots japonais.

Tanakaya, 1à rue Saint-Sulpice

Tanakaya, 10 rue Saint-Sulpice

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AOKI, Patisserie japonaise, 35 rue de Vaugirard

Les japonais ne sont pas doués pour la patisserie…. L’endroit se veut sobre et design… bien placé près du jardin du Luxembourg. Mais les produits (notamment les macarons…) manquent d’imagination et ne sont pas bons…. L’accueil n’a pas été terrible et cela est bien étonnant pour une boutique japonaise. Je n’ai peut-être pas eu de chance ….

Quatre japonaises rue Malaparte

En sortant de chez moi, en ouvrant la lourde porte cochère alors qu’il était à peine 8h30, je suis tombée sur 4 japonaises.

Un voyage dans l’espace et le temps s’offrait à moi.

Elles avaient leurs habits d’apparat, et semblaient être en mission diplomatique. De larges obi dans les plus belles soies venaient ceindre leur taille et habiller leur fin kimono d’été. Elles peinaient à se mouvoir avec leurs « geta » en bois. Des tabis blancs enveloppaient leurs pieds. Les cheveux, coiffés en chignon de « Geisha » étaient tenus avec moult épingles et peignes. Malgré cette difficulté à bouger, les bouches étaient déliées et la conversation vive. Elles semblaient perdues, lost in translation. Un plan en main, elles cherchaient à s’orienter, désespéraient de trouver un repère, tournaient sur elles mêmes, comme les aiguilles d’une pendule et faisaient du « sur place », devant mon porche.

Malgré tout le travail qui m’attendait, je proposais mon assistance aux jeunes nippones. Pierre Hermé, … Voilà ce qu’elles cherchaient, découvris je très vite.

Je fus surprise de constater, à quel point, le désir de quelques macarons français, était intense, à son summum, pour susciter un tel déplacement, un tel engouement ! Evidemment je me suis bien gardée de leur dire ce que je pensais des macarons de Pierre Hermé. J’aurais tant voulu qu’elles apprécient ceux de chez Mulot, ou mieux encore, les macarons oubliés de la petite station balnéaire, nichée au fond du Cotentin !

La boutique est au coin de la rue. Elles sont tout près du but,… Je leur indique le chemin à suivre, les cinquante mètres à faire pour atteindre leur paradis artificiel.

Mon imagination me les fait voir, comme quatre alpinistes, à cent mètres du sommet de l’Everest, avec des bouteilles à oxygène presque vides.

Je me transforme en sherpa et prends la tête de ce convoi insolite, place Saint Sulpice. Elles m’insufflent de la bonne humeur, en me répondant qu’elles viennent du Japon…. Où au Japon ? Kyoto.

Je les abandonne devant la fameuse boutique qui ouvre à 10h00. Une heure et demi encore à attendre pour les quatre kyotoïtes….

Charlotte Perriand et le Japon : MAM St Etienne

Découvrant l’exposition Perriand et le japon au MAM de St Etienne, je republie cet article écrit en avril 2011

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Charlotte Perriand dont une exposition se tient au Petit Palais à Paris  , est une artiste inclassable, connue pour avoir  travaillé avec Le Corbusier, Pierre Jeanneret. Elle a exercé à la fois le métier d’architecte, de designer, de photographe, de conceptrice de meubles, d’enseignante….

Il ressort de cette exposition que je suis allée voir en avril, qu’elle a été une femme libre, en avance sur son temps.  L’exposition met en exergue le rôle de la photographie dans son oeuvre, ainsi que le concept « d’art brut », qui lui a permis de s’inspirer de mixer, d’utiliser dans ses créations, les matières naturelles et l’acier : bois, ossements, détritus… Son goût pour l’art brut a donné de merveilleuses créations.

Son processus de création, tout comme ceux des grands artistes (je pense à Calder, Moore, …) rejoint l’amour qu’elle portait pour la nature, les grands espaces. En temps de guerre, tout peut être utile ! Et Charlotte Perriand en aura vécu deux grandes.

Revenant du Japon, je souhaitais mettre davantage l’accent sur ce qui m’a sans doute le plus frappé dans son travail : sa gestion de l’espace, l’épure des lignes, la rigueur, l’importance du vide et du plein, la prégnance de la nature (l’art brut), qui font que son oeuvre, avant même qu’elle ne se rende au Japon en 1940, était en parfaite adéquation avec l’esthétique japonaise.

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Charlotte Perriand a longtemps conçu  l’aménagement des demeures que Le Corbusier  construisait : l’intérieur ne devait pas être dissocié de l’extérieur.

Elle partage avec lui la rigueur, le souci du minimalisme, résumés par cette règle d’or : « La fonction crée l’objet ». Cette rigueur, sera encore plus prégnante, après ses voyages et expositions au Japon (1940 et 1955).

Mais son attirance pour le dépouillement remonte à bien plus loin , à son enfance, après un séjour à l’hôpital : « Pour la première fois, instinctivement, je découvrais le vide “tout puissant parce qu’il peut tout contenir”. »

Une rigueur, encore renforcée, par un voyage au Japon, en 1940, où elle est invitée, par le ministère impérial du Commerce.

Elle sera « conseillère de l’art industriel du Bureau du Commerce, auprès du ministère impérial du commerce et de l’industrie ».

Sa mission consiste à orienter l’industrie japonaise vers l’Occident. Elle donnera des conférences et enseignera auprès de jeunes architectes. Durant son séjour, sa vie au Japon, elle sera frappée, marquée, imprégnée de l’art de vivre japonais, la philosophie du vide, la gestion de l’espace ainsi que l’esthétique japonaise que l’on retrouve en abondance dans l’habitat et l’artisanat.

Elle sera initiatrice de deux expositions au Japon : une en 1941 (seule) et une en 1955 (en collaboration avec Fernand Léger et Le Corbusier)


Bibliothèque « Nuage », Chaises « Ombre », Chaise longue en Bambou et Banquette « Tokyo » inspirée par une arête de poisson

Ainsi, une version de la célèbre chaise longue à ossature en acier conçue en collaboration avec Le Corbusier et Pierre Jeanneret (1928) est-elle créée artisanalement, en bambou, en 1941.

Les chaises « Ombre » sont réalisées au Japon, éditées par Takashimaya et présentées pour la première fois à l’exposition « Synthèse des arts ».

Confrontation d’une arête sculpturale et de la banquette « Tokyo » de 1954

Table basse en Hinoki (Cyprès) de C.Perriand

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De retour en France, de 1965 à 1969, elle travaille, avec Junzo Sakakura, à l’aménagement de la résidence de l’ambassadeur du Japon, en France, près du la rue du faubourg Saint Honoré.

Je me rappelle, alors que j’étais étudiante (et finalement, cela aura été sans doute l’inception de tous mes voyages au Japon), mes visites régulières à l’ambassade du Japon, avenue Hoche, avec ce hall au design si particulier. A l’époque, je ne pensais pas que charlotte Perriand était un petit peu derrière cela. Mais ce lieu me fascinait par sa sérénité et sa beauté intérieure.

Enfin, en 1993, elle conçoit le pavillon de thé pour l’Unesco. Même si cet ensemble est splendide, cela sera sans doute, ce qui m’aura le moins marqué dans l’oeuvre de C.Perriand.

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J’ai été frappée de voir des photos d’elle, toujours, radieuse, souriante, épanouie.
Son visage affichait toujours un merveilleux sourire.
Je souhaitais terminer cet article par une main, une table de Charlotte Perriand qui pour moi, a la forme d’une main. Pourquoi aurais-je vu cette main tendue vers moi ?
Cette main était pour moi, un signe d’un tout petit espoir, un signe de renouveau, qui réussissait à sortir de terre, tel un rhizome, après cette dizaine de jours de silence, cette incapacité à écrire tant ma tristesse est immense, tant l’énergie me manque.
 

Part d’enfance

Dans la chambre de mes lundis, je reste silencieuse. MA, face à moi le demeure aussi. Je n’entends que le bruit improbable d’une pellicule d’un film. Crépitements. Mes yeux cherchent en vain la bobine, le projecteur.

Où sont d’ailleurs les images ?

Je suis morte et dors contre mon père. Je me réveille, me dirige vers ma chambre, que je trouve entièrement refaite. Le parquet, ainsi que les murs ont été recouverts d’une épaisse moquette pour étouffer mes cris, mes hurlements.

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Paris. Le paysage de la mégapole s’offre à l’assemblée. Le panorama s’étire au maximum depuis ce 35ème étage. Le ciel bleu semble détenir une belle perspective. L’horizon est repoussé au plus loin.

Mes yeux courent dans le ciel de Paris à la recherche de l’église Saint Sulpice et de ses clochers jumeaux. Un immense écran diffuse une multitude d’images, en silence. Les bulles de champagne montent dans les flûtes en pétillant. Légèreté, convivialité règnent dans cet espace privilégié. L’oeuvre d’art en hommage à Hantaï, est révélée au public, comme à un vernissage.

 Simon Hantaï – Huile – 1967/68

Les exercices d’admiration se succèdent et s’enchaînent comme les vers d’une tragédie grecque. Le livre d’or a fait le tour du monde. Il est déjà bien rempli. J’y dépose quelques lignes d’encre bleue et un papillon japonais.

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Je retrouve C. qui me nargue avec son nouveau parfum. Il a abandonné sa senteur pour une autre eau. Mes narines tentent de saisir la fragrance, sans succès.

Je n’arrive pas à écrire, à trouver une table pour y poser mon carnet. Aucune surface n’est suffisamment stable. Les pages blanches rétives, s’affaissent dès que mon stylo se pose sur le papier. S’enfuient-elles à l’approche de mon encre ? Je fais donc face à une impossibilité d’écrire durant ces songes. J’expulse l’encre depuis mes yeux. Mes larmes forment un torrent.

Je marche dans la campagne. Je trace un passage dans l’herbe haute. Arrêt. Je décide de faire un retour arrière dans le seul but de me convaincre que je peux non refaire ma vie, mais la modifier, la changer, créer un changement ou une variation.

Je me vois donc parcourir à nouveau mon chemin. Vais je réussir à dessiner un autre chemin, tourner à gauche, et ne pas continuer tout droit, comme je l’avais fait initialement ?

L’instant est intense, aiguisé comme le désir. Je regroupe l’intégralité de mes forces et me concentre sur cet objectif. Je vais contre vents et marées, contre des forces opposées. En luttant, je parviens à pencher mon corps sur la gauche. Oui, j’ai résolument pris la tangente, et bifurque vers un nouveau monde. Affaiblie après tant d’efforts déployés, je tombe dans un sommeil profond.

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