Signes du pied – Jardin des Tuileries

Un dimanche, au début de ce mois de septembre, j’étais au jardin des Tuileries, installée dans mon coin habituel, face à ce champ de lavande, avec comme perspective, au loin,  les immeubles du quai Anatole France. En faisant abstraction de ces immeubles, en fermant les yeux, j’aurais pu me croire en Italie, dans le sud. Ce parterre de pieds de lavande exhalait un parfum doux, sans doute un peu plus présent qu’à l’habitude, à cause de la pluie du matin, et à la chaleur de ce début d’après midi.

Même si personne ne pouvait me voir, j’avais mis mes lunettes de soleil en écaille, car mes larmes se répandaient, coulaient à  flots. C’était la grande inondation.

J’étais dans une solitude totale, un désarroi profond, car je ne voyais comment sortir de mon enfer. J’avais semé des mots, en espérant les voir grandir, en attendant des plis en retour, un reply. Il ne me répondait pas, il m’ignorait royalement. Je savais que je n’aurais rien de lui.

Le déplaisir via ces larmes me quittait.  Je me sentais au bord du gouffre. Dans ma folie, j’avais envie de partir, de tout quitter.

Malgré un beau ciel orageux, la luminosité était importante, sans doute à cause de ces espaces dégagés.

Soudain, j’entends quelqu’un qui s’approche derrière moi, avec une bicyclette. Se confondant en excuses, il me dit : “je voulais juste vous dire que vous êtes jolie”.

C’était la première fois de ma vie qu’un homme me disait cela, avec un soupçon de sincérité.

Déjà en piteux état, cette phrase m’a ébranlée un peu plus. Mon désespoir était tel, que j’ai opiné lorsqu’il m’a demandé s’il pouvait s’asseoir près de moi quelques instants.

Il  a vite compris qu’il me fallait du silence, pour que je puisse tolérer sa présence ; il m’avait demandé de retirer mes lunettes. J’avais obtempéré. Il avait lu la tristesse dans mes yeux verts.

Il a délicatement enlevé mes nus-pieds. Il a caressé mes pieds comme jamais aucun homme n’avait fait. Je ne disais rien.

Il a mis mon gros orteil dans sa bouche et le suçait. Mes pieds avaient selon lui, une forme parfaite.

J’étais stupéfaite ;  jamais un homme n’avait commenté mes pieds de la sorte.

C’était la première personne au monde à faire exister mes pieds.

Il avait pris tout son temps pour explorer la géographie de mes deux pieds : la courbe parfaite que dessinaient mes orteils, le vallon de leur plante, la douceur de mes talons, les Alpilles que formaient mes os sur le dessus, tant mes pieds étaient maigres. Il s’était approché du précipice, vers le talon d’Achille et avait plongé dedans en remontant la courbe de mon mollet.

Il s’est lentement enhardi ; sa main est montée sur ma jambe pour atteindre le haut de ma cuisse, tout en la pressant, doucement.

J’avais cessé de pleurer, me laissais aller, me relâchais. Ses mains qui allaient et venaient sans se presser, me procuraient un réel plaisir. Combien de temps s’était écoulé ? Je n’en sais rien ; j’étais passée dans un autre espace temps.

Comment était-il ? Si ce n’est que nous n’étions sûrement pas du même milieu,  je n’ai aucun souvenir de sa personne, mis à part son aspect linéaire, l’absence de complexité, voire une simplicité qui m’aurait répugnée si j’avais été dans un état normal..

Il voulait me renverser sur un lit. Je prenais ces mots au pied de la lettre.

Je n’étais pas désespérée au point de m’en retourner avec un inconnu, qui avait surgi de nulle part. Il n’aurait tiré de moi, aucune caresse réciproque. Je lui avais offert mes pieds, c’était déjà énorme.

Je commençais à refaire surface, à reprendre pied avec la réalité. Je veux dire que la distance s’installait entre cet homme et ma personne ; je prenais de l’altitude, et le nombre de pieds, qui me séparait de lui faisait qu’il disparaissait à vue d’oeil, exactement comme en avion. Mes pensées m’envahissaient à nouveau.

Il était clairement un signe que j’avais changé, que j’étais changée. Et rétrospectivement, en écrivant ces lignes de mots – en pied de page tant la place me manquait-, cet homme avait été un signe positif, m’avait apporté quelque chose d’indéfinissable.

Il m’a raccompagnée au métro, en silence. Il m’a donné son prénom et son numéro de téléphone. Je n’ai rien donné. Je l’ai quitté en disant “au revoir”, en faisant un signe de la main qui aurait pu s’apparenter à un pied de nez.

J’avais lu une première et dernière fois, ce papier, puis, l’ai froissé et jeté sur la voie du métro.

En rentrant dans la rame,  j’ai réalisé que, si je l’avais, d’une certaine manière remercié, j’avais oublié de lui dire “merci”.

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Musiques du monde : la méditerranée de Roula Safar

J’avais repéré par hasard cette affichette en promenant mes yeux embrumés de sommeil sur les murs du métro :

Mélismes sacrés et profanes de Babylone à Grenade, avec Roula Safar, mezzo-soprano, guitare et percussions”

Il me fallait me rendre à cette invitation au voyage.

ROULA_SAFAR_

L’auditorium de taille modeste s’assombrit. Le public s’assagit, devient silencieux. Des projecteurs illuminent alors la scène et Roula Safar arrive. Elle a un peu l’allure d’une gitane avec sa robe rouge et longue, ses cheveux noirs un peu fous, son regard noir et vif. Mais le port est altier, le sourire doux et la voix enchanteresse. Son visage laisse transparaître cette esthétique de l’aridité que j’ai découvert au moyen orient.

J’ai fermé les yeux. Pendant une heure, Roula Safar nous a fait traverser la géographie en abolissant les frontières du bassin méditerranéen, en laissant de côté les clivages religieux. Roula Safar nous a également menés au travers d’un dédale historique en chantant des textes anciens sacrés, incantation à des dieux, des textes profanes, des poèmes d’auteurs contemporains comme Andrée Chedid, par exemple.

Elle a su faire revivre des langues mortes, perdues. De sa voix profonde elle a magnifié le Grec, l’akkadien, l’araméen, l’ougaritique, l’arménien, l’arabe, le français, le berbère, et l’espagnol.

Avec peu, mais de beaux instruments : sa voix de mezzo-soprano, sa guitare, et quelques percussions, Roula Safar la magicienne m’a transportée et fait rêver.

sergilla

Je marche dans Sergilla, ville morte de Syrie, en plein mois d’août. Le soleil de fin d’après midi fait revivre les couleurs et les odeurs. Les herbes brûlées par le soleil et le vent, les chardons poussent sur cette terre d’un brun profond. Les figuiers libèrent une odeur de suc. Leurs feuilles recroquevillées s’ouvrent un peu pour tenter de capturer le soupçon de fraîcheur qui s’installe. Les oliviers aux troncs épais et tortueux montrent leur capacité à s’épanouir dans ce monde hostile.

Yma Sumac : Ataypura

Il est parfois des noms qui vous envoûtent. En ne trouvant pas le sommeil, en contemplant la lumière de la pleine lune envahir l’espace de vie, en prenant ce petit déjeuner nocturne, décalé, une voix plus qu’un air attira mon attention.

Progressivement, mais sûrement elle passait du plus grave au plus aigu. La musique lancinante s’est ainsi gravée dans ma tête. La mélodie était désuète.

Yma Sumac

Mon oreille se tendit à la fin de la chanson. L’émission diffusée sur France Culture reprit. Je ne garde aucun souvenir des échanges, du thème de celle-ci. J’ai seulement réussi à capturer quelques mots : une diva péruvienne, connue dans les années 50 et qui fit carrière aux Etats Unis. Elle se disait descendante du dernier empereur inca, assassiné par les conquistadors au XVIème siècle. Une histoire qui ne pouvait que me transporter.

J’ai rêvé les yeux grand ouverts, au Pérou, au Machu Picchu où j’ai toujours rêver d’aller; Je me voyais assister à un sacrifice, à une cérémonie en honneur de la plus belle éclipse du siècle. J’ai aimé ces quelques minutes. Mes pensées se sont envolées, ont fait le tour de la terre pour aller au bout du monde.

Il n’y avait pas que la géographie mais aussi l’histoire, la découverte du nouveau monde, les conquistadors. Les deux films d’Herzog ont refait surface. Bien sûr, je pense tout d’abord à Aguirre ou la colère de Dieu, avec Klaus Kinski qui sombre dans la folie au Pérou. C’est peut-être lui qui a tué l’aïeul d’Yma Sumac.

Klaus Kinski – Aguirre ou la colère de Dieu – W.Herzog – 1972

Les images de Fitzcarraldo, l’opéra en pleine amazonie, Klaus Kinski, se présentent ensuite à moi. Yma Sumac y aurait été épatante en tête d’affiche.

Rive droite – Rive gauche

Des toits gris et le ciel chargé de larmes

Plein sud

Place ou Palace

Sulpice ou suplice

Saint, bien sûr

Honoré ou Germain

Marché ou Prés

Ces mots tournent en boucle dans ma tête. Et l’Italie ?

Malaparte ou Bonaparte

*****

J’ai choisi Habit Rouge pour ses yeux verts, la couleur des fonds marins qui ira à merveille avec le bleu russe.

*****

Je n’ai plus le désir, l’envie d’écrire. La page blanche se réduit comme une peau de chagrin. Ce n’est pas l’encre qui me manque mais la surface blanche, exactement comme  la glace, la banquise qui fond en été. Mon monde se rétrécit, mon espace de vie se détruit. Je me détruis.

M.A. me fait peur par ses mots.

Mélancolie ou spleen ? Quel électrochoc pourrait me réveiller, me sortir de ma stupeur ?

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En route pour le Népal

avec Solidarité Enfance Asie !

J’ai été moins présente sur cet espace d’écriture en mars et avril.  J’ai disposé de moins de temps car je travaille à un projet épatant. Hier, j’ai activé le blog de l’association qui a eu la gentillesse de m’inviter à la rejoindre : Solidarité Enfance Asie

Qui aurait dit, que je me retrouverais membre d’une association, moi qui suis si peu altruiste, qui vis dans un cocon privilégié, même s’il est empreint de souffrance ?

Aider les autres c’est exister, d’une certaine manière, exister dans les yeux d’autrui.  Ainsi, depuis un mois, ai-je découvert, comme l’a si bien dit, Marcel Proust, que :

Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux.

*****

Le Népal est un pays que je ne connais pas mais qui m’a toujours fait rêver.  Ce pays m’inspire  :

  • l’aventure, la littérature, le voyage :

Je pense bien sûr aux écrits  d’Alexandra David-Neel, Ella Maillart, Henri Michaux …

  • L’altitude, grâce à la chaîne de l’Himalaya : Huit des quatorze sommets de plus de huit milles mètres se trouvent au Népal :
    • l’Everest
    • le Kangchenjunga
    • le Lhotse
    • le Makalu
    • le Cho Oyu
    • le Dhaulagiri
    • le Manaslu
    • l’Annapurna
  • Des paysages à couper le souffle,  

  • La chaîne des Himalayas, et ce ciel si pur en hiver
  • Le thé au beurre de yak,
  • les stupas qui s’égrènent le long du paysage, de la ligne d’horizon
  • Les “sâdhu”,
  • Les sherpas ; je pense tout particulièrement à Tenzing Norgay, qui avec Sir Edmund Hillary, a gravi l’Everest pour la première fois en 1953,
 
  • Kathmandu, et ses hippies 
  • sans oublier le yéti, cet abominable homme des neiges, ce grand préhominien aux allures de chaînon manquant si fascinant,

    *****

Le Népal est un des pays les plus défavorisés de la Planète : Quelques chiffres ….

Superficie :  147 181 km² (1/4 de celle de la France)
Point culminant : l’Everest 8848 m

Carte du Népal


Population 

Population :   23,4 millions d’habitants
Densité :  153 habitants / km²
Espérance de vie :  57 ans (France : bien supérieure à 80 ans)
Mortalité infantile : 9,9% (France : 0,7%)

39% de la population a moins de 14 ans ; une femme népalaise a en moyenne 5 à 6 enfants.

Religion

L’hindouisme pratiqué par 86% de la population est la religion officielle du Népal.
Le bouddhisme  est pratiqué par 8 % de la population.
L’islam représente  3% de la population et est pratiqué principalement dans l’ouest. 


Santé

1 médecin pour 16 830 habitants
(En France, nous avons la chance d’avoir un médecin pour  350 habitants)

Inde : 1 pour 2 460 habitants

4700 lits d’hôpitaux pour l’ensemble du pays

7% des femmes meurent des suites d’une grossesse
7% des enfants souffrent de malnutrition

Éducation

Analphabétisme : 60% de la population
1 enseignant pour 88 enfants scolarisés
De nombreux enfants travaillent aux champs
Langues : 70 dialectes + Népali (58% population)

Économie

Un des pays les plus pauvres du monde
Népal : PIB / habitant = 240 USD
France : PIB / habitant = 24 500 USD
42% des habitants sous le seuil de pauvreté
90% des népalais sont paysans

65% ressources du Népal proviennent de l’aide internationale !

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L’association Solidarité Enfance Asie a été fondée par une de mes voisines, avec qui j’ai fait connaissance cet hiver en rentrant sous la pluie.

Nous avons décidé de déjeuner ensemble, après ma varicelle et de manière fortuite, MH Duprat m’a parlé du Népal et de SEA.

J’ai été émue devant tant d’énergie, d’empathie et la volonté concrète d’aider des enfants qui ont vécu le pire, la maltraitance, l’abandon.

Les actions de Solidarité Enfance Asie m’ont sincèrement convaincu car elles sont focalisées sur l’aide concrète à 19 enfants du Népal, qui sont accompagnés dans la durée.

SEA sponsors nineteen children at the moment. It gives them one safe and comfortable house to live in, caring and guidance.

Most importantly, SEA has a commitment to bringing these children to the maximum of their potential through EDUCATION.

La possibilité d’aller à l’école, de donner le meilleur de soi, leur est offerte comme une seconde chance. Par ailleurs, SEA est à taille humaine, quasiment familiale. Ainsi, la totalité de l’argent que je verse, va-t-elle à mes filleuls.  Tous les membres de l’association sont bénévoles et paient personnellement leurs frais de voyage et séjour au Népal.

Plusieurs de ses membres se rendent régulièrement au Népal et en Inde pour superviser l’association, entreprendre de nouveaux projets, tenter d’aider à sortir, quelques enfants, de la détresse, de la rue.

Cela peut paraître une action vaine, microscopique, mais c’est une action vraie, concrète. C’est cela qui m’importe.

Actuellement la présidente de l’association est au Népal, pour aider de nouveaux enfants et développer l’association tout en préservant son caractère “familial”.

Merci par avance à vous tous, qui aurez la gentillesse de nous apporter des dons, ou bien, tout simplement, de parler de Solidarité Enfance Asie à votre entourage, à vos amis, ou encore, de mettre le lien de l’association sur votre blog !!!

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