2 avril 1974 – Mort de Georges Pompidou

C’est une date qui ne s’effacera jamais de ma mémoire.

Ce sont les vacances de Pâques. La famille est rassemblée chez mes grand-parents au fond du bocage normand, non loin de la mer.

3 avril 1974, je suis réveillée, mais encore couchée, silencieuse  dans un petit lit en fer, placé contre un mur granuleux, dans la chambre de mes parents. La lumière filtre à travers les persiennes.

J’entends alors le pas lent et lourd de mon grand père marchant sur le parquet. Il frappe à la porte, entre et nous annonce en pleurant, en essuyant des larmes : « Pompidou est mort hier au soir ».

*****

De Pompidou, je ne retiendrai pas l’homme politique car la politique ne m’intéresse pas. Je garderai davantage le souvenir d’une voix grave, rendue rauque par la cigarette qui ne le quittait pas, d’un président malade et l’inquiétude que cela suscitait de voir ce visage déformé par la maladie, sur l’écran de notre poste de Télévision.

voeux 1972- Georges Pompidou

Je pense à la DS de mes parents, à la DS présidentielle puis à la SM, symbole de vitesse et de modernité. J’ai le sentiment de voir le temps s’accélérer … Est-ce la fin de l’enfance ?

citroen-ds-pompidou

Citroen-SM-Georges-Pompidou

Le quartier de la Défense se développe … Après le CNIT, la tour GAN, gratte-ciel où je travaillerai un jour est construite.

Mias je découvre aussi l’île Saint Louis et le quai de Béthune. Je me promets d’y vivre un jour… Grâce à l’anthologie inégalée de Pompidou, je découvre la poésie française, Villon, Ronsard, Baudelaire, Apollinaire…

Anthologie de la poésie française - G.Pompidou

Grâce à Pompidou, l’art contemporain gagne en importance, devient prégnant dans mon univers. Je découvre Paris éventré. Pompidou nous offre un musée d’art contemporain ! 

Quelle architecture, quelle surprise,… mais finalement on se fait à ces énormes tuyaux qui ressemblent à des orgues. Mon seul regret est la petite taille des salles pour les expositions. Quel dommage de voir Soulages, de Stael, Kandinski, … dans un lieu aussi exigu. A chaque exposition, j’aurais voulu pousser les murs, me permettre d’avoir davantage de recul !

Le Centre se rattrape avec des collections permanentes idéales !

*****

Tous ces souvenirs s’égrènent et je me demande avec quel niveau de justesse, ma mémoire les restitue ? Je reste persuadée de la déformation de ma mémoire, en relatant en quelques phrases, cet événement vécu à travers le prisme d’une enfant de 10 ans alors, en ce 2 avril 74. Qu’en reste-t-il presque 40 ans plus tard ? Ce que je restitue n’est peut-être qu’une illusion, un mirage, une fata morgana ?