Cela ne signifie rien

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Alors qu’il était tombé gravement malade et qu’on le croyait sur le point de succomber, Albert Einstein stupéfia son entourage par son calme.

Albert Einstein

Ainsi, déclara-t-il :

« Je me sens tellement moi-même une partie de tout ce qui vit, que je ne suis pas le moins du monde concerné par le début ou la fin de l’existence concrète d’une personne particulière dans ce flux éternel ».

À la mort de son ami Michele Besso, il écrivit :

« Voilà qu’il m’a précédé de peu, en quittant ce monde étrange. Cela ne signifie rien. Pour nous, physiciens dans l’âme, cette séparation entre passé, présent et avenir, ne garde que la valeur d’une illusion, si tenace soit-elle ».

*****

Je la tiens dans mes bras, elle ne pèse plus rien, je veux absolument regarder ses yeux verts, lui parler en quelque sorte : je n’y vois pas d’inquiétude, je veux transmettre de la force, mon amour et non pas mon désarroi, je lis une acceptation. Un chien blessé, tenu par un vétérinaire, pointe son nez. Je me détourne pour éviter à mon chat une peur potentielle. Je la remets au vétérinaire. La porte se ferme. Je me retrouve seule et mets quelques minutes à comprendre que je dois partir. Je vais chercher mon autre chat. Je marche sous ce soleil de plomb, jusqu’au métro.

Du reste de ce samedi, je n’ai pas de souvenir, … Ai je dormi ? Me suis-je assoupie ? Si, à 17h 30, j’ai appelé cette clinique perdue à Levallois Perret. Une musique tournait en boucle, à moins que ce ne soit un message, un disque. Le vétérinaire localise la couveuse dans laquelle elle est perfusée. Elle est calme. A-t-elle mangé ? Le vétérinaire de garde m’explique qu’elle est perfusée et que c’est pour nettoyer son organisme, et non pour la nourrir. Las de mes questions, il termine par : “il faudra la gaver pour qu’elle reprenne du poids”.

*****

Lundi midi, le vétérinaire de la clinique me confie qu’il n’est plus nécessaire de faire des traitements complémentaires. Les reins ne fonctionnent plus. Tous les soins intensifs qu’elle a reçus ce weekend n’ont pu relancer l’organe vital.

Mon vétérinaire, que j’appelle, m’offre un horizon limité, et ses conseils à chaque fois que j’aurai besoin, pour m’aider dans mes décisions. Ce sera donc à moi de trouver, le moment le plus juste, celui où l’équilibre indicible sera rompu.

Je me revois alors, échanger avec la Présidente, sur le sort de mon chat. Nous appelons à nouveau la clinique, et demandons s’il est possible de le sauver ? La sentence est claire, limpide.

*****

Mon chat est heureux de retrouver la maison. Je suis malheureuse de voir que j’ai récupéré une outre, une bonbonne d’eau. Je regrette de m’en être séparée ces deux jours. Elle a pris près de deux kilogrammes, entre samedi midi et lundi soir. La texture de son corps diffère. Mais au bout d’à peine deux jours, il avait repris son aspect “normal”. La masse musculaire a fondu et elle a du mal à se mouvoir. Je veille, pour qu’elle tombe le moins possible.

Je l’aide à boire, car elle ne peut plus sauter sur le plan de l’évier. A mon désespoir, elle ne mange plus. C’est un énorme succès que de lui faire avaler une cuillère à café de foie de morue, quelques miettes de macaron au citron de chez Mulot, un dé de pâté … Nous sommes dans l’ordre du plaisir et plus de l’alimentation.

Elle passera ses derniers jours sur le canapé lit dans le salon. Sa soeur la jaugera depuis l’escalier, viendra sous le lit, feulera, non pas de méchanceté, mais par peur de toutes ces odeurs de clinique. Jamais je ne verrai donc plus mes deux chats endormis l’un contre l’autre.

Même si elle est diminuée, elle possède cette incroyable joie de vivre. Elle se love contre moi, ronronne, réclame la brosse mais ne veut pas venir se blottir dans mes bras, comme elle le faisait. De même, elle ne dormira plus contre moi, si ce n’est la dernière après midi.

Mardi soir, je note que son ventre s’est violacé, en particulier, la peau autour des mamelles. Ce sont des signes avant coureur de souffrance. Je ne veux pas qu’elle souffre.

Des miaulements me réveillent cette nuit là ; Je dévale l’escalier. Elle semble calme. L’orage gronde. De quoi a-t-elle besoin ? Je l’aide à boire. Je passe le reste de la nuit allongée, au plus près d’elle. Je regarde le jour se lever. Je me rappellerai toute ma vie durant, l’atmosphère de paix qui se dégageait ce matin là. Un somptueux bouquet de fleurs à la couleur rose sombre était posé sur mon bureau au bois presque noir.

Nous sommes le 25 juillet, jour de la saint Christophe, patron des voyageurs ; nous sommes, sur terre, de passage.

La journée passe.

A mon plus grand bonheur, elle se love tout contre moi. Je sens son corps incroyablement souple contre mon ventre. Une chaleur agréable s’en dégage. Son ronronnement m’apaise et je m’assoupis.

L’angélus sonne à 18H30, pour la dernière fois. Nous jouons avec des plumes bleues ; Le malt plein d’appétence, est dévoré. Elle se lèche les babines. Elle reste belle, douce, pleine de vie malgré la maladie bien présente. Elle n’est qu’amour et innocence.

*****

Il arrive à 19H30.

Mon chat s’inquiète de la prise de sang qui est faite à sa petite sœur. Malgré le peu de force qu’elle a, elle s’approche avec empathie. Je porte tout de suite après, la petite à l’étage. Il m’explique, la manière dont cela va se dérouler et ses réactions possibles. “Vous me direz lorsque vous êtes prête”.

Elle se laisse faire, et miaule à peine, lorsqu’il palpe son échine. Je tiens sa tête grise si douce dans ma main et tourne son « visage » pour regarder une dernière fois, ses yeux verts, dignes de la plus belle émeraude ou des plus beaux fonds marins. Elle est calme, ne souffre pas et me regarde, innocente, en confiance.

Vous pouvez y aller. D’un geste sûr, il entoure sa patte d’un élastique, en guise de garrot, et enfonce l’aiguille dans le muscle. Elle n’a pas miaulé. Ses pupilles sont dilatées sous l’effet du puissant anesthésiant. Je ferme ses yeux. Je la prends dans mes bras et je mets en boule son corps, contre mon cœur. Je pose un long baiser entre ses oreilles. Je sens la chaleur de son corps. Nous restons ainsi hors du temps. Aucun soubresaut, aucune convulsion, elle aura été paisible. Je ne peux réprimer mon immense peine de perdre un formidable animal. Elle, si belle, n’est qu’amour et douceur.

Il me regarde. Les cinq minutes pour que le produit fasse effet, sont passées.

Elle est posée sur une serviette bleue, sur la table basse. Ma main caresse sa tête, ses yeux clos. L’injection létale se fait, directement dans la veine de sa patte avant droite. Je n’ose pas la toucher. Il prend son stéthoscope, le coeur bat encore un tout petit peu.

Il rassemble ses effets dans sa mallette. Avant de ranger le stéthoscope, il le pose contre son coeur. C’est bien fini maintenant.

Je lui demande de couper un peu de ses moustaches blanches. Délicatement, avec une petite lame chirurgicale, il sectionne les vibrisses à droite. Je place ces reliques dans ma boîte à trésors.

Il utilise la serviette comme linceul.

Il voit mon désarroi. “Vous avez bien fait de ne pas trop attendre. Le chat est un animal fier, qui n’aime pas montrer sa souffrance”. Je le raccompagne jusqu’au porche de l’immeuble. Non, elle n’avait pas souffert. C’est ce que je souhaitais.

 *****

Le mystère de la vie m’emplit à la fois de tristesse et d’espoir, d’espérance. Mon chat parti, me semble être partout, dans l’univers, ce cosmos. Ce soir là, une coccinelle, parée des plus belles ailes, est venue se poser au dessus de mon lit. Elle me rend visite, depuis, de temps à autre. Elle va et vient, vole du séjour à la chambre, se pose dans la cage d’escalier. Je surveille la petite soeur, à l’instinct prédateur, plus fort que jamais.

Cela ne signifie rien.

Nezumi a quitté l’espace temps le 25 juillet à 19H50.  Elle a rejoint le Petit Ange, parti le 10 mars.

La disparition de Steve Jobs

La nouvelle est arrivée vers 5H30 sur mon IPhone, en faisant ce petit bruit qui m’indiquait qu’il s’agissait d’une “alerte” à lire, à me tirer de mon sommeil : la disparition de Steve Jobs, la nouvelle du “terme” de sa vie s’affichait sur ce petit écran, ce terminal.

Cette nouvelle était prévisible malheureusement.

En abandonnant les rênes d’Apple cet été, à 56 ans, Steve Jobs savait qu’il ne lui restait que quelques mois à vivre.

Je réalise que ce créateur, a vraiment apporté du “plus” à notre vie. Il a révolutionné ma vie … et je voulais lui dédier ce texte

*****

Cet homme aura bien rempli sa courte vie. Totalement visionnaire, le personnage au charisme intense a su réinventer Apple, et concevoir des produits simples, fiables,  parfaitement pensés, qui s’intègrent parfaitement dans notre vie.

Chaque produit de la gamme est pensé, correspondant à un besoin précis.

De surcroît ces ordinateurs Mac sont presque beaux. Ils savent se faire oublier. Oui, aucune honte à ne pas ranger son MAC, son IPAD, … Ils n’enlaidissent pas le paysage, comme peuvent le faire les PC.

Pour mon univers privé, j’ai toujours été une fidèle cliente d’Apple.

Mon premier MAC remonte à 1989, avec le MAC Classic qui est une vraie pièce de musée aujourd’hui !

Si j’ai abandonné le MAC en version fixe, je suis une grande adepte de leurs produits nomades.

Certes, j’ai été un peu déçue par l’IPAD. En revanche, le dernier MAC BOOK AIR sur lequel j’écris ces quelques lignes en hommage à Steve Jobs, correspond parfaitement, exactement à ce que j’attends d’un ordinateur : léger, simple, robuste, fiable, rapide, bien pensé !

Steve Jobs, en fondateur, et patron emblématiques, aura construit une des plus belles entreprises au monde, à mes yeux.

Je suis sûre qu’il aura su préparer son départ, anticiper la stratégie, insuffler l’esprit “Apple” avec perfectionnisme. L’entreprise a les moyens d’attirer les talents les plus prestigieux …

Steve Jobs est vraiment une personne que j’aurais souhaité rencontrer dans la vraie vie !

C’est ce que j’ai rêvé cet hiver 2010, dans le métro !

“Image et visage”

Cet homme assis lisait un magazine dans le métro. La couverture du magazine représentait le visage de Steve Jobs. Cette figure se juxtaposait PARFAITEMENT au visage de ce lecteur inconnu, cadrait pile avec sa face.

L’homme tenait fermement son journal. Je me demandais quels étaient les mots imprimés au verso de cette feuille, pour qu’il soit autant captivé.

Ainsi, de loin, avais-je eu le sentiment étrange de voir assis, à quelques mètres de moi, Steve Jobs.

Devant cet instant inédit, je n’ai pas cherché à voir la face de cet inconnu.

Je préférais penser en rêve, que j’avais croisé Steve Jobs, dans le métro à Paris.

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Les dessins impossibles de M.C. Escher

Apparition ou disparition ?

Finalement, je me rends compte, qu’avec cette mort, mon père réapparaît et envahit mes jours et mes nuits.

M. C. Escher – Eye

Jamais une disparition, n’aura été aussi présente, comme si c’était davantage une ré-apparition qu’une disparition.

Est-ce que j’ai été bouleversée de ne pas l’avoir reconnu ou par cette prise de conscience du temps qui a passé, par ma vie (et non pas la sienne) qui avait filé à la vitesse de la lumière ? Cette vie est désormais derrière moi.

Je n’ai plus rien à voir avec la jeune femme de trente ans qu’il a vue pour la dernière fois. Je suis désormais un être humain de quarante-sept ans, puisque je ne suis plus digne de porter le nom de femme. Je devrais être un “Das” et non plus une “Die”, exactement comme en allemand : Das Mädchen, terme allemand utilisé pour nommer une jeune fille avant qu’elle ne devienne une femme. Je suppose qu’il existe un nom neutre pour mentionner les femmes qui n’en sont plus.

Les années de labeur, les amours déçues, les abandons que j’aurai vécus, les voyages que j’aurai faits, l’écriture, m’auront forgé une personnalité, une personne qui n’est personne, qui n’a plus rien à voir avec celle que je pouvais avoir, il y a dix sept ans.

Rien que ce séjour au Liban cet été, m’a profondément changée.

Tous ces blocs se sont détachés de moi, comme les blocs se sont détachés du temple de Jupiter à Baalbek, tout comme la guerre civile au Liban a transformé le Palmyra en une ruine somptueuse et magique, en l’isolant à partir de 1975, et ce, jusqu’en 1997.

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Très vite, la vie sans mon père, s’était confortablement installée. L’indifférence avait rempli le vide qu’il avait laissé. C’est à dire, pour être précise, et paraître sans doute un peu froide, que je n’avais pas eu à l’oublier.

Son départ avait été pour moi, un réconfort, et ce fut un soulagement de le savoir enfin parti, tant il était malheureux et répandait sa foudre sur tous.

La paix existait enfin.

Il était mort à mes yeux,  il avait disparu de mon paysage, de mon monde. Je ne savais rien de lui. Il n’existait pas. Personne ne m’en parlait et d’ailleurs, je ne posais pas de question, considérant, que cela relevait du choix de chacun.

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Et puis, brutalement, il aura fallu que je lise à mon réveil, ce 17 mai : “Papa est mort”. Il entrait à nouveau dans ma vie, presque par effraction, avec une brutalité à laquelle je ne m’attendais pas. Ce fut un inattendu, auquel je n’avais même pas pensé me préparer, tant j’étais convaincue qu’il était déjà sans doute mort, et que nous ne serions pas prévenus (que je ne serais pas prévenue).

Depuis que j’avais revu la dépouille méconnaissable de mon père, j’étais oppressée, mes nuits étaient troublées par des cauchemars, où je ressentais physiquement des malaises, des hallucinations, des vertiges. Je voyais dans ces cauchemars des paysages impossibles, exactement comme dans les dessins de M.C. Escher.

J’ai été ébranlée, de recevoir des emails de mon père mort. Des mails écrits par son épouse, mais depuis l’adresse e-mail de mon père. De voir apparaître son nom sur l’écran de mon ordinateur, m’a fait à chaque fois un choc, m’a fait sursauter, m’a donné envie de crier. J’avais l’impression qu’il revenait, qu’il s’agissait d’un revenant.

Je suis sûre que son épouse, pétrie de douleur, ne se rend pas compte qu’utiliser l’adresse mail de feu son époux, peut ébranler autrui. Je n’ai pu ouvrir le dernier mail qu’elle m’a envoyée. Je n’ai pu que le détruire immédiatement, tant il m’était insupportable de voir le nom de mon père mort, s’afficher devant mes yeux, comme s’il revenait d’outre tombe.

Cela me donne de mauvais rêves, m’empêche de me reposer la nuit, à tel point que je suis capable de tomber de sommeil, en plein jour ; ce fut le cas à maintes reprises en Italie.

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Ne pas s’attacher, ne pas aimer, se détacher, ne pas voir souvent, s’éloigner petit à petit, sans faire de bruit, dans le seul but de m’éviter de souffrir, fut une stratégie très tôt mise en place par moi, pour moins souffrir, ne pas souffrir de la séparation, de la rupture, de la mort, de la disparition, de l’abandon.

Elle s’est révélée terriblement efficace. Car je l’ai menée de manière rigoureuse, exigeante, sans exception.

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C’est vrai que j’ai été terriblement étonnée, d’entendre son épouse me dire que j’aimais la musique, que je partageais cette passion avec mon père. Oui, car je n’aime pas la musique, je n’aime que les variations auxquelles j’ai consacré un article.

Je pense que la mémoire se déforme, qu’elle est très sélective, qu’il est aussi possible de fabriquer sa mémoire, telle qu’on veut qu’elle soit et non pas telle qu’elle est. Cela permet, donne la possibilité de vivre un rêve, mais hors de la réalité. C’est peut-être cela qu’a voulu faire mon père en me donnant un goût pour la musique.

Je mesure peut-être aussi, à quel point, il me méconnaissait, ne me comprenait pas, qu’un malentendu ou voire une impossibilité existait entre lui et moi depuis toujours.

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Cette impossibilité, je la retrouve dans les dessins de C. Escher, en particulier dans “l’exposition d’estampes” que j’aurai passé des heures à regarder, à scruter cette impossibilité, pour me plonger, m’échapper à chaque fois dans l’unique solution, cet espace vide, ce trou, ce passage secret, en plein milieu du tableau, comme le nez en plein milieu d’un visage.

M. C. Escher – Exposition d’estampes

Cette exposition d’estampes n’est que questionnements : où est le tableau ? Qu’est ce qui est dans le tableau, en dehors ? Ce navire sur la gauche semble être un des thèmes d’un immense tableau que regarde le personnage, qui étrangement, ressemble à mon père ?.

Cette image illustre la déformation de la mémoire, donc le temps qui passe et qui lui aussi est élastique. Pourquoi nous semble-t-il parfois si long, ou si fugace, si fragile ?

“Apparition et disparition
Contraste et exacerbation
Attente et silence
Décomposition et tension
Anachronisme et rémanence des souvenirs
Enigme et dépaysement
Aridité et lumière
Surprise et fatalité”

Je ne suis pas sûre de vouloir en découvrir davantage sur mon père, sur sa vie qu’il a eue pendant ces dix-sept années.

Ce qui compte pour moi, est qu’il ait été heureux. Le reste, je ne veux pas tenter de la déterrer, mais le laisser enfoui, bien profondément, pour que je n’entende, comme auparavant, que le silence, pour que ce père quitte à nouveau très vite mes pensées, mon monde.

Je voudrais que sa disparition, soit aussi fugace qu’une apparition au coin d’une rue, quelqu’un qu’on aperçoit comme une esquisse et qui disparaît pour toujours en se noyant dans la foule. Je voudrais qu’il soit ce personnage de “l’exposition d’estampes”, qu’il s’éloigne de moi et s’enfonce, se perde pour toujours dans ce somptueux labyrinthe, qu’est ce tableau.

En bandeau de cet article : le Miroir de M.C. Escher.

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Destruction de mes écrits – Douleur et crucifixion

Personne ne comprend pourquoi, je suis pétrie de douleur et ne me remets toujours pas de la suppression de mes écrits par E..

Il a tout supprimé, effacé, tout mis à la poubelle. Cela équivaut pour moi, à avoir été tuée à l’arme blanche.

En supprimant physiquement, mes écrits, sans que je puisse les sauver, il a éventré mon corps avec une lame acérée. J’ai ressenti les coups de couteau qu’il a soigneusement plantés dans mon abdomen. Je me suis vidée de mon sang, je râle, comme ces mourants que décrit Curzio Malaparte dans La Peau ou dans Kaputt.

Voilà la douleur que je ressens.

*****

M.A. refuse de comprendre cela. M.A. se trompe en disant qu’E. est un Dieu à mes yeux. Les autres également ne comprennent pas que cette disparition me soit intolérable. Pour tous, ma réaction est disproportionnée, et mes écrits ne m’appartenaient pas. Ils étaient partagés.

A cela j’hurle que NON !

Non, E. n’est rien, n’est sûrement pas un Dieu à mes yeux, puisqu’il a détruit mes mots.

Est-ce-que ma peine aurait été aussi grande si cela avait été commis par quelqu’un d’autre ? Je pense que oui sincèrement. Néanmoins, dans la mesure où c’est la seule personne avec qui j’ai partagé ce type d’échanges, je ne peux pas être objective. Je n’ai donc pas, la capacité  à dire comment j’aurais réagi si cela avait été quelqu’un d’autre.

Ces échanges, dans le silence exquis de nos mots, étaient une partition à quatre mains. Ils relevaient de l’Ecriture.

M.A. m’a, une nouvelle fois, fait du mal, en disant que je donnais trop d’importance à la suppression de mes mots par cet homme. J’ai eu envie de hurler mon désarroi.

J’ai oublié sa personne. Je n’attendais rien de lui, ni des autres, puisqu’il est impossible de m’aimer, puisque je ne provoque que dégoût.

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La suppression de mes écrits est décorrélée de ces histoires amoureuses, qui sont des “non histoires”, et qui n’ont rien d’amoureux. Elles relèvent de l’insignifiance, de l’inconsistance, du superflu, de l’éphémère, du saugrenu, tant elles sont sans fondement, sans objet, sans sujet.

Cette douleur liée à mes écrits est abyssale. Je ne peux l’expliquer. Je n’ai pas accepté d’être censurée et depuis, je suis à l’agonie.

Pourquoi ne pas comprendre cela ?  L’écriture est ce qui me permet de respirer, donc de vivre. Tuer mes mots revient à tuer ma personne, au plus profond de mon être.

En supprimant mes mots, en me tuant, je ne suis plus que cris à venir, comme ceux des tableaux de Francis Bacon. Je ne suis que morceaux de viande, lambeaux de chair à vif.

Etude pour crucifixion, Francis Bacon

Voilà ce qu’il reste de moi. Comment recouvrer une santé morale normale, après un tel déchirement, une mise à mort si prégnante.

Est-ce que les gens vont enfin comprendre ma douleur d’avoir été bannie, censurée, d’avoir perdu mes mots, mes écrits jetés à la poubelle ?

Est-il possible qu’une telle douleur soit compréhensible, soit représentable par autrui ?

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