Les mains de Louise Bourgeois – The welcoming hands

or the welcoming hands

Les mains me fascinent, depuis qu’en 1986-1987, lors d’une année passée à New York pour découvrir le milieu de l’art contemporain, j’ai eu la chance de rencontrer un couple de collectionneurs de mains : leur hôtel particulier dans une petite rue de l’Upper East Side était inondé de mains sous toutes les formes : tableaux, sculptures, amulettes, livres, bijoux, meubles, étoffes…

C’était sans doute une des premières fois que je voyais tant de créativité et le caractère si obsessionnel d’une collection !

C’est avec les mains, que nous allons vers l’autre dans notre civilisation occidentale, pour saluer, pour toucher, pour accueillir.

C’est avec les mains que les amants se caressent, et ce de manière universelle. Ses mains se promenaient, se perdaient sur la géographie, ce plat pays, qu’est la plaine de mon ventre.

Et puis, j’avais gardé en souvenir lors de la représentation théâtrale  du « DR Faust » de Marlowe,  l’image de ce couple si âgé, assis à ma gauche. Ils semblaient prêts à mourir ensemble ; lors des scènes funèbres ou morbides de ce Dr Faust, je les regardais. L’époux serrait alors la main de sa femme. Je les sentais unis pour toujours. Cela m’avait émue. Je savais que j’affronterai la mort dans la solitude absolue.

En ce dimanche glacial de janvier 2011, au jardin des Tuileries, avec ce soleil blafard, si pâle, je repensais devant mon champ de lavandes à l’homme qui y avait fait exister mes pieds.

En m’en retournant vers le Musée du Jeu de Paume où se tient la splendide exposition Kertész, je n’ai pu m’empêcher de m’arrêter, de contempler les mains en bronze, ces « welcoming hands » de Louise Bourgeois, posées sur d’immenses pierres en granite. Elles datent de 1996.


Ces mains s’entrelacent. Ces mains se donnent, s’accueillent pleinement. Elles dégagent de la générosité, de la bienveillance ; elles ne sont pas hésitantes. Certaines expriment aussi du désir, quand les mains s’agrippent du bout des doigts.

J’avais l’impression de les voir se mouvoir. Pourtant, je les regardais fixement. Comme j’aurais voulu, en ce dimanche, qu’un homme surgisse de nulle part, et prenne ma main, la serre fort, pour me donner un tant soi peu d’amour, de sentiments, d’affection.

Est-ce parce que j’ai aimé des hommes qui ne me prenaient pas la main, que j’aime tant ces mains qui s’accouplent ?

Ces « welcoming hands » sont discrètes. Elles ne sont pas à hauteur des yeux.

Il faut donc être curieux, avoir l’esprit vagabond pour les remarquer ! Combien de fois, je suis passée devant elles, sans les remarquer, en les voyant pourtant.

Elles ont aussi ce paradoxe d’être à la fois fortes et fragiles.

En cette saison du déplaisir, ces mains étaient un espoir, un reflet de ma fragilité présente, mais en me projetant dans le futur – car désormais, j’y parvenais-, elles me donnaient confiance en moi, elles m’avaient apporté de la chaleur, de la confiance, de l’affection, car :

– tout simplement, je voyais que tout le monde me tendait la main, venait vers moi, je ne pouvais pas être seule, avec ces welcoming hands.

Voilà la magie des mains de Louise Bourgeois !

Je ne manquerai pas d’aller voir l’exposition Louise Bourgeois, pour explorer ses mains, d’autres mains et d’autres parties du corps (pieds, oreilles)  à la Galerie Lelong, 13 rue de Téhéran, 75008, où une exposition dédiée à ses Estampes et dessins se tient du 03 février 2011 au 02 avril 2011.

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Une réflexion au sujet de « Les mains de Louise Bourgeois – The welcoming hands »

  1. Oui, les mains sont fascinantes. Et j’aime aussi beaucoup vos textes, que je découvre tous les jours avec plaisir, émotions et ouverture vers de nouvelles réflexions!

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