Le docteur Moret

Le docteur Moret a cassé sa pipe lundi. Il était connu comme le loup blanc.  Personne ne s’attendait à ce qu’il passe l’arme à gauche si jeune. Il avait la vie chevillée au corps. Il portait des bottes de sept lieues, et s’était aventuré hors des sentiers battus. Bien mal lui en a pris. Il était allé à tort et à travers et avait balancé un coup de pied dans une fourmilière tant il avait le nez dans le guidon. Comme il était tout sucre tout miel, il n’était pas tombé sur un bec mais sur un nid de frelons. Il a eu beau pousser les hauts cris, un coup de tonnerre dans un ciel serein, il a senti la faille, a voulu prendre la tangente et prendre ses jambes à son cou, pour parer au plus pressé. Il pensait ne pas avoir dit son dernier mot. Mais les frelons n’y sont pas allés par quatre chemins,  ils avaient le docteur Moret dans le collimateur et ne feraient pas deux poids deux mesures du docteur. Ils  comptaient se tailler la part du lion. Le docteur Moret respirait désormais comme un soufflet d’orge, il avait le feu aux trousses, et n’arrivait plus à prendre le taureau par les cornes. Il ne prit même pas la mouche,  et est passé à la trappe.

Villa Malaparte – Point virgule

Je viens de découvrir l’affiche officielle du 69ème anniversaire du festival de Cannes. Cette affiche, toute dorée célèbre le film de JL Godard.  J’y vois la villa Malaparte au coeur de l’affiche.

Sa villa me fait rêver, sa vie me fascine, ses livres dépeignant la cruauté de la guerre me bouleversent, son écriture me renverse.

Comment Malaparte est-il venu se planter dans ma tête ? Il est rivé à ma personne, tel un clou, comme un point d’ancrage.

Je ne peux arriver à exprimer clairement ce qui m’attire autant chez Curzio Malaparte : sa vie extraordinaire, sa personnalité un peu folle, son oeuvre, ses voyages, les épreuves qu’il a traversées. Malaparte me transporte, me fait rêver ! Il est une source d’inspiration intarissable. Me voilà désormais habitant sa rue, sa maison à Paris.

Je ferme les yeux, et monte l’escalier lentement, en prenant mon temps pour admirer le paysage.

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Me voilà sur le toit terrasse, cachée derrière cette ponctuation, cette virgule, cette respiration, que forme le mur du solarium.

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Ce qui aura manqué à ma vie, est de visiter l’intérieur de sa villa à Capri. Car sa maison est bien un des paradoxes de Malaparte : un extérieur au design épuré, des marches, des escaliers à perte de vue. L’escalier montant au toit terrasse est inspiré de celui de l’église d’Annunziata à Lipari. escalier-eglise-annunziata-lipari-pour malaprte D’autres marches déroulent un tapis et forment un escalier privé qui serpente vers la mer.

L’extérieur est parfait, splendide à mes yeux. Cela pourrait être un lieu de sacrifice, d’abandon, face à l’immensité de la mer, à l’infini de la voute céleste. La verdure environnante accrochée à la roche gris claire se marie à la couleur rose brique de la Villa.

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Villa Malaparte – photo Carole Darchy – 8/8/2010 – Capri – Swimminginthespace.com

Les fonds marins déclinent une palette idéale couvrant l’intégralité du spectre des bleus et des verts.

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Fonds marins et verdure près de la Villa Malaparte – 08 août 2010 – Photo de Carole Darchy – Swimminginthespace

L’intérieur est d’une rare austérité, totalement dépouillé et donne une impression glaciale.

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Etait-ce cela la face cachée de Malaparte, un homme avec une pierre à la place du coeur ? un homme uniquement capable d’aimer lui même et ses chiens, dont le célèbre Febo ?

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C’est peut-être cela qui m’attire autant chez Malaparte : l’esthétique, l’aridité, une douleur sourde que je devine au fin fond de son âme, au travers des pages folles de violence et de souffrance dans La Peau ou Kaputt.

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Malaparte est une idée fixe, un désir à atteindre, un rêve inaccesible

Pacer : rêve américain

Après ces tempêtes nocturnes, le ciel bleu et le soleil m’ont incitée à traverser Paris. A peine partie, non loin du côté de chez Swann, alors que je pédalais de toutes mes forces pour gagner en vitesse, la vue de cette petite voiture m’arrêta.

Je m’exclamais : Une Pacer, en freinant brusquement pour admirer le véhicule.

Pacer - AMC

Je regardais l’intérieur  : le volant, la boîte automatique, un lecteur de cassettes  impeccables.

Mon intérêt pour les automobiles est vraiment limité, mais la « Pacer » correspond exactement, parfaitement pour moi, à l’Amérique, au rêve américain, aux grands espaces, aux voyages. Elle me transporte dans un autre monde, une autre galaxie : le désir !

Pacer - Boulevard Malesherbes - 29/12/12

Pacer – Boulevard Malesherbes – 29/12/12

Je revois en pensées mon frère revenir de son séjour aux Etats Unis, en 1975.

Le 33 Tours de Simon et Garfunkel, rapporté des States, relevait du sacré. Il fallait l’écouter avec économie, pour ne pas l’abîmer par des crépitements irréversibles.

Je mettais délicatement le vinyle sur la platine. Le bras automatique posait l’aiguille sur le disque ; L’aiguille bruissait en parcourant les sillons : un son moelleux, rond et chaud sortait alors des grosses enceintes JBL.

Je regardais allongée sur le parquet du salon, la pochette de ce disque magique, qui élargissait mon monde : L’allure décontractée des chanteurs, assis parterre, contre un grillage près des réservoirs de Central Park, portant des blues jeans, les cheveux « mi-longs », était pour moi, symboles de liberté. Ils représentaient à mes yeux un idéal de vie.

Simon-Garfunkel-Mrs-Robinson

J’étais transportée, par les chansons dont je ne comprenais pas un mot.

Je rêvais à New York, et plus encore aux grands espaces de l’ouest américain…. sur l’air de Mrs Robinson.

J’écoutais mon frère me raconter son périple au fond du grand canyon, et je ne me lassais pas des soirées diapositives regardant Bryce Canyon, Zion Canyon ….

Bryce Canyon

C’était l’époque où j’accompagnais mon père à Paris. Et les « Pacers », d’American Motors Corporation y étaient en vogue. J’adorais cette touche américaine, ces larges vitres, idéales pour voir défiler les paysages.

Je m’imaginais voyager en Pacer, rouler sur ces longues routes toutes droites du grand ouest américain, à une allure lente, exactement comme le tempo des mélodies de Simon and Garfunkel !

Route 66

                 Route 66

La traversée de Paris

Les décisions se prendraient-elles la nuit ? A trois heures du matin, réveillée et songeuse, je me suis décidée, en regardant cette lune dont la lumière blafarde atteignait mon visage, à changer de vie.

Habitant à la fois, en face d’une station Autolib et Vélib, j’avais donc la possibilité de ne pas m’enterrer dans mon quartier.

A toute évidence, il me serait plus facile de refaire de la bicyclette que d’apprendre à conduire. Oui, il paraît qu’on n’oublie jamais les gestes simples du vélo. Je me suis donc levée en pleine nuit, pour souscrire un abonnement Vélib.

Ce serait une clé pour me sortir de ce quartier de la Concorde où il n’y a rien. Cela me permettrait aussi de faire un peu de sport, de jauger mon souffle, ma forme.

*****

Le soleil pâle hivernal et le froid glacial ne m’ont pas découragée, bien au contraire.

J’ai été un petit peu décontenancée devant le vélo : il m’a fallu ajuster la selle, vérifier les freins. Le klaxon fonctionnait à merveille. J’ai eu du mal à trouver comment fonctionnait le braquet. Mais je me suis sentie tout de suite à l’aise sur la bicyclette grise.  Je pédalais avec fougue, même avec ces faux plats et collines parisiennes qui me menaient aux Ternes. La roue arrière me semblait voilée. Ce n’était pas l’effet des pavés puisque sur le goudron, j’ai cru qu’elle allait se décrocher. Mais finalement, elle a bien tenu.

Je disposais de quarante cinq minutes pour aller au gré de mes envies. Devant l’architecture divine de certains immeubles, mon esprit s’est échappé à plusieurs reprises, me faisant griller des feux que je ne voyais que tardivement. Heureusement que la circulation était quasiment inexistante en ce dimanche matin.

Avec la vitesse, le froid, j’ai eu l’onglée aux mains. Mes doigts étaient blancs, engourdis. Je les sentais à peine.  Je n’avais pas pensé à prendre des gants. Mon corps sur cette bicyclette fendait l’air et je sentais mes joues prendre des couleurs, ce qui n’était pas du luxe. Je suis pâle comme un cadavre.

Au bout de quarante cinq minutes, j’étais arrivée à l’île saint Louis, en faisant un large détour depuis la Concorde, par les Ternes puis le Musée des arts premiers. Une vraie traversée de Paris.

J’ai changé de vélo, ai mangé quelques abricots secs emportés avec moi pour me donner un peu d’énergie.

Voilà, enfin un peu d’exercice que j’ai terminé en grimpant les 155 marches à pied pour rejoindre mon appartement ensoleillé. Sans essoufflement, sans fatigue, cette échappée m’a rassurée sur ma forme. Il me faudra recommencer. il ne me reste plus qu’à persévérer dans ces exercices qui me détendent, me font prendre l’air, me changent les idées, me font sortir de chez moi ! J’ai retrouvé le sentier du plaisir, et celui de la liberté.

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