Echappée belle

Que faire pour oublier, si ce n’est faire le grand ménage, tout changer dans ma vie ?

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La bonne nouvelle est que j’ai trouvé une location, un appartement qui me plaît.

Près du jardin des Tuileries et de la Place de la Concorde, ce lieu devrait, par la symbolique de son nom (et non son histoire) m’apporter l’apaisement dont j’ai besoin.

Situé au dernier étage d’un immeuble cossu, il a les qualités d’avoir été totalement repensé, d’être au calme, sans un bruit et de n’avoir jamais été habité.

Il domine les autres immeubles en face, car plus élevé d’un étage.

Par son exposition sud, son absence de vis à vis, sa large porte-fenêtre dans le salon, il m’offrira comme ligne d’horizon, le ciel, les toits de Paris, et tous les monuments qui pointent vers l’espace. Je dominerai donc la rive gauche.

Ce lieu, cette cachette, cette retraite pour oublier, pour prendre un nouveau départ m’inonderont de soleil. Je n’aurai donc aucun prétexte, pour ne pas voir le bleu du ciel, pour refuser de respirer, d’inspirer cet air nouveau.

Pourquoi aller écrire dans un café, alors que depuis ma table d’écriture, j’embrasserai l’espace maximal du lieu des pensées : le ciel.

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J’ai commencé à faire le vide dans mon appartement. Ce n’est pas très compliqué à première vue, car je vis dans un espace dépouillé, quasiment vide, voire monacal.

Je suis incapable de vivre avec des bibelots, des petits objets sans objet, qui peupleraient, encombreraient mes pensées.

Je suis davantage envahie par les lettres et les papiers inutiles, soigneusement cachés dans des placards ou tiroirs.

Alors que je me pensais prête à vider mon espace de vie, j’ai pu mesurer la douleur, l’hésitation à jeter certains objets.

Je n’ai pu me résoudre à tout jeter. J’ai soigneusement rangé dans une pochette et un carton, quelques objets et lettres intimes.

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J’ai enfin pu dormir un peu.

J’ai rêvé des Etats Unis, de New York mais aussi de ses grands espaces en Californie, de la découpe de sa côte ouest. Cet état symbolise la liberté, le renouveau, la conquête de l’ouest. De surcroît, il s’ouvre sur l’océan Pacifique, dont le nom apaisant et l’immensité m’ont toujours fascinée.

J’aurai couché la Californie à mon réveil, grâce à ce rêve fugace, puisque je me voyais dans un paysage désertique (et non sur la côte), sur une route rectiligne, à perte de vue, si longue qu’elle allait se fondre dans la ligne d’horizon.

Je m’offrais une échappée à moto, en Harley Davidson.

J’imaginais alors, écouter un air de rock idéal.

Cette échappée relevait de l’impossibilité et de l’improbable puisque je n’ai jamais conduit et que l’idée de monter sur une moto me terrorise littéralement.

Mais ce rêve, s’est, d’une certaine manière, matérialisé par la réception bien réelle et inattendue d’une photo d’une Harley Davidson sur une route de Californie, telle que je l’avais vue en rêve.

Ce rêve m’apporterait-il un espoir, un souffle de liberté, qui balayerait la poussière du passé ? Quoi qu’il en soit, quoi qu’il arrive, cette pensée californienne, tord littéralement les barreaux de ma prison. Un interstice se créée pour m’échapper, sortir de ma boîte, et prendre la tangente.

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A ma mère

Maman,

Veux-tu anéantir, as tu choisi de détruire ce petit lien ténu, infime, fragile, qui réussissait à exister entre nous ?
Tu ne réponds pas, plus, à mes messages.
Le rejet, le rebut sont la marque de ma personne. Je ne suis rien, je survis.
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Si tu ne réponds pas à ce message, si tu ne veux plus entendre parler de moi, je disparaitrai à tout jamais.
Et le silence s’instaurera.
J’excelle en la matière.
Jamais plus, je ne t’importunerai.
Tu seras alors en paix, puisque j’aurai disparu du paysage.
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Par ton silence, je saurai alors que tu m’as rayée de ta vie, définitivement.
J’aimerais, tout de même, te dire au revoir, si tu envisages ce scénario.
Personnellement, j’en ai besoin.
Ceci étant dit,
  • tu es libre de tes choix, et libre de me mettre au fond de la poubelle, sous les détritus en putréfaction,
  • tu es libre de me rejeter, totalement, entièrement, complètement, définitivement, sans me dire au revoir, exactement comme l’a fait mon père.
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Giacometti : du Musée de Beyrouth à la Pinacothèque

Une exposition sur la sculpture de Giacometti (Giacometti et les étrusques) vient de s’ouvrir à la Pinacothèque de Paris. J’ai découvert cela, dans le métro. L’image de l’exposition aura réussi à me réveiller alors que je marchais littéralement endormie, au radar, tant je connais mon itinéraire par coeur.

Je me suis rappelée alors de mes articles sur Giacometti (notamment : Giacometti – Bacon : les visages) mais aussi de mes 9 heures passées à me perdre dans Beyrouth, durant cette retraite levantine.

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Durant ces 9 heures que j’avais à attendre, avant de rejoindre Antoine, au Sporting Club de Beyrouth, j’avais quitté l’Albergo, seule, accompagnée de mon mal de dents.

Sans plan, ni carte, j’avais décidé de suivre un homme, le premier sur qui je tomberais en sortant de l’hôtel.

Il me conduirait, sans le savoir, où il voudrait.

Je serais seule, sans l’être vraiment.

J’aurais ce positionnement d’être en retrait, tout en étant intrusive.

J’avais alors pensé que je détesterais et adorerais, paradoxalement, qu’un homme me suive ainsi dans la rue, sans dessein, sans but, juste par hasard, pour que je le mène dans les endroits que j’aime, ou qu’il emprunte à mon insu, un itinéraire familier, voire intime.

Je serais bien incapable de mentionner avec exactitude les noms des rues ou des quartiers où je suis allée.

Quoi qu’il en soit, le premier homme que j’ai suivi, m’a menée par chance, par accident, au musée de Beyrouth. J’ai décidé alors, sans un mot, de le quitter, d’abandonner sa route pour visiter le musée.

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Le musée de Beyrouth est minuscule, sans grand intérêt. J’ai néanmoins apprécié, les grandes salles, le calme qu’il offrait, et me promener à mon rythme de salle en salle.

Passer devant cette statue égyptienne, m’avait rapprochée en pensées, de Giacometti. Instinctivement, j’avais pensé à « l’homme qui marche ».

Juste derrière, une vitrine remplie de minuscules statuettes a attiré mon attention.

J’ai tout de suite aimé y contempler cette multitude de personnages longilignes, qui auraient idéalement, et littéralement, pu inspirer Giacometti, s’il les avait croisés.

J’étais heureuse de découvrir que ces statues avaient été trouvées à Byblos (Liban).

Cette ville avait été un souvenir agréable de mon séjour au Liban, en 2010.

Leur forme longiligne, leur aspect simple, squelettique, sans visage clairement dessiné m’ont arrêtée.

Je voyais dans mes pensées, des statues de Giacometti, …., toutes ses statues fines, minimales, primitives, mais chargées de sens, de douleur.

Oui, ces statues sont en suspension. Elles me semblent hors du temps, intemporelles, incarnant parfaitement l’éternité.

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Je suis sûre que Giacometti en a croisé des semblables, au Musée du Louvre, sûrement plus belles, plus rares, qu’elles soient étrusques, égyptiennes, phéniciennes…

Je ne sais si j’irai voir cette exposition focalisée sur Giacometti et les étrusques. Pourquoi vouloir limiter, étudier cette influence seule sur l’oeuvre de Giacometti ?

Pourquoi fermer les yeux sur d’autres inspirations primitives, voire des influences de l’art premier ?

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Quoi qu’il en soit, ces statuettes, ces figurines m’auront fait visiter une exposition de Giacometti, exactement comme les fresques de la Villa des Mystères à Pompéi, m’auront fait visiter une des plus belles expositions de Rothko.

J’ai d’ailleurs réalisé qu’une exposition sur l’art de vivre à Pompéi venait d’être inaugurée au musée Maillol.

Mes vacances libanaises auraient-elles été une préparation à ces expositions ?

Comme par magie, je veux penser, je veux rêver que mes vacances auront influencé la rentrée artistique de ces deux petits musées parisiens. Et que d’une certaine manière, j’aurai été en avance sur mon temps, grâce à mes voyages estivaux.

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De la difficulté de se loger à Paris

C’est bien joli d’avoir vendu mon appartement, mais avant d’en racheter un autre, il va me falloir trouver un logement temporaire, une location.

Entre mon travail, les pages d’écriture, les soucis, l’exercice relève des plus hauts sommets de la planète, car le temps me manque cruellement.

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Pour faciliter les choses, je me suis confectionnée un dossier avec tous les éléments requis, pour attester du sérieux de ma personne et convaincre le propriétaire ou l’agence de la qualité de mon dossier.

J’ai un niveau d’exigence élevé, et n’ai pas envie de vivre dans un environnement moins agréable, que celui auquel je suis habituée.

Avec quelques critères de recherches, je trouve peu d’appartements à louer.

Les prix des locations sont exorbitants, mais je préfère payer un peu plus cher un cadre de vie agréable, plutôt que de sombrer dans l’abîme du désespoir, de manière irréversible. J’ai le privilège de me le permettre.

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J’ai pu visiter cinq appartements : Aucun n’a eu grâce à mes yeux : trop exigu, ou sombre, ou loin du métro, ou pas propre, ou bruyant, ou sans rangement, ou avec de la moquette, incompatible lorsqu’on a deux chats. Tous avaient un gros défaut.

Compte tenu de ce temps qui me manque, j’ai déposé un dossier de candidature pour deux qui me semblaient relever du compromis : un appartement sans rangement, et un avec moquette (mes chats feraient leurs griffes dessus, tant pis….)

J’ai été scandalisée par le caractère intrusif des documents demandés : Attestation de sécurité sociale, déclaration d’impôt sur le revenu pré-remplie, ….mais j’ai déposé mes deux dossiers de manière exhaustive. A quoi ces informations peuvent-elles servir pour louer un logement alors que vous fournissez déjà votre avis d’imposition sur trois années ?

Ne recevant pas de nouvelles des agences, je les ai appelées : Malgré mes revenus mensuels qui étaient 4 fois supérieurs au loyer demandé, les agences me demandent explicitement une caution parentale : J’explique qu’à 48 ans, cela me semble incongru de demander une caution à un cadavre ou à une retraitée sans retraite !

L’agent immobilier requiert alors une caution bancaire.

Les bornes sont dépassées : je dis clairement non. Je reçois alors en retour un refus de location. Les appartements sont toujours non loués.

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Je scrute les petites annonces, m’inscris sur les sites immobiliers pour être avertie dès qu’une location correspondant à mes critères se présenterait … Je n’ai reçu aucun mail depuis quatre jours.

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Je pense que je vais finir par trouver. C’est d’ailleurs assez stimulant de tout quitter, de ne pas savoir où je vais atterrir. Je vois néanmoins cette fois ci, poindre une lueur d’inquiétude, compte tenu du temps qui me manque et de ma fatigue intense.

Vais-je finir à la rue ?

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Cela m’a rappelé cette humiliation, que mon père m’a fait subir enfant : Oui, vais je finir à la rue, comme mon père m’y avait mise quelques minutes, à la nuit tombée, à l’âge de 4 ans, uniquement parce que je lui avais répondu, j’avais manqué de docilité ?

Par magie, le soleil a traversé la vitre et a chassé ce mauvais souvenir. J’ai caressé mes chats, pris mon moleskine, et suis partie marcher au Jardin des Tuileries.

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Et si ?

Et si j’arrêtais d’écrire ? A quoi cela sert d’écrire puisque je ne suis rien, personne, puisque cette démarche est vaine, sans destination, sans reconnaissance, sans existence, sans joie ou plaisir partagés ?

Et si je renonçais à ces 3 objets dont je n’ai que faire et à ce que m’a réservé ce géniteur : le moins que rien qu’il a l’obligation légale de me laisser ?

Ma santé mentale ne vaut-elle pas mieux que quelques centaines ou milliers d’euros dont je ne verrai jamais la couleur ? Au moins, je serais moins humiliée, positionnée hors des discussions qui se dessinent. Je me préserverais d’une certaine manière, de toute la honte et l’humiliation de ce père, qui m’a vouée à ne pas être heureuse.

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Je m’acharne à balayer, de mes yeux,  l’obscurité. Je n’y vois aucune lumière. Le malheur appelle le malheur.

Que me réserve cette vie brisée et finie, si ce n’est le mépris des autres, leur indifférence, la solitude, la honte et mon humiliation imprimée sur mon corps, dans mes pensées.

Combien de temps me reste-t-il à vivre, en tant qu’animal, qu’être rejeté, sali, méprisé ? Combien de temps vais je pouvoir endurer cet enfer terrestre ?

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Et si rien, n’était pas mieux que souffrir ?

Et si je renonçais à l’enfer qui m’attend, à toute cette douleur supplémentaire qui me guette ?

Et si je me taisais pour l’éternité ?

Et si l’heure était venue de faire le choix de partir pour ne plus souffrir ?

Le poids de la souffrance, vécue et à vivre, dans le silence, la solitude et l’indifférence générale, est tel, que mourir devient une option à étudier.

Je vais prendre rendez-vous avec la mort pour lui en parler.

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