La pâtisserie des rêves

Il faut vivre ses rêves. Voici une bonne raison de prendre la tangente, de faire un pas de côté, d’entamer une circonflexion rue du Bac. C’était, comme si j’avais devant moi, à hauteur de mes yeux, de mes papilles, suspendue à un un fil tenu par un magicien, l’image les gâteaux de P.Conticini.

Située 93 rue du Bac, entre la rue de Varenne et la rue de Babylone, la pâtisserie des rêves, vous invitera au voyage, vous transportera immédiatement dans votre enfance …

Je me suis pâmée d’admiration, devant les accents circonflexes de la Pâtisserie des rêves. Je suis sage comme une image. Et d’ailleurs, ce qui frappe en franchissant le seuil de la pâtisserie sont les fils qui tombent du ciel pour illuminer la piste aux étoiles, ce pays imaginaire :  les gâteaux, les pâtisseries semblent s’animer et littéralement s’offrir en spectacle, danser !

Patisserie des reves-rue du bac

Pâtisserie des rêves -97 rue du bac 75007

Trois bonnes raisons plus terriennes pour vous y rendre et vous rendre :

1/ Les énormes madeleines fondantes de Philippe Conticini m’ont accompagnée dans ma lecture de la recherche du temps perdu …. INCONTOURNABLES madeleines pour les adorateurs de Proust.

madeleine-pâtisserie des rêves

2/ La tarte au citron meringuée est la meilleure que j’ai pu trouver à Paris ! Un délice, un triptyque puissamment équilibré entre pâte sablée croquante à point, crème au citron équilibrée, riche en parfum, et meringue fondante.

Tarte au citron meringuée - La pâtisserie des rêves

3/ Le grand cru au chocolat noir, tour à tour fond dans la bouche, croustille, … A déguster à température ambiante pour que le chocolat noir développe tout son arôme. Pas facile de réussir un gâteau au chocolat qui égale ceux de la Maison du Chocolat.

*****

Philippe Conticini, pâtissier fondateur sait nous ensorceler avec les couleurs acidulées de sa boutique et tout particulièrement le rose bonbon très prégnant. Ses emballages, les sacs en papier rose vous plongent immédiatement dans le monde de l’enfance.

Ce voyage, ces rêves favorisent sûrement l’amplification des arômes et des parfums d’enfance et rendent encore meillleures ces pâtisseries oniriques, mais bien terriennes.

La pâtisserie des rêves mérite bien sa place sur les sentiers du plaisir.

Des maux sur un fil

Longtemps j’ai regardé ce séchoir de bonne heure.

Mes voisins (D’ailleurs, je ne sais s’ils sont un, une ou plusieurs) semblent vivre dans l’obscurité, dans le noir profond. Les fenêtres sont dépourvues de volets, de voilages. Les vitres brillent. De cet appartement, je ne vois aucune lumière, aucune vie, si ce n’est un séchoir. Les baleines se plient à peine sous le poids du linge.

En partant le matin, je ne peux m’empêcher de jeter un oeil à cette immense arête de poisson qui me fais penser au meuble de Charlotte Perriand.  Blue jean, sous vêtements, polo, pull, sont posés au cordeau. Ils semblent avoir été tirés dans tous les sens pour éviter à leur propriétaire un laborieux repassage. Pas un pli n’apparaît sur les étoffes qui sèchent. Orange, bleu, vert sont les couleurs du jour.

A 17 heures, je tourne la clé de mon appartement. Le mouvement de gauche à droite se prolonge jusqu’à ma tête. Mon regard franchit la large fenêtre palière puis celle de l’appartement voisin. Chaussettes, lingerie, blue-jean, tee-shirt, cardigan de la marque Aéropostale, sont étirés, aplatis. 18H30, les cloches de l’église Saint-Sulpice sonnent gravement l’angélus. 18H45, l’église Saint-Germain des Prés prend le relai, avec un peu plus de gaité. La nuit tombe. Je sors acheter du pain. A la place des vêtements, reposent des draps blancs, un dessus de lit ivoire en coton damassé. Ils sont tendus au maximum, telle une page blanche, une toile à peindre. Pourtant, l’appartement semble vide.

séchoir rue Malaparte - swimminginthespace

séchoir rue Malaparte – swimminginthespace

Le lavage quotidien et systématique de tout tissu, étoffe, vêtement se situant dans l’appartement me semble relever du trouble comportemental compulsif. Ce rituel, ces gestes répétés qui ne peuvent être réprimés, trahissent de la souffrance. Parvient-il ou elle à atteindre un état de pureté, ou le pays de la perfection, avec tant de savon ?

*****

Je me fais mon cinéma… Mon voisin serait il un tueur en série qui nettoie jour et nuit les vêtements de ses victimes, et les draps qui ont servi à étouffer ? Non, ce n’est pas possible, et les corps alors ? L’appartement est grand, … on pourrait y loger plusieurs congélateurs. Même l’absurde ne pouvait me faire changer d’avis car ce séchoir, une vraie arête appelle le squelette. Quelque chose ne tournait pas rond, si ce n’est le tambour de la machine qui devait tourner, laver, battre, voire même essorer !

Charlotte Perriand - Banquette en forme d'arête

Charlotte Perriand – Banquette en forme d’arête

*****

On sonne à la porte. Oui c’est bien chez moi. Mais il est près de 23h. J’allume, enfile ma robe de chambre, et dévale l’escalier, devancée par mon chat. J’ouvre la porte en laissant la sécurité. Je tombe face à face avec un réparateur de chez Darty !

– Bonsoir, je viens pour la machine.

– Pardon, quelle machine ? J’écarquille les yeux. Il doit y avoir erreur. C’est sûrement pour les voisins d’en face !

– Personne ne répond.

– Ah oui, il n’y a pas de lumière à côté. Il n’y a jamais de lumière d’ailleurs. Je ne peux rien pour vous.

*****

Cette semaine, j’étais partie au bord de la mer, chez ma mère. En arrivant, j’avais tout de suite penser au séchoir, en voyant les fils électriques, et les hirondelles qui se préparaient, vérifiaient leurs ailes pour la grande migration.

Hirondelles sur des fils électriques

Hirondelles sur des fils électriques

Ces hirondelles ressemblaient à des pinces à linge. Il ne manquait que le linge des voisins. Et puis, avec le jardinage, le séchoir s’est fait oublier.  Ma mère m’a donné des plantes à rempoter pour mon balcon germanopratin ou plutôt saint-sulpicien, voire malapartien.

*****

Vendredi, sous le soleil d’automne, je m’appliquais à sauver les arbustes en les transplantant dans des pots généreux. Ma porte était restée ouverte. Mes mains étaient pleines de terre. Ma tête tournait tant je m’activais pour sauver ce chêne, le mimosa et l’oranger du mexique. J’ai alors entendu la porte de mes voisins claquer et une voix m’appeler. Nous nous présentons. J’ai donc un voisin italien, chercheur… il vit seul et n’a donc aucune famille avec qui laver son linge sale …. Je suis restée coite lorsque, regardant mon séchoir plié dans un coin, il m’a demandé où je l’avais acheté.

Rue Malaparte

 

J’ai poussé la lourde porte cochère bleue. Le silence et l’intemporalité du lieu font que mes pas résonnent sous le porche.

Je réalise à la fois le hasard et la survenance des événements, tout le cheminement qui m’ont menée rue Malaparte. En reprenant le fil des mes idées, le fil de mes pensées, je capture les images de rêve : les escaliers, le chemin vers le ciel, le voyage, la solitude, la radicalité de cette terrasse, la chute de la falaise dans la mer, le soleil, les mots, les pages de la Peau, la langue de Malaparte. Marcel Proust est bien assis au fond du séjour.

Je suis là, devant la porte de ma demeure. La clé se meut, tourne comme par magie dans la serrure. Ce sont des ruines que je redécouvre. Je jauge le ciel, la lumière, le soleil, la frondaison des arbres du Jardin du Luxembourg, la tour sud de l’église Saint Sulpice que je verrais en me réveillant.

 

IMG_0634

La rue Malaparte représente la synthèse, le condensé de la Place que je désirais. C’est un lieu qui n’existe pas et que j’inventerais, construirais mot à mot !

Les mots ou la question de PM. C. trottent dans ma tête. “Je suppose que vous êtes heureuse”. Décontenancée, je bredouillais. J’étais arrivée à prononcer un oui timide.

P8160727

© Carole DARCHY  – Forbidden use Contact : carole.darchy@gmail.com

 

Textes protégés et images protégées par Copyright : 2010-2018 © Swimming in the Space

Du côté de chez Swann

Depuis le début de ma vie d’adulte, je n’ai cessé de croiser les traces de Marcel Proust, par hasard, sans le savoir.

Aujourd’hui, les dessins de mes routes qui rencontrent celles de Marcel Proust deviennent si intenses, qu’il me faut les narrer, car je me suis sentie toujours très loin de cet écrivain, dont tout me sépare, je pensais. Et pourtant ….

*****

Et oui, cela a mal démarré avec cet auteur à l’écriture si dense, aux phrases interminables. Je n’ai jamais été capable d’aller au bout d’un de ses livres, que j’ai toujours vite abandonnés. Je n’aime pas les longueurs. J’ai besoin de mouvement, de vivacité pour rester concentrée. Ses descriptions trop précises, n’en finissant pas, tuent mon imagination, brisent ma liberté de penser. Je préfère les styles elliptiques, dépouillés, rythmés, qui laissent mon esprit vagabonder, réfléchir.

Je ne nie pas pour autant le talent de Proust. Mais il ne correspond pas à ce que je recherche en littérature.

*****

Et oui, milieu janvier, ma soeur me téléphone pour connaître mon adresse postale. A peine cinq minutes après la fin de notre échange, la sonnerie affectée à ses appels sonne à nouveau :

– Sais tu que tu habites là où Proust a vécu jusqu’à l’âge de trente ans ?

– Non, tu me l’apprends…. c’est étrange … Il n’y a aucune plaque sur le mur au dessus de l’imposant porche. Es-tu sûre ?

Ma soeur s’énerve un petit peu, ne me voyant pas convaincue.

– Je t’envoie un lien internet. Tu verras bien.

A la réception de son message et en quelques recherches, je constate les dires de ma soeur, Emmanuelle.  J’habite bien son immeuble. Enfin, l’appartement des Proust se situe dans le bâtiment cour – le mien, dans le bâtiment principal, mais donnant sur la cour -, en face du sien. J’aurais pu ainsi voir le petit Marcel jouer dans la cour, ou le voir évoluer adolescent et jeune adulte dans l’appartement de ses parents…

© Carole Darchy, 9 boulevard Malesherbes, 75008 Paris

*****

A l’automne,  C. m’a fait la surprise de m’emmener à Cabourg,  pour séjourner au Grand Hôtel, dans la chambre de Marcel Proust.  C. savait que j’adore les chambres d’hôtel.

La voiture confortable filait à toute allure sur cette autoroute de Normandie. Je ressentais un élan de liberté, de folie pure, à ses côtés. Je songeais à “un homme et une femme” dont la musique trottait dans ma tête.

La chambre de Proust au 4ème étage sous les toits a gardé un charme désuet. Elle n’est pas d’un grand confort mais que c’était agréable d’être lovée contre C, le regarder me lire des extraits “du côté de chez Swann” !  Si j’entendais le son doux et rauque de sa voix, je n’arrivais pas à l’écouter. Etre à “Balbec”, lieu homonyme de celui de mes retraites au Liban, dans ses bras, me comblait.

Nous avons déjeuné dans l’immense salle à manger. Nous nous sommes perdus dans les couloirs interminables, proustiens de l’hôtel. Nous aurons marché des kilomètres sur la promenade “Marcel Proust” en perdant nos regards vers la mer et en avalant la lumière, ce soleil si franc, lors de cet été indien.

Grand hôtel de Cabourg, novembre 2011

*****

Et puis, je songeais à Pierre, à nos échappées, nos séjours, nos vacances, dans les années 85-90, à la “petite barre”, tout près d’Illiers-Combray.

Nous parcourions la campagne, nagions dans l’étang non loin pour nous rafraîchir. Sur le chemin du retour, nous nous arrêtions dans un pré, sous un chêne. Pierre prenait alors tout son temps à réaliser des croquis, à dessiner mes seins, à esquisser mon corps, mes pommettes, mon visage. Il finissait toujours par se perdre sur le plat pays qu’est la plaine de mon ventre.

Nous étions allés visiter la maison de la tante Léonie. Bizarrement, il y régnait une odeur qui me rappelait celle de la maison où j’ai grandi. Une madeleine s’offrait à moi.

La visite de ce musée avait eu lieu la veille de notre rupture. Oui, j’étais sombre, introvertie le jour suivant. Pierre ne l’a pas supporté. Il m’a mise à la porte, m’exhortant à partir immédiatement. J’avais quitté la “petite barre” à la nuit tombée, en larmes, à pied, traversant les champs, me perdant. Au petit matin, j’ai pu attraper un train  pour Paris.

Le Musée de la Tante Léonie m’avait laissé un goût amer. Je réalisais quelques mois plus tard, que grâce à Proust, j’avais gagné en liberté, en maturité, car, enfin, Pierre ne me faisait plus souffrir. L’horizon s’était dégagé, pour partir vers d’autres voyages, d’autres découvertes.

*****

Vais-je finir par ouvrir, lire et finir un livre de Proust, je ne sais. Mais j’ai plutôt très envie d’entamer un livre sur l’auteur.

Je sais que Proust aura influé ma vie, m’aura accompagnée, comme une ombre, toujours présent et discret. Je le salue, lui fais un signe de la main, depuis mon domicile.

Je ne suis pas à la recherche du temps perdu, mais à la recherche du temps qu’il me reste, vivant résolument dans le futur.

Textes protégés par Copyright : 2010-2018 © Swimming in the Space