Sainte Anne – Léonard de Vinci – Louvre

Si j’apprécie la peinture moderne, je ne boude pas mon plaisir en arpentant le musée du Louvre. Je vagabonde, au gré de mes humeurs, de mes envies. Chaque visite est un voyage à part entière, artistique, historique mais aussi géographique.

Le mai le joli mai en barque sur le Rhin

Des dames regardaient du haut de la montagne

Vous êtes si jolies mais la barque s’éloigne

Qui donc a fait pleurer les saules riverains

(G.Apollinaire)

Le ciel bas plombe mon paysage. Les hirondelles fendent l’air avec leur cri strident. Elles composent devant moi le plus beau des balais. Il est temps de rejoindre le Louvre. Ma carte de sociétaire m’évite la longue file des touristes. A ma grande surprise, si le hall est bondé, personne, quasiment personne n’a pris le chemin de l’exposition « La Sainte Anne, l’ultime chef-d’œuvre de Léonard de Vinci ». Je ne peux m’empêcher de penser à Antoine qui m’avait fait rêver l’hiver passé, avec sa voix rauque et son léger accent.

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J’ai découvert les multiples dessins, croquis, esquisses faits pour ce tableau par Léonard de Vinci, au fil des ans … Oui, car Léonard de Vinci a commencé à travailler sur ce tableau en 1501. Et comme le temps allait lentement à cette époque, le tableau n’était toujours pas achevé à sa mort, dix-huit ans plus tard.

D’ailleurs, Léonard de Vinci s’illustre par la variété de ses activités, de ses passions, mais aussi par le fait qu’il n’a quasiment jamais achevé quoi que ce soit.

L’exposition retrace la genèse de ce tableau et aussi la lente recherche sur sa structure, sa composition. Léonard de Vinci hésite, tourne en rond pour finalement retourner l’axe, l’épine dorsale du tableau. Initialement pensés à gauche de Sainte Anne, l’agneau, Jesus et Marie sont finalement placés à sa droite.

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De cette exposition, je retiens :

– le thème de la variation, car cette exposition insiste sur les hésitations de l’artiste, son travail acharné, et présente en seconde partie, les copies, variations de cette Sainte Anne,

– Deux couleurs fabuleuses au centre du tableau : le bleu lapis lazuli et le rouge vermillon. Ces deux couleurs revivent, éclatent littéralement, sont magnifiées par la restauration,

– l’axe central de la composition, où sont alignées les quatre têtes,

– le trouble, émanant de la jeunesse de sainte Anne, mère de Marie. Impossible d’imaginer qu’elle est la mère de Marie.

– le vautour que Freud devine au coeur de ce tableau et qui lui fait écrire  « Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci » et interpréter la vie mystérieuse de l’artiste, sa vie intime secrète, voire inexistante.

– les dessins à l’encore rouge, brune ou noire, annotés par léonard de Vinci avec son écriture spéculaire.

– les drapés des tissus et des voiles détaillés à l’extrême, les paysages inachevés

– les études réalisées par ses élèves ou disciples travaillant dans son atelier : Nous sommes dans un atelier de haute couture où les élèves préparent pieds, drapés, croquis, paysages…  J’ai en tête la solitude de l’artiste, son labeur et ai du mal à imaginer un artiste entouré d’élèves, donnant des ordres : Une vraie entreprise en quelque sorte !

– la présence non loin de la Sainte Anne d’un autre célèbre  tableau de Vinci : « saint Jean-Baptiste » :

Le regard et le sourire mystérieux, la longue chevelure bouclée, son aspect juvénile, ses traits presque efféminés. Les jeux de lumière et d’ombre, et les uniques couleurs noires et jaunes, magnifient le portrait. Je quitte un instant Le Louvre et voyage en pensées, songe à Damas, à la mosquée des Omeyyades, mentionnée comme hébergeant le tombeau de Saint Jean-Baptiste.

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Les sentiers du plaisir – (3)

Une nuit laiteuse de brume et de lune s’étire devant moi. Le sentiment d’irréalité qui accompagne ma nuit blanche persiste.

8H. Le soleil n’a pas encore eu la force de dissiper la brume. Le silence règne. Mes yeux se perdent dans ces bleus et ces gris. Je ne pense à rien. Un chat est blotti dans mes bras. Ma main caresse ce pelage soyeux, gris bleu. Je n’ai pas entendu arriver Nicolas. Sa main solide, rassurante caresse mon épaule. Je lève mes yeux pour m’émerveiller de ce sourire bienveillant, qui adoucit son visage. L’odeur du café arrive jusqu’à moi. Le petit déjeuner nous attend. Nous longeons le couloir sombre pour passer devant la chambre des enfants, silencieuse. La large cuisine avec son dallage carré d’origine, noir et blanc donne sur la cour arborée de l’immeuble voisin. Nicolas m’installe à la grande table familiale. Quel bonheur d’avoir croisé le sourire radieux de Nicolas. Ce rictus, ce plissé délicat m’a ébranlée, m’a ravie. Le son grave et rauque de sa voix m’a conquise. Nicolas m’a ramenée à la vie, à l’espoir.

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Les enfants sont partis avec nos voisins, Michel et Michèle – les M et M’s, comme ils les appellent-, au festival « étonnants voyageurs » à Saint Malo.

Lovée dans les bras de Nicolas, je saisis ma tête endolorie avec mes mains, puis frotte fort mes yeux ensommeillés. Le soleil frappe sur le toit refait. La lumière blanche se réverbère sur le zinc neuf, pas encore poli par la pluie. Je sais que Nicolas me sourit. Il calme mes larmes. Je ne supporte plus la lumière, le soleil, la chaleur.

Pour avancer dans ce projet de voyage en Iran, Nicolas m’accompagne au musée du Louvre. Nous marchons de salle en salle ; sommes émus devant les tablettes d’argile écrites en araméen. Je lui montre les statuettes de Byblos, le murex de Tyr. Après avoir traversé, Liban, Syrie, nous atteignons Suse. La frise des archers ornait le palais de Darius. Restaurée, la glaçure des tuiles décline toute une palette de bleus et de verts.

Les quatre murs de l’immense salle offrent un somptueux voyage dans le temps et dans l’espace. Le temps est aboli.

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Torrent

Je suis dans une bulle.

Mon monde est lisse.

Tout y glisse.

La douleur roule sur ma peau, polie comme un galet.

Mon corps n’est plus.

Sans vie,

sans autrui,

je n’existe pas.

Je ne pense plus,

ne panse plus mes plaies,

mes abcès,

Monde du silence, de l’absence.

Effroi,

Ma tête gronde.

J’aperçois ton visage,

j’entends ta voix me chérir, puis,

d’un geste calme et froid,

sans un mot,

tu poignardes mon corps.

Une rivière de sang me quitte

Je me vide, me dévide, et

déroule sur le sol

pour m’arrêter net
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Monumenta 2012 – Buren : De Palais en Palais

Alors que je songeais devant ce paysage qui s’étend à perte de vue, j’ai noté que le drapeau français, ce splendide triptyque ne flottait plus sur la cime du Grand Palais, mais qu’il avait été remplacé par le drapeau bleu de BUREN. C’était le signe que l’exposition Monumenta 2012 était ouverte. Buren s’était installé au Grand Palais et le faisait savoir par ce signe. Cet hiver, j’avais traversé les jardins du Palais Royal, de nuit, et j’ai été agréablement surprise par la rénovation des « colonnes de Buren » sises dans la Cour d’Honneur.

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En ce samedi matin, les nuages pommelés se promenaient dans le ciel ensoleillé. Il n’y avait pas grand monde pour l’achat des billets. J’aime le concept unique de cet événement, comme présenté sur le site de l’exposition :

A unique concept of universal appeal MONUMENTA is an ambitious artistic encounter unmatched anywhere in the world, organized by the French Ministry of Culture and Communication. Each year MONUMENTA invites an internationally renowned contemporary artist to appropriate the 13,500 m² of the Grand Palais Nave with an artwork specially created for the event. Contemporary art accessible to all A new kind of artistic performance, MONUMENTA is open to all, a way of discovering a unique event in which great French and foreign artists succeed each other each year. After the success of the first three MONUMENTA events entrusted to German painter Anselm Kiefer in 2007, to American sculptor Richard Serra in 2008, to French artist Christian Boltanski in 2010, each drawing close to 150,000 visitors in five weeks, then the British Indian-born artist Anish Kapoor whose work in 2011 attracted over 270,000 visitors in six and half weeks, it is Daniel Buren- one of the most highly recognized and honoured artists, by both his peers and the public – who will take up the challenge in May and June 2012.

L’entrée de l’exposition « Excentrique(s), travail in-situ » se fait par un passage secondaire, avenue du Général Eisenhover. Une fois la porte franchie, je n’ai pas ressenti d’émotions fortes, comme pour l’exposition de Christian Boltanski en 2010 et surtout comme le fabuleux Monumenta 2011 d’Anish Kapoor  : Le visiteur est invité (mais il n’a pas le choix) à traverser un paysage coloré pour rejoindre le coeur du Grand palais et la sortie située à l’autre extrémité. Je me trouve donc devant une forêt dominée par quatre couleurs : jaune, orange, bleu et vert. Les troncs, ces colonnes, ont le motif noir et blanc cher à l’artiste. 

Photo prise de la galerie.

D’une hauteur de trois mètres environ, presqu’à ras le sol, par rapport à la hauteur de la verrière du Grand Palais, elle s’étale sur toute la surface de cet immense espace. La lumière, les rayons du soleil projette sur le sol l’ombre colorée de chacun des « disques » ou « arbres ». Ce qui marque instantanément est une certaine légèreté et gaité à déambuler sous ces parasols, ces tonnelles. Cette exposition dégage de la normalité, de l’humain. Les enfants se sentent tout de suite à l’aise, dans cet environnement joyeux. Ils jouent. J’en vois un faire de la bicyclette ! Le coeur du Grand Palais, sous la nef, se présente comme une clairière, ou la Place d’un village. Des miroirs ronds, ronds comme ces disques sont posés à même le sol.

Je redeviens une enfant, et ne peux m’empêcher de marcher dessus pour jauger l’effet de plus de quarante mètres de hauteur et également de profondeur rendus par ces miroirs. Ces disques ont un caractère ludique, et je pense que tous les visiteurs auront été tentés, comme moi de les arpenter.
De l’eau est arrivée je ne sais comment sur l’un d’eux. Elle déforme à merveille la nef qui se reflète et ressemble à la cible d’un jeu de fléchettes.
Cet espace central est bien l’attraction, le point culminant de l’exposition.
Des médiateurs, étudiants à l’université de dauphine, vont et viennent en renseignant les badauds. Plusieurs personnes se font photographier, allongées sur ces miroirs, contemplant la nef.
Je quitte ce terre plein central pour rejoindre cette forêt, et me diriger vers la sortie.
Finalement, je trouve que cette exposition ressemble à la vie, notre lot à tous. La première partie est une découverte. Le temps passe lentement. Le point culminant apparaît être le plus beau. La seconde partie, ce versant vertigineux sur lequel tout s’accélère et où il est impossible de freiner nous conduit à notre disparition.
Certes, cette promenade n’est pas désagréable, mais Buren n’a pas réussi, à mon avis, à trouver un thème fort, à déployer la créativité nécessaire pour marquer mon esprit, ou ma sensibilité. De ce Monumenta se dégage une atmosphère de légèreté, de l’ordinaire, qui vire à la fadeur. Le cru 2012 est le moins bon de ces cinq éditions !   Aucune majesté, peu de caractère, rien de monumental…
C’est vrai qu’il n’était pas facile de passer après Anish Kapoor !
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Librairies Parisiennes : La Procure

Je suis une patiente certainement désespérante, qui vide mon vide.

Avec ce vide, j’emplis la chambre de mes lundis. Avec rien, un souffle, j’expulse cette matière négative qui m’habite.

M.A., dans son malheur, me parle des mystiques et jésuites qu’il découvre et où il trouve l’espérance pour atteindre un jour peut-être l’espoir. Ainsi, par curiosité, ai je pris la route de la rive gauche, vers la Place Saint Sulpice.

Je n’avais jamais franchi les portes de la Procure, la cantonnant, à tort, dans la littérature bigotte, religieuse. Certes, un rayon bien achalandé est dédié à la liturgie, la bible, la religion chrétienne, l’église, mais la majorité des pans de murs propose une variété exceptionnelle et de qualité, de livres en tout genre.

« L’humble Présence » de Maurice Zundel,  que m’a recommandé M.A. était posé sur une table, bien mis en évidence. A ma grande surprise, je n’ai pas eu à beaucoup chercher pour trouver  » Syrie, un état barbare », réédition d’écrits de Michel Seurat. J’ai eu également le plaisir de découvrir l’autre facette de Paco Ignacio Taibo II, cet écrivain mexicain, dont j’appréciais les romans policiers.  Oui, c’était également un excellent historien, comme allait me le prouver son dernier livre : « Archanges : Douze histoires de révolutionnaires sans révolution possible ».

Ai passé un long et bon moment à flâner, quittant le lieu à regret.

En sortant, j’ai profité de ce quartier cossu, privilégié. Je m’y sentais bien, portée par un bien être, le calme, l’harmonie.

J’ai rejoint sans m’en rendre compte, la rue Mabillon, puis la rue de Seine et la boulangerie-patisserie de Gérard Mulot. Sans doute avais je faim et il me fallait bien remplir mon frigo vide. Ce fut chose faite.  Le clafoutis aux griottes est somptueux, tout autant que la tarte Bourdaloue. 

Le marché Saint Germain m’a permis d’équilibrer mes repas du week end avec du poisson et des légumes.

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Ce matin, mes fenêtres sont grandes ouvertes vers ce ciel gris. Le paysage est si dégagé, que j’embrasse un espace maximum. Le sommet dentelé de l’Arc de Triomphe se dessine au dessus des toits.

La musique militaire ainsi que la Marseillaise jouées pour les cérémonies du 8 mai, parviennent à moi et réveillent mes deux chats.

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