Chaire du Louvre : Georges Didi-Huberman et le Musée Imaginaire

Le public entassé au sein de l’auditorium du Louvre attend avec impatience que la conférence débute. Georges Didi-Huberman est l’invité, à qui revient cette année l’honneur d’animer ce cycle de 5 conférences.

J’ai assisté pour l’instant aux deux premières sessions et je suis scandalisée de la manière dont Georges Didi-Huberman traite son sujet … Il démolit André Malraux et son Musée Imaginaire, à tel point que j’avoue, les bras m’en sont tombés.

C’est mon point de vue d’auditrice. Je me suis sentie très vite mal à l’aise. Aucune question dérangeante n’a été posée à l’issue de la 1ère conférence. En revanche, mercredi, deux auditeurs ont marqué leur agacement à l’égard de M.Georges Didi-Huberman, et je les en remercie vivement.

De sa voix doucereuse, G. Didi-Huberman pèse chaque mot, nous restitue, comme le font les mauvais journalistes, de l’information fragmentée, mettant Malraux au banc des accusés ! Et puis, tel un mauvais manipulateur, quelques instants après, il parle en bien, du musée Imaginaire de la sculpture mondiale. Ce va et vient entre les mauvais coups de patte qui abîment Malraux et les caresses dans le sens du poil, sème le trouble.

Rien n’est épargné à Malraux. Il sort de ces deux conférences, dépeint comme un ignorant, voire un benêt, comme un voleur d’idées, de textes, …. Et oui, Georges Didi-Huberman utilise tant de raccourcis, que c’est bien la tonalité, le message qui me restent de ces 2 conférences.

G. Didi-Huberman ne fait pas honneur à la charge qui lui incombe, cette chaire du musée du Louvre.

Je sais bien que Malraux n’était pas un ange,… mais je ne suis pas allée à cet auditorium pour écouter un discours empli de mauvaise foi. J’ai ressenti du mépris de la part de l’orateur. J’attendais un discours lumineux, empreint de découvertes, de mots qui apportent de la valeur, de l’intelligence. J’attendais des mots qui grandissent. J’ai écouté et n’ai entendu que petitesse, mauvaise foi, empreinte de jalousie.

Les discours de Georges Didi-Huberman ont réduit mon plaisir à néant, le transformant en déplaisir. En deux heures et demie, comme neige qui fond au soleil, Mr Georges Didi-Huberman a perdu toute la considération que je pouvais lui porter, tout son capital sympathie. Clairement, il n’ira pas dans mon Panthéon. Je me questionne même sur les charges qui lui sont confiées. Il doit malheureusement représenter le « bien pensant », la doxa pour être ainsi sous les feux de la rampe.

Mon mécontentement, mon agacement sont tels que j’abandonne là, monsieur Georges Didi-Huberman et ses mots doucereux, pour me replonger dans les sublimes exemplaires des livres d’André Malraux, dont bien sûr le Musée Imaginaire (et je mets sciemment un I majuscule à Imaginaire)

André Malraux travaillant au Musée imaginaire

André Malraux travaillant au Musée imaginaire

L’été découpé

Assise à la meilleure table du restaurant Dar Al Azrak, à l’extrémité de cette jetée qui s’avance dans la mer et la surplombe, je terminais mon repas de poisson frais, coupé en fines tranches, pour exalter le goût de la chair crue. J’avais pressé dessus un citron enrobé d’une mousseline pour éviter un combat avec les pépins. Je venais de tourner la dernière page du livre de Moravia, « le mépris ».

Je goûtais le temps des vacances, celui qui passe doucement. Dans ce restaurant estival de Byblos, j’avais l’impression d’être sur un navire, flottant sur une mer calme. La couleur de l’eau était insaisissable, bleu profond, mais le soleil de fin d’après midi, tapait encore fort pour illuminer la surface de l’eau et tout l’espace qui m’entourait.

DarAl Azrak -byblos-jbeil

Dar Al Azrak – Byblos -Jbeil

Oui, Godard s’était bien fait son cinéma, en ajoutant la scène où Bardot effeuille son corps, le découpe en morceaux pour Paul son mari, joué par Piccoli. Ce n’est plus Bardot mais des jambes, des chevilles, … Je n’avais pas retrouvé trace de ce morceau du film dans le livre.  Pure invention et fantasme de la part de Godard.

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Justement deux compères libanais, vivant à Paris, discutaient quelques tables derrière la mienne. Le plus jeune, découpait son épouse en parlant de la « paire de hanches » qui avait partagé sa vie, et qui avait voulu filer à l’anglaise avec un londonien. Joseph avait découvert le pot aux roses en recourant à une agence de détectives privés. Il s’était décidé à franchir la porte de l’immeuble situé rue du Louvre à Paris, et avait rencontré la fille du fondateur, qui dirigeait le cabinet.

L’équipe diligentée par DULUC avait été efficace, avait filé Mina, jusqu’à Londres pour détricoter l’intrigue. En moins de deux semaines, l’affaire avait été pliée ou dépliée.

Joseph avait eu tous les éléments factuels pour faire pression sur la famille de sa femme. La famille avait remis Mina dans le droit chemin. Les pactes familiaux sont sacrés au Liban. Ce qui m’avait surprise, étonnée, dans ce morceau de vie, était de comprendre que Joseph était, lui aussi, infidèle à Mina. Finalement, le tabou dans ce couple, n’était pas la perte de la paire de hanches, mais la séparation potentielle, le divorce, qui aurait privé Joseph du titre de propriété de l’appartement familial Place du Trocadéro. Un bout de papier était au noeud du pacte qui liait les deux époux.

En rentrant à Paris, je n’ai pu m’empêcher d’aller voir si je n’avais pas rêvé. L’enseigne – cinq lettres entourées d’un tube en néon – existait bien, en plein coeur de Paris.

DULUC-détectives-18 rue du Louvre

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Plutôt que découper, je regardais les découpes : celle de l’ombre du plongeoir dans la piscine de David Hockney, celle de mon escalier, rue Malaparte.  Non, mon escalier ne ressemblait en rien à celui de la villa Malaparte, celui qui mène sur le toit terrasse et sa ponctuation, son solarium. Il ressemblait bien, en revanche, à ce petit escalier à Baalbek, ce passage étroit qui reliait, au sein des ruines, le temple de Bacchus à la terrasse du temple de Jupiter.

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Je m’engouffre, comme chaque matin, rue Férou, ce passage où « souffle » l’esprit, depuis la Place Saint Sulpice vers la rue de Vaugirard. Le soleil frappe sur la vitre du rez de chaussée du 4, là même où Jacques Prévert a vécu. Je contemple, comme chaque matin, trois découpes, coincées entre la vitre et le volet intérieur pas complètement fermé :

  • Les « films de ma vie » de Truffaut,
  • le dos d’une carte postale qui jaunit et dont le carton se gondole,
  • un exemplaire de Tintin au Congo qui semble ne jamais avoir été ouvert.

Ces trois objets me semblent avoir été oubliés, abandonnés pour l’été. Ils prennent vie chaque matin, lorsque je les regarde. Je les fais exister.

4 rue Férou

4 rue Férou

Je n’existe pas. Tout ce qui est vivant et qui m’entoure, m’ignore. Je ne cherche pas à me réifier. La réalité est pire que cela : Je suis moins que ces trois objets oubliés. Si peu vivante, je n’arrête pas de pincer ma peau, pour m’assurer que je suis en vie. Cette peau, à hauteur de mon poignet, est réduite à l’état de griffures. Je sens grandir ce cri silencieux au plus profond de moi. Il est en train de m’envahir et me réduire à néant.

Je cherche une fenêtre, une porte, une ouverture pour m’échapper.