Géographie d’un blog

J’ai toujours été attirée par les voyages, la géographie. En écrivant sur cet espace, je me suis très vite demandée d’où, de quels pays, de quelles régions, mes lecteurs venaient ?

En souscrivant à ce service, Clustrmaps me permet de combler cette curiosité et en même temps de voyager.

Je me réjouis de la diversité géographique des personnes qui visitent mes pages d’écriture.

Je suis fascinée par tous ces petits points répartis sur ce globe aplati, sur cet atlas ! Je suis ébahie chaque semaine, de voir de nouveaux points surgir, grossir, de voir apparaître de nouveaux pays improbables.

Je n’imaginais pas être lue depuis tous les continents, depuis des contrées reculées, depuis les antipodes, le bout du monde. Mais j’avoue que j’ai également un immense plaisir à lire les messages de lecteurs ponctuels ou assidus.

Il se développe alors, une « intimité étrange » avec ces personnes, si proches, et à la fois totalement inconnues, qui prennent la peine de me lire et de m’écrire.

Textes protégés par Copyright : 2010-2011 © Swimming in the Space

Impressions d’octobre

Alors que le soleil frappait les vitres de cette pièce, et que la chaleur était telle qu’elle devenait littéralement insupportable, j’ai senti mes jambes vaciller, ma tête sur le point d’imploser. Pour capturer un peu d’air frais qui me soulagerait, j’ai ouvert la fenêtre, qui donne sur ce cimetière immense, puis en second plan, sur des immeubles de banlieue, vers Nanterre et Puteaux. Certains immeubles ont des fenêtres en forme de larmes. Face à ce paysage de désolation, mon ouïe est alors attirée par des sons étranges.

Je me suis retrouvée projetée au Moyen Orient. Je pouvais entendre très distinctement les appels à la prière du muezzin. Pourtant je ne pouvais discerner aucune mosquée. Quelques instants plus tard, une voiture est passée à toute allure, le moteur vrombissait si fort, que je m’imaginais le conducteur appuyer à fond sur l’accélérateur, comme le faisait mon chauffeur Abdou en Syrie. Les vitres devaient être toutes ouvertes pour laisser échapper cette musique arabe qui hurlait. Le voisinage dormait pour l’éternité.

Textes protégés par Copyright : 2010-2011 © Swimming in the Space

Phares : Tour Eiffel

Alors que je passais à mon nouvel appartement samedi, j’ai pu apercevoir ce spectacle magique de la Tour Eiffel à 20H. Elle scintillait de mille feux.

Toute la nuit durant, comme un phare, un faisceau lumineux balaie le ciel de manière infinie. Il vient vers moi, en grossissant, puis s’amoindrit, s’amenuise pour devenir une fine ligne, qui disparaît quelques instants pour réapparaître de l’autre côté.

Cette révolution m’a bouleversée, tout comme la transformation de ce faisceau de lumière en une ligne si belle, si fine, si ténue, si fragile.

Tout cela n’était il que le reflet de notre vie si éphémère ?

Dans cette nouvelle tranche de vie que je vais démarrer, une certaine continuité sera assurée puisque je pourrai scruter l’horizon, et sa ligne si ténue qui relie le monde terrestre au monde aérien, à la voûte céleste. Je pourrai me perdre entre ces deux mondes, exactement comme j’ai pu le faire sur la terrasse de l’infini.

De surcroît, depuis ce nouvel appartement, cette cachette,  j’aurai une vue sur le sommet de la nef du grand palais, avec le drapeau français, ce triptyque si beau, si simple, magnifié par une lumière blanche, idéale.

Je suis sûre que la vie sera plus belle devant ce tableau qui m’étonnera, et me ravira chaque jour. Je me rapprocherai incontestablement du ciel et de son paradis !

Textes protégés par Copyright : 2010-2011 © Swimming in the Space

Signes du pied

Un dimanche, au début de ce mois d’octobre, j’étais au jardin des Tuileries, installée dans mon coin habituel, face à ce champ de lavande, avec comme perspective, au loin,  les immeubles du quai Anatole France. En faisant abstraction de ces immeubles, en fermant les yeux, j’aurais pu me croire en Italie, dans le sud. Ce parterre de pieds de lavande exhalait un parfum doux, sans doute un peu plus présent qu’à l’habitude, à cause de la pluie du matin, et à la chaleur de ce début d’après midi.

Même si personne ne pouvait me voir, j’avais mis mes lunettes de soleil en écaille, car mes larmes se répandaient, coulaient à  flots. C’était la grande inondation.

J’étais dans une solitude totale, un désarroi profond, car je ne voyais comment sortir de mon enfer. J’avais semé des mots, en espérant les voir grandir, en attendant des plis en retour, un reply. Il ne me répondait pas, il m’ignorait royalement. Je savais que je n’aurais rien de lui.

Le déplaisir via ces larmes me quittait.  Je me sentais au bord du gouffre. Dans ma folie, j’avais envie de partir, de tout quitter.

Malgré un beau ciel orageux, la luminosité était importante, sans doute à cause de ces espaces dégagés.

Soudain, j’entends quelqu’un qui s’approche derrière moi, avec une bicyclette. Se confondant en excuses, il me dit : « je voulais juste vous dire que vous êtes jolie ».

C’était la première fois de ma vie qu’un homme me disait cela, avec un soupçon de sincérité.

Déjà en piteux état, cette phrase m’a ébranlée un peu plus. Mon désespoir était tel, que j’ai opiné lorsqu’il m’a demandé s’il pouvait s’asseoir près de moi quelques instants.

Il  a vite compris qu’il me fallait du silence, pour que je puisse tolérer sa présence ; il m’avait demandé de retirer mes lunettes. J’avais obtempéré. Il avait lu la tristesse dans mes yeux verts.

Il a délicatement enlevé mes nus-pieds.

Nus pieds, sandales sur l’infinitésimale terrasse de l’infini 

Il a caressé mes pieds comme jamais aucun homme n’avait fait. Je ne disais rien.

Il a mis mon gros orteil dans sa bouche et le suçait. Mes pieds avaient selon lui, une forme parfaite.

J’étais stupéfaite ;  jamais un homme n’avait commenté mes pieds de la sorte.

C’était la première personne au monde à faire exister mes pieds.

Il avait pris tout son temps pour explorer la géographie de mes deux pieds : la courbe parfaite que dessinaient mes orteils, le vallon de leur plante, la douceur de mes talons, les Alpilles que formaient mes os sur le dessus, tant mes pieds étaient maigres. Il s’était approché du précipice, vers le talon d’Achille et avait plongé dedans en remontant la courbe de mon mollet.

Il s’est lentement enhardi ; sa main est montée sur ma jambe pour atteindre le haut de ma cuisse, tout en la pressant, doucement.

J’avais cessé de pleurer, me laissais aller, me relâchais. Ses mains qui allaient et venaient sans se presser, me procuraient un réel plaisir. Combien de temps s’était écoulé ? Je n’en sais rien ; j’étais passée dans un autre espace temps.

Comment était-il ? Si ce n’est que nous n’étions sûrement pas du même milieu,  je n’ai aucun souvenir de sa personne, mis à part son aspect linéaire, l’absence de complexité, voire une simplicité qui m’aurait répugnée si j’avais été dans un état normal..

Il voulait me renverser sur un lit. Je prenais ces mots au pied de la lettre.

Je n’étais pas désespérée au point de m’en retourner avec un inconnu, qui avait surgi de nulle part. Il n’aurait tiré de moi, aucune caresse réciproque. Je lui avais offert mes pieds, c’était déjà énorme.

Je commençais à refaire surface, à reprendre pied avec la réalité. Je veux dire que la distance s’installait entre cet homme et ma personne ; je prenais de l’altitude, et le nombre de pieds, qui me séparait de lui faisait qu’il disparaissait à vue d’oeil, exactement comme en avion. Mes pensées m’envahissaient à nouveau.

Il était clairement un signe que j’avais changé, que j’étais changée. Et rétrospectivement, en écrivant ces lignes de mots – en pied de page tant la place me manquait-, cet homme avait été un signe positif, m’avait apporté quelque chose d’indéfinissable.

Il m’a raccompagnée au métro, en silence. Il m’a donné son prénom et son numéro de téléphone. Je n’ai rien donné. Je l’ai quitté en disant « au revoir », en faisant un signe de la main qui aurait pu s’apparenter à un pied de nez.

J’avais lu une première et dernière fois, ce papier, puis, l’ai froissé et jeté sur la voie du métro.

En rentrant dans la rame,  j’ai réalisé que, si je l’avais, d’une certaine manière remercié, j’avais oublié de lui dire « merci ».

Baignade dans les ruines de Tyr – août 2011  

Textes protégés par Copyright : 2010-2011 © Swimming in the Space

Imaginaire

Ré-écrire des livres (Le Quixote de Pierre Ménard – essai de Borges-), re-conquérir une femme (Vertigo), re-partir à la conquête de l’ouest, de la Californie depuis l’Ouest, le Japon et non plus l’Est, re-dessiner un homme qui marche à l’envers (Reinhoud)…, donc penser avec une autre perspective, à l’envers, différemment….

Ces pages mises bout à bout, au bout du monde, ou visuellement parallélisées, aboutissent au livre, à un livre, à une histoire.

Le virtuel, espace sans mode d’emploi, offre la capacité à chacun, par son implication, son exploration, d’être dans un monde en expansion, re-doubler d’idées, déplier la carte, détacher le regard, démultiplier le monde de l’imaginaire.

L’écrivain, le lecteur, le spectateur et l’acteur n’auront de cesse pourtant d’essayer de transformer la vie grâce à l’imaginaire et de transposer tout cet imaginaire dans la vraie vie.

A défaut d’y parvenir, cela permet de combler un désir, créer une respiration, pour regarder le monde, la vie, notre force et notre fragilité, depuis l’extérieur, avec lucidité et relativité.

Cela rend supportable cette répétition qui ne s’arrêtera qu’avec notre disparition ; cela nous donne la capacité à la dépasser pour aller de l’avant et penser autrement, à après, tourner la page d’un livre et se renouveler.

Textes protégés par Copyright : 2010-2011 © Swimming in the Space