No futur ?

Je m’étais étendue, j’avais pris mon fil pour rassembler les nuages blancs éparpillés, toutes ces feuilles vides, tous ces espaces blancs (murs, blocs, …) qui m’entouraient et qui ne demandaient qu’à être remplis. Je planais sur cette surface lisse, comme un enfant qui apprend à marcher. J’étais en plein élan.

Mon encre, depuis mon ancre plantée dans le point de Bozorgmehr, cette minime tache brune, se répandait. Jamais les pages ne s’étaient remplies aussi vite.

Tous mes espaces remplis d’écriture, reposaient sur une surface si légère, si fragile, au dessus du vide, d’une crevasse. Tout s’était écroulé, s’était déchiré, emportant ma surface, mon fil, l’encre.

L’émerillon de mon ancre, n’a pas su résister aux courants marins, aux vents déchaînés, à cette vague de folie.

Il m’a stoppée, exactement comme une couturière stoppe un fil.

Depuis, je suis à l’arrêt, littéralement enfermée dans ce labyrinthe, dessinant, répétant dans ma tête des motifs à l’infini  :

Quel serait mon futur, sans mon fil de lecture et d’écriture ? No futur

Comment lire si je ne pouvais plus écrire ? No futur

Comment écrire si je ne pouvais lire ? No futur

C’était bien cela cette histoire sans fin, sans porte de sortie, impossible. Chacun tenait un bout du fil. Qu’allait-il se tisser ? De pli en pli, que se dessinait-il ?

Nul ne le savait, dans cet espace indéterminé, où s’écrivait une partition unique, avec ce sentiment à chaque fois d’avancer vers le futur. Je me suis laissée entraîner dans ce labyrinthe. Je l’ai suivi les yeux fermés.

Ce midi, aujourd’hui, en ce moment divin où je traversais cette passerelle que j’appelle « la galerie des glaces », une porte s’est ouverte et j’ai enfin compris que les miroirs inversaient tout.

Et j’ai enfin réalisé que je n’avais fait que marcher dans le mauvais sens, à l’envers, renversée, sans repère si ce n’est le « point de Bozorgmehr ».

J’avais mal apprécié la solidité de cette surface.

Cette surface n’était en fait qu’un miroir dans lequel il se contemplait. Les miroirs inversent la vision de ce qu’on y voit.

Devant cette fissure qui faisait s’ouvrir les murs, les désagréger, je me suis libérée de ce miroir aux alouettes.

J’ai rassemblé toutes mes forces et j’ai sauté de ce labyrinthe, en me renversant dans le vide, prenant avec moi, mon encre.

Je me suis remise ainsi dans le bon sens. Je ne suis plus en arrêt, dans cet intemporel, cet hors du temps, cette éternité, où j’ai perdu mon temps sans le compter, mais en le contant maintenant. Le temps s’écoule à nouveau, avec mon encre.

Comme,

« L’oubli et la mémoire sont également inventifs »

Et comme,

« Le temps bifurque perpétuellement vers d’innombrables futurs »

me souffle BORGES, qui était à mon menu, ce midi, je n’ai pas à m’en faire pour mon futur;

Encore en plein vol, comme dans mon rêve de la nuit dernière, je ne sais où je vais me réveiller. Mais le pays sera à découvrir, je prendrai une machette, dégagerai les arbres, les branches, ramasserai les feuilles, et y installerai mon champ d’écriture.

© Swimming in the Space

Grain de beauté ou grain de folie ?

Lors de notre premier échange amoureux, j’avais été immédiatement attirée par cette minime tache brune toute lisse qui était ancrée, plantée dans le bas de son cou, à gauche, donc à ma droite, tel un quart de grain de riz.

J’avais caressé ce grain de mes lèvres, y avais délicatement déposé un baiser. Je m’amusais à promener dessus, la pointe de mes cheveux bruns.

Il n’avait rien d’un grain de café, mais ressemblait à la délicatesse d’environ six grains de sable soudés ensemble.

J’avais décidé que ce grain de beauté serait ma possession, mon territoire, comme le relevé d’un cadastre.

C’était mon point de ralliement lorsque je retrouvais cette géographie, ces reliefs, cette mappemonde, ce corps d’homme mis à nu.

A chaque fois, ce grain m’enchantait.

J’en prenais la mesure, me rassurant de le voir inchangé. Sa forme, sa taille, sa texture, sa couleur, …étaient à chaque fois identiques. J’en prenais un soin extrême, allant même jusqu’à lui donner un nom :

« le point de Bozorgmehr »

Jamais,  je n’avais réussi à croiser son regard, à voir ses yeux. Ils m’échappaient, sans doute de peur que je n’y lise quelque chose. Si je tentais de capter son regard, il se détournait et avait ce don unique, inimitable, de mettre de la distance entre nos têtes, nos pensées, nos corps.

Je n’avais pas insisté, ayant compris que ses yeux resteraient silencieux, qu’il ne voulait pas que je les lise.

Me repliant sur cette ancre, ce grain – point fixe, croix sur le corps – n’avait pas tardé à devenir une idée fixe, une obsession, un grain de folie douce !

Pour s’attacher à la géographie d’une tache brune, ne faut-il pas avoir un grain, être folle à lier ?

Comme à chaque fois, en partant, il trouvait une expression qui ne pouvait m’assurer que nous nous reverrions. Jamais, je ne savais si je le reverrais ou plutôt, si je reverrais le « point de Bozorgmehr ».

Nous vivions dans l’indéterminé.

Un beau jour d’automne, dans un instant de pur poème, j’aurai vu son « grain de beauté » pour la dernière fois. Je me souviens lui avoir soufflé « Bonne nuit » avant qu’il ne se retire… à jamais.  J’aurai laissé ce grain de folie, en suspension, en orbite autour de ma terre, de mon monde.

J’ai tout oublié de lui, sauf ce « grain de folie » que j’aurai fixé des heures durant.

Dans ma pure folie, dans mon monde qui ne semble plus avoir de limite, puisque je vis au bord du gouffre, comme me le fait remarquer M.A., j’ai planté, gravé, inscrit, écrit pour toujours, sur Google Earth, ce millimètre carré, le « point de Bozorgmehr », qui est à mes yeux, le plus bel endroit du monde.

Et je peux dans mes instants de pure folie, retrouver ce lieu, en zoomant sur mon atlas géographique, si intime, si privé, même si des millions d’êtres humains peuvent le voir !

Seule moi, sais où il se trouve, saurai reconnaître sa surface.

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Thés Japonais

En ce dimanche matin, au ciel si bas, si gris… penchée sur ma table basse japonaise & buvant un thé japonais, me vient à l’esprit d’écrire une brève, un billet sur le thé japonais.

J’ai eu la chance & le privilège d’habiter le Japon et de parcourir ce petit pays de long en large.

Une des choses, mais c’est une parmi des milliers, qui m’a enchantée est bien le thé japonais.

Il en existe tant de sortes qu’elles sont regroupées dans diverses catégories ;

  • le thé MATCHA me semble le plus noble, car utilisé lors de la fameuse « cérémonie du thé ».  Il se présente sous la forme raffinée (raffinée dans tous les sens du terme),  d’une poudre verte – un vert à la fois puissant, intense, mais couleur à laquelle  nous sommes peu habitués en occident-. J’ai retrouvé cette couleur, dans certains motifs de kimonos.  Je pourrais vous écrire des pages entières sur la cérémonie du thé, ce sera peut-être pour une autre fois, tant il est vrai que j’aime les « cérémonies », les « rituels », ces gestes précis, appliqués & à la fois naturels, pour créer un « vide » ce MU, kanji de 12 traits (un des kanjis les plus compliqués & paradoxal pour représenter le vide qui ne peut l’être) , pour amener l’autre à simplifier, se désencombrer l’esprit.
  • Le BANCHA, le thé le plus courant, celui de tous les jours. Il se décline sous plusieurs formes : Le Genmaicha, thé vert accompagné de grains de riz soufflés, le Mugicha, thé à base d’orge, servi glacé pour aider à supporter la chaleur humide estivale et puis l‘Hojicha, ce thé grillé   (roasted tea) qui accompagne les repas de tous les jours. Ce thé a un goût qui désempare les européens J’avais eu du mal à m’y faire, & désormais, je le trouve excellent. Tous ces thés sont parfaits pour les repas du soir, car faible en théine.
  • Le SENCHA, qui est le thé vert le plus répandu en France. Il se boit lors de toute occasion. Là aussi la variété est large, allant du plus simple, aux plus grands crus venant des jardins les plus rares.  Le thé Sencha le plus simple (Karigane) est aussi à mon goût un des plus parfumés, car fait de longues feuilles vertes séchées, mélangées avec des « stems » (des tiges) qui lui confère des arômes uniques, frais, qui se succèdent en se lisant ou s’écrivant dans le palais.
  • Le GYOKURO, commence à émerger en France. Ce thé vert sophistiqué a la particularité de pousser à l’ombre & d’offrir une douceur, voire presqu’un arôme sucré. Je suppose que vous savez à quel point l' »ombre » a son importance dans la culture japonaise (Cf l’éloge de l’ombre de J. TANIZAKI). Tout ceci fait que c’est un des thés verts les plus recherchés au Japon. Sa préparation est méticuleuse car l’eau ne doit pas être trop chaude, et l’utilisation de petites tasses est requise pour faire refroidir l’eau. Le parfum de ce thé se développe vers 70°.

Voilà, j’aurais voyagé en écrivant ce matin.

Je sais, c’est un luxe, mais je fais venir directement mon thé du Japon ;

je l’achète dans une boutique online https://shop.ippodo-tea.co.jp/shop/en/, qui est très efficace & fiable.

Ce magasin de thé se trouve dans la vraie vie, à Kyoto. Il  fait salon de thé (dégustation de Thé), donc ne vous attendez pas à y trouver des gâteaux comme en France. En revanche il vous sera servi un minuscule et délicieux gâteau de pâte de riz, fourré de pâte d’haricot rouge.

Il est peu connu des touristes qui traversent la ville en un ou deux jours, mais est très recherché des Kyotoïtes qui font la queue le samedi et le dimanche pour y passer quelques instants de sérénité.

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Hors cadre

Je n’en peux plus…. tant les cadres me dérangent, m’insupportent ! Tous les cadres ! Pourquoi vouloir tout cadrer ! Vivre enfermée dans un espace limité, me rend folle. Je ne supporte plus ces ronds de cuir, ces cadres ridicules qui n’ont pas de courage, qui suivent les chemins qu’on leur trace, dans la ligne du parti, le politiquement correct;

Je n’adhère à rien, et surtout pas aux cadres.

A quoi bon vouloir encadrer un tableau ?

A quoi bon cadrer une photo ou la recadrer ? l’enfermer ?

A quoi bon faire des notes de cadrage ?

A quoi bon être un cadre ? voire pire encadrer, donc limiter  la pensée d’autrui ! Non jamais, jamais je ne pourrai être ainsi.

Pourquoi limiter et réduire ainsi sa pensée, son imagination? Même un livre finit par devenir un cadre à l’écriture ou est ce qu’il devient cadre une fois imprimé ?

A quoi bon écrire dans un carnet ?

Je ne veux que regarder en dehors du cadre, ailleurs, m’échapper de ce théâtre ridicule & grotesque. Je veux de la liberté, vivre en expansion, sans contrainte, avec un minimum de lois que j’aurai moi-même définies.

Même cet espace, ce blog me semble, ce soir,  un cadre et une prison !

C’est dire ma colère, ma mauvaise humeur que j’ai distillée partout aujourd’hui.

Tout le monde me fuyait. c’est parfait, je voulais la solitude.

Comment l’oublier ? Comment le limiter, l’encadrer une bonne fois pour toutes, et donner un coup de pied, ou alors avec toute la force, l’énergie que j’ai dans mon corps, attraper ce cadre et le lancer dans l’espace pour qu’il erre à jamais dans des galaxies, en compagnie des étoiles.

Comment le mettre en orbite, pour qu’il disparaisse de mon champ de vision (qui est un cadre aussi malheureusement).

Je vois tout en noir.

Combien de temps encore va-t-il me hanter ?

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