Una certa idea di mondo/31: La pelle di Curzio Malaparte

Zanzibar 2011-2013

La Repubblica 24 giugno 2012

Una certa idea di mondo

I migliori cinquanta libri che ho letto negli ultimi dici anni

La pelle di Curzio Malaparte

“Il racconto di Malaparte dissolve l’idea di vero È una visione barocca, mi verrebbe da dire”

(Io degli editori ancora mi fido. Se Adelphi decide che bisogna leggere Malaparte, provo a ubbidire)

Alessandro Baricco

. . .

Per molti anni non ho nemmeno preso in esame l’e­ventualità di leggere Malaparte: era fascista. Lo di­co senza particolare fierezza, ma anche senza al­cun complesso di colpa. L’antifascismo è un modo di stare al mondo che val bene il prezzo di certi sva­rioni. Il privilegio di aver ereditato la capacità di ri­conoscere i fascismi e l’istinto a combatterli vale largamente qualche scaffale vuoto, e un po’ di bel­lezza o intelligenza persa per strada. Detto questo, ci si ammorbidisce col tempo, e quando Adelphi ha deciso di sdoganare…

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Noeud gordien

Salle d’attente : Je suis plongée dans l’oeuvre d’Ernst Jünger dont je me délecte : Cette aventure esthétique, me subjugue.

Le noeud gordien - Jünger 1953

Le noeud gordien – Jünger 1953

Cela fait désormais un peu plus d’un an que ce drame est arrivé, où un rien a tout fait basculer pour M.A.

La vie est devenue vide.

Dans la chambre de mes lundis, rien ne sort de ma bouche actuellement. Je n’ai rien à dire. J’ai sans doute fait le deuil de ma situation. Mes problèmes restent donc tout entiers et s’accrochent à moi. Impossible de les expulser. Je fixe le mobile de Calder, qu’un rien, qu’un souffle font se mouvoir imperceptiblement. Mais rien n’arrive à faire circuler mes pensées.

De l’autre côté du bureau M.A. panse sa douleur, pense à tout, au vide dû à son départ prématuré, à son absence.

Il tente de combler l’attente de mes mots avec attention : me faire parler de la rue Malaparte, susciter le mouvement. Mais rien ne veut sortir.

 

Ma gorge est nouée, par la vision dominicale de ces fils, qui envahissent le plafond et voguent à la vitesse de plusieurs noeuds. La rue Malaparte serait-elle le reflet de ma vie : un noeud gordien …

Comme si les rôles étaient inversés, M.A. me livre alors ses maux avec des mots, se délivre avec des livres, un rien qui est tout. L’espérance, à défaut d’espoir, lui permet d’entrevoir un émerveillement, l’au-delà. Il me fait découvrir Claude Simon.

M.A. lit, relie ce que chacun vit : la perte, le vide. Il a tout perdu.

Je pense alors à tous ces hommes pour qui je n’ai jamais existé. Comment être aimée ? C’est impossible de l’être quand on est “rien”, moins que rien, c’est à dire pire que “personne”. Cette situation relèverait de la normalité, et non de l’anormalité ? Cette normalité me fait souffrir.

Je n’écoutais plus M.A., ni ne l’entendais. “Je vous ennuie avec mes mots” m’a sortie de mon absence. M.A. remet en perspective la perte de sa chair et la disparition de mon père.

Je voyais bien sa douleur. Lisait-il l’effroi de mes pensées ? Mon père aurait-il été soulagé de me voir, avec ses yeux bleus, payer de ma vie ? Non, je ne pense pas. Il aurait été indifférent à ma disparition. Il m’avait vidée de tout sens ; je n’existais pas pour lui, je ne “comptais” pas, même s’il aimait à rappeler que j’étais une charge pour lui, en coûtant.

En ne citant pas ma qualité de fille, en me déshéritant, en donnant tout aux autres, j’avais donc remboursé une dette ?

En trouvant cela normal, il niait mon existence. Je ne compte pas pour lui, si ce n’est à travers le prisme du gain, et de l’argent qui sonne le glas.

C’étaient bien ces six lettres, n o r m a l, qu’on m’avait forcé à avaler, que je ne pouvais digérer; elles allaient de mon estomac noué à ma gorge, bloquant la circulation. Voie sans issue.

Certes, en étant “rien” pour autrui, je suis libre. Cette liberté a un prix : l’absence d’amour. Mais l’amour n’a pas de prix, tout comme la liberté. Je délirais en silence.

Déjà, M.A. me raccompagnait.

Fedele Fischetti - Alexandre tranchant le noeud gordien

Fedele Fischetti – Alexandre tranchant le noeud gordien

Je n’attends rien de la vie, si ce n’est l’inattendu. Il me fallait trancher le noeud gordien.

Courants de pensées

Les fenêtres claquent dans mon colombier. La rue Malaparte est le royaume des courants d’air. Les cloches de St Sulpice sonnent à pleine volée, marquant ainsi la fin de la messe, ponctuant ce samedi.

A la librairie La Procure, je cherche sans succès “Explorateurs de l’abîme” d’Enrique Vila-Matas, ce recueil de nouvelles dont une a été soufflée, demandée par Sophie Calle. Je passe au rayon “Histoire” et découvre avec surprise, sur le présentoir, en tête de gondole, le livre de mon grand-père, les récits de guerre de Romain Darchy.

Je me revois la semaine dernière, ouvrir ce livre, ce bloc, au Café d’Orient, à Beyrouth. Ce lieu s’était imposé à moi pour ouvrir ce pavé du passé, à l’heure du thé. L’horizon dégagé, le front de mer, le ciel dont la couleur se rapprochait au plus près du “bleu horizon” appelaient mon grand-père. J’avais plongé dans les mots, comme je plongeais dans la méditerranée, ses courants chauds, cet été à Jbeil ou Conca dei Marini.

Lestée par ce bloc, cette histoire si lourde à porter, j’ai sombré dans les profondeurs. En cet endroit, les couleurs n’existent plus, les sons sont assourdis, l’air est absent. Seuls les courants, les ondes marines ballottaient, caressaient mon corps. Le froid endormait la souffrance. Allais-je disparaître dans les lignes, dans ses mots, cachée, introuvable, enterrée vivante, comme le fut mon grand-père ? Je me débattais dans l’eau glaciale. Ma main que je secouais, a lâché le livre. Aussitôt, je me suis sentie happée vers la surface. L’air a empli à nouveau mes poumons.

En terminant le livre, en tournant la dernière page, je tournais de même une page de ma vie. La magie du Liban avait eu lieu une deuxième fois. Oui, un bloc de plus, s’était détaché de moi. J’avais vécu une répétition, une réplique au tremblement de terre de l’été 2010.

Je me suis réveillée dans ma chambre, celle dont la porte ouvre sur la mer.

Rue Malaparte

 

J’ai poussé la lourde porte cochère bleue. Le silence et l’intemporalité du lieu font que mes pas résonnent sous le porche.

Je réalise à la fois le hasard et la survenance des événements, tout le cheminement qui m’ont menée rue Malaparte. En reprenant le fil des mes idées, le fil de mes pensées, je capture les images de rêve : les escaliers, le chemin vers le ciel, le voyage, la solitude, la radicalité de cette terrasse, la chute de la falaise dans la mer, le soleil, les mots, les pages de la Peau, la langue de Malaparte. Marcel Proust est bien assis au fond du séjour.

Je suis là, devant la porte de ma demeure. La clé se meut, tourne comme par magie dans la serrure. Ce sont des ruines que je redécouvre. Je jauge le ciel, la lumière, le soleil, la frondaison des arbres du Jardin du Luxembourg, la tour sud de l’église Saint Sulpice que je verrais en me réveillant.

 

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La rue Malaparte représente la synthèse, le condensé de la Place que je désirais. C’est un lieu qui n’existe pas et que j’inventerais, construirais mot à mot !

Les mots ou la question de PM. C. trottent dans ma tête. “Je suppose que vous êtes heureuse”. Décontenancée, je bredouillais. J’étais arrivée à prononcer un oui timide.

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Peintres Américains : Edward Hopper – Regards

Une rétrospective dédiée à E Hopper va se tenir au Grand Palais du 10 octobre 2012 au 28  janvier 2013.

Les vacances aoûtiennes ont été pour moi l’occasion, de revisiter sa peinture, son oeuvre. Edward Hopper a eu la chance et le génie de capturer et de nous restituer les instants uniques, les moments charnières, de tension, de suspense, cette fine ligne, cette arête que sont les Etats-Unis au court du XXème Siècle en train de passer, de basculer “en masse” de la société industrielle à la société de consommation, de passer du médium aux mass-media.

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E.Hopper a obligatoirement un caractère fort et de la détermination. En effet, il a vécu à la même époque que Picasso, Klee, Mondrian… et tous les grands peintres abstraits du XXème siècle. Né aux US, sur la côte Est, il fait son tour d’Europe comme tant d’artistes et d’intellectuels américains. En France, il se sent attiré davantage par la peinture de Manet, ou celle de Courbet que par l’avant-garde. De retour aux US, E.Hopper suivra un tout autre chemin que ses pairs qui se délectent dans l’abstraction. Lui a choisi l’arête, le bord, ceux de l’Amérique, du réalisme, au coeur du XXème siècle. Il s’en tiendra à ce cap.

Ainsi, la peinture d’Hopper dégage-t-elle un petit décalage dans l’art du XXème siècle. A contre courants, le peintre a eu la chance d’être reconnu de son vivant. Le MoMA et Whitney Museum achètent ses toiles dès 1925. Son oeuvre, vue avec un peu de recul historique, reflète bien, l’Amérique à cette époque, et l’idée qu’elle suggère à une européenne telle que je le suis : les grands espaces, l’avénement du cinéma, l’architecture urbaine renouvelée, l’individuation grimpante de notre société, la société industrielle basculant à la société de consommation !!!

Avec Hopper, nous sommes à l’aube de la société de consommation. Et oui, ce sont les vitrines d’Edward Hopper qui me le suggèrent.

Nighthawk – 1942 – Edward Hopper

Nombres de ses toiles représentent des vitrines de bureaux, de café, de restaurants, des entrepôts, en attendant les boutiques.

Sunday – 1926 – Edward Hopper

Les rues sont vides, à cause de ce coup de semonce, cette aspiration, ce vide qu’est la grande dépression de 1929. New York, ses environs s’urbanisent, se développent. Les immeubles de bureaux se remplissent d’hommes et de femmes. Les voitures sont là, les pompes à essence aussi ; les banlieues, sont-elles en train ou vont-elles, se dessiner sur ce paysage ?

Western Motel – 1957 – Edward Hopper

Si le personnage de ce tableau nous regarde, ainsi, c’est qu’il n’est pas encore temps de partir en week end, de consommer, d’aller découvrir … Mais E.Hopper porte bien le regard du spectateur, de celui qui regarde le tableau, vers le paysage qui reste à dessiner, à inventer. Ce serait comme si, cette femme, qui regarde le peintre, lui révélait ses pensées et qu’Hopper les relayer, via son regard, notre regard, vers l’extérieur, vers le paysage. Hopper n’est-il pas en train de manipuler le spectateur, comme pourrait le faire de la publicité ?

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Le blog de Claire O’Neill “The big picture” nous montre, dans l’article New Topographics, à quel point E.Hopper a influencé, a marqué la photographie de la seconde partie du XXème siècle. La Fraenkel Gallery, spécialisée dans l’art photographique et le catalogue : Fraenkel Galery book “Hopper and company, exploring a painter’s influence on photography” nous révèle bien la même chose :

“Edward Hopper’s relevance to American photography becomes clearer with each passing decade. His respect for humble subjects, his interest in the psychological, his depth as a landscape artist, and his astonishing sensitivity to color as a means of communicating feeling, are only some of the elements that may have led the writer Geoff Dyer to theorize that Hopper ‘could claim to be the most influential American photographer of the twentieth century—even though he didn’t take any photographs.”

Oui, E.Hopper me parle bien de duplication, de multiplication et de consommation des images, avec des slogans ! Il nous restitue le frémissement, la frénésie et l’appétit pour les media naissants. Les images, objets, messages, seront alors facilement dupliqués,  puis répliqués, communiqués, multipliés, “copiés et collés”. L’ère des mass-media est arrivée.

The Ground swell – Edward Hopper – 1939

Ce tableau nous montre encore le caractère génial de la composition d’Hopper. Oui, il nous mène en bateau. Via cette toile marine peinte à l’été 1939, avec ce voilier, E.Hopper, montre un paysage à la clarté sans pareille. Quatre ou cinq personnages regardent une bouée sombre et sa cloche, qui sonnent le glas. Ainsi, E.Hopper nous mène-t-il à la radio, et ses messages inquiétants de cet instant là. Il relaie, en dupliquant les cirrus dans le ciel, en magnifiant la houle, les ondes marines, le message inquiétant : Quelque chose de grave est en train de se passer, va se passer ! La guerre est déclarée via “the king speech” :

The King Speech – 2011

Edward Hopper nous mène “en bateau” pour nous mener aux media : la radio, la télévision, la publicité, le cinéma, la photographie, les journaux, les dessins animés !  

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La lumière est un matériau, un personnage  à part entière des tableaux d’Edward Hopper. Il manie la lumière naturelle, artificielle, mais aussi celle du cinéma, ou de la photographie, de manière sophistiquée, élaborée.

Avec la lumière, il compose à merveille ses tableaux et les imprime telle une strie dans notre mémoire. Ce style ne s’oublie pas. Hopper ne fait pas que reproduire, ou dessiner, il “met en scène” et surtout il éclaire, tel le plus grand des cinéastes.  La lumière aspire le regard, envoûte les personnages. Qui regarde quoi ?  Où est le peintre, celui qui peint, mais aussi, où est le narrateur, celui qui raconte l’histoire? Où se porte le regard du narrateur, que veut nous montrer E.Hopper ?

Ce sont bien ces questions littéraires, que je me suis posée en tant que spectateur.


Night Windows – 1928 – Edward Hopper

Hopper se projette-t-il au cinéma ou fait-il son cinéma ?  On le croirait au milieu d’un carrefour, perché sur une grue, en train de filmer, manier la caméra et plonger  !

Early Sunday Morning – 1930 – Edward Hopper

Et sur cette toile, prépare-t-il les décors du prochain film ? Il ne manquerait alors que le projecteur pour nous mener à notre futur solitude ??? Est-ce cela qui se trame, qui se file, qui se filme ?

Les spectateurs sont arrivés…. Sont-ils encore en train de bronzer sur le transatlantique?

People in the sun – 1960 – Edward Hopper

Il suffit juste de les diriger vers le Circle Theater,

The Circle Theater – 1936 – Edward Hopper

de les mettre dans une pièce et d’éteindre la lumière. L’ouvreuse les attend

New York Movie – 1939 – Edward Hopper

pour le début du film. Hopper nous attend pour lancer le film et allumer ses projecteurs sur le personnage principal :

Morning Sun – 1952 – Edward Hopper

Hopper nous offre des ondes, des tableaux imbriqués pour nous faire rêver, nous projeter  et aller hors des frontières, sortir de la boîte, comme l’ont si bien repris et compris les frères Coen dans Barton Fink, film sur le Hollywood, le cinéma, l’inspiration littéraire, la reproductibilité des succès…

Barton Fink, E & J Coen – 1991

La série des tableaux imbriqués, ou vus de la chambre, ou d’une pièce, d’un espace intime, clôturé délimité, permet au spectateur de jouer au billard, de passer de tableau en tableau et d’inventer l’histoire qu’il souhaite.

Je termine avec le tableau qui m’inspire le plus, qui me correspond, qui me fait rêver :

Il s’agit d’une chambre, obligatoirement. Elle est vide et anonyme mais c’est la mienne, je la reconnais puisqu’elle donne sur la mer !  Je relis, devant la méditerranée, La Peau, de Curzio Malaparte, et je me fais mon cinéma.  Je suis à Tyr, au Liban, en cet endroit unique au monde où une porte s’ouvre sur la méditerranée ! avec cette lumière, le tableau devient presque géométrique, abstrait et je veux rêver au bleu septembre !

Sun in an empty room – 1963 – Edward Hopper

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