Passage vers 2012

Cette dernière journée de l’année est placée sous le signe de l’absurde.

Il aura fallu tout d’abord qu' »Amazon » me livre ma commande à une heure du matin ! Ce n’est pas un mauvais rêve, mais la réalité. Le livreur s’est excusé pour le retard … Et je n’aurai pas eu le courage d’entamer cette nuit « Géométries du désir » de René Girard.

Quelle idée de se faire livrer en soirée, normalement de 19h à 22h ! Justement le désir de lire ce livre qui aura pris la forme d’une droite claire et tranchante … pour aboutir à un cercle où je tournais en rond dans mon appartement en attendant, durant une éternité, ce livreur. Cela n’a pas bizarrement redoublé mon plaisir mais l’a annihilé.

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De fuite en fuite :

Ma salle de bains et ma machine à laver ne font pas bon ménage.

Cela a commencé par une inondation suite à l’oubli de la pose d’un bouchon de vidange, puis a continué avec la mort de ma machine à laver.

 Ce matin, une flaque d’eau débordait sur le sol de cette machine à laver flambant neuve. J’ai tout de même regardé le plafond … non, l’eau ne tombait pas du ciel mais rampait depuis le dessous de la machine. Je saisis mon téléphone pour appeler le service après vente de cette célèbre chaîne de vente d’électroménager. Le technicien incrimine mon installation ! La machine n’y est probablement pour rien !

– Vérifiez votre installation.

– Mais je ne le peux. La machine est bien trop lourde pour moi et est encastrée entre un mur et un meuble.

– Appelez un ami pour qu’il vérifie l’installation.

– Je vis seule et n’ai pas d’ami. et puis, c’est votre entreprise qui a installé la machine.

– Je ne vais pas envoyer un technicien pour rien !

Vous aurez compris que c’est alors un dialogue de sourds qui s’est instauré. Toute la matinée, le technicien m’aura fait nettoyer, renettoyer, rincer, sécher du linge. Et aucune trace d’eau n’est apparue !

Pourtant, l’eau provenait bien de quelque part ! Je devrais donc attendre la prochaine fuite ….

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J’ai toujours voyagé avec un minimum de bagages. Les bons souvenirs sont légers, rares.

2011 s’étire, cette journée est longue, pesante. Il est temps que je passe aux géométries du désir !

Le cheminement du désir n’est point rectiligne. Il emprunte des tangentes, il esquisse des triangles, il s’enfonce dans des cercles vicieux. La coquette, le masochiste, le Don Juan, le voyeur, tous se laissent entraîner dans un ballet fascinant dont la chorégraphie leur échappe.

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Noël 2011


De ce Noël 2011, je garde en mémoire, le visage lumineux, radieux de ma nièce de six ans,  qui croit encore dur comme fer au père Noël. Je la vois m’accueillir et s’émerveiller devant le cadeau dont l’emballage ne tiendra pas longtemps une fois qu’elle a lu son prénom sur le carton. Elle compte soigneusement tous ses cadeaux, quinze ! Evidemment elle est très fière d’avoir été la plus gâtée de la maisonnée et compte bien sur sa mère pour monter sa maison Playmobile.

Et puis, elle distribuait les cadeaux, aidait son frère à ouvrir, à déballer les siens avec presqu’autant de bonheur que s’il s’agissait des siens à elle. Le brillant, les couleurs  flamboyantes, le froissement des papiers doivent provoquer cet élan de folie, cette tornade blanche qui fait qu’aucun enfant ne résiste longtemps devant un paquet cadeau !

J’étais très fière de découvrir son penchant pour la géographie. Le nombre de pays qu’elle est capable de localiser sur cette mappemonde dépliée est impressionnant !

Je voyage à Cuba et en Amérique centrale, grâce au déjeuner fait de Manioc et de riz aux haricots rouges.

Je garde avec moi contre mon coeur, le mot que m’a donné ma mère, où elle me souhaite sincèrement, comme chaque année, d’être heureuse.

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Dans le bus, place de la Concorde : une mère de famille s’exclame : Tiens une DS ! Elle est splendide. Les deux garçons suivent des yeux cette voiture ancienne pour eux.

Je regarde le véhicule bleu ciel dépasser notre bus, se faufiler pour prendre l’avenue Gabriel.

Je regrette l’absence de froid.

Depuis mon appartement, une nouvelle fois, le ciel flamboie, donne l’impression d’un incendie immense, et la tour Eiffel est là plantée au milieu comme une lance pour éteindre ce feu.

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Où trouver une passerelle pour quitter 2011 et atteindre 2012 ? En prenant une de celles qui relient les deux rives de la Seine ? Pourquoi pas ?

 

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24 minutes par jour

Je ne regarde plus l’obélisque de la Place de la Concorde. Je ne capture plus le matin, cet instant magique où  la couleur or de la pyramide existe à nouveau grâce à ce premier rayon du soleil qui vient la frapper.

Je ne regarde plus les vitrines décorées de la rue Boissy d’Anglas, de la rue Royale, marquant le temps des fêtes de fin d’année, me rappelant que c’est bientôt Noël.

En changeant d’itinéraire, j’ai réussi à gagner presque 25 minutes dans les transports en commun. Il faut mener une vie de fou pour que 24 minutes, soit moins de 2% du temps de la journée, représente un gain de temps précieux.

Mais cela fait tout de même 8 heures par mois, que je peux consacrer à l’écriture, ou à des occupations plus futiles.

8 heures par mois est un luxe.

C’est la course contre le temps, le temps de la jeunesse, le temps à venir, le temps qu’il me reste à vivre. 

Le sable envahit mon paysage.

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De Marc Rothko à Francis Bacon par J.Littell

Brève suite à ma lecture de Triptyques : Trois études sur Francis Bacon par Jonathan Littell (Arbalète, 2011) :

Surprise, émue par la mise en perspective d’un tableau de Bacon, inspiré directement de Rothko.

Rothko, untitled, 1969

J’aime le calme, la sérénité, la religiosité qui se dégage de cette toile. Les couleurs noires et grises sont lumineuses, et non tristes. Le tableau est dépouillé, débarrassé de tout superflu : il n’y a que l’essentiel.

Blood, Pavement, Francis Bacon – around 1988

Le tableau de Bacon est beaucoup plus violent – l’esprit qui le peint est tourmenté-. Si le noir, la couleur noire est lumineuse, dans le haut, ce noir semble bien se réverbérer dans cette flaque de sang, à moins que ce ne soit le sang qui noircit. Ce sang est au coeur du tableau, dans cette rayure, tranche centrale, plus jaune que grise.

Une fine ligne grise marque la séparation, la frontière avec la partie basse du tableau, gris verte.

J’avoue que je ne saurais choisir entre les deux tableaux. Je prendrais volontiers les deux, pour les embrasser du regard.

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Macarons : de Ladurée à Pierre Hermé

Le macaron raté de Ladurée : 

J’ai effectué une promenade dominicale dans l’après midi, pour l’heure du thé. Après avoir traversé le village royal, je suis rentrée chez Ladurée pour manger un macaron. C’était la première fois que je m’y rendais.

Alors que j’étais installée seule à une table avec mon carnet d’écritures, un macaron à la fleur d’oranger et un darjeeling sans saveur, un étranger est venu envahir ma table, prétextant un manque de place. La saveur de la fleur d’oranger a viré au goût amer. La vue de ce touriste fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase.

Je me suis sentie prisonnière de ce lieu défait, surfait, surpeuplé. J’ai planté tout le monde.

Je suis partie pour WH Smith en m’arrêtant chez Pierre Hermé – le patissier aux macarons si célèbres au Japon- rue Cambon. La vendeuse me demande si c’est pour offrir : je réponds spontanément : Non ! c’est pour manger ! Le client à côté de moi éclate de rire.

Il fallait bien que je me refasse une santé après ce macaron raté de chez Ladurée. Les parfums aux agrumes mélangés m’ont ravie, tout comme celui à l’olive. Je n’ai pas eu le temps de rentrer chez moi les déguster avec un thé. Je les avais déjà tous engloutis.

Certes, les parfums étaient improbables, surprenants. Mais rien, rien ne remplacerait les macarons au citron de chez Lombardie, dans cette petite station balnéaire surannée et perdue du Cotentin.

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