A la conquête de la Villa Malaparte

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A la conquête de la Villa Malaparte

En cette mi-août italienne, au petit matin, installée sur la Terrasse de l’Infini de la Villa Cimbrone, alors que les ombres des statues n’existaient pas encore, je feuilletais les pages blanches de mon almanach amoureux.

Pour combler ce vide, ce tonneau des Danaïdes, cette absence, ces pertes, mon inexistence, il me fallait lier deux points, relier dans la solitude, les deux plus beaux endroits au monde, à mes yeux, en vivant mon rêve, en dérobant au temps ma vie rêvée : Voler depuis la Terrasse de l’Infini et rejoindre la Villa Malaparte.

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Afin d’avoir ces deux endroits magiques, désirés, pour moi seule,

  • puisqu’aucun homme ne souhaitait me suivre dans ma folie douce et si belle,
  • puisqu’aucun n’avait l’intelligence de me comprendre, de me prendre, de venir à ma rencontre,

il me fallait m’y télé transporter.

L’hélicoptère, seul, avec ses pales aiguisées, saurait trancher, fendre l’air, pour dessiner ce sentier aérien, que je désirais, dont je rêvais et lui seul m’offrirait ce vol stationnaire pour embrasser, contempler la Villa Malaparte et le paysage conçu par cet écrivain.
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La mort s’était répandue autour de moi, cette année, envahissant ma vie comme une nappe de pétrole. Désormais, la mort ne me suivait plus, mais était bien là, face à moi, et je l’apercevais au loin qui, doucement, me guettait, et venait déjà à ma rencontre, en me tendant la main.

Pour ralentir le temps, l’abolir, suspendre ma chute vertigineuse, il me fallait m’envoler, sans attendre, dès cet été.

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J’avais choisi le petit matin. Il était la garantie de ma solitude, qui me comblerait, me ferait atteindre ce sommet du désir, qui me taraudait depuis plusieurs années.

A 6H50, au moment précis où le soleil frappait les statues et leur donnait vie en projetant leur ombre sur le sol, j’étais allée jauger l’horizon depuis la Terrasse de l’Infini.

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Le bleu du ciel se noyait dans le bleu de la mer. L’horizon était aboli.

La journée s’annonçait belle.

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J’ai vite interrompu le pilote qui commençait à me faire voir sur la carte, le trajet touristique qu’il me proposait.

Non, je ne voulais surtout pas entendre parler :

– d’Amalfi et de ses croûtes artistiques,

– de Positano célèbre pour sa dentelle crochetée, représentant tout le mauvais goût de l’Italie,

– du tour de Capri dont l’intérêt était nul à mes yeux, hormis la divine Villa Malaparte et son paysage

Comment lui expliquer que mon vol ne relevait en rien du tourisme, mais d’un voyage que j’écrivais, d’une quête, d’un désir ancré au plus profond de ma personne, d’une petite mort ?

Comment lui expliquer la beauté des pages de Malaparte qui décrivent le paysage ? Comment lui expliquer que je passais mes journées et mes nuits à scruter les ombres sur la Terrasse de l’Infini, à me perdre dans la découpe parfaite de l’escalier de la Villa Malaparte ? Comment lui expliquer l’idée de relier ces deux points ?

Comment lui expliquer l’inexplicable ?

J’ai du adopter un phrasé directif et un ton déterminé. Par inquiétude, il aura fallu que je m’y prenne à plusieurs reprises, que je me répète pour qu’il comprenne ma demande déroutante : relier ces deux points que sont la Terrasse de l’Infini et la Villa Malaparte.

Seuls les deux points magiques – la terrasse de l’Infini et la villa Malaparte – et le tracé le plus direct, le plus intense possible, entre eux deux, m’importaient.  

Nous avons pu décoller, lorsque j’eus acquis la certitude qu’il avait compris ma demande, qu’il la respecterait et que toute inquiétude, toute mauvaise tension avaient quitté mon corps et mon esprit.

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L’air du film de Godard, « le mépris », trottait dans ma tête ;

Enfin, je flottais devant cette Terrasse de l’Infini, fermée au public à cette heure.

Je voyais le côté face de cette terrasse, avec les bustes qui étaient prêts à se jeter dans le vide. Le temps n’existait plus. J’étais en pleine extase devant tant de beauté, en nageant littéralement, dans l’espace.

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J’étais stationnée, en plein vide, admirant cette falaise vertigineuse dont la fragilité, le silence, me renversaient littéralement. Après dix minutes, nous avons filé pour Capri.

Je connaissais chaque coin, recoin de cette côte que nous longions ; très vite, nous avons vu Capri et les splendides rochers des Faraglioni. De très loin, le point rouge intense de la Villa Malaparte était visible.

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Ce fil se déroulait, s’écrivait, se lisait. Je me répétais à l’infini les phrases de Malaparte, écrites dans “la Peau”, et qui relatent la visite de sa maison par le maréchal Rommel :

« Un jour, à Capri, ma fidèle « House-keeper », Maria, vint m’annoncer qu’un général allemand, accompagné de son aide de camp, était dans le hall, et désirait visiter la maison. …

J’allai donc au-devant du général allemand et je le fis entrer dans ma bibliothèque. C’était le maréchal Rommel. …

Je l’accompagnai d’une pièce à l’autre dans toute la maison, de la bibliothèque à la cave, et lorsque nous revînmes dans l’immense hall aux grandes baies ouvertes sur le plus beau et le plus pur paysage du monde, je lui offris un verre de vin du Vésuve, provenant des vignobles de Pompéi. …

Il but d’un trait, puis, avant de s’en aller, me demanda si j’avais acheté la maison toute faite, ou si je l’avais construite moi-même. Je lui répondis – et ce n’était pas vrai- que j’avais acheté la maison toute faite.

Et lui montrant d’un geste lent et large, la paroi à pic de Matromania, les trois gigantesques rochers des Fariglioni,

la péninsule de Sorrente, les îles des Sirènes, le bleu, le vert et le pourpre de la côte d’Amalfi, et là-bas, au loin, l’éclat doré du rivage de Paestum, je lui dis :

– Moi, je n’ai dessiné que le paysage. »

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Une chaise longue plantée, seule, au bord du toit terrasse, semblait m’attendre. Les couleurs des fonds marins, bleus verts tranchaient avec la couleur rose sienne des murs de la Villa.

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J’ai pu contempler les vastes baies vitrées, l’escalier qui descend à la mer, la virgule plantée sur le toit, l’escalier à la découpe extraordinaire, que je n’avais jamais vu dans son entièreté.

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La villa était ouverte et quelques hôtes, sans doute des étudiants en cinéma ou architecture, y demeuraient, le temps de ce mois d’août.

Pourquoi, oui pourquoi, ne pas avoir embrassé l’une de ces deux voies pour y séjourner ?

Car mon désir d’avoir survolé au plus près, la divine villa et les paysages malapartiens, étant assouvi, il me faudrait l’approcher encore plus près, l’atteindre, la toucher, y fouler mon pied, pour la posséder, la faire mienne, quelques instants hors du temps.

Durant le vol retour, j’ai pu admirer les courbes du Vésuve. Le pilote m’a proposé de survoler Pompéi. L’idée était bonne, mais ce serait pour une autre fois. Il m’est impossible de mélanger des rêves.

Il fallait terminer de tracer ce rêve et regagner cette place forte, telle une ville médiévale, qu’est l’Hôtel Villa Cimbrone.

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J’avais enfin écrit, ce trait d’union, entre les deux plus beaux endroits au monde, entre ces deux merveilles architecturales, improbables, érotiques, littéraires, cinématographiques, entre l’infini et le désir, deux mots qui s’accouplent de manière sublime.

La Terrasse de l’Infini commençait à être envahie. Nous étions revenus à temps pour échapper au flot touristique et rejoindre ma chambre 14 et sa terrasse, dont la forme avait été dessinée pour ressembler, au plus près, à celle de la Terrasse de l’Infini.

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Textes protégés et images protégées par Copyright : 2010-2018 © Swimming in the Space

Bleu Piscine : Retraite à la Villa Cimbrone – Ravello

Toutes les maisons ont des odeurs. Les hôtels n’en ont pas. C’est la première pensée que j’ai eu en franchissant la lourde porte de la Villa Cimbrone.

Sans doute,  car ils ne sont pas habités.  Les hôtes s’y succèdent, sans âme, sans y rester, sans vraiment les habiter. Il y passent une nuit ou deux, dans l’éphémère.

Comment faire mienne cette chambre 14, cette chambre des pivoines, des paeonias ? Comment l’habiter, l’aimer dans ma solitude ?

Par l’écriture, tout simplement.

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L’hôtel était désert, vide, ce qui était de bon augure, car je ne cherchais que le silence, la paix, le retirement.

Je n’y croiserai, pendant ces dix jours, que de rares hôtes, près de la piscine, aussi soucieux que moi, de rester dans un parfait anonymat, un état fantomatique, transparent, invisible.

Seuls les spectres accompagnés de leur discrétion, sont tolérés, acceptés, à la villa Cimbrone.

La Villa Cimbrone est la halte parfaite pour cette retraite aoûtienne : L’endroit, ma chambre, mes terrasses relèvent de l’olympe, du mythe du paradis terrestre. Je suis pourtant bien dans la réalité et non dans un rêve, même si j’ai vécu ce rêve.

Je retrouve cette côte à la découpe parfaite, aux falaises qui plongent dans cette eau claire, limpide d’un bleu vert, ou d’un vert bleu, unique, donc reconnaissable parmi la multitude.

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Photo carole DARCHY – Vue de la chambre 14 (Chambre des pivoines) de l’Hôtel Villa Cimbrone – Août 2011 – reproduction interdite

C’est justement cette singularité qui me transporte, tout comme le lisse de la piscine, où tout glisse, y compris le silence.

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Photo carole DARCHY – Piscine de l’Hôtel Villa Cimbrone – Août 2011 – reproduction interdite

Avec le soleil qui perce à travers ces nuages gris, le bleu piscine change de couleur et Eole fait naître à sa surface d’infimes vaguelettes, ténues, improbables, comme des irisations.

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Photo carole DARCHY – Piscine de l’Hôtel Villa Cimbrone – Août 2011 – reproduction interdite

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La piscine de la villa Cimbrone n’est pas exceptionnelle : Elle ne donne pas cette impression, ne fait pas naître ce rêve de nager dans l’espace, comme la piscine du désir.

Elle a la forme d’une goutte d’eau, comme le souligne ma filleule. Oui, la forme d’une goutte d’eau ou même littéralement celle d’une larme, représentant tout mon désespoir.

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Photo carole DARCHY – Piscine de l’Hôtel Villa Cimbrone – Août 2011 – reproduction interdite

Dépourvue de plongeoir, car trop peu profonde, elle a la particularité de posséder un escalier aux marches peu élevées, qui permettent de s’enfoncer petit à petit dans l’eau.

Allongée sur un transat, je suis transportée 20 ans en arrière, à l’époque du Caruso “familial” où je prenais le thé vers 17h en perdant mon regard vers les montagnes et ses feux de broussaille, la lente marche des moutons qui rentrent au bercail.

J’oubliais les églises, et leurs cloches qui sonnent toujours de manière irrationnelle à Ravello. Elles ne ponctuent pas les quarts d’heure, les demi heures, mais, d’autres temps, le temps de Ravello, le temps où justement on a tout son temps et où il est dépassé, transcendé, oublié.

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Le caractère silencieux de ce lieu m’a impressionnée :  Le silence règne dans ma chambre, dans l’hôtel, dans le parc, autour de la piscine.

J’ai alors eu cette impression que seuls quelques hôtels me procurent : avoir ce sentiment singulier que je possède l’hôtel pour moi toute seule.

En séjournant à la Villa Cimbrone, je savais que j’aurais pour moi seule, tous les jours, en me levant au petit matin, lorsque le disque solaire serait levé mais encore caché derrière les montagnes plantées de l’autre côté de la vallée,  que j’aurais pour moi toute seule, la terrasse de l’infini.

A 6H30, je quittais ma chambre, traversais cet immense parc solitaire, où les senteurs des pins tournesol, des champs de lavande, des rangées de thuyas, étaient magnifiées par les rais naissants du soleil qui dévoraient la fraîcheur nocturne et libéraient enfin les parfums.

Seuls le chant des coqs, ainsi que la cymbalisation des cigales rompent le silence. Le bruit des cigales varie avec la température, qui elle-même dépend du jeu des nuages courant devant le soleil.

Mon pas rythmé, le long de cette allée droite, franche, sans fin, déboucherait sur vers mon territoire, cette contradiction, la parcelle infinitésimale de la terrasse de l’infini.

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© Carole Darchy 18/08/2011 @6h30

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© Carole Darchy 18/08/2011 @ 6H36

Je pénétrais sur cet infini bien réel, saluais chaque statue, encore endormie, figée dans cette entre-deux, où leur ombre n’existait pas encore.

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© Carole Darchy – 18/08/2011 @ 6H46

A 6H50, elle re-prenaient vie, grâce à l’astre solaire, à ce disque, qui sans effort, jaillissait au dessus de la crête.

Les statues se réveillaient alors ; leur ombre se projetait sur le sol, en s’étirant de manière intense et maximale sur le sol. Elles parcourraient leur chemin de vie sur cette terrasse, tel Sisyphe sa route vers les sommets, en poussant son rocher.

La brume du petit matin, faisait que le bleu du ciel et celui de la mer s’unissaient et que la ligne de démarcation, la ligne d’horizon était abolie, reposant dans un monde flottant entre deux univers aquatique et aérien.

J’assistais alors au ballet des hirondelles fendant l’air, se jetant dans le vide depuis la terrasse en exprimant leur joie avec un petit accent italien.

Assise sur cette chaise, je remplissais mon moleskine.

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Mais revenons à la chambre 14.

Cette chambre était presqu’à l’image d’une cellule monacale, simple, avec ses murs blancs, dépouillés, une table posée devant une fenêtre regardant l’infini, une armoire et une splendide commode à la patine parfaite.

Une porte-fenêtre donnait l’accès à une fine terrasse rectangulaire, qui, hormis l’absence de statues, possédait la forme parfaite (à une échelle plus réduite) de celle de la terrasse de l’infini.

Le soir, depuis cette terrasse, appuyée sur ma table d’écriture, j’assistais aux concerts du festival de Ravello. J’avais été envoûtée par la musique d’un violoncelle jouant les suites de Bach. Ecouter le son grave, doux, mélancolique de ce violoncelle, à mes yeux (ou plutôt, mon ouïe, le plus bel instrument du monde avec l’alto) relevait de l’improbable et du ravissement.

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J’aurai vécu des instants magiques, dans la solitude, remplissant mon désespoir, ma peine infinie, de mélancolie.

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De la terrasse de l’infini à la terrasse du désir

Trajectoire du désir : Conjecture de Syracuse  pour n = 127 

Cette trajectoire ne cesse de monter dans le ciel, dans le bleu du ciel. Je déploie toute mon imagination pour “désirer”, atteindre l’inaccessible que devient ma folie douce, absolue, aussi pure et intemporelle que le cristal.

Je n’inverse pas le temps, cela n’a que peu d’intérêt mais je le renverse, je l’abolis, puisque ma volonté est aussi solide que le cristal.

Ma vie se réduit-elle à l’écriture de ma folie ? Puisque je ne saurais faire rêver aucun homme, je me fabrique un monde d’autant plus compliqué et complexe que je dois combler ce vide.

Ma retraite sera paradoxalement absolument dépouillée, et faite d’absolu, de quête d’absolu :

J’aurai le loisir de rêver, de m’installer dès l’aube, pour écrire dans cette solitude, en admirant la lumière du petit matin, sur cette terrasse de l’infini ….

 

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Dans ce désert, je pourrais crier ma folie et entendre l’écho de mon silence se perdre dans le vide. Je serai un peu comme devant un tableau de Francis Bacon. Je réussirai à capturer le silence, et m’arrêter, juste avant le cri, l’explosion des tableaux de Bacon.

Et lorsque j’aurai fini de me recueillir, d’écrire mes pages …..je plongerai dans cette piscine à la forme d’une aubergine : Ne pouvant m’y épuiser en longueurs, j’y tracerai les motifs de ma terrasse, ma terrasse de l’infini.

En suspension dans l’espace, sur ce bord, cette arête, je tracerai, j’écrirai donc des signes 220px-Infinite.svg.png (220×147)  indéfiniment

 

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La Villa Malaparte s’imposait aussi, obligatoirement, dans ma folie douce, non seulement, pour son esthétique, son escalier à la découpe parfaite mais aussi pour que je me fasse mon cinéma.

Je veux m’esperdre dans le vide, frôler cette villa.

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Carole DARCHY – 16/08/2011 – Copyright

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C’est alors que l’idée a jailli….. via une question improbable et donc précieuse, riche, prometteuse.

Et oui, comment relier mes deux villas, ces deux terrasses, ce monde de l’infini et celui du désir ? Comment n’en faire plus qu’un ? 

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L’idée de ce vol fou, me prendre pour Icare, m’est venue en repensant à la conjecture de Syracuse :

Cette conjecture, jamais démontrée à ce jour, est un vraie roman à elle seule (A ce titre, je ne peux que recommander la lecture de la conjecture de Syracuse d’Antoine Billot, aux Editions Gallimard)

Oui, cette conjecture est un vrai roman, car elle dessine le chemin de vie unique et universel de chaque être humain.

(Extrait Wikipédia) : Première approche et vocabulaire

La suite de Syracuse d’un nombre entier N est définie par récurrence, de la manière suivante :

u0 = N
et pour tout entier  n \geq 0 : u_{n+1} =  \begin{cases} \frac{u_n}{2}& \mbox{si } u_n \mbox{ est pair}\\ 3u_n + 1 & \mbox{si } u_n \mbox{ est impair} \end{cases}

La conjecture affirme que, pour tout N > 0, il existe un indice n tel que un = 1.

L’observation graphique de la suite pour N = 15 et pour N = 127 montre que la suite peut s’élever assez haut avant de retomber. Les graphiques font penser à la chute chaotique d’un grêlon ou bien à la trajectoire d’une feuille emportée par le vent. De cette observation est né tout un vocabulaire imagé : on parlera du vol de la suite.

On définit alors :

  • le temps de vol : c’est le plus petit indice n tel que un = 1
Il est de 17 pour la suite de Syracuse 15 et de 46 pour la suite de Syracuse 127
  • le temps de vol en altitude : c’est le plus petit indice n tel que un+1 < u0
Il est de 10 pour la suite de Syracuse 15 et de 23 pour la suite de Syracuse 127
  • l’altitude maximale : c’est la valeur maximale de la suite
Elle est de 160 pour la suite de Syracuse 15 et de 4372 pour la suite de Syracuse 127
u0 u1 u2 u3 u4 u5 u6 u7 u8 u9 u10 u11 u12 u13 u14 u15 u16 u17 u18 u19 u20
15 46 23 70 35 106 53 160 80 40 20 10 5 16 8 4 2 1 4 2 1

Après avoir grimpé, avoir eu potentiellement des hauts et des bas, le point culminant de la vie de chacun est atteint pour glisser sur ce second versant de la vie, à la vitesse de la lumière et tomber dans ce puits inexorable qui mène à notre mort, inéluctablement.

Suite de Syracuse  pour N=127

Cette suite de Syracuse, pour le nombre 127 me plaît bien.

Je voudrais atteindre ce point culminant de ma vie cet été lors de ce vol fou, inventé, à tracer dans les airs entre ces deux villas italiennes : la villa Cimbrone et sa terrasse de l’infini et la villa Malaparte et sa terrasse du désir. Rien ne pourra être plus intense : oui, je pourrai graver sur Google Earth ce trait fou, au rayonnement intense tant il sera le point culminant de ma vie.


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Merveilleuse, sublime, divine idée qui me mène à cette conjecture de Syracuse (non pas en Sicile mais aux Etats Unis)

Je vais donc “voler” au dessus de la péninsule Amalfitaine.  Je m’envolerai depuis  la Terrasse de l’Infini, pour rejoindre la virgule, plantée sur le toit-terrasse de la Villa Malaparte :

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Cette virgule, sera ce signe qui liera mes deux villas, mes deux terrasses, mes deux ruines.

J’approcherai la Villa Malaparte, non pas comme en 2009, par ce sentier terrestre, mais par la voie des airs : je vais aller à la conquête de cette villa sublime, en nageant dans l’espace !

J’aurais écrit, ce trait d’union, entre les deux plus beaux endroits au monde, entre ces deux merveilles architecturales, improbables, érotiques, littéraires, cinématographiques, entre l’infini et le désir, deux mots qui s’accouplent de manière sublime.

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