Beauté Animale par François Pompon – Grand Palais

En allant chez le médecin, près du Musée d’Orsay, j’ai vu cette splendide affiche de l’exposition « Beauté Animale  » qui se tient au Grand palais.

La tête d’orang-outan sculptée par François Pompon (1855-1933) m’a rappelé plein de souvenirs liés à Laurent, dont nos visites régulières au jardin des plantes, alors que nous habitions Place Monge.

La large cage des orang-outans était fabuleuse, splendide. Ils étaient sans conteste, le clou du spectacle, faisant éclater de rire petits et grands. Plus sérieusement, nous allions aussi admirer les planches des dessinateurs que les grands explorateurs, découvreurs emportaient avec eux pour sceller, graver la faune prolifique des nouveaux mondes.

Pompon avait marqué ma rencontre avec Laurent puisque lors de notre visite au Musée d’Orsay, devant cette grandiose sculpture de Pompon qu’est l’ours polaire, Laurent avait pris ma main toute froide, l’avait réchauffée, puis s’était vite enhardi pour m’embrasser.

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Dans la salle d’attente, jeudi dernier, je feuilletais le catalogue de la vente d’art décoratif des DRAY en 2006 qui avait rapporté près de 60 millions d’€. En ouvrant une page au hasard, je tombais à nouveau sur Pompon, un paon, cette fois ci.

Mon médecin me fait rentrer dans son cabinet et je vois avec délice qu’il avait récemment fait l’acquisition d’une sculpture moderne imposante, presqu’à taille réelle, d’une tête d’éléphant. Splendide, génial !

Tout cela m’a donné envie d’aller voir l’exposition du Grand-Palais : Beauté animale. Mais la fatigue a eu raison de mon désir. Malgré le soleil radieux et ces quelques jours de congés, je n’ai pas eu la force d’entreprendre quoi que ce soit. Depuis mon appartement, le ciel est envahi d’une brume de chaleur, donnant l’impression que la Tour Eiffel, à peine visible, est habillée d’une fine dentelle de Calais. Rêvant devant ce paysage, je me suis fait mon cinéma, en revisitant l’oeuvre de François Pompon, avant d’aller un jour prochain au Grand Palais.

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L’ours est mon oeuvre favorite de Pompon et celle sur laquelle je rêve. J’aime cette pierre blanche et silencieuse comme la neige, j’aime cette pierre polie et lisse comme la glace.

L’ours de François Pompon étonne par son aspect sobre, simple. Il est proche de l’art esquimau, minimaliste, en os, ivoire ou pierre, au même aspect blanc et lisse.

Malgré son apparence dépouillée, la tête de l’ours de Pompon est d’une précision extrême et aucun détail n’est omis .

Vu sous un autre angle,

François Pompon (1855-1933) Ours blanc, entre 1923 et 1933, Statue en pierre

H. 163 ; L. 251 ; P. 90 cmParis, musée d’Orsay

Il se dégage de cette sculpture pourtant massive avec ses pattes trapues, de la fluidité. J’imagine l’ours évoluer avec facilité sur la banquise, nager dans l’eau presque glacée de l’arctique.

Il ressort de cette sculpture, à mes yeux, plus de fragilité et de finesse, que de solidité. C’est peut-être cela la magie que délivre cette sculpture : la fragilité, un moment où le temps est suspendu, un moment de répit en quelque sorte.

Cet ours solitaire, en perdition, met en exergue toute la fragilité de cette espèce, en voie de disparition, comme si Pompon, visionnaire, avait anticipé ce danger.

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A Pauline

Ma Pauline,
Je pense à toi très fort, en ce jour unique, baigné des Dieux.
En silence, dans la solitude, je me recueille et prie.
Je t’accompagne en pensées, dans cette église.
Sans être là, je suis tout près de toi,
ma main te protège, comme celle d’un ange gardien,
Je t’offre tout l’amour de mon petit cœur
Je te regarde et suis fière de ta douceur,
De ta foi en notre Seigneur.
Ton visage est illuminé de joie et de bonheur.
Je t’aime,
Ta marraine.

Aujourd’hui je suis à nouveau malade et je ne pourrai pas me rendre à la communion de ma filleule.

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Mandarins – I

Alors que je sors de la piscine du Mandarin Hôtel, à deux pas de chez moi, le soleil fait irruption dans mon territoire. Le préposé aux serviettes s’approche et déplie un large drap de bain tiède, pour accueillir mon corps ruisselant. Je le remercie en le priant de bien vouloir m’apporter un thé vert, du jardin Hosen. Le service était aussi parfait qu’au Mandarin de Hong-Kong. Allongée sur le transat, je lis quelques passages des notes de chevet de Sei Shônagon. L’employé dépose délicatement une théière en verre près de moi, et verse dans un minuscule bol, exactement comme en extrême orient, le précieux liquide. Puis il me tend, en la tenant avec ses deux mains, une enveloppe. « De la part de Mr Wei » ajoute-t-il. J’écarquille mes yeux, mais déjà il avait disparu. Qui est ce monsieur Wei ? J’ouvre l’enveloppe en faisant attention à ne pas abîmer le sceau en cire brune.


Je découvre un message sybilin :

Te souviens tu de notre rencontre au 88 ? Rendez-vous chez You-Feng, rue Monsieur-le-Prince, samedi à 17h. Je sais que tu viendras. Wong Wei.

Avec si peu de matière, tant d’ellipses, mais une précision aussi forte que celle du 88 Xiantiandi, où j’avais séjourné à Shanghaï, peu après son ouverture, l’hameçon était parfait. Bien sûr, j’irai Samedi à 17h, rejoindre cet inconnu qui me connaissait.

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Samedi 10 heures, Claudine m’appelle pour courir aux Tuileries. Oui, pourquoi pas ; tu ne préfères pas voir l’exposition Berenice Abbott au Musée du Jeu de Paume ?

Léa, j’ai cinq kilos à perdre. Mon mari rentre la semaine prochaine. On ira manger japonais après, si tu veux.

Je venais de sortir de la douche en voyant mes fesses énormes. Etait-ce moi qui les déformais ? Aucun homme n’est là pour me dire si elles sont jolies ou pas. J’opte donc pour des rondeurs anormales. J’avais aperçu mercredi matin, à l’aube, la pleine lune, si ronde, si belle, si pâle. Finalement, des fesses parfaites, rondes, sans cellulite, cela doit être splendide. Je n’ai pas cinq mais dix kilos à perdre. Si je suis seule, c’est bien parce que je suis ronde. Objectif : quarante kilogrammes pour un mètre soixante huit. Cela semble raisonnable et atteignable. Mais Claudine a bien vingt kilogrammes à perdre. Elle est boulotte. C’est son problème, pas le mien.

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Quoi de plus stupide que de faire le tour des jardins des Tuileries en courant ? Enfin, l’endroit est beau, désert en ce samedi matin. Et Claudine m’offre une certaine émulation, même une émulation certaine. Les tilleuls et les parterres sont tristes. Les statues de Maillol, feraient bien de courir avec nous. Sans parler, mais en soufflant sans s’essouffler, Claudine et moi avons tenu la distance, la durée.

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A 13h, je suis devant YAKI, rue Sainte Anne, et j’attends Claudine. Je commençais à m’impatienter : j’avais faim et voyais le restaurant se remplir à vue d’oeil. Alors que je songeais à mon rendez-vous énigmatique de cette après midi, j’entends la voix argentine de Claudine : Alors Léa, je sais, je suis en retard, allez, je vais t’inviter.

A peine sommes nous rentrées dans la salle, que je sens Claudine tirer fortement mon bras. Je me retourne et la vois littéralement dans un état de panique : Les japonais me dit-elle !

C’est normal Claudine, c’est un des meilleurs restaurants japonais de Paris, !!!!!

Claudine, complètement déconcertée, au bord de l’évanouissement, se rapetissant derrière ma personne, me tire davantage vers la sortie. A l’extérieur, elle m’exhorte de la suivre rue Thérèse, en courant. Léa, Léa, c’étaient les amis japonais de mon mari !!!

Claudine, es-tu sûre ? C’est difficile de reconnaître des japonais, ils se ressemblent tous ! Et puis, quel est le problème ? Bon, cela fait un an jour pour jour que cette catastrophe de Fukushima est arrivée, mais, il ont tout le même le droit de manger et de voyager !

Claudine redouble de larmes, et est dans l’incapacité de s’exprimer correctement tant sa voix chevrote. Je la vois malheureuse. Nous marchons doucement vers la rue de l’Echelle. Une fois allongée sur son canapé, j’entends alors Claudine m’expliquer

– Mon mari était censé être avec ce groupe d’amis, à Tokyo. Et je les trouve là, à Paris, sans mon mari. Je suis sûre que Philippe me trompe, je vais demander le divorce. D’ailleurs, je vais appeler tout de suite, Jean-Paulin, mon cousin ; il est avocat.

Alors que je suis littéralement affamée, que je sens mon ventre émettre des borborythmes, je tente de calmer Claudine, de lui éviter les pires bêtises. Je saisis la main de Claudine qui compose le numéro du fameux Jean-Paulin. Pauvre type, cela doit être difficile de porter ce prénom ! Allez Claudine, écoute moi deux minutes, raisonne toi.

J’avais haussé le ton, et cela avait fait son effet. Enfin, Claudine m’écoute, malgré les larmes qui continuent à rouler sur son visage.

Ton mari travaille dans un domaine sensible, les minerais ! Il négocie peut-être un contrat secret, Il ne te dit peut-être pas tout car il n’en est pas autorisé ? Même s’il est en Nouvelle-Calédonie, vous formez un couple solide. Je ne connais pas Philippe, mais d’après ce que tu m’as raconté, il semble sérieux, très sérieux. Pas du genre volage ? Et puis, vous êtes heureux ensemble. Tout vous réussit ! Regarde, ton fils, ton splendide appartement, ton mari qui a réussi. Regarde-toi, Claudine, tu es jolie, ravissante, intelligente, douce, attentionnée. Ton mari a de la chance de t’avoir, et réciproquement. Regarde-moi, tu vois bien qu’il n’y a pas photo ! Tu n’es que douceur, générosité, féminité ; moi, jamais aucun homme n’a voulu rester à mes côtés. Alors, tu ne vas pas briser tout ce que tu as construit, toute ta vie, car on a vu des japonais, dans un restaurant japonais ?

Les heures défilent, et même si mes paroles calment Claudine, je vois bien qu’elle n’est pas rassurée. Un couple, cela s’use doucement mais sûrement. Philippe vit à l’autre bout de la terre, bosse comme un malade. Claudine, s’ennuie à Paris. Je vois les couples se déliter autour de moi, mais, cependant, ils restent soudés, pour de multiples raisons. Quoi de mieux qu’un solide point d’ancrage même si ce n’est pas le paradis ? A quoi bon anéantir tout ce qu’on a mis tant de temps à bâtir ?

Claudine ferait bien d’aller en Nouvelle Calédonie, passer une ou deux semaines. Philippe lui manque et elle se fait son cinéma, un mauvais film.

– Claudine, viens à la maison ce soir. Je dois partir, il est 16h30. J’ai un rendez vous vraiment étrange, je te raconterai tout cela ce soir. Et débranche ce téléphone !

*****

Je suis partie rassurée pour Claudine, moins pour moi !

Et moi, est-ce que je fais bien de me rendre à ce rendez-vous à la librairie You-Feng, rue Monsieur Le Prince ? Je n’en sais rien…

 Je saute dans le bus 21 qui va me mener en haut du boulevard Saint Michel.

Qui est Wong Wei ? Jamais je n’avais étreint d’asiatique. Pourquoi, pour quoi me convoquer à un rendez-vous secret ?

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De la vie, de l’infini …

– Et oui, quand on a la varicelle, quelle idée de faire de la bicyclette. Vous me ferez le plaisir de rentrer en bus ou en taxi. Et pourquoi ne dormez vous pas ? Vous avez l’air épuisée.

Le médecin arrêta de me tancer en découvrant mon allergie à cette poudre qui était censée calmer ma peau.

– Pourquoi ne pas avoir appelé plus tôt ?

– C’est ce que j’ai fait, mais votre secrétaire a dit qu’il était normal d’avoir des démangeaisons lorsqu’on a la varicelle.

Après avoir appliqué une lotion apaisante sur mon corps, je me suis retrouvée enrubannée, comme une momie, de la tête au pied. Le médecin ajouta en souriant, vous ne ferez plus de vélo ainsi ! Allez, rentrez chez vous, reposez vous, cela va s’arranger, un peu de patience !

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Lorsque je suis montée dans le bus, trois personnes m’ont offert leur siège. Vêtue de noir, les pansements blancs se voyaient encore davantage.

Homme blanc, Jérôme Mesnager

Oh regarde la dame, on dirait une momie !,  s’est exclamée la fillette de 5 ans environ à sa camarade. Sa mère était un peu plus loin, avec un bébé dans les bras. Maman, Maman t’as vu la dame ? Regarde, c’est eccepp ecceptionnel, très très rare et vieux comme un dinosaure

J’étais assise près d’elles. La petite s’est alors lancée dans un monologue, digne d’un cours de philosophie.

La vie c’est infini, cela recommence tout le temps. Même quand tu es mort, tu es vivant, au paradis. C’est bien, parce que tu es bien installée dans un petit lit en pierres. Tout le monde vient t’apporter des fleurs, de toutes les couleurs. Et l’univers, les étoiles, le paradis, c’est infini, il n’y a pas de fin, même si toi aussi, tu vas mourir. On va tous mourir, mais cela recommence, la vie. Et les nuages, le ciel, c’est infini, cela continue toujours, toujours. Il n’y a pas de fin. C’est  çà la vie….

*****

Mon arrêt arrivait déjà, et je quittais à regret cet enfant au discours plein de fraîcheur, de spontanéité. J’avais oublié mes maux, mes pansements et je souriais. Les pensées de l’enfant défilaient et me procuraient une cure de jouvence.

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Ecrits et cris

Terrassée par une varicelle, je n’ai plus la force d’écrire. Mes mots ne tracent plus mes maux avec de l’encre. Je suis en quarantaine, condamnée à la solitude, tant je peux faire du mal à autrui.

Le rêve – le cauchemar-, la fièvre, les délires envahissent mes nuits, d’images récurrentes.

Je crie ma douleur, mon désespoir à une personne qui est atteinte d’un mal incurable. Elle est en train de devenir sourde. Cette surdité est irréversible. Je n’arrive pas à me faire entendre, me faire comprendre. Malgré cela, je m’épuise à crier.

Est-ce un homme, est-ce une femme ? Je ne le sais. Cet anonymat révèle mon incapacité  à me faire entendre de tous, depuis toujours.

C’est un peu cela l’absurde de ma vie ?

Les cris remplaceraient-ils l’écrit ? Les maux redeviennent prégnants à cause de l’absence de mots ?

*****

Je suis dans une salle d’attente. Assise sur un canapé, au plus près de la fenêtre. Le soleil envahit mon monde. Sur le mur en face de moi, un immense écran plasma diffuse des images que j’ai du mal à discerner à cause de la lumière. La pièce est complètement silencieuse.

Me vient à l’esprit le film « Trois couleurs, Bleu ». Emmanuelle Riva y joue le rôle d’une mère atteinte de la maladie d’Alzheimer. Elle vit dans une chambre d’une maison  spécialisée, avec pour seul compagnon, un poste de télévision muet. Les images déroulent. Elle les regarde ou les voit avec son regard absent.

Cette image capturée, illustre ma vie et le vide qu’elle trace à travers la matière, ou le long du fil téléphonique qui me relie à cet interlocuteur, pour rejoindre l’abîme.

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