Charlotte Perriand et le Japon : MAM St Etienne

Découvrant l’exposition Perriand et le japon au MAM de St Etienne, je republie cet article écrit en avril 2011

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Charlotte Perriand dont une exposition se tient au Petit Palais à Paris  , est une artiste inclassable, connue pour avoir  travaillé avec Le Corbusier, Pierre Jeanneret. Elle a exercé à la fois le métier d’architecte, de designer, de photographe, de conceptrice de meubles, d’enseignante….

Il ressort de cette exposition que je suis allée voir en avril, qu’elle a été une femme libre, en avance sur son temps.  L’exposition met en exergue le rôle de la photographie dans son oeuvre, ainsi que le concept « d’art brut », qui lui a permis de s’inspirer de mixer, d’utiliser dans ses créations, les matières naturelles et l’acier : bois, ossements, détritus… Son goût pour l’art brut a donné de merveilleuses créations.

Son processus de création, tout comme ceux des grands artistes (je pense à Calder, Moore, …) rejoint l’amour qu’elle portait pour la nature, les grands espaces. En temps de guerre, tout peut être utile ! Et Charlotte Perriand en aura vécu deux grandes.

Revenant du Japon, je souhaitais mettre davantage l’accent sur ce qui m’a sans doute le plus frappé dans son travail : sa gestion de l’espace, l’épure des lignes, la rigueur, l’importance du vide et du plein, la prégnance de la nature (l’art brut), qui font que son oeuvre, avant même qu’elle ne se rende au Japon en 1940, était en parfaite adéquation avec l’esthétique japonaise.

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Charlotte Perriand a longtemps conçu  l’aménagement des demeures que Le Corbusier  construisait : l’intérieur ne devait pas être dissocié de l’extérieur.

Elle partage avec lui la rigueur, le souci du minimalisme, résumés par cette règle d’or : « La fonction crée l’objet ». Cette rigueur, sera encore plus prégnante, après ses voyages et expositions au Japon (1940 et 1955).

Mais son attirance pour le dépouillement remonte à bien plus loin , à son enfance, après un séjour à l’hôpital : « Pour la première fois, instinctivement, je découvrais le vide “tout puissant parce qu’il peut tout contenir”. »

Une rigueur, encore renforcée, par un voyage au Japon, en 1940, où elle est invitée, par le ministère impérial du Commerce.

Elle sera « conseillère de l’art industriel du Bureau du Commerce, auprès du ministère impérial du commerce et de l’industrie ».

Sa mission consiste à orienter l’industrie japonaise vers l’Occident. Elle donnera des conférences et enseignera auprès de jeunes architectes. Durant son séjour, sa vie au Japon, elle sera frappée, marquée, imprégnée de l’art de vivre japonais, la philosophie du vide, la gestion de l’espace ainsi que l’esthétique japonaise que l’on retrouve en abondance dans l’habitat et l’artisanat.

Elle sera initiatrice de deux expositions au Japon : une en 1941 (seule) et une en 1955 (en collaboration avec Fernand Léger et Le Corbusier)


Bibliothèque « Nuage », Chaises « Ombre », Chaise longue en Bambou et Banquette « Tokyo » inspirée par une arête de poisson

Ainsi, une version de la célèbre chaise longue à ossature en acier conçue en collaboration avec Le Corbusier et Pierre Jeanneret (1928) est-elle créée artisanalement, en bambou, en 1941.

Les chaises « Ombre » sont réalisées au Japon, éditées par Takashimaya et présentées pour la première fois à l’exposition « Synthèse des arts ».

Confrontation d’une arête sculpturale et de la banquette « Tokyo » de 1954

Table basse en Hinoki (Cyprès) de C.Perriand

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De retour en France, de 1965 à 1969, elle travaille, avec Junzo Sakakura, à l’aménagement de la résidence de l’ambassadeur du Japon, en France, près du la rue du faubourg Saint Honoré.

Je me rappelle, alors que j’étais étudiante (et finalement, cela aura été sans doute l’inception de tous mes voyages au Japon), mes visites régulières à l’ambassade du Japon, avenue Hoche, avec ce hall au design si particulier. A l’époque, je ne pensais pas que charlotte Perriand était un petit peu derrière cela. Mais ce lieu me fascinait par sa sérénité et sa beauté intérieure.

Enfin, en 1993, elle conçoit le pavillon de thé pour l’Unesco. Même si cet ensemble est splendide, cela sera sans doute, ce qui m’aura le moins marqué dans l’oeuvre de C.Perriand.

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J’ai été frappée de voir des photos d’elle, toujours, radieuse, souriante, épanouie.
Son visage affichait toujours un merveilleux sourire.
Je souhaitais terminer cet article par une main, une table de Charlotte Perriand qui pour moi, a la forme d’une main. Pourquoi aurais-je vu cette main tendue vers moi ?
Cette main était pour moi, un signe d’un tout petit espoir, un signe de renouveau, qui réussissait à sortir de terre, tel un rhizome, après cette dizaine de jours de silence, cette incapacité à écrire tant ma tristesse est immense, tant l’énergie me manque.