3 Tage in Quiberon – 3 jours à Quiberon

Ce film en noir et blanc, sur une période difficile de la vie de Romy Schneider est presque davantage un documentaire qu’un film, sur une actrice iconique allant au plus mal.

Les acteurs, notamment Marie Bäumer (Romy Schneider) et Charlie Hübner qui joue le rôle du photographe Robert Lebeck y sont à la fois justes et touchants.

Le film relate donc l’interview donné à Quiberon par Romy Schneider en avril 81, au  journaliste du Stern, Michael Jurgs et au photographe Robert Lebeck dont elle est proche et grâce à qui ces entretiens ont lieu. Elle est alors en cure dans ce Sofitel à Quiberon, pour mener une vie saine et sage pendant quelques jours.

Les scènes se passent principalement dans le huis clos de cet hôtel en béton qui casse la splendeur de la côte bretonne, même si les images en noir et blanc confèrent de la magie et de l’esthétisme au film. La musique mélancolique est en accord avec le film et l’accompagne tendrement.

Ce film intérieur retranscrit le mal être de Romy Schneider tout particulièrement à cette époque mais a-t-elle été heureuse à un moment dans sa vie parsemée de drames ?

Abus d’alcool, de barbituriques, de cigarettes, drames personnels, divorce, manque d’argent, dérive personnelle, mal de mère avec une relation difficile avec son fils sont en premier plan du film qui se focalise sur son désarroi.

Le film dépeint à merveille et empathie, grâce au jeu des acteurs, la fragilité de l’actrice et sa profonde dépression.

Son immense fragilité et sa capacité à se livrer alors qu’elle est désarmée ne peuvent que frapper le spectateur. La presse n’est pas épargnée puisque le journaliste profite de l’état de faiblesse de l’actrice pour la manipuler et la faire parler sans réserve de son mal être.

L’actrice est dans un tel état qu’elle est dans l’incapacité de rester seule : elle s’en remet à ses amis (cette amie d’enfance, ce photographe) pour la soutenir, la porter à bout de bras, mais aussi à des inconnus, et ceci avec une légèreté et une liberté déconcertantes. Denis Lavant, est épatant dans ce rôle de poète. Mais ses amis sont-ils de vrais amis ? Et je pense à ce photographe au rôle très ambigu.

Certes, Robert Lebeck éprouve indéniablement une attirance, une tendresse immense et une amitié quasiment amoureuse pour Romy Schneider, même si elle demeure platonique. La réciproque semble vraie. Cet homme qui n’est pas beau mais qui semble solide, fort et doux à la fois, se montre très protecteur vis à vis de Romy Schneider. Sa présence auprès de Romy, ses caresses semblent rassurer et faire du bien à l’actrice. Il dort à ses côtés, l’enlace, l’embrasse, la soutient avec pudeur.

Néanmoins, il faut relativiser tout cela car c’est lui qui la livre à ce journaliste peu scrupuleux qui lui arrache des aveux affligeants sur son état de faiblesse et son mal être.  Il est aussi le premier à suivre Romy dans une soirée alcoolisée, ne faisant rien pour la protéger de ses démons, alors qu’elle tente de vivre sainement et a besoin de répit. Enfin, il n’arrête pas de la photographier certes avec tendresse, mais aussi avec excès, alors qu’elle touche le fond. Néanmoins, elle reste belle en pleine détresse, et Romy Schneider semble réclamer, demander tous ces clichés et se complaire dans cette surexposition médiatique, qui relève de l’addiction.

Le spectateur ne verra que très peu la jolie côte bretonne sauf à de rares moments où Romy semble aller mieux et va sauter de rocher en rocher pour se casser volontairement la cheville, s’éloigner des caméras quelque temps et  se rapprocher de ses enfants qu’elle adore et qui lui manquent.

Certains spectateurs à la sortie de la séance regrettaient que le film ne mette pas davantage en avant son immense talent d’actrice et son fabuleux parcours.

Mais ce n’est pas le propos du film qui se veut sombre et le restera jusqu’au bout. L’actrice est immense, tout le monde le sait, et faire référence à ses plus beaux films aurait été hors sujet de mon point de vue.

La réalisatrice du film Emily Atef est allemande, d’où sans doute ce parti pris de nous montrer la face sombre de l’actrice. L’Allemagne en a en effet toujours voulu à Romy Schneider d’avoir quitté son pays pour trouver en France la liberté, et des rôles qui l’ont portée à sa juste valeur et au sommet sur la scène internationale. Elle aura longtemps été amalgamée au personnage de Sissi dans son pays natal.

Ce film ne se veut pas être une synthèse de la vie de Romy Schneider et de son immense talent d’actrice. Il nous permet de vivre, avec délicatesse, 3 jours d’intimité avec une actrice en pleine dépression, presqu’au bout de sa vie, puisque moins d’un an avant sa disparition, en mai 1982. Elle ne pourra survivre longtemps à son fils adoré, décédé tragiquement en juillet 1981, quelques mois après ce séjour à Quiberon.

Je retiendrai quant à moi trois films de Romy Schneider : les choses de la vie de Claude Sautet, mais aussi l’enfer, film inachevé d’Henri-Georges Clouzot, avec Serge Reggiani, ainsi que son dernier film, la passante du sans souci de Jacques Rouffio. Romy Schneider a toujours formé de jolis duos avec Michel Piccoli.

PS : A noter une brève apparition de Vicky Krieps (Alma de Phantom Thread) en femme de chambre de cet hôtel.

Textes et images protégés par Copyright : 2010-2018 © Carole Darchy

AMERICA LATINA – Fondation Cartier

Voyageuse immobile …C’est mon parcours de 3 heures à travers l’Amérique Latine et sa photographie des années 1960 à 2013.

Cuba, Mexique, Chili, Pérou, Uruguay, Argentine, Brésil, Colombie, Venezuela, ……En près de 70 artistes à travers plus de 50 ans d’histoire troublée. Chacun pourra y trouver son bonheur : voyage, photographes peu montrés en France, (et personnellement que je ne connaissais pas), mais aussi des vidéos, des performances, la photographie liée à l’écriture. Mais attention, la tonalité est forte, cherche à déranger, c’est d’ailleurs tout l’intérêt de cette exposition : une immense fenêtre sur la culture latino américaine.

A voir jusqu’au 6 avril 2014, à la fondation cartier, boulevard Raspail, 75014 PARIS

Les esclaves de Michel Ange – Musée du Louvre

Textes protégés et images protégées par Copyright : 2010-2018 © Carole Darchy

Rien ne pouvait passer cette crise de nerfs. Les mots ne pouvaient rien pour mes maux. Explosion, explosif, je ne pouvais que marcher au hasard des rues de Paris. Inspirer, expirer, souffler, mettre un pied devant l’autre, exposer mon visage au vent, à la pluie.

Après le Luxembourg, son jardin à l’anglaise, à la française, je regarde le ciel, écoute le vent souffler dans les branches nues, tortueuses des arbres. Elles sont à l’image de ma personne de ma douleur. Les mouettes rieuses tentent de me distraire, sans succès. Je laisse courir le dos de ma main contre le mur des immeubles. Je ne vois pas où je vais, je suis mon instinct, mon instinct de survie. Je me réveille sur les bords de la Seine : ma main  souffre, mais je ne sens rien. La peau déchirée du dos de la main, laisse le sang couler.  La douleur mentale dépasse la douleur physique.  Souffler, expirer, mourir, me rebeller. Me jeter à l’eau, non. Je rentre dans le Louvre par la porte des lions. Les salles aux hauts plafonds du département des arts premiers m’apaisent.

Les statues du Gabon, épurées, aux traits minimalistes, me soulagent, ne me font pas de mal. Je ne peux supporter que du lisse, que du beau, que du silence, de l’aérien ; Il faut que tout glisse, pour ne pas me faire mal. Tout est lisse et glisse.

Statue arts premiers -Gabon

Statue arts premiers -Gabon

Je me perds dans le musée

Mes larmes roulent  devant la pietà de Luis de Morales. Ce sont les mains fines, longues, ces mains qui agrippent le cadavre du christ qui m’émeuvent. Le sang coule, roule de mes mains comme le sang  coule le long du corps du Christ.

Pieta - Luis de Morales

Pieta – Luis de Morales

*****

j’arrive devant les esclaves de Michel Ange, ces deux statues fabuleuses, commandées initialement pour le tombeau de Jules II. Je m’assois dans ce hall passager pour attendre le calme, et me laisser le temps de contempler ces deux statues.

Les esclaves - Michel Ange

Les esclaves – Michel Ange

L’esclave “mourant” me fait penser davantage à un homme endormi, livré aux songes, au rêve. Les paupières sont closes, la chevelure bouclée. De la douceur émane de la statue. La musculature est quasi inexistante.

L'esclave "mourant" - Michel Ange - Musée du Louvre

L’esclave “mourant” – Michel Ange – Musée du Louvre

L’esclave rebelle, me touche beaucoup plus. La force qui se dégage de la sculpture est extraordinaire. L’homme à la musculature puissante, aux yeux creux, a la face exprimant la douleur. Sa posture, l’appui qu’il prend sur sa jambe fléchie, font qu’il semble vraiment essayer de se libérer. L’état de désespoir, de violence interne dans lequel je suis fait que je m’identifie beaucoup plus à ce rebelle. Je suis esclave de ma douleur, de ma folie.

J’adore cette imperfection, cette veine noire dans le marbre blanc. Elle semble être une blessure, une balafre. Je ne sais si c’est à cause de cette imperfection que Michel Ange a laissé cette oeuvre inachevée ?

L'esclave rebelle - Michel Ange - Musée du Louvre - Veine noire dans marbre

L’esclave rebelle – Michel Ange – Musée du Louvre – Veine noire dans marbre

Exposition vente de photos au profit de Solidarité Enfance Asie

Bonjour,

Nous vous invitons à découvrir une sélection de photographies sur le thème « Enfants du Népal ». Le vernissage aura lieu le jeudi 7 novembre à partir de 18h. 

Une partie de la vente des photographies, sera versée au profit de Solidarité Enfance Asie (SEA). Ces photographies ont été prises par Elias SFAXI, lors de son séjour à Katmandou, en avril et mai 2013, au sein de notre petite association Solidarité Enfance Asie

Elias a eu l’opportunité de faire de très jolis clichés d’enfants népalais et de leur environnement (Home, Ecoles à Katmandou, Ecole publique Shree Liti à Dhading, ..).

Si vous ne pouvez pas venir au vernissage, l’exposition dure jusqu’au 22 novembre, à l’atelier Sfaxi,  22 rue de l’exposition, 75007 Paris (Métro Ecole Militaire)

Venez nombreux !

Bien amicalement,

Carole, sea-nepal.org

Invitation-SEA-07112013

Cantine chinoise : Yoom

  • Et oui, de surcroît, Curzio Malaparte a légué sa maison, à la République Populaire de Chine, dis-je à ma soeur en descendant l’escalier de la “rue Malaparte”.

Je l’invitais à ma nouvelle cantine, place Saint Sulpice. Le restaurant Yoom avait remplacé ShanghaI Tang. Allions-nous croiser Mao ? Ou peut-être serait il allé nager à la piscine St Germain ?

Cantine Chinoise - Marc Riboud -1957

Cantine Chinoise par Marc Riboud -1957

La salle arrière, avec de hauts plafonds, était vide. Un sentiment de calme et plénitude règne dans le lieu. Le menu Dim Sum fait l’unanimité. Je saisis les baguettes avec dextérité. Le bruit des couverts sur les assiettes résonne dans cette pièce au style épuré. Yoom-place saint sulpiceAlors que ma soeur et ma nièce choisissent un thé glacé. Je reste fidèle au thé blanc d’Inde : “Au delà des brumes du ciel”.

Je propose à Pauline de m’accompagner en Inde et au Népal. Je la vois saisie d’un immense vertige, d’une détresse intense. Elle semblait au bord d’un gouffre, au dessus du vide, prête à tomber.

Ma soeur détourne la conversation d’un ton malicieux : “Elle n’a rien de populaire ta cantine. Tu as vu le prix des assiettes ! 120 euros les six … Certes elles sont originales, uniques, mais tout de même ….”

Je rétorquais, par cette contradiction, mon vécu de ce pays : “N’y a-t-il pas moins égalitaire et populaire qu’un régime communiste? Jamais je n’ai vu autant d’échelons hiérarchiques que dans les usines et entreprises chinoises. En chine, ce n’est pas un homme, une voix, mais d’une seule voix, celle du leader ! Ces assiettes me font penser à la Chine que j’aime, au mahjong, à Wong Kai-Wai, à cette activité incessante… Tu me les offriras pour ma pendaison de crémaillère ?”

*****

Le thé précieux et le voyage me mettent en lévitation. Je rêve le voyage à venir au Népal mais fais un détour par la Chine.

Je me vois flotter et regarde attablés, cinq légendes : trois disparues : Mao Zedong, André Malraux, Curzio Malaparte,  avec deux vivantes : Henry Kissinger portant ses lunettes en écaille épaisse, et Marc Riboud, ce photographe génial. Je n’arrive pas à entendre ce qu’ils disent, mais la conversation est animée.

Yoom - Maison de la Chine

Yoom – Maison de la Chine

Eux aussi ont choisi les Dim Sum de Yoom !