Les esclaves de Michel Ange – Musée du Louvre

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Rien ne pouvait passer cette crise de nerfs. Les mots ne pouvaient rien pour mes maux. Explosion, explosif, je ne pouvais que marcher au hasard des rues de Paris. Inspirer, expirer, souffler, mettre un pied devant l’autre, exposer mon visage au vent, à la pluie.

Après le Luxembourg, son jardin à l’anglaise, à la française, je regarde le ciel, écoute le vent souffler dans les branches nues, tortueuses des arbres. Elles sont à l’image de ma personne de ma douleur. Les mouettes rieuses tentent de me distraire, sans succès. Je laisse courir le dos de ma main contre le mur des immeubles. Je ne vois pas où je vais, je suis mon instinct, mon instinct de survie. Je me réveille sur les bords de la Seine : ma main  souffre, mais je ne sens rien. La peau déchirée du dos de la main, laisse le sang couler.  La douleur mentale dépasse la douleur physique.  Souffler, expirer, mourir, me rebeller. Me jeter à l’eau, non. Je rentre dans le Louvre par la porte des lions. Les salles aux hauts plafonds du département des arts premiers m’apaisent.

Les statues du Gabon, épurées, aux traits minimalistes, me soulagent, ne me font pas de mal. Je ne peux supporter que du lisse, que du beau, que du silence, de l’aérien ; Il faut que tout glisse, pour ne pas me faire mal. Tout est lisse et glisse.

Statue arts premiers -Gabon

Statue arts premiers -Gabon

Je me perds dans le musée

Mes larmes roulent  devant la pietà de Luis de Morales. Ce sont les mains fines, longues, ces mains qui agrippent le cadavre du christ qui m’émeuvent. Le sang coule, roule de mes mains comme le sang  coule le long du corps du Christ.

Pieta - Luis de Morales

Pieta – Luis de Morales

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j’arrive devant les esclaves de Michel Ange, ces deux statues fabuleuses, commandées initialement pour le tombeau de Jules II. Je m’assois dans ce hall passager pour attendre le calme, et me laisser le temps de contempler ces deux statues.

Les esclaves - Michel Ange

Les esclaves – Michel Ange

L’esclave “mourant” me fait penser davantage à un homme endormi, livré aux songes, au rêve. Les paupières sont closes, la chevelure bouclée. De la douceur émane de la statue. La musculature est quasi inexistante.

L'esclave "mourant" - Michel Ange - Musée du Louvre

L’esclave “mourant” – Michel Ange – Musée du Louvre

L’esclave rebelle, me touche beaucoup plus. La force qui se dégage de la sculpture est extraordinaire. L’homme à la musculature puissante, aux yeux creux, a la face exprimant la douleur. Sa posture, l’appui qu’il prend sur sa jambe fléchie, font qu’il semble vraiment essayer de se libérer. L’état de désespoir, de violence interne dans lequel je suis fait que je m’identifie beaucoup plus à ce rebelle. Je suis esclave de ma douleur, de ma folie.

J’adore cette imperfection, cette veine noire dans le marbre blanc. Elle semble être une blessure, une balafre. Je ne sais si c’est à cause de cette imperfection que Michel Ange a laissé cette oeuvre inachevée ?

L'esclave rebelle - Michel Ange - Musée du Louvre - Veine noire dans marbre

L’esclave rebelle – Michel Ange – Musée du Louvre – Veine noire dans marbre

Musiques du monde : la méditerranée de Roula Safar

J’avais repéré par hasard cette affichette en promenant mes yeux embrumés de sommeil sur les murs du métro :

Mélismes sacrés et profanes de Babylone à Grenade, avec Roula Safar, mezzo-soprano, guitare et percussions”

Il me fallait me rendre à cette invitation au voyage.

ROULA_SAFAR_

L’auditorium de taille modeste s’assombrit. Le public s’assagit, devient silencieux. Des projecteurs illuminent alors la scène et Roula Safar arrive. Elle a un peu l’allure d’une gitane avec sa robe rouge et longue, ses cheveux noirs un peu fous, son regard noir et vif. Mais le port est altier, le sourire doux et la voix enchanteresse. Son visage laisse transparaître cette esthétique de l’aridité que j’ai découvert au moyen orient.

J’ai fermé les yeux. Pendant une heure, Roula Safar nous a fait traverser la géographie en abolissant les frontières du bassin méditerranéen, en laissant de côté les clivages religieux. Roula Safar nous a également menés au travers d’un dédale historique en chantant des textes anciens sacrés, incantation à des dieux, des textes profanes, des poèmes d’auteurs contemporains comme Andrée Chedid, par exemple.

Elle a su faire revivre des langues mortes, perdues. De sa voix profonde elle a magnifié le Grec, l’akkadien, l’araméen, l’ougaritique, l’arménien, l’arabe, le français, le berbère, et l’espagnol.

Avec peu, mais de beaux instruments : sa voix de mezzo-soprano, sa guitare, et quelques percussions, Roula Safar la magicienne m’a transportée et fait rêver.

sergilla

Je marche dans Sergilla, ville morte de Syrie, en plein mois d’août. Le soleil de fin d’après midi fait revivre les couleurs et les odeurs. Les herbes brûlées par le soleil et le vent, les chardons poussent sur cette terre d’un brun profond. Les figuiers libèrent une odeur de suc. Leurs feuilles recroquevillées s’ouvrent un peu pour tenter de capturer le soupçon de fraîcheur qui s’installe. Les oliviers aux troncs épais et tortueux montrent leur capacité à s’épanouir dans ce monde hostile.

Beauté Animale par François Pompon – Grand Palais

En allant chez le médecin, près du Musée d’Orsay, j’ai vu cette splendide affiche de l’exposition “Beauté Animale ” qui se tient au Grand palais.

La tête d’orang-outan sculptée par François Pompon (1855-1933) m’a rappelé plein de souvenirs liés à Laurent, dont nos visites régulières au jardin des plantes, alors que nous habitions Place Monge.

La large cage des orang-outans était fabuleuse, splendide. Ils étaient sans conteste, le clou du spectacle, faisant éclater de rire petits et grands. Plus sérieusement, nous allions aussi admirer les planches des dessinateurs que les grands explorateurs, découvreurs emportaient avec eux pour sceller, graver la faune prolifique des nouveaux mondes.

Pompon avait marqué ma rencontre avec Laurent puisque lors de notre visite au Musée d’Orsay, devant cette grandiose sculpture de Pompon qu’est l’ours polaire, Laurent avait pris ma main toute froide, l’avait réchauffée, puis s’était vite enhardi pour m’embrasser.

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Dans la salle d’attente, jeudi dernier, je feuilletais le catalogue de la vente d’art décoratif des DRAY en 2006 qui avait rapporté près de 60 millions d’€. En ouvrant une page au hasard, je tombais à nouveau sur Pompon, un paon, cette fois ci.

Mon médecin me fait rentrer dans son cabinet et je vois avec délice qu’il avait récemment fait l’acquisition d’une sculpture moderne imposante, presqu’à taille réelle, d’une tête d’éléphant. Splendide, génial !

Tout cela m’a donné envie d’aller voir l’exposition du Grand-Palais : Beauté animale. Mais la fatigue a eu raison de mon désir. Malgré le soleil radieux et ces quelques jours de congés, je n’ai pas eu la force d’entreprendre quoi que ce soit. Depuis mon appartement, le ciel est envahi d’une brume de chaleur, donnant l’impression que la Tour Eiffel, à peine visible, est habillée d’une fine dentelle de Calais. Rêvant devant ce paysage, je me suis fait mon cinéma, en revisitant l’oeuvre de François Pompon, avant d’aller un jour prochain au Grand Palais.

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L’ours est mon oeuvre favorite de Pompon et celle sur laquelle je rêve. J’aime cette pierre blanche et silencieuse comme la neige, j’aime cette pierre polie et lisse comme la glace.

L’ours de François Pompon étonne par son aspect sobre, simple. Il est proche de l’art esquimau, minimaliste, en os, ivoire ou pierre, au même aspect blanc et lisse.

Malgré son apparence dépouillée, la tête de l’ours de Pompon est d’une précision extrême et aucun détail n’est omis .

Vu sous un autre angle,

François Pompon (1855-1933) Ours blanc, entre 1923 et 1933, Statue en pierre

H. 163 ; L. 251 ; P. 90 cmParis, musée d’Orsay

Il se dégage de cette sculpture pourtant massive avec ses pattes trapues, de la fluidité. J’imagine l’ours évoluer avec facilité sur la banquise, nager dans l’eau presque glacée de l’arctique.

Il ressort de cette sculpture, à mes yeux, plus de fragilité et de finesse, que de solidité. C’est peut-être cela la magie que délivre cette sculpture : la fragilité, un moment où le temps est suspendu, un moment de répit en quelque sorte.

Cet ours solitaire, en perdition, met en exergue toute la fragilité de cette espèce, en voie de disparition, comme si Pompon, visionnaire, avait anticipé ce danger.

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Giacometti : du Musée de Beyrouth à la Pinacothèque

Une exposition sur la sculpture de Giacometti (Giacometti et les étrusques) vient de s’ouvrir à la Pinacothèque de Paris. J’ai découvert cela, dans le métro. L’image de l’exposition aura réussi à me réveiller alors que je marchais littéralement endormie, au radar, tant je connais mon itinéraire par coeur.

Je me suis rappelée alors de mes articles sur Giacometti (notamment : Giacometti – Bacon : les visages) mais aussi de mes 9 heures passées à me perdre dans Beyrouth, durant cette retraite levantine.

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Durant ces 9 heures que j’avais à attendre, avant de rejoindre Antoine, au Sporting Club de Beyrouth, j’avais quitté l’Albergo, seule, accompagnée de mon mal de dents.

Sans plan, ni carte, j’avais décidé de suivre un homme, le premier sur qui je tomberais en sortant de l’hôtel.

Il me conduirait, sans le savoir, où il voudrait.

Je serais seule, sans l’être vraiment.

J’aurais ce positionnement d’être en retrait, tout en étant intrusive.

J’avais alors pensé que je détesterais et adorerais, paradoxalement, qu’un homme me suive ainsi dans la rue, sans dessein, sans but, juste par hasard, pour que je le mène dans les endroits que j’aime, ou qu’il emprunte à mon insu, un itinéraire familier, voire intime.

Je serais bien incapable de mentionner avec exactitude les noms des rues ou des quartiers où je suis allée.

Quoi qu’il en soit, le premier homme que j’ai suivi, m’a menée par chance, par accident, au musée de Beyrouth. J’ai décidé alors, sans un mot, de le quitter, d’abandonner sa route pour visiter le musée.

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Le musée de Beyrouth est minuscule, sans grand intérêt. J’ai néanmoins apprécié, les grandes salles, le calme qu’il offrait, et me promener à mon rythme de salle en salle.

Passer devant cette statue égyptienne, m’avait rapprochée en pensées, de Giacometti. Instinctivement, j’avais pensé à “l’homme qui marche”.

Juste derrière, une vitrine remplie de minuscules statuettes a attiré mon attention.

J’ai tout de suite aimé y contempler cette multitude de personnages longilignes, qui auraient idéalement, et littéralement, pu inspirer Giacometti, s’il les avait croisés.

J’étais heureuse de découvrir que ces statues avaient été trouvées à Byblos (Liban).

Cette ville avait été un souvenir agréable de mon séjour au Liban, en 2010.

Leur forme longiligne, leur aspect simple, squelettique, sans visage clairement dessiné m’ont arrêtée.

Je voyais dans mes pensées, des statues de Giacometti, …., toutes ses statues fines, minimales, primitives, mais chargées de sens, de douleur.

Oui, ces statues sont en suspension. Elles me semblent hors du temps, intemporelles, incarnant parfaitement l’éternité.

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Je suis sûre que Giacometti en a croisé des semblables, au Musée du Louvre, sûrement plus belles, plus rares, qu’elles soient étrusques, égyptiennes, phéniciennes…

Je ne sais si j’irai voir cette exposition focalisée sur Giacometti et les étrusques. Pourquoi vouloir limiter, étudier cette influence seule sur l’oeuvre de Giacometti ?

Pourquoi fermer les yeux sur d’autres inspirations primitives, voire des influences de l’art premier ?

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Quoi qu’il en soit, ces statuettes, ces figurines m’auront fait visiter une exposition de Giacometti, exactement comme les fresques de la Villa des Mystères à Pompéi, m’auront fait visiter une des plus belles expositions de Rothko.

J’ai d’ailleurs réalisé qu’une exposition sur l’art de vivre à Pompéi venait d’être inaugurée au musée Maillol.

Mes vacances libanaises auraient-elles été une préparation à ces expositions ?

Comme par magie, je veux penser, je veux rêver que mes vacances auront influencé la rentrée artistique de ces deux petits musées parisiens. Et que d’une certaine manière, j’aurai été en avance sur mon temps, grâce à mes voyages estivaux.

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Monumenta 2011 – Leviathan – Anish Kapoor

Je vais voir depuis 3 ans, l’exposition annuelle “Monumenta” dans cet espace immense, monumental, qu’est la Nef du grand Palais. J’avais manqué la première exposition en 2007.

Mais j’avais adoré les Cinq stèles immenses de Richard Serra autour desquelles, le visiteur inventait sa “promenade”.

J’avais été beaucoup touchée par “Personnes” de Christian Boltanski que j’ai trouvé froide, glaciale, mais empreinte de religiosité, de recueillement.

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Je suis allée voir et revoir “Leviathan” d’Anish Kapoor. Ce Léviathan m’aura renversée, troublée, émue au plus profond de moi.

Cette exposition se démarque des expositions précédentes. Elle dégage chaleur, rondeur, féminité. Elle envahit, s’impose dans ce cosmos, cette voûte céleste qu’est la nef du Grand Palais. Anish Kapoor a choisi de réaliser :

“une seule oeuvre, une seule couleur, une seule forme”.

“Je veux que les visiteurs éprouvent une sorte de choc, esthétique mais aussi physique”.

Le visiteur est face à une sculpture d’un seul bloc mais tentaculaire, à trois pattes. Sa hauteur est de plus de 35 mètres.

D’un point de vue technique, le booklet remis à l’entrée, mentionne :

“L’oeuvre de Kapoor est une prouesse technique. Des milliers de lés de PVC ont été soudés entre eux. Les soudures forment un dessin élégant et très travaillé, comme les tendons d’un muscle.”

“C’est une immense sculpture vide de près de 80.000 m3, une grande enveloppe rouge sombre qui tiendra grâce à la pression de l’air insufflé à l’intérieur”,

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J’ai commencé par visiter l’endroit ou l’intérieur du monstre.

Suis-je dans une grotte ?

Suis-je le sang qui coule dans une artère ?

Suis-je au coeur du coeur de mon père, peu avant son implosion ?

Ai-je retrouvé la matrice, l’utérus de ma mère dans lequel je flottais, alors que je n’existais pas encore ?

Suis-je dans un monstre, la vermine qui envahit tout, dévore tout ?

Suis-je une personne ou un vortex ?

Est-ce que j’existe vraiment, ou ne suis-je qu’une illusion, un mirage, une “fata morgana”?

Je voudrais être dans le cerveau, tel le fluide de la pensée qui circule : j’ai besoin de voir la vie, les idées, le sang circuler.

Ce rouge de vie, si chaud, dont la couleur évolue selon la luminosité, le soleil et sa position dans le ciel, m’a transportée.

Le matin, le midi, l’après-midi, la nuit déclinent des lumières uniques. Je crois y être allée tous les jours, sauf lorsque je me suis absentée pour faire mon devoir de fille, aller voir mon père mort, et lui dire au revoir.

D’ailleurs, j’ai acheté un billet valable, pendant toute la durée de l’exposition, qui s’achève le 23 juin.

J’ai aimé, par dessus tout la découpe de la structure du Grand Palais, qui évolue tout au long de la journée, qui fait que cette exposition se démultiplie à l’infini. Elle sera une succession de moments uniques et différents, pour chacun des visiteurs.

Cela me renvoie à la découpe parfaite de l’escalier de la villa Malaparte, aux ombres des statues de la terrasse de l’Infini, à l’ombre du plongeoir des piscines de David Hockney.

Le disque de ce soleil de Mai, si fort, si puissant, projette toute la structure du grand palais, sa nef et la verrière sur ce Leviathan. Des jeux d’ombres et de lumière, font que la structure du Leviathan et les ombres de la structure du Grand Palais se juxtaposent à l’infini. Tout cela confère une impression de cosmos, d’infini, accentuée par les illusions d’optique.

Il est difficile de dire quel est le moment que j’ai préféré.

Je ne pourrai le dire qu’avec un peu de recul. Néanmoins, j’ai été bouleversée,vers 16h, au moment où le soleil atteint un angle qui vient frapper le bas de ce Leviathan, de voir, depuis l’intérieur, les ombres des gens, situés à l’extérieur, qui touchent le monstre.

Que j’ai aimé voir se dessiner leur corps et, par dessus tout, leurs mains. Ces mains imprimées dans l’instant, disparaîtraient pour toujours, au contraire des mains des grottes, des mains de Louise Bourgeois.

Je me disais que ces personnes non seulement, voulaient toucher ce monstre, le caresser mais aussi communiquer avec ceux qui étaient à l’intérieur, dans la matrice.

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Lorsque je suis sortie de ce ventre, lors de cette naissance, pour aller à l’extérieur, dans un monde en expansion où tout est inversé, renversé, j’ai d’abord scruté le paysage :

Le décor de ce grand palais, entourant cette sculpture minimaliste à l’épure essentielle, est lui morcelé, n’est que fragmentation, fait de nombreuses pièces soudées elles aussi ensemble mais reliées par des rivets et vis au relief étonnant. Le contraste du paysage est saisissant. Cependant, en levant les yeux vers le ciel, ce cosmos, cette voûte céleste, la ressemblance entre le paysage et son contenu, est saisissant : les verres taillés revoient clairement aux lés de PVC.

Là aussi, ce qui m’a frappée est la projection de la structure de la nef, sur ce monstre. Les ombres de la nef, évoluent, se promènent sur ce grand ballon, comme sur un cadran solaire.

J’ai aussi adoré, le lisse de la structure qui permet la réverbération des passants, du décor sur ce monstre. A.Kapoor tend ainsi, à chaque visiteur, un miroir, dans un certain sens. Comment ne pas se remettre en question, devant ce miroir ?

J’ai adoré voir ce père, montrer à son enfant, comment caresser cette oeuvre, un univers, à part entière :

N’étant rien aux yeux des autres, n’existant pour quiconque, et vivant dans mon monde fait d’un désarroi abyssal, d’une noirceur obsessionnelle, je n’ai pas ressenti particulièrement ma petitesse, face à ce colosse, ni ma fragilité, comme beaucoup de personnes le mentionnent. Je les entendais parler de cela.

J’ai davantage ressenti la fragilité de ce Léviathan, de notre monde.

Enfin, j’ai aimé déambuler, me promener dans la solitude du lieu, dans cette solitude qui m’accompagnait.

Etais je dans le vide ou dans le plein ou dans un territoire autre : l’imaginaire ? Je ne sais pas. J’étais hors du temps.

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Anish Kapoor m’a délivré une oeuvre fragile aussi bien que  monumentale, éphémère aussi bien qu’intemporelle, unique aussi bien que multiple, voire infinie.

J’élis, sans conteste, cette oeuvre paradoxale, splendide, qui m’a ravie, qui m’a apaisée et qui me fait réaliser que je peux encore être surprise, être conquise, être subjuguée. C’est donc que mon instinct de survie n’est pas atteint, et que je ne demande qu’à vivre.

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