Bleu Piscine : David Hockney au centre Pompidou

ou les 4 piscines que je retiens de D.HOCKNEY

Devant cette page blanche,  depuis mon bureau, ma table d’écriture, lorsque je lève doucement les yeux, je plonge dans la petite estampe de D.Hockney, dans la piscine, dans ma piscine,  pour me perdre, puiser mon encre.

Je l’avais achetée il y a quelques années.

La piscine était un thème récurrent dans l’oeuvre de D.Hockney. A la fois, peintre, dessinateur, photographe,  D.Hockney déclinent ses piscines, les répètent  en variant à chaque fois.

Le plus souvent le plongeoir était présent, prédominant. En regardant ce plongeoir, je m’imaginais en train d’avancer sur cet étroit espace rectangulaire, placer mes pieds délicatement au bord, plier mes pieds nus contre l’arête de cette planche. Mes pieds sont joints. Les muscles de mes jambes se contractent, mon ventre se creuse par la tension des abdominaux. Je courbe doucement mon dos.

Je secoue mes bras puis les lèvent à hauteur de ma tête.

Je vois se refléter dans l’eau la maison, un bout du jardin, le ciel tout bleu. Le soleil a légèrement bruni ma peau.

J’imagine un instant d’immobilité, de concentration, avant de plonger, de faire le grand saut.

J’entends le splash de mon corps au contact de l’eau, de mon corps qui se glisse, se faufile dans l’eau.

La machine se met en marche.

J’entends ma respiration. Je n’aime pas ce bruit lorsque mes oreilles sont plongées dans l’eau. Le photo montage ci-dessous de D.Hockney reflète je pense assez bien mon aspect lorsque je suis dans l’eau.

Mes jambes font des losanges; mes bras se plient et se déplient. Je nage si mal, que je dois apparaître telle une grenouille affolée. Je me retourne alors sur le dos, et je me calme.

Quand je suis ainsi, sur le dos, dans une piscine, je ne pense à rien, j’oublie tout.

Je sors de l’eau, toujours frigorifiée, j’attrape une grande serviette, le soleil est là pour que mon corps se dore, sèche, se réchauffe.

Sur le transat, mes yeux cachés derrière mes grandes lunettes de soleil en écaille, examinent  la géographie de la piscine :

Bien sûr sa forme, rectangulaire si possible, ses proportions, ses différentes profondeurs, le plan d’eau ou la surface qui peut s’iriser avec un souffle de vent. Le plan se froisse. Les plis apparaissent.

J’aime par dessus tout explorer le plongeoir, et surtout son ombre, qui évolue selon la position du soleil, sa rotation. Le plongeoir prend la forme d’un escalier puis se découpe parfaitement en une marche.

Les piscines de D.Hockney que j’ai retenues n’ont pas de nageur. Je trouve que cela leur confère une intemporalité, une immobilité, propice à libérer la pensée, ma pensée.

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Le Centre Pompidou en collaboration avec la Tate Britain de Londres et le Metropolitan Museum de New York présente la plus complète exposition rétrospective consacrée à l’œuvre de David Hockney du 21 juin 2017 – 23 octobre 2017.

AMERICA LATINA – Fondation Cartier

Voyageuse immobile …C’est mon parcours de 3 heures à travers l’Amérique Latine et sa photographie des années 1960 à 2013.

Cuba, Mexique, Chili, Pérou, Uruguay, Argentine, Brésil, Colombie, Venezuela, ……En près de 70 artistes à travers plus de 50 ans d’histoire troublée. Chacun pourra y trouver son bonheur : voyage, photographes peu montrés en France, (et personnellement que je ne connaissais pas), mais aussi des vidéos, des performances, la photographie liée à l’écriture. Mais attention, la tonalité est forte, cherche à déranger, c’est d’ailleurs tout l’intérêt de cette exposition : une immense fenêtre sur la culture latino américaine.

A voir jusqu’au 6 avril 2014, à la fondation cartier, boulevard Raspail, 75014 PARIS

Le Greco – Marc Rothko – Francis Bacon

le grecoSurprise,  émue par cette idée que Le Gréco aura pu inspirer Rothko et Francis Bacon. Je suis allée au Louvre plusieurs fois pour regarder, contempler cette oeuvre du Gréco : « Le christ en croix adoré par deux donateurs », peint vers 1590.

Le tableau s’était envolé dimanche, pour une exposition à Tolède.

J’adore les gris noirs de ce ciel d’orage, particulièrement tourmenté, presque torturé. J’imagine le vent souffler fort. Le tableau est en réalité plus gris et noir que sur la photo qui est ici reproduite.

J’apprécie de voir ces deux personnages habillés de noir et blanc et de blanc et noir qui entourent ce Christ agonisant. Ils semblent s’affronter comme lors d’une partie d’échecs, dans un calme qui détonne avec ce ciel qui tonne.

Et puis comme d’habitude, j’adore les formes oblongues, longues, étirées du corps du Christ. J’aime croire que Rothko et Bacon ont vu ce tableau, et s’en sont inspirés, l’ont simplifié au maximum pour obtenir les deux oeuvres ci dessous  : ce grand tableau sans titre de Rothko  et le « blood on the pavement » de Francis Bacon

Rothko, untitled, 1969

J’aime le calme, la sérénité, la religiosité qui se dégage de cette toile. Les couleurs noires et grises sont lumineuses, et non tristes. Le tableau est dépouillé, débarrassé de tout superflu : il n’y a que l’essentiel.

Blood, Pavement, Francis Bacon – around 1988

Le tableau de Bacon est beaucoup plus violent – l’esprit qui le peint est tourmenté-. Si le noir, la couleur noire est lumineuse, dans le haut, ce noir semble bien se réverbérer dans cette flaque de sang, à moins que ce ne soit le sang qui noircit. Ce sang est au coeur du tableau, dans cette rayure, tranche centrale, plus jaune que grise.

Une fine ligne grise marque la séparation, la frontière avec la partie basse du tableau, gris verte.

J’avoue que je ne saurais choisir entre les trois tableaux. Je prendrais volontiers les trois, pour les embrasser du regard.

Les esclaves de Michel Ange – Musée du Louvre

Rien ne pouvait passer cette crise de nerfs. Les mots ne pouvaient rien pour mes maux. Explosion, explosif, je ne pouvais que marcher au hasard des rues de Paris. Inspirer, expirer, souffler, mettre un pied devant l’autre, exposer mon visage au vent, à la pluie.

Après le Luxembourg, son jardin à l’anglaise, à la française, je regarde le ciel, écoute le vent souffler dans les branches nues, tortueuses des arbres. Elles sont à l’image de ma personne de ma douleur. Les mouettes rieuses tentent de me distraire, sans succès. Je laisse courir le dos de ma main contre le mur des immeubles. Je ne vois pas où je vais, je suis mon instinct, mon instinct de survie. Je me réveille sur les bords de la Seine : ma main  souffre, mais je ne sens rien. La peau déchirée du dos de la main, laisse le sang couler.  La douleur mentale dépasse la douleur physique.  Souffler, expirer, mourir, me rebeller. Me jeter à l’eau, non. Je rentre dans le Louvre par la porte des lions. Les salles aux hauts plafonds du département des arts premiers m’apaisent.

Les statues du Gabon, épurées, aux traits minimalistes, me soulagent, ne me font pas de mal. Je ne peux supporter que du lisse, que du beau, que du silence, de l’aérien ; Il faut que tout glisse, pour ne pas me faire mal. Tout est lisse et glisse.

Statue arts premiers -Gabon

Statue arts premiers -Gabon

Je me perds dans le musée

Mes larmes roulent  devant la pietà de Luis de Morales. Ce sont les mains fines, longues, ces mains qui agrippent le cadavre du christ qui m’émeuvent. Le sang coule, roule de mes mains comme le sang  coule le long du corps du Christ.

Pieta - Luis de Morales

Pieta – Luis de Morales

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j’arrive devant les esclaves de Michel Ange, ces deux statues fabuleuses, commandées initialement pour le tombeau de Jules II. Je m’assois dans ce hall passager pour attendre le calme, et me laisser le temps de contempler ces deux statues.

Les esclaves - Michel Ange

Les esclaves – Michel Ange

L’esclave « mourant » me fait penser davantage à un homme endormi, livré aux songes, au rêve. Les paupières sont closes, la chevelure bouclée. De la douceur émane de la statue. La musculature est quasi inexistante.

L'esclave "mourant" - Michel Ange - Musée du Louvre

L’esclave « mourant » – Michel Ange – Musée du Louvre

L’esclave rebelle, me touche beaucoup plus. La force qui se dégage de la sculpture est extraordinaire. L’homme à la musculature puissante, aux yeux creux, a la face exprimant la douleur. Sa posture, l’appui qu’il prend sur sa jambe fléchie, font qu’il semble vraiment essayer de se libérer. L’état de désespoir, de violence interne dans lequel je suis fait que je m’identifie beaucoup plus à ce rebelle. Je suis esclave de ma douleur, de ma folie.

J’adore cette imperfection, cette veine noire dans le marbre blanc. Elle semble être une blessure, une balafre. Je ne sais si c’est à cause de cette imperfection que Michel Ange a laissé cette oeuvre inachevée ?

L'esclave rebelle - Michel Ange - Musée du Louvre - Veine noire dans marbre

L’esclave rebelle – Michel Ange – Musée du Louvre – Veine noire dans marbre

Georges Braque : la liberté d’être inactuel – Grand Palais

Pour moi, Georges Braque possède l’immense liberté d’être inactuel.

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 La rétrospective Braque qui se tient au Grand palais jusqu’au 6 janvier 2014, a lieu 50 ans après sa mort du peintre et 40 ans après la  dernière exposition majeure à l’Orangerie des Tuileries.

Devant tant de rareté, l’exposition au Grand palais est incontournable. Et le succès qu’elle rencontre fait qu’il est bien difficile d’admirer dans la quiétude les plus de deux cents oeuvres.

A force de faire rentrer au forceps de si nombreux tableaux et dessins dans un espace aussi exigu, le visiteur ne peut voir grand chose. Pourquoi tant de tableaux ? Par repentance d’avoir laissé dans l’ombre le peintre durant sa vie ? Pour répondre à la pression des collectionneurs privés pour qui une oeuvre exposée prendrait de la valeur ?

Il résulte de cette abondance, un inconfort immense pour le visiteur. Il est impossible de prendre du recul dans les minuscules salles du grand palais et impossible de prendre son temps, tant le visiteur est emporté par le flot des passants. Le nombre des tableaux et la pression de la file vous poussent,  et font que l’indigestion arrive vite. Il ne reste qu’à s’y prendre à plusieurs fois pour apprécier l’exposition.

Cette rétrospective a néanmoins l’immense mérite de nous montrer la multiplicité et richesse de la peinture de l’artiste. Elle fait exister l’immense peintre sans ceux qui lui ont volé la vedette durant sa vie : Cézanne, Picasso, Matisse.

Braque est un peintre qui reste dans l’ombre, mais est aussi un peintre de l’ombre : une certaine tristesse marque son oeuvre. Est-ce du aux couleurs sombres aimées par l’artiste ? Ses tableaux dénotent rigueur, ténacité, austérité, discrétion. Le caractère inactuel de son oeuvre est à mes yeux le plus beau des compliments et me prouve la solidité et la force de sa peinture.

Il faudra plusieurs visites, beaucoup de visites, être patient, tenace, comme pouvait l’être Georges Braque, pour découvrir la profondeur de l’oeuvre de l’artiste.

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Les 4 tableaux que j’élis :

– Nature morte au violon : 1911

nature morte au violon-1911-Georges Braque

Une grande huile sur toile, cubiste, aux gris dominants. En la regardant, j’ai eu l’impression de tourner autour de ce violon. Des touches de couleur gris blanc, disposées comme le font les pointillistes illuminent la toile, lui donnent un caractère singulier.

– Un des papier collés : La clarinette – Tenora ; 1913

george braque- clarinette-tenora

Tous les papiers collés dégagent de la simplicité. Ils ont été réalisés avec peu de moyens, une économie qui justement apporte du « plus ». Ces papiers collés sont aériens. La quasi absence de couleurs (si ce n’est celles apportées par le carton, le papier gauloise, le papier journal …).

– Le billard : 1947 – 1949

Braque-Le billard ; Musée de Caracas

Ce tableau imposant relève de l’explosion. La déconstruction, les contours anguleux, les lignes brisées du billard appellent les mouvements des trois billes qui roulent s’entrechoquent, rebondissent sur les bandes. Ils suggèrent la vitesse, la surprise qui vont effrayer les oiseaux. Ceux ci s’envolent épouvantés, et semblent surgir de la fracture du billard, de la cassure, du bord brisé où s’est fracassée la bille. Georges Braque déploie toute sa virtuosité, réussit à capturer le temps, cet instant fugace de la collision !

– L’atelier 1949, pour illustrer l’admiration que vouait Nicolas de Staël à Georges Braque.

La série des Ateliers de Braque, a obligatoirement inspiré Nicolas de Staël. Une solide amitié liait les deux peintres.