Calligraphie japonaise

Je n’ai aucun souvenir de ce qui m’a menée aux cours de calligraphie japonaise du musée Guimet, en 2002, dans cet espace culturel caché au sous-sol du musée. Il fallait franchir des portes coupe-feu. Rien n’était indiqué sur cette porte que je m’étais décidée à franchir … Tout était fait pour décourager le postulant. « Non, les cours sont complets. La priorité est donnée aux élèves du maître. Je peux vous mettre sur liste d’attente… »

Etait-ce l’envie d’aller au Japon, qui m’avait fait insister, m’inscrire sur cette liste d’attente sans espoir ?
Etait-ce lors d’une visite des statues Khmers ramenées par Malraux, et d’une errance dans ce musée minéral, sans végétation, que mon attention aura été capturée par un fil en or, une pensée japonaise que j’aurais suivie jusque dans les entrailles du musée Guimet ?

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A mon premier cours, j’étais arrivée un peu en avance et avais buté contre la porte fermée où un petit papier indiquait, « merci de ne pas rentrer avant l’ouverture de la porte ».

15 minutes avant le début du cours, la porte s’était ouverte et le maître de calligraphie, m’avait priée d’entrer après avoir enlevé mes chaussures.

Je m’installais sur une table, qui sera ensuite, toujours la même, ma table.

Le maître m’a expliquée les règles du cours.

Tout démarre par l’apprentissage des hiraganas, au travers d’un poème traditionnel « I-Ro-Ha », puis vient l’apprentissage des kanjis de base, pour ensuite, découvrir ceux du poème (Haiku, Tanka…) que l’élève choisit de calligraphier.

le Haiku se compose de trois vers de 5 / 7 / 5  syllabes, le Tanka, de cinq vers de  5 / 7 / 5 / 7 / 7  syllabes

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Je ne pratique plus la calligraphie depuis deux ans. Cela me demandait trop d’énergie.

Oui, inspirer, tracer les traits … pour former les caractères, en les enchaînant, sans s’arrêter, car sinon, le trait est mort pour le maître de calligraphie qui est particulièrement vigilant à ce que les signes soient vivants.

La calligraphie japonaise est un exercice excellent pour maîtriser son énergie, la doser, la répartir harmonieusement, tout en souplesse, en élégance. Il est venu un temps où le manque d’énergie faisait que je ne savais plus la doser.

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J’adore l’art de calligraphier, art qui nécessite beaucoup d’exigence, de rigueur.

La calligraphie est plus imaginative, créatrice qu’il n’y paraît. En effet, il ne s’agit pas de simples reproductions de caractères, même s’il y a une partie d’exercices durant les 3 heures de cours.

J’aime choisir mon papier, j’en achetais au Japon ou en Corée. Le papier est divinement beau, la texture varie à l’infini, comme l’étoffe d’un tissu.

J’aime tous ces accessoires si sobres si beaux : la pierre à encre, les batons d’encre, le pot à eau, les différents pinceaux pour les poèmes, pour les caractères  chinois ou japonais, pour les exercices, ….

J’aime mon dictionnaire de Kanjis. Et encore plus celui des vieux kanas. J’aime apprendre ces clés, découvrir de nouveaux caractères dans un poème.

J’adore préparer mon encre en tournant doucement le bâton d’encre sur ma pierre à encre. Le bruit est poétique, le geste libère et détend.

Je tiens mon pinceau, imbibé de cette encre si noire, verticalement et je respire. Les caractères se forment, sans s’arrêter. L’espace blanc, l’espace temps, se remplissent de mots et de poésie.

Je prends du plaisir à rendre l’espace harmonieux sur la feuille : dessiner les caractères et créer cet espace hors des caractères, donc ce vide.

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Ci joint deux photos : l’encre rouge est celle utilisée par le maître de calligraphie, la noire, par l’élève. La signature du calligraphe, se situe à gauche.

Un poème du chinois  « Liu Yuxi » : les vagues qui déferlent sur le sable

« Au huitième mois, la grande marée déferle sur la terre en rugissant

La crête haute de plusieurs toises heurte la colline et se retire

en un instant, elle s’est retournée et est repartie vers la mer,

roulant des monceaux de sable pareils à des amas de neige »

Un haïku de BASHO extrait du livre : A Kyoto rêvant de Kyoto : « oh toi le coucou »,  au style enchaîné, où l’espace tout autant que les traits, leur fluidité ont toute leur importance :

Hototoguisu

Ho Ho Take Ya Bu Ho

Mo Lou Tsu Ko Yo

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J’adore cet art qui ralentit le temps. Au bout de 7 années de pratique, je me sens toujours aussi gauche, l’élève est un débutant, il apprendra toujours et appréciera la découverte de merveilleux poètes : Issa, Buson, Bashô, Ryôkan, …

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Cinq chambres d’été au Liban – R.Millet

Fil d’ariane : 

Alors que je cherchais l’édition originale des Exercices d’Admiration de Cioran, il aura fallu que je me rende dans cette librairie du Bld St Germain, en ce 18 septembre.

J’avais pourtant hésité à franchir la porte car il était indiqué que le magasin était fermé entre 13 et 14h. Il semblait réellement vide.

Ma montre indiquait 14H10, j’ai donc poussé la porte, et là, comme dans un film qui se déroulerait au ralenti, j’ai senti mon regard attiré, par un livre posé sur le coin de la table.

J’ai lentement tendu mon bras et posé mon doigt d’un geste assuré, sur le livre auquel je m’attendais le moins & qui donc m’a fait un plaisir immense : « les cinq chambres d’été au Liban » de Richard Millet, aux éditions Fata Morgana.

En arrêt, stupéfaite, je n’ai pu que murmurer à Michel-Ange qui discutait alors avec Marie-Ange : « c’est ce livre qui m’attend ».

Entourée de tant d’anges, je me suis demandée si j’étais au paradis ou dans la vraie vie.

Je n’ai ouvert que la dernière page du livre & y ai lu « vingt numérotés sur chiffon de la Bekaa ». Le livre portait le n°XV.

En lisant ce numéro par un double prisme, cet exemplaire ne pouvait que me mener, à cette chambre de la plaine de la Bekaa, que j’avais habitée : cette ruine, face aux ruines.

Michel-Ange me prit le livre des mains et dit alors : « je vous fais bien sûr un paquet cadeau ».

Je ne pouvais qu’opiner.

Ce livre serait un prolongement, un follow-up, une fin et suite à mon séjour à Baalbek.

Ce voyage qui m’a guidée vers la Syrie & le Liban, m’a procuré du plaisir et pas seulement du rêve.

J’ai été heureuse de découvrir ces pays qu’il me fallait, car je savais que j’y trouverais de la plénitude.

Ma surprise est que la plénitude que j’y ai trouvée n’a pas été « dans la moyenne », mais « hors norme », sans mesure.

Devant la platitude des échanges sortant de la bouche de ces deux anges, je revenais à la réalité et quittais la librairie.

J’ai ouvert le livre au jardin des Tuileries, devant mon champ de lavande.

Enfin, j’ai cherché les cinq chambres. Les feuilles étaient pliées, pas encore découpées. Je n’ai pas trouvé tout de suite celle que je cherchais. Deux lieux mentionnés me transportaient,… Tyr, Jezzine, … ; mais je ne trouvais pas Baalbek.

Je ne l’ai trouvé qu’en rentrant chez moi.

J’ai délicatement déplié les feuilles.

J’ai lu ces quelques pages, comme j’aurais lu une carte géographique, une carte marine, un territoire.

Je recherchais dans les mots : les reliefs, les accidents, les couleurs, la texture des différentes matières, l’ombre et la lumière, toutes les lumières, l’obscurité, les ombres, de chaque moment du jour, jour après jour, les odeurs, les bruits, le silence, le vide, ses hôtes passés et à venir, l’absence, la présence, la clé à deux faces.

Et, j’avoue, après avoir lu le texte, que je me suis demandée, si Richard Millet l’avait vraiment habitée. Au mieux, y-a-t-il passé la tête ou jeté un oeil ?

Ce n’était pas la chambre que j’avais habitée, que j’avais aimée, sans pouvoir y aimer un homme. Ma chambre était celle de la présence de l’absence.

Pourquoi chercher quelque chose, vouloir trouver ce que j’ai vécu, de manière unique, dans un livre ?

Mes chambres d’été au Liban, ces ruines que j’avais habitées, à Bcharré & Baalbek, dans la solitude qui m’accompagnait, ne pouvaient être que « différence ».

Je rêve de retrouver la vallée de la Qadisha, la plaine de la Bekaa, de retourner dans les chambres de Bcharré & de Baalbek, et de m’y retourner avec un homme.

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Il y a plus de cinq chambres dans ce livre. Celle qui m’a peut-être le plus émue, est la dernière, celle où l’éternité nous attend tous, que nous soyons au Liban ou ailleurs, quelle que soit la saison, été, hiver…

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les lièvres de Barry Flanagan – Flanagan’s hare

L’univers de Barry Flanagan est un bestiaire étrange, mystérieux, qui vient enchanter notre environnement urbain, lui donnant une part de rêve, nous offrant une échappatoire à notre quotidien, nous permettant de nous envoler ailleurs, …

Oui, car une des thématiques les plus célèbres de l’artiste, ce sur quoi je vais écrire aujourd’hui est « le lièvre » en plein envol, …

J’avais été frappé en voyant cette sculpture en bronze d’un lièvre immense, au jardin des Tuileries, lors d’une exposition collective à laquelle participait Barry Flanagan en 1996.

J’avais alors instinctivement pensé à LA FONTAINE. J’avais cherché la tortue sans la trouver.

Après avoir découvert davantage l’oeuvre de Flanagan j’ai aussi bien sûr pensé à l’oeuvre de Lewis CAROLL, tant ces lièvres ont des corps étirés, des dimensions disproportionnées par rapport à la réalité, ont un côté burlesque et facétieux, avec leurs oreilles et leurs pattes que Flanagan modèle au gré de sa fantaisie.

Les sculptures sont pleines de vie, de mouvements.

Il les fait voyager : Son lièvre posé sur l’Empire state Building m’avait fait penser à un clin d’oeil de l’artiste sur le film King Kong.

Dans le monde merveilleux de Barry Flanagan, le monde de la danse est vraiment prégnant ; ses lièvres sont en plein envol, exactement comme des danseurs pourraient l’être. L’artiste est fasciné par la danse : il a lui-même suivi des cours de danse avec Carolyn Carlson.
Grand admirateur de Nijinski, Flanagan va s’inspirer de lui pour réaliser des séries, des variations, en son hommage. Comment ne pas être impressionnée par la capture d’une telle posture, de telles contorsions ?

Pas très éloigné du monde de la danse, l’univers de Flanagan me renvoie également au monde du cirque. J’aime beaucoup ces deux acrobates. Mais j’aurai pu illustrer par des lièvres aux cymbales, ou le spectacle qu’offrent les boxeurs, …

Beaucoup plus sérieux, mais finalement peut-être pas est ce lièvre penseur, directement inspiré de celui de Rodin. Oui, il a un côté massif et puissant comme les sculptures de Rodin et diffère vraiment des lièvres graciles en plein envol ou dansant, se contorsionnant.

Je ne voudrais pas réduire l’oeuvre de Flanagan aux lièvres bondissants. Flanagan a un bestiaire, un imaginaire beaucoup plus développé. L’éléphant, le cheval, le léopard ont fait l’objet de nombreuses sculptures. Flanagan a d’ailleurs réalisé des compositions alliant deux thèmes : Eléphant et lièvre, éléphant et léopard ….

Et puis, Flanagan est un excellent dessinateur : il a fait de splendides nus, … des visages, …Pour préparer ses sculptures, je suppose, ou pour aplatir les lièvres sur un plan, une table, une feuille, et les réduire à deux dimensions, Flanagan a également dessiné ses fameux lièvres !

Une superbe exposition : « chevaux et compagnie » se tient à la galerie Lelong, rue de téhéran, du 07 avril au 11 mai 2011 : http://www.galerie-lelong.com/paris/fr_paris.htm en photo, un lièvre penseur sur un cheval !

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Michel-Ange et Rolande – (2)

Michel-Ange, était très petit, presque nain. Il était agrégé de philosophie, se déplaçait à bicyclette et travaillait chez un carrossier.

Il y avait clairement quelque chose qui clochait. Comment un agrégé de philosophie pouvait vivre en carrossier et servir sa compagne et sa mère aveugle ?

Je prenais mes cours d’allemand dans la cuisine des Badiou-Ferrare. Mon livre d’allemand était écrit en gothique. L’apprentissage de l’allemand s’était fait au travers des contes et légendes : Die Heinzelmännchen, die Kindertotenlieder ; die Loreleï, Hänsel und Gretel…

Michel-Ange, en plus de son travail de carrossier, effectuait les tâches ménagères de la maison, préparait les repas, servait la mère de sa compagne qu’il surnommait le « crocodile » à cause de son dentier et me donnait des cours d’allemand.

Il m’avait montré la chambre du crocodile, j’avais pu voir des armes blanches et des armes à feu qui couvraient les murs de cette chambre d’aveugle. Des livres en braille étaient posés sur une table, près d’un lit étroit, collé à la fenêtre.

Michel Ange rangeait tout ce qui lui appartenait dans la chambre du crocodile. Les armes lui appartenaient donc. Avaient-elles servi ? S’en était-il servi ? Avait-il tué des êtres humains dans un passé récent ?

Il avait également toute une collection de livres et revues sur la guerre. Un jour, il m’avait montré avec fierté un livre qui lui tenait à cœur : « Mein Kampf ».

J’étais encore enfant, mais je savais qui était Hitler, puisque, d’une certaine manière, c’était par Hitler, que la ruine de ma famille était arrivée, ainsi que la mort de mon grand-père qui dormait pour l’éternité, dans une fosse commune.

J’avais été très diplomate, à la vue de ce livre écrit en gothique. Michel-Ange, l’avait soigneusement rangé. Ce livre assez petit était recouvert d’une couverture en plastique, pour que le temps ne l’abime pas.

J’appréhendais toutes les contradictions au sein de ce couple atypique. Visiblement le passé de Michel-Ange était flou, sombre, pas net. Avait-il choisi le mauvais camp pendant la guerre ?

Essayait-il de se racheter en vivant dans l’abnégation la plus totale, en consacrant sa vie à une victime de guerre et à sa mère infirme ? Avait-il ressenti de la pitié pour cette femme ? Comment s’étaient-ils connus ? Elle, venait d’un milieu ouvrier ; lui, d’un milieu d’intellectuels parisiens ?

Quels péchés avait-il commis, expiait-il pour vivre ainsi, dans cette déchéance ?

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Michel-Ange et Rolande – (1)

De la première visite chez Melle Badiou, je ne me souviens pas de grand-chose. Le petit immeuble où elle habitait, rue de la Libération, avait été bâti juste après la guerre. Les murs étaient gris, sales. Son appartement était situé au rez de chaussée, mais elle avait étendu son territoire, dans l’escalier, en y installant sa bibliothèque.

Ma mère me tenait la main, j’avais quatre ans et elle savait que Melle Badiou était un peu bizarre, avait un mode de vie anormal.

Mais le mien était-il normal ? Je n’étais pas scolarisée. Aller à l’école maternelle ne servait à rien, selon mon père. Je n’avais pas le droit de côtoyer les domestiques. J’étais seule à la maison puisque ma mère travaillait dans l’entreprise de mon père.

La lecture était un passe-temps noble, donc il était temps que j’apprenne à lire.

Melle Badiou m’apprendrait donc à lire et à compter.

Melle Badiou était venue nous accueillir. Dans cette entrée, les murs étaient recouverts de centaines d’insectes, tous épinglés dans les murs. Des oiseaux empaillés, des roches, des cailloux étaient jonchés sur une table basse en formica. J’étais terrorisée.

L’entrée desservait la salle d’études où 5 élèves pouvaient travailler. Mais, moi, j’aurai des cours particuliers. Je pouvais enfin mieux voir Melle Badiou, la voir de face. Ma mère m’avait dit de ne rien dire, de me taire, de ne faire aucun commentaire. Melle Badiou m’effrayait encore plus que tous ces morts dans l’entrée.

J’hurlais en silence intérieurement, ce qui se traduisait par des gestes précis de mon corps. Je suçais mon pouce en ramenant mes deux bras contre mon visage, comme pour me permettre de ne pas voir. Je grattais le dessus de mon nez avec mon index droit et mutilais mon poignet gauche en le grattant avec le reste de mes doigts. J’étais angoissée au point d’avoir des trous à mon poignet et mon nez.

Comment un tel corps pouvait exister ?

La géographie de son corps semblait être un champ de bataille (après le combat), tel un champ  de mines.

Melle Badiou, avait reçu des balles, tirées par les allemands pendant la guerre. Ces blessures profondes avaient mené à l’amputation de son bras droit et d’un pied.

Etait-ce par fierté, pour défier le monde, pour clamer haut et fort son statut de victime de guerre, pour montrer aux autres ce qu’il lui avait été fait durant cette guerre ? Je ne sais pas, mais âgée d’une cinquantaine d’années, elle était laide, ronde, enrobée et portait des robes légères, qui laissait voir ce corps meurtri. Elle l’exhibait, sans aucune gêne, aux yeux de tous. Tout le monde s’y était habitué, y compris moi.

Jamais je ne l’ai vue porter une robe à manches longues. Elle laissait son moignon à l’air, été comme hiver. Elle le faisait bouger, l’utiliser pour tenir une carte, un livre…

Sa jambe mutilée reposait dans une chaussure orthopédique comme ont les pieds-bots.

A son pied gauche, elle portait, été comme hiver, une tongue en plastique.

Je la voyais pousser une espèce de poussette à 4 roues, avec un panier en osier posé dessus lorsqu’elle partait pour le marché.

Elle vivait, avec un homme d’une dizaine d’années son cadet. Etaient-ils mariés ou non, cela n’était pas clair et n’avait pas beaucoup d’importance. Ils dormaient dans le même appartement, même s’ils faisaient chambre à part.

Michel-Ange, car le compagnon de Rolande Badiou, s’appelait Michel-Ange, m’apprendra quelques années plus tard l’allemand. Ces deux prénoms me semblaient antinomiques. Comment pouvaient-ils aller l’un avec l’autre ?

J’allais prendre ma première leçon de lecture la semaine suivante.  Ces leçons, ce couple bizarre, représentaient un grand point d’interrogation pour moi, tout comme une nouvelle fenêtre vers un ailleurs, donc vers du ciel, que j’espérais bleu !

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