L’effet aquatique

L’effet aquatique (the together project) est le dernier film de Solveig Anspach, malheureusement disparue en 2015. L’effet aquatique est une comédie romantique empreinte de légèreté et de fraicheur. Ce film est pure poésie. Le bleu piscine du bassin de Montreuil,  les paysages fabuleux de l’islande sont le théâtre des aventures de Samir, grutier à Montreuil, qui tombe follement amoureux d’Agathe, maitre nageuse…

Effet-Aquatique

 

Le docteur Moret

Le docteur Moret a cassé sa pipe lundi. Il était connu comme le loup blanc.  Personne ne s’attendait à ce qu’il passe l’arme à gauche si jeune. Il avait la vie chevillée au corps. Il portait des bottes de sept lieues, et s’était aventuré hors des sentiers battus. Bien mal lui en a pris. Il était allé à tort et à travers et avait balancé un coup de pied dans une fourmilière tant il avait le nez dans le guidon. Comme il était tout sucre tout miel, il n’était pas tombé sur un bec mais sur un nid de frelons. Il a eu beau pousser les hauts cris, un coup de tonnerre dans un ciel serein, il a senti la faille, a voulu prendre la tangente et prendre ses jambes à son cou, pour parer au plus pressé. Il pensait ne pas avoir dit son dernier mot. Mais les frelons n’y sont pas allés par quatre chemins,  ils avaient le docteur Moret dans le collimateur et ne feraient pas deux poids deux mesures du docteur. Ils  comptaient se tailler la part du lion. Le docteur Moret respirait désormais comme un soufflet d’orge, il avait le feu aux trousses, et n’arrivait plus à prendre le taureau par les cornes. Il ne prit même pas la mouche,  et est passé à la trappe.

Le Greco – Marc Rothko – Francis Bacon

le grecoSurprise,  émue par cette idée que Le Gréco aura pu inspirer Rothko et Francis Bacon. Je suis allée au Louvre plusieurs fois pour regarder, contempler cette oeuvre du Gréco : « Le christ en croix adoré par deux donateurs », peint vers 1590.

Le tableau s’était envolé dimanche, pour une exposition à Tolède.

J’adore les gris noirs de ce ciel d’orage, particulièrement tourmenté, presque torturé. J’imagine le vent souffler fort. Le tableau est en réalité plus gris et noir que sur la photo qui est ici reproduite.

J’apprécie de voir ces deux personnages habillés de noir et blanc et de blanc et noir qui entourent ce Christ agonisant. Ils semblent s’affronter comme lors d’une partie d’échecs, dans un calme qui détonne avec ce ciel qui tonne.

Et puis comme d’habitude, j’adore les formes oblongues, longues, étirées du corps du Christ. J’aime croire que Rothko et Bacon ont vu ce tableau, et s’en sont inspirés, l’ont simplifié au maximum pour obtenir les deux oeuvres ci dessous  : ce grand tableau sans titre de Rothko  et le « blood on the pavement » de Francis Bacon

Rothko, untitled, 1969

J’aime le calme, la sérénité, la religiosité qui se dégage de cette toile. Les couleurs noires et grises sont lumineuses, et non tristes. Le tableau est dépouillé, débarrassé de tout superflu : il n’y a que l’essentiel.

Blood, Pavement, Francis Bacon – around 1988

Le tableau de Bacon est beaucoup plus violent – l’esprit qui le peint est tourmenté-. Si le noir, la couleur noire est lumineuse, dans le haut, ce noir semble bien se réverbérer dans cette flaque de sang, à moins que ce ne soit le sang qui noircit. Ce sang est au coeur du tableau, dans cette rayure, tranche centrale, plus jaune que grise.

Une fine ligne grise marque la séparation, la frontière avec la partie basse du tableau, gris verte.

J’avoue que je ne saurais choisir entre les trois tableaux. Je prendrais volontiers les trois, pour les embrasser du regard.

Chemin de Damas

Changement de paradigme

Heureux, et retournement

Emerveillent

Mon âme

Itinérante sur cette route.

Nier l’impossibilité et accueillir le monde

De demain

Est ma

Devise désormais. L’

Amène conversion

Mesure le changement

Au bleu du ciel

Surplombant la mosquée des Omeyyades

Alice au pays des merveilles

Jeudi,  c’était un jeudi. Le père d’Alice, tout revigoré, avait sorti la JAGUAR et la faisait chauffer. Alice était déjà installée sur la banquette arrière. Son père l’emmenait avec lui à Paris tous les jeudis. A cette époque, il n’y avait pas école le jeudi.

En une petite heure, la JAGUAR les propulsait vers la capitale. Son père avait ses rituels, ses habitudes. Le temps de l’après midi avait, toujours, le même tempo.

Il se rendait toujours en premier chez son fournisseur, rue de la Porte Dorée. Alice redoutait particulièrement cette visite, car Monsieur SULTAN, homme qui menait rondement ses affaires, ressemblait à un ogre. Lorsque elle voyait Mr SULTAN, Alice se collait contre son père, en lui serrant fort la main. Mr SULTAN semblait aboyer lorsqu’il parlait. Ce qui est somme toute, plutôt normal, lorsqu’on porte un nom de chien.

Son père faisait vite car l’après midi passait, le temps était compté ! Il sortait de son portefeuille des liasses de billets de 100 et 500 francs, lorsqu’il récupérait sa marchandise. Il savait que sa clientèle serait satisfaite.

Après, Alice savait qu’ils passeraient chez HERMES, où chaque semaine, son père achetait à sa mère, un carré de soie, de cette soie lourde, de la plus belle facture, donc cher ! Le prix d’un foulard, à l’époque, était de 100 Francs. Alice avait compris que, ce qui lui importait, était de traiter sa mère, en déesse, de la faire rêver. La tête d’ Alice arrivait à peine au haut de la vitrine et son regard oscillait entre la vendeuse et les yeux noirs de son père. Alice restait muette lorsqu’il achetait le même foulard, à plusieurs reprises.

Ensuite, ils allaient chez FAUCHON, où il achetait les mets les plus raffinés. Il dépensait au moins 100 francs.

Son père, alors, la faisait remonter dans la JAGUAR en lui disant : Tu gardes la voiture, ne bouge pas, je reviens !

Entourée de tous ces cadeaux, Alice restait seule, enfermée dans la JAGUAR, qui était garée rue de Sèze. Elle ne savait pas combien de temps, il se passait, mais cela lui semblait durer une éternité. Alice n’aimait pas cette rue, où des néons scintillaient, flashaient au dessus des portes, où des femmes étranges semblaient être plantées sur le trottoir, attendant elle ne savait pas quoi. C’était le moment le plus désagréable de la semaine. Lorsque enfin, son père revenait, il lui posait toujours la même question avec un large sourire : « Tu as été sage ? »

Alice ne savait que répondre, désemparée. Et lui, avait-il été sage ? Voilà la question qu’elle se posait alors.

Avant de remonter l’avenue des Champs-Elysées, en JAGUAR, de prendre la pente de ce parking souterrain, de garer la JAGUAR et d’aller au DRUGSTORE PUBLICIS, où son père s’achèterait quelques livres et magazines, Alice savait qu’ils feraient un détour par le magasin de jouets au « TRAIN BLEU », où son père ne manquerait pas de lui offrir, ce qui lui ferait plaisir.

Mais Alice avait tant, qu’aucun jouet ne lui faisait plaisir. Et comment avoir du plaisir, alors qu’elle savait au plus profond d’elle-même, que ce n’était pas pour lui faire plaisir que son père l’emmenait avec lui à Paris. Alice était un alibi, pour qu’il s’offre du plaisir.

Ce qui lui faisait plaisir « AU TRAIN BLEU » était de montrer du doigt, un jouet cher, à la hauteur de son déplaisir, de cette attente interminable, rue de Sèze. Son père la sous-estimait. Les enfants comprennent tout et surtout lorsqu’on se joue d’eux.

Ils rentraient pour diner. Alice était traitée en grande personne, puisque le jeudi, elle dinait avec ses parents.

Mais ce qui rendait Alice le plus perplexe, ce qui taraudait son esprit, ce qui lui nouait le ventre, l’empêchait de dormir, était de voir son père, le dimanche, déposer dans la corbeille, lors de la quête à la messe, un billet de 500 francs.

Sans pouvoir en parler à quiconque, Alice faisait les comptes, se demandant, combien d’argent son père avait dépensé rue de Sèze, pour qu’il récompense sa femme, sa fille et Dieu de tant d’argent ?

Pourquoi tout semblait avoir un prix, y compris l’amour qu’un père porte à sa fille ?