AMERICA LATINA – Fondation Cartier

Voyageuse immobile …C’est mon parcours de 3 heures à travers l’Amérique Latine et sa photographie des années 1960 à 2013.

Cuba, Mexique, Chili, Pérou, Uruguay, Argentine, Brésil, Colombie, Venezuela, ……En près de 70 artistes à travers plus de 50 ans d’histoire troublée. Chacun pourra y trouver son bonheur : voyage, photographes peu montrés en France, (et personnellement que je ne connaissais pas), mais aussi des vidéos, des performances, la photographie liée à l’écriture. Mais attention, la tonalité est forte, cherche à déranger, c’est d’ailleurs tout l’intérêt de cette exposition : une immense fenêtre sur la culture latino américaine.

A voir jusqu’au 6 avril 2014, à la fondation cartier, boulevard Raspail, 75014 PARIS

Le Greco – Marc Rothko – Francis Bacon

le grecoSurprise,  émue par cette idée que Le Gréco aura pu inspirer Rothko et Francis Bacon. Je suis allée au Louvre plusieurs fois pour regarder, contempler cette oeuvre du Gréco : « Le christ en croix adoré par deux donateurs », peint vers 1590.

Le tableau s’était envolé dimanche, pour une exposition à Tolède.

J’adore les gris noirs de ce ciel d’orage, particulièrement tourmenté, presque torturé. J’imagine le vent souffler fort. Le tableau est en réalité plus gris et noir que sur la photo qui est ici reproduite.

J’apprécie de voir ces deux personnages habillés de noir et blanc et de blanc et noir qui entourent ce Christ agonisant. Ils semblent s’affronter comme lors d’une partie d’échecs, dans un calme qui détonne avec ce ciel qui tonne.

Et puis comme d’habitude, j’adore les formes oblongues, longues, étirées du corps du Christ. J’aime croire que Rothko et Bacon ont vu ce tableau, et s’en sont inspirés, l’ont simplifié au maximum pour obtenir les deux oeuvres ci dessous  : ce grand tableau sans titre de Rothko  et le « blood on the pavement » de Francis Bacon

Rothko, untitled, 1969

J’aime le calme, la sérénité, la religiosité qui se dégage de cette toile. Les couleurs noires et grises sont lumineuses, et non tristes. Le tableau est dépouillé, débarrassé de tout superflu : il n’y a que l’essentiel.

Blood, Pavement, Francis Bacon – around 1988

Le tableau de Bacon est beaucoup plus violent – l’esprit qui le peint est tourmenté-. Si le noir, la couleur noire est lumineuse, dans le haut, ce noir semble bien se réverbérer dans cette flaque de sang, à moins que ce ne soit le sang qui noircit. Ce sang est au coeur du tableau, dans cette rayure, tranche centrale, plus jaune que grise.

Une fine ligne grise marque la séparation, la frontière avec la partie basse du tableau, gris verte.

J’avoue que je ne saurais choisir entre les trois tableaux. Je prendrais volontiers les trois, pour les embrasser du regard.

Les esclaves de Michel Ange – Musée du Louvre

Rien ne pouvait passer cette crise de nerfs. Les mots ne pouvaient rien pour mes maux. Explosion, explosif, je ne pouvais que marcher au hasard des rues de Paris. Inspirer, expirer, souffler, mettre un pied devant l’autre, exposer mon visage au vent, à la pluie.

Après le Luxembourg, son jardin à l’anglaise, à la française, je regarde le ciel, écoute le vent souffler dans les branches nues, tortueuses des arbres. Elles sont à l’image de ma personne de ma douleur. Les mouettes rieuses tentent de me distraire, sans succès. Je laisse courir le dos de ma main contre le mur des immeubles. Je ne vois pas où je vais, je suis mon instinct, mon instinct de survie. Je me réveille sur les bords de la Seine : ma main  souffre, mais je ne sens rien. La peau déchirée du dos de la main, laisse le sang couler.  La douleur mentale dépasse la douleur physique.  Souffler, expirer, mourir, me rebeller. Me jeter à l’eau, non. Je rentre dans le Louvre par la porte des lions. Les salles aux hauts plafonds du département des arts premiers m’apaisent.

Les statues du Gabon, épurées, aux traits minimalistes, me soulagent, ne me font pas de mal. Je ne peux supporter que du lisse, que du beau, que du silence, de l’aérien ; Il faut que tout glisse, pour ne pas me faire mal. Tout est lisse et glisse.

Statue arts premiers -Gabon

Statue arts premiers -Gabon

Je me perds dans le musée

Mes larmes roulent  devant la pietà de Luis de Morales. Ce sont les mains fines, longues, ces mains qui agrippent le cadavre du christ qui m’émeuvent. Le sang coule, roule de mes mains comme le sang  coule le long du corps du Christ.

Pieta - Luis de Morales

Pieta – Luis de Morales

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j’arrive devant les esclaves de Michel Ange, ces deux statues fabuleuses, commandées initialement pour le tombeau de Jules II. Je m’assois dans ce hall passager pour attendre le calme, et me laisser le temps de contempler ces deux statues.

Les esclaves - Michel Ange

Les esclaves – Michel Ange

L’esclave « mourant » me fait penser davantage à un homme endormi, livré aux songes, au rêve. Les paupières sont closes, la chevelure bouclée. De la douceur émane de la statue. La musculature est quasi inexistante.

L'esclave "mourant" - Michel Ange - Musée du Louvre

L’esclave « mourant » – Michel Ange – Musée du Louvre

L’esclave rebelle, me touche beaucoup plus. La force qui se dégage de la sculpture est extraordinaire. L’homme à la musculature puissante, aux yeux creux, a la face exprimant la douleur. Sa posture, l’appui qu’il prend sur sa jambe fléchie, font qu’il semble vraiment essayer de se libérer. L’état de désespoir, de violence interne dans lequel je suis fait que je m’identifie beaucoup plus à ce rebelle. Je suis esclave de ma douleur, de ma folie.

J’adore cette imperfection, cette veine noire dans le marbre blanc. Elle semble être une blessure, une balafre. Je ne sais si c’est à cause de cette imperfection que Michel Ange a laissé cette oeuvre inachevée ?

L'esclave rebelle - Michel Ange - Musée du Louvre - Veine noire dans marbre

L’esclave rebelle – Michel Ange – Musée du Louvre – Veine noire dans marbre

Georges Braque : la liberté d’être inactuel – Grand Palais

Pour moi, Georges Braque possède l’immense liberté d’être inactuel.

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 La rétrospective Braque qui se tient au Grand palais jusqu’au 6 janvier 2014, a lieu 50 ans après sa mort du peintre et 40 ans après la  dernière exposition majeure à l’Orangerie des Tuileries.

Devant tant de rareté, l’exposition au Grand palais est incontournable. Et le succès qu’elle rencontre fait qu’il est bien difficile d’admirer dans la quiétude les plus de deux cents oeuvres.

A force de faire rentrer au forceps de si nombreux tableaux et dessins dans un espace aussi exigu, le visiteur ne peut voir grand chose. Pourquoi tant de tableaux ? Par repentance d’avoir laissé dans l’ombre le peintre durant sa vie ? Pour répondre à la pression des collectionneurs privés pour qui une oeuvre exposée prendrait de la valeur ?

Il résulte de cette abondance, un inconfort immense pour le visiteur. Il est impossible de prendre du recul dans les minuscules salles du grand palais et impossible de prendre son temps, tant le visiteur est emporté par le flot des passants. Le nombre des tableaux et la pression de la file vous poussent,  et font que l’indigestion arrive vite. Il ne reste qu’à s’y prendre à plusieurs fois pour apprécier l’exposition.

Cette rétrospective a néanmoins l’immense mérite de nous montrer la multiplicité et richesse de la peinture de l’artiste. Elle fait exister l’immense peintre sans ceux qui lui ont volé la vedette durant sa vie : Cézanne, Picasso, Matisse.

Braque est un peintre qui reste dans l’ombre, mais est aussi un peintre de l’ombre : une certaine tristesse marque son oeuvre. Est-ce du aux couleurs sombres aimées par l’artiste ? Ses tableaux dénotent rigueur, ténacité, austérité, discrétion. Le caractère inactuel de son oeuvre est à mes yeux le plus beau des compliments et me prouve la solidité et la force de sa peinture.

Il faudra plusieurs visites, beaucoup de visites, être patient, tenace, comme pouvait l’être Georges Braque, pour découvrir la profondeur de l’oeuvre de l’artiste.

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Les 4 tableaux que j’élis :

– Nature morte au violon : 1911

nature morte au violon-1911-Georges Braque

Une grande huile sur toile, cubiste, aux gris dominants. En la regardant, j’ai eu l’impression de tourner autour de ce violon. Des touches de couleur gris blanc, disposées comme le font les pointillistes illuminent la toile, lui donnent un caractère singulier.

– Un des papier collés : La clarinette – Tenora ; 1913

george braque- clarinette-tenora

Tous les papiers collés dégagent de la simplicité. Ils ont été réalisés avec peu de moyens, une économie qui justement apporte du « plus ». Ces papiers collés sont aériens. La quasi absence de couleurs (si ce n’est celles apportées par le carton, le papier gauloise, le papier journal …).

– Le billard : 1947 – 1949

Braque-Le billard ; Musée de Caracas

Ce tableau imposant relève de l’explosion. La déconstruction, les contours anguleux, les lignes brisées du billard appellent les mouvements des trois billes qui roulent s’entrechoquent, rebondissent sur les bandes. Ils suggèrent la vitesse, la surprise qui vont effrayer les oiseaux. Ceux ci s’envolent épouvantés, et semblent surgir de la fracture du billard, de la cassure, du bord brisé où s’est fracassée la bille. Georges Braque déploie toute sa virtuosité, réussit à capturer le temps, cet instant fugace de la collision !

– L’atelier 1949, pour illustrer l’admiration que vouait Nicolas de Staël à Georges Braque.

La série des Ateliers de Braque, a obligatoirement inspiré Nicolas de Staël. Une solide amitié liait les deux peintres.

La renaissance et le rêve – Musée du Luxembourg

Pour donner une suite à la Pâtisserie des Rêves, pour poursuivre le rêve, j’ai traversé la Place Saint Sulpice, pour m’engouffrer rue Férou. Poussée par le Souffle, le vent qui venait de la Place j’ai vite atteint le Musée de Luxembourg, qui héberge du 9 octobre 2013 au 26 janvier 2014, l’exposition La renaissance et le rêve. Bosch, Véronèse, Gréco

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Ce musée, propose en moins de dix salles, et près de 80 tableaux, une déclinaison personnelle, du rêve à la renaissance. La nuit est prégnante, dans les oeuvres, dans l’obscurité des petites salles du Musée. Dans la solitude qui m’accompagne désormais, la mise en sommeil est immédiate, comme pour mieux préparer le visiteur à un voyage dans l’imaginaire. Les salles sombres aux tentures noires comme une nuit profonde, amplifient la sensation de malaise face aux cauchemars.  Les tableaux sont riches de sens, d’allégories, de signes, symboles. Le bien, le mal, le paradis, l’Enfer, l’épidémie, la mort, la religion, la damnation ponctuent les pas, la déambulation du visiteur.

Quelques moments forts :

Le Greco : Le rêve de Philippe II :

Le Greco - le rêve de philippe II- Renaissance et rêve -Greco, El (1541-1614): The Dream of Philip II. El Escorial, Monastery

Le Greco – le rêve de philippe II- Renaissance et rêve -Greco, El (1541-1614): The Dream of Philip II. El Escorial, Monastery

Ce tableau frappe par sa modernité, figures oblongues, étirées. Les couleurs sont étonnamment acidulées, en particulier les jaunes et les rouges, mais aussi le vert et le bleu. Le Gréco nous montre le sort réservé à la multitude. Nous autres, pauvres humains sommes voués au néant, à l’enfer. Le Léviathan vomit depuis sa gueule, les âmes destinées à l’enfer. Quelques heureux élus sont dans les nuages, au ciel, au paradis.

Philippe II est tout de noir vêtu. Agenouillé, ses mains portent des gants noirs, il semble imploré le pape, qu’il regarde, et qui porte, lui, des gants rouges.

Une zone centrale, emplie de nuages gris sombre, mais aussi dans sa partie inférieure, d’une masse rouge, comme un immense coeur semble pulser le sang, la force de la vie, ou mieux, une force ascendante, un courant aspirant vers les cieux, le haut, le paradis.

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L’allégorie de la nuit – Véronèse

Inspirée de la sculpture de Michel Ange, l’allégorie de la nuit nous montre une femme endormie, dont un sein porte les stigmates d’un cancer. Ecrasé, déformé, le sein gauche dénote clairement, dérange le spectateur qui décèle tout de suite l’anomalie. Pourquoi nous montrer ainsi la nuit ? Serait-ce un rêve de corps ? Pas un corps de rêve en tous les cas …

Allégorie de la nuit - Véronèse- renaissance et rêve- swimminginthespace

Allégorie de la nuit – Véronèse (1528-1588) –  Renaissance et rêve – Musée du Luxembourg – Corps de rêve ou rêve de corps ?

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La révélation de Sainte Hélène : deux tableaux en un.

Etonnante composition, où le tableau nous montre Hélène endormie, et dans le cadre supérieur, l’objet de ses rêves, la révélation de l’endroit où la sainte croix a été enfouie.

veronese - le reve helene - renaissance et rêve

Veronese (1528-1588)  – La révélation de Sainte Hélène – Sainte Croix – La renaissance et le rêve

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Enfin, le splendide polyptyque de Jérôme Bosch : La vision de l’au-delà avec quatre panneaux qui suscitent désolation, cauchemars, enfer. Le panneau avec le stupéfiant cône, rend particulièrement bien l’effet aspirant d’une spirale. Si paradoxalement cette spirale communique un effet de malaise, elle semble cependant mener vers la lumière, vers une zone de répit.

Vision de l'Au-delà - Bosch - La renaissance et le rêve

Vision de l’Au-delà – Bosch (1450 – 1516) – La renaissance et le rêve

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Manquerait-il la tentation de Saint Antoine de Véronèse ?  Ai je vu ce tableau lors de cette exposition ou l’ai-je rêvé dans cette exposition, ou lors d’une visite au musée des Beaux Arts de Caen. Quoi qu’il en soit, il s’impose à moi, comme une échappée par le rêve et est un idéal pour illustrer au mieux cette exposition.

Veronese - La tentation de St Antoine

Véronèse (1528 – 1588) La tentation de St Antoine – Musée des Beaux Arts – Caen.