Le temple de l’amitié

Je déchire l’enveloppe où sont posés avec une écriture en forme de pattes de mouches, mon nom et mon adresse. Aucun doute, c’est  bien à mon attention. Le carton d’invitation me convie à une soirée, à la lecture de deux textes, dans un bois privé en plein Paris. Les portes seront fermées à 21h. Une fine bordure noire confère à ce carton un air étrange, comme si c’était un faire part, une cérémonie, un événement à part, un rituel digne d’une initiation. Mais non, ce n’est pas une secte. Il s’agit de célébrer l’amitié, et de sceller un pacte en son honneur.

Antoine me tient la main. Je franchis le porche tout simple du 20 rue Jacob. Exactement comme dans le film de Louis Malle, le feu follet, nous déambulons tout doucement dans la cour pour rejoindre le pavillon, le jardin, et un peu derrière, atteindre le Temple de l’Amitié.

Un immense miroir se dresse non loin, contre le mur jouxtant la propriété voisine. Nous gravissons les marches. Un valet est là pour nous accueillir et me demande le mot de passe. Je lui montre le carton. Mais non, il a besoin du mot de passe.

Antoine me dit alors au revoir.

ruevisconti.com-templeamitié et miroir

ruevisconti.com – temple de l’amitié et miroir

A ce moment précis, des miaulements me réveillent ; Je dévale l’escalier. Mon chat semble calme. De quoi a-t-elle besoin ? Je l’aide à boire. Je passe le reste de la nuit allongée sur le canapé, près d’elle. Je regarde le jour se lever.

Le temple de l’Amitié restera un lieu désiré, relevant de l’inaccessible et du rêve.

*****

Il serait vain pour moi de vous raconter l’histoire du Temple de l’Amitié et celle du Bois Visconti. Je ne peux que mettre le lien du blog où vous découvrirez tout cela et qui saura satisfaire votre curiosité :

Ruevisconti.com

Je mets également le lien du blog Paris-Bise-Art, dont les jolies photos du Temple de l’Amitié sont sur cette page.

Toutes les photos sur ce post proviennent soit du site Ruevisconti.com, soit de celui de Paris-Bise-Art, dont les liens sont ci-dessus. 

Lieux d’écriture : Le café des éditeurs

Un ciel bleu comme on voudrait en voir plus souvent, me tire de mon sommeil, me donne de l’entrain, une certaine bonne humeur.

Je prends la rue Saint Sulpice et vagabonde. La terrasse vide, ordonnée, ensoleillée, du Café des Editeurs capte mon attention. Le carrefour de l’odéon est calme à 7h. Je jette un oeil à l’intérieur et les murs couverts de livres me donnent envie de faire une halte. Ce café pourrait être un lieu d’écriture, de paix et d’harmonie.

Le service est rapide, soigné. Le double expresso serré vient avec un verre d’eau. Les volutes aromatiques caresse mes narines. Vraiment bien ce café …

Le soleil apparaît au dessus des toits du Relais Saint Germain, juste en face. Les rayons réchauffent mon visage. L’addition est déjà sur la table : 5€60 … cher, mais bon… Je dépose 7 €. Je laisserai 40 centimes d’€ de pourboire. C’est alors que le grain de sable entre en scène.

Je ferme les yeux derrière mes grandes lunettes de soleil en écaille. J’entends la serveuse prendre mes sous et me dire : “je vous ramène de suite la monnaie”.

Des américains s’installent non loin de moi. Elle les aide à choisir les formules de petit déjeuner.

Un bus passe devant moi. J’ouvre les yeux et découvrent 1€ et deux pièces de 10 cents. Bizarre …. je suis persuadée qu’il manque 20 cents. Je ne dis rien, attends un peu. Le papier de l’addition a été pris.

La serveuse arrive avec des croissants pour mes voisins américains. Je la hèle gentiment : il manque 20 cents d’€. Oui, le double est à 5.60€.

Elle me regarde fixement, ne perd pas son aplomb, et m’invective : le café est à 5,80€. Elle a un regard de menteuse, de petite menteuse, prête à voler 20 centimes d’€ au client de passage, qui ne fait pas attention.

Je rentre dans son jeu. Ah, alors je suis vraiment confuse, j’étais persuadée que le double était à 5,60€. Je laisse les deux pièces de 10 centimes sur la table, mets celle d’un euro dans mon porte monnaie et ferme les yeux.

Le patron vient me donner discrètement 20 centimes d’€. La fille passe fièrement devant moi avec jus frais et cafés. Malhonnête, elle ne s’excuse pas, prend soin d’éviter mon regard. Elle fait comme si j’étais partie, comme si je n’étais jamais venue, comme si je n’existais pas.

Les 40 centimes d’euros sont sur la table. Je me lève et quitte pour toujours le Café des Editeurs.

Le Café des Editeurs est mis sur ma liste noire …. Aux clients de ce café : vérifiez bien votre monnaie !

Hôtel de l’abbaye : Le jardin de la rue Cassette

Un soleil généreux envahit ma chambre rue Malaparte. Le paysage sonore n’est que silence avant que les cloches de Saint Sulpice ne sonnent à pleines volées et m’incitent à me lever, à danser, à sortir, à écrire. Le roucoulement de la tourterelle qui a élu domicile sur le faîte de la cheminée, juste au dessus réveille l’instinct chasseur de mes deux chats. Ils deviennent fous en entendant cette proie potentielle mais invisible et inaccessible.

Sur la double porte du palier, je dépose délicatement les deux poules en chocolat, pour mes deux petits voisins, Antonio et Elena. Leurs cris enjoués, heureux, font partie de mon paysage sonore et me comblent.

L’expresso du café de la Mairie me tire de mes pensées. Mais comment écrire ici, alors qu’à 9H, il y a déjà un peu de monde. Je tenterai la salle à l’étage une prochaine fois.

Je traverse la place Saint Sulpice d’un pas franc et décidé, longe la Procure, rue de Mézières, et tourne sur la gauche pour prendre la rue cassette, qui doit receler des trésors ! L’Hôtel de l’abbaye. Un hôtel dont je ne connais aucune chambre, mais dont l’entrée discrète, au fond de la cour pavée retient mon attention. Je rentre et me dirige comme si j’étais venue déjà à plusieurs reprise, dans le salon, pour m’installer dans le jardin d’hiver donnant sur le jardin d’été.

 

Je suis accueillie par Mehmet, qui n’a rien d’un sultan ottoman, mais dont la silhouette ascétique et le visage taillé à la serpe, me rappellent davantage ceux des serviteurs de l’hôtel Palmyra de Baalbek.

 

Avec simplicité, discrétion, bienveillance, sourire, il assure un service parfait et semble déjà connaître mes habitudes en apportant une deuxième théière.

Depuis ma table, les jardins me surprennent par leur couleur verte. Ma soeur dirait que le lieu est encastré puisque, de part et d’autre de la fontaine qui chante dans le jardin d’été, le lierre grimpe galope jusqu’aux cimes, le long de la façade arrière de deux immeubles. Camélias, lauriers, orangers du mexique, agrémentent le jardin de leur feuillage persistant.

IMG_0472.jpg

Le temps semble ralentir, il passe sans compter. Donc, j’ai ce sentiment exquis de prendre tout mon temps, dans un lieu retiré, loin de la foule et du bruit. Le décor de ce jardin d’hiver, des salons de l’hôtel de l’abbaye, n’ont rien de la grandeur et du caractère historique des salles du 1728. Il s’en dégage au contraire, un esprit provincial, bourgeois, propre et bien rangé qui me rappelle la demeure où loge “le loup des steppes” d’H.Hesse.

*****

En rentrant à l’appartement, je trouve deux très beaux dessins à ma porte, de la part de mes deux petits voisins. Ma journée est illuminée par leur gentillesse.

Antonio et Elena

IMG_0650

 Textes protégés et images protégées par Copyright : 2010-2018 © Swimming in the Space