F like Foxtrot

Did you know the Foxtrot is a dance ? No matter where you go, you always end up at the same starting point.

J’ai vu ce film israélien Foxtrot où évidemment cet Adagietto de la symphonie N5 de Mahler surgit en plein milieu du film et où la fille du personnage principal s’appelle Alma … Que de coïncidences donc…

Des triptyques donc envahissent mon monde :

  • les trois « Alma » (Alma Mahler, Alma de Phantom Thread et Alma au tout petit rôle dans Foxtrot),
  • cet Adagietto de la symphonie N5 de Mahler que j’ai croisé à trois reprises, ces derniers temps,
  • et  Foxtrot, film structuré comme un triptyque.

Foxtrot : Trois sous-films, des tragédies donc et de la lenteur, de la lenteur mais à quelques moments clés du film, tout s’accélère avec horreur pour rappeler sans doute la rythmique de ce pas de danse …

Trois volets donc :

  • Tout d’abord : un drame qui finalement n’en est pas un, mais qui met en exergue la fragilité de la vie des soldats sur le front en Israël, mais aussi bien sûr de manière universelle… Cette partie se focalise sur le père et son trouble mental du à la perte de son fils, mais aussi à une blessure profonde, un secret. Et puis, Samuel Maoz nous suggère le passé douloureux, lourd, des 3 générations de cette famille. La folie, l’impossibilité sont bien présentes et, je n’ai pu m’empêcher de penser aux dessins impossibles de MC ESCHER à cause des motifs géométriques des sols de l’appartement familial, et ce tableau dans l’entrée, enchevêtrement de fils, où je me suis perdue.
  • Dans un second temps : l’attente interminable sur cette ligne de démarcation, ce check point  “in the middle of nowhere”, dans un désert empli de boue, où le fils, un gamin,  devient le centre du film. Il vit un quotidien absurde avec ses compagnons, s’enfuit en dessinant. Là encore, beaucoup de lenteur mais un certain esthétisme. Il va être au coeur d’une bavure, passée sous silence, littéralement enterrée, dissimulée et va vivre une libération inespérée. Samuel Maoz pose des questions troublantes sur les agissements de Tsahal : opacité, humiliations, bavures, vérités bien enfouies …

  • Le dernier volet est un drame qui revient … et la révélation du secret qui littéralement mine la vie de ce père … Cette dernière partie était-elle utile ? Je n’en suis pas sûre, si ce n’est peut-être pour suggérer le pas ultime du Foxtrot, faire revenir le spectateur au point de départ et le faire danser en le faisant passer d’univers en univers : absurde, douleur, horreur…

Un film troublant, empreint de gravité, même si ponctué par de très rares scènes plus légères et si à la fin, la douleur semble s’estomper par la révélation du secret, donc une libération menant à la résilience ?

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Textes et images protégés par Copyright : 2010-2018 © Carole Darchy

 

 

 

 

Triptyque Alma, sur fond d’Adagietto de Mahler

En bandeau de ce texte, un triptyque: Alma Mahler, Alma de Phantom Thread (Vicky Krieps) et la jeune Alma de Foxtrot (Shira Haas).

Je ne cesse de croiser des “Alma” depuis quelques temps !

Cela a commencé par la jolie et déterminée Alma, héroïne du film Phantom Thread, qui arrive à inverser étonnamment en sa faveur, le rapport de force dans le couple qu’elle forme avec Daniel Day-Lewis.

Puis est arrivé Gustav Malher, grâce à Curzio Malaparte et sa Casa où a été tourné le Mépris. Georges Delerue s’est en effet inspiré de Gustav Mahler et de son célèbre Adagietto (4ème mouvement de la 5ème symphonie de Mahler), pour le thème  de Camille du Mépris) … Ces airs lancinants et lents, hantent mes jours et mes nuits…

L’ombre d’Alma Malher est donc naturellement arrivée et se rapproche de moi via sa biographie écrite par Françoise Giroud en 1987 : Alma Mahler ou l’art d’être aimée, retrouvée par hasard en rangeant ma bibliothèque.

Puis, j’ai reçu cette transcription pour piano solo, de cet adagietto de la symphonie n5 de Mahler par Alissa Firsova, jeune pianiste russe, dont l’interprétation est splendide et émouvante.

Je l’écoute en boucle en alternant avec la musique du Mépris de Georges Delerue pour regarder mes photos de la Casa Malaparte…

Et pour finir, j’ai vu hier ce film israélien Foxtrot où cet adagietto de la symphonie de Mahler surgit en plein milieu du film. Il se trouve de surcroît, que la fille du personnage principal, qui joue un rôle minuscule, s’appelle également Alma … Que de coïncidences donc…

L’adagietto est également la musique du film Mort à Venise de Visconti, qui a contribué à rendre ce morceau très célèbre. Cet adagietto, très lent est empreint de douleur mais également d’amour : Mahler aurait écrit peut-être ces mots pour Alma et célébrer son amour pour elle, mais un doute subsiste quant à l’auteur de ce poème.

Wie ich dich liebe, Du meine Sonne,
ich kann mit Worten Dir’s nicht sagen.
Nur meine Sehnsucht kann ich Dir klagen und meine Liebe.

 

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Thème de Camille du Mépris par G.Delerue : même lenteur, musique lancinante, comme celle de l’Adagietto de la symphonie N°5 de Mahler

 

Quelques interprétations intéressantes de cet adagietto : 

Interprétation de Bruno Walter, ami de Gustav Malher :

Adagietto dans Mort à Venise (L.Visconti) 1971



Transcription et interprétation d’Alissa Firsova pour piano solo : jeune pianiste talentueuse, d’origine russe :

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De Marc Rothko à Francis Bacon par J.Littell

Brève suite à ma lecture de Triptyques : Trois études sur Francis Bacon par Jonathan Littell (Arbalète, 2011) :

Surprise, émue par la mise en perspective d’un tableau de Bacon, inspiré directement de Rothko.

Rothko, untitled, 1969

J’aime le calme, la sérénité, la religiosité qui se dégage de cette toile. Les couleurs noires et grises sont lumineuses, et non tristes. Le tableau est dépouillé, débarrassé de tout superflu : il n’y a que l’essentiel.

Blood, Pavement, Francis Bacon – around 1988

Le tableau de Bacon est beaucoup plus violent – l’esprit qui le peint est tourmenté-. Si le noir, la couleur noire est lumineuse, dans le haut, ce noir semble bien se réverbérer dans cette flaque de sang, à moins que ce ne soit le sang qui noircit. Ce sang est au coeur du tableau, dans cette rayure, tranche centrale, plus jaune que grise.

Une fine ligne grise marque la séparation, la frontière avec la partie basse du tableau, gris verte.

J’avoue que je ne saurais choisir entre les deux tableaux. Je prendrais volontiers les deux, pour les embrasser du regard.

Textes protégés par Copyright : 2010-2011 © Swimming in the Space

Rothko – Sublime abstraction

J’ai toujours trouvé extrêmement intéressant de regarder l’évolution de l’oeuvre d’un peintre, à travers l’étude de son “catalogue raisonné”,

C’est la démarche que j’ai menée avec la peinture de Rothko dans “the works on canvas”,  par David Anfam, publié en 1998. A ma grande surprise, j’ai découvert un peintre qui avait eu du mal à trouver son chemin, même si, à partir du milieu des années quarante, on voit poindre son style, qui à partir de 1949-1950, va enfin se simplifier, ne cesser de se simplifier, d’éliminer, d’éradiquer le superflu, l’inutile,  jusqu’à la disparition tragique du peintre.

“The progression of a painter’s work…will be toward clarity; toward the elimination of all obstacles between the painter and the idea, and between the idea and the observer…to achieve this clarity is, inevitably, to be understood.”– Mark Rothko

Quelques exemples d’oeuvres de Mark Rothko entre 1936 à 1945 sont reproduites ci-dessous :

L’évolution après 1949 est nette, franche, voire radicale. Le style est méconnaissable.

Mark Rothko, untitled, 1950

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“Mes tableaux sont des façades” – Marc Rothko, Page 18, Ecrits sur l’Art – 1934-1969

Lorsque je regarde des tableaux de Rothko, j’ai avant tout besoin d’espace, pour apprécier l’abstraction vertigineuse et envoûtante de ses tableaux. J’ai le sentiment d’être à la fois, dans un état de recueillement, puisque je vais baisser ma voix, ralentir le temps, l’arrêter, et également de m’évader, d’être transportée, de partir dans un voyage intérieur, vers l’ailleurs. Je suis donc au bord du vide, sur l’arête.

Je vois, dans ses tableaux, des portes, des fenêtres, m’offrant la liberté, menant vers un ailleurs, vers un monde renversé et inversé.

En ce qui concerne les façades, Rothko a été beaucoup influencé par ses voyages en Italie et fortement marqué par la visite de la Bibliothèque Laurentienne à Florence, conçue par Michel-Ange.

Etude pour Porte et fenêtre pour la bibliothèque Laurentienne, Monastère San Lorenzo, Firenze, Michel-Ange

Black on maroon, M.Rothko, 1958

Hall de la bibliothèque Laurentienne, monastère San Lorenzo, Firenze,

Dans ses écrits sur l’art, page 214,  il mentionne aussi, avoir ressenti, à la suite d’une visite à Pompéi, une profonde affinité, intimité entre son propre travail et les fresques de la Villa des Mystères, il avait été bouleversé par le même «sentiment, les mêmes étendues de couleur sombre». Là aussi, la notion de “façade” se démarque immédiatement.

Et lorsque j’ai visité cette Villa, j’ai été stupéfaite car j’ai été saisie et ai eu littéralement le sentiment d’avoir un triptyque de Rothko devant mes yeux, devant moi !

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© Carole Darchy 12/08/2011 Villa des Mystères, Pompéi

 

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© Carole Darchy, Villa des Mystères, 12/08/2011, Pompéi

Les rouges profonds de Rothko m’attirent tout particulièrement. Je ne peux remplir cette page de photos.

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© Carole Darchy, Villa des Mystères, Pompéi, 12/08/2011

Peut-être faudra-t-il consacrer un autre texte dédié à certaines couleurs chez le peintre : Bleu-orange, Rouges, noir et gris

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J’apprécie également dans l’oeuvre abstraite de Rothko, ses séries, ses tableaux qui sont des répétitions, des thèmes se différenciant, variant à peine les uns des autres, comme pour prouver que le temps est aboli, que le travail du peintre, relève de cette accident du temps, qu’est l’éternité.

Il a su capturer dans ses tableaux «quelque chose de magique et de rituel qui touchait au religieux». Et en dépit de ses dénégations, “il s’en dégageait aussi un mysticisme quasi religieux»

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J’aime bien faire le parallèle entre La danse de Matisse et ce tableau lumineux de 1968 : les bords de ses tableaux ont une couleur de plus en plus floue.

Ce vert et ce bleu profond vont se fondre dans le bleu un peu plus clair, de manière diffuse, imprécise. Il n’y a pas de trait, de ligne franche. Rien que cela, me transporte, et me rappelle les lignes incertaines, improbables d’horizon des paysages où le ciel et la mer, le ciel et la montagne, ne font plus qu’un.

Mark Rothko, green on Blue, 1968

Matisse, La Danse, 1909

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Ce qui me frappe également dans l’oeuvre de Rothko est la maîtrise de la lumière, les aplats de couleurs qu’il décline à l’infini.

Certains tableaux apparaissent sombres, tristes, faisant penser à la mort, à la couleur de sang séché.

La répétition du même travail apparaît comme un rituel, voire une obsession. Tout cela confère aux tableaux de Rothko un sentiment d’extase, de ravissement.

On imagine le peintre en pleine dépression, avec des idées morbides. Et puis, en regardant la même oeuvre, sous un autre angle, à côté d’un tableau aux couleurs plus lumineuses, plus gaies, le tableau sombre renaît et devient lumineux, éclatant encore davantage de beauté :

Regardez les deux photos ci-dessous du même tableau :

Version sombre de la “Rothko room” au MOMA

Autre regard posé sur le tableau “bleu sur marron”

La mise en perspective, le recul, la notion de série, de déclinaison à l’infini changent tout. Ma théorie, est qu’un Rothko ne peut être seul, il faut en voir plusieurs, se décliner, au gré de ses envies, de ses humeurs.

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Et je reviens à mon idée obsessionnelle des triptyques, comme dans sa dernière oeuvre, “la chapelle de Rothko”, commande privée.

Ces tableaux sont dépouillement et simplification “absolus”.

Rothko Chapel, 1969, Houston

Le triptyque au centre, ces trois rectangles mis côte à côte,  apportent cette mystérieuse “verticalité” qui confère à l’ensemble, solennité, recueillement, religieux, extase, mysticisme. Les deux tableaux carrés déclinent de chaque côté cette couleur sombre, la rappelle à l’infini, comme un jeu de miroirs, voire de labyrinthes.

Textes protégés par Copyright : 2010-2018 © Carole Darchy

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Références :

Works on Canvas, Rothko, Catalogue Raisonne, David Anfam, Yale University Press, 1998

Mark Rothko, Ecrits sur l’art 1934 – 1969 (Flammarion, Champs)

Mark Rothko, La réalité de l’artiste (Flammarion, Champs)

Crouching nude – Francis Bacon

En prenant au hasard, un magazine, à la lounge d’Air France, je suis tombée sur un article annonçant la mise en vente d’un tableau de Francis Bacon, que je trouve splendide et qui m’intrigue.

J’aurai regardé, durant tout le vol, depuis Tokyo, cette toile de Bacon, sans pouvoir m’endormir. Elle m’aura, littéralement, absorbée, comme un trou noir aurait dévoré, happé ma matière, ma pensée.

L’avion s’est finalement, doucement posé à CDG, samedi matin.

Je retrouve Paris, sans désir, sans joie, et surtout, dans la tristesse et la solitude absolue. Seules, les pages de mon moleskine, semblent m’accueillir, via mon encre, tel mon sang.

Ces derniers jours, il m’était impossible de trouver le sommeil. Je sens mes yeux exorbités. Je me frotte les yeux, les massant tant ils me font mal.

Ces jours de travail et mes insomnies auront englouti toute l’énergie qu’il me restait.

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Je n’aime pas rentrer à la maison. Je redoute toujours les mauvaises nouvelles, retrouver les habitudes.

Ce parcours en taxi, depuis l’aéroport, est comme le dernier trait, le trait d’union qui achève cette boucle, cet aller-retour. Me voici à la case départ ! Oui, je veux bien de cette case, si elle “redistribue le sens”, l’inverse, ou le retourne. Peu importe, si cela me mène, vers un nouveau “départ”.

Le retour est un mot que je déteste. Rien que pour cela, je rêve d’un aller, sans retour, d’un tour du monde ou d’un rendez-vous. Je voudrais me perdre sans pouvoir revenir.

Finalement, ce que je viens d’écrire, de décrire, ressemble au trait franc et net, à cet aller simple qu’est la vie.

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Je mesure à quel point de décomposition mentale et physique, je suis parvenue. Non, mes yeux ne déforment pas mon corps, mon visage. J’ai réussi à dépasser cela.

J’aurais tant voulu, ce week-end, qu’avec sa main, il caresse mes cheveux, il fasse rayonner mon visage, il me ramène à la vie, comme lui seul, savait le faire. Mais, sa main m’a renvoyée, à une vie sans lendemain.

Paradoxalement, je pense que c’est, sans doute, dans les moments de profonde détresse, dans ces moments les plus noirs, les plus sombres, que la lueur, la lumière se voit le mieux !

La peinture de Francis Bacon m’ouvre des portes, élargit mon imaginaire. J’ai abattu les murs verts de cette prison, en moins d’une seconde !

Francis Bacon : “Crouching Nude” , 1961

Ce vol ne m’aura pas suffi. “Crouching nude” aura été mon point fixe, l’obsession de mon week end.

Cette immense toile, un des plus grands tableaux de F.Bacon est tout particulièrement  célèbre, puisque spécifique de la méthode utilisée par Bacon pour peindre à partir de photos ou de sa mémoire.

Ce tableau est absolument génial : Encore un triptyque ! 

Je rejoins Gilles Deleuze. Comme il l’écrit, dans Francis Bacon, logique de la sensation, p81, Seuil

“Et finalement, chez Bacon, il n’y a que des triptyques : même les tableaux isolés sont, plus ou moins visiblement, composés comme des triptyques.”

Dans cette toile, la femme déformée, évoque les photos de trois de ses amies et modèles :  Henrietta Moraes, Isabel Rawsthorne  et Muriel Belcher.

J’aurai passé ce week end, à me perdre, à promener mon regard, dans cette toile de Francis Bacon qui m’offre, non seulement, le vert de l’Irlande, le vert de l’espoir, une très belle palette de verts. Mais au delà du triptyque, dans lequel il me transporte, F.Bacon me donne aussi l’idée de la juxtaposition, de l’entremêlement de trois personnages pour n’en faire qu’un seul.

Je me demande si Jonathan Littell en parlera dans son essai “Triptyque Bacon, 3 études sur francis Bacon” qui paraît en Juin 2011 chez Gallimard.

Henrietta Moraes

Isabel Rawsthorne

Muriel Belcher

Textes de ce blog sur les tableaux de Francis Bacon : 

Giacometti – Bacon : Les visages 

– Giacometti – Bacon : Isabel Rawsthorne 

Blocs : Ruines de Baalbek et tableaux de Francis Bacon

Diptyques et triptyques de Richard Avedon 

Les miroirs – The mirrors


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