Nicolas de Stael : Entre art abstrait et figuratif

La peinture de Nicolas de Staël m’accompagne depuis toujours.

Elle aura bercé mon enfance puisque j’avais la reproduction d’un de ses tableaux, dans ma chambre d’enfant. J’ai grandi avec ces bateaux (1955), ce ferry bleu, avec la cheminée et sa fumée gris-noire, avec ce bleu du ciel qui ne faisait qu’un ou presque, avec le bleu de la mer.

Longtemps, je me serai amusée à chercher la ligne de démarcation, la frontière entre ces deux univers.

Longtemps, j’aurai imaginé prendre le ferry depuis Napoli, pour l’île de Stromboli, ou depuis Kiel pour rejoindre la Norvège.

J’avais devant moi, un excellent moyen de transport, dans un cadre. Pour partir, m’en éloigner, il suffisait d’inventer, ce qui irait, hors du cadre, ou autour !

Ce tableau m’aura aidée à bâtir les fondations de mon imaginaire, la lecture, l’écriture, le voyage !

Ce n’est pas mon tableau préféré de Nicolas de Staël. Même si je retrouve tout ce que j’aime chez lui  :

– ces aplats de peinture,

– les contrastes dans le choix des couleurs et à la fois, ces couleurs qui s’entremêlent, se fondent, et relient deux univers : un aérien et l’autre aquatique,

– le relief de la peinture qu’il pose au couteau,

– plus que tout, cette frontière ténue entre l’abstraction et le figuratif.

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Nicolas de Staël dans son atelier  : L’homme est grand, altier, beau, sobre. Je me perds tout de suite dans ses yeux rêveurs et perdus

Le visage de de Stael, sa stature imposante, son regard fragile qui a l’air perdu et à la fois déterminé !

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Sa peinture a évolué de manière significative vers la simplification. Un virage se sent en 1950.

Les ciels sont toujours sombres ou au contraire étonnamment clairs ;  les couleurs à la fin de sa vie, lors des derniers tableaux, tout particulièrement, prennent davantage d’espace et tranchent nettement, de façon violente, les unes par rapport aux autres. On ressent la douleur de l’artiste et aussi, la production intensive de tableaux.

Les lignes de démarcation entre le ciel et les autres éléments sont claires, nettes précises… Pourtant j’adore aussi les peintures où le ciel se fond dans la mer, où Nicolas de Staël nous offre toute sa palette de bleus, toute celle des verts !

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Mes tableaux préférés :

Le cap gris nez avec ce ciel gris bleu vert qui se reflète dans la mer… vert pâle ; l’écume roule sur le sable doré. Cette mer capture le vert intense du paysage. Nicolas de Stael me fait aimer ce vert, ces toiles marines, …

Agrigente, la sicile, le soleil : je ressens la violence du soleil, les distorsions de couleurs, les traits qui convergent vers ce rouge sang…..

Le parc de Sceaux et ses bleus, son abstraction radicale, la verticalité des lignes où le lecteur devine les arbres bleus, bleu nuit.

et ce tableau minuscule (16 cm sur 24 cm), que j’avais vu, à l’exposition de 1994, à la mairie de Paris ; ce tableau où ce soleil est intense, m’a renvoyée vers Van Gogh et sa folie;  l’intensité de ce tableau, ce soleil, le relief que procure ce jaune m’avaient laissée bouche bée.

Mon tableau préféré est sans conteste, ce nu, aux lignes essentielles, improbables, qui versent dans celles du génie et qui appellent celles de la folie.


Quatre couleurs mais en fait plus : un rouge rare, profond, voluptueux, le corps alliant tout une palette de gris bleu, sans oublier la chevelure noire, et ces draps gris blancs. Les jambes sont en mouvement, elles bougent sur ce drap.

Ce tableau semble simple mais en fait non, lorsque je le regarde bien. Non, l’esprit du peintre est tourmenté, mais il capture l’image, ce corps d’une manière magistrale, telle que pourrait le faire Matisse.  Les lignes, les angles semblent tranchants mais non, ils ne le sont pas tant. il y a de la sensibilité, de la douceur, de la violence, de la combativité dans ce tableau.

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Ce qui me bouleverse, me renverse, m’attire, dans l’oeuvre de Nicolas de Staël est ce sentiment étrange que je ressens lorsque je regarde ses tableaux : je ne sais jamais où je suis, dans l’abstraction, ou bien dans le figuratif. Je suis dans le questionnement, donc je vais au delà, je suis dans le futur, je suis en avance sur le temps.

Nicolas de Staël, ne cesse de marcher sur cette fine ligne entre génie et folie, entre abstraction et figuration et à tout moment, il peut tomber dans l’un ou l’autre univers, il m’y entraîne, en me faisant sans cesse voyager, entre ces deux univers.

Je passe de l’abstraction au figuratif comme je passe, sans cesse, de la réalité, de la vraie vie, à mon imaginaire.

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2 réflexions au sujet de « Nicolas de Stael : Entre art abstrait et figuratif »

  1. Bonjour!
    Je crois que ce que tu vois sans pouvoir le définir dans le travail de Nicolas de Staël est juste la simplicité de la vérité. Les oeuvres sont dépouillées de l’inutile, du superflus. Ne reste donc que l’essentiel et c’est cet essentiel qui te parles.
    En tout cas c’est ce que je ressens.
    Merci pour ta passion,
    christophe parnet

    • Bonjour,
      Merci pour votre passage et vos mots. NDS peint l’essentiel, bien sûr. En cela son oeuvre est splendide. Ce que je ressens et qui me renverse, me bouleverse est cette frontière « intangible » entre le figuratif et l’abstraction. Un peu comme lorsqu’on regarde une ligne d’horizon où le ciel se noie dans la mer.
      Encore merci
      Bien à vous
      Carole Darchy

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