A la conquête de la Casa Malaparte

Texte écrit le 17 août 2011

A la conquête de la Casa Malaparte

En cette mi-août italienne, au petit matin, installée sur la Terrasse de l’Infini de la Villa Cimbrone, alors que les ombres des statues n’existaient pas encore, je feuilletais les pages blanches de mon almanach amoureux.

Pour combler ce vide, ce tonneau des Danaïdes, cette absence, ces pertes, mon inexistence, il me fallait lier deux points, relier dans la solitude, les deux plus beaux endroits au monde, à mes yeux, en vivant mon rêve, en dérobant au temps ma vie rêvée : Voler depuis la Terrasse de l’Infini et rejoindre la Casa Malaparte.

*****

Afin d’avoir ces deux endroits magiques, désirés, pour moi seule,

  • puisqu’aucun homme ne souhaitait me suivre dans ma folie douce et si belle,
  • puisqu’aucun n’avait l’intelligence de me comprendre, de me prendre, de venir à ma rencontre,

il me fallait m’y télé transporter.

L’hélicoptère, seul, avec ses pales aiguisées, saurait trancher, fendre l’air, pour dessiner ce sentier aérien, que je désirais, dont je rêvais et lui seul m’offrirait ce vol stationnaire pour embrasser, contempler la Casa Malaparte et le paysage conçu par cet écrivain.
*****

La mort s’était répandue autour de moi, cette année, envahissant ma vie comme une nappe de pétrole. Désormais, la mort ne me suivait plus, mais était bien là, face à moi, et je l’apercevais au loin qui, doucement, me guettait, et venait déjà à ma rencontre, en me tendant la main.

Pour ralentir le temps, l’abolir, suspendre ma chute vertigineuse, il me fallait m’envoler, sans attendre, dès cet été.

*****

J’avais choisi le petit matin. Il était la garantie de ma solitude, qui me comblerait, me ferait atteindre ce sommet du désir, qui me taraudait depuis plusieurs années.

A 6H50, au moment précis où le soleil frappait les statues et leur donnait vie en projetant leur ombre sur le sol, j’étais allée jauger l’horizon depuis la Terrasse de l’Infini.

Le bleu du ciel se noyait dans le bleu de la mer. L’horizon était aboli.

La journée s’annonçait belle.

*****

J’ai vite interrompu le pilote qui commençait à me faire voir sur la carte, le trajet touristique qu’il me proposait.

Non, je ne voulais surtout pas entendre parler :

– d’Amalfi et de ses croûtes artistiques,

– de Positano célèbre pour sa dentelle crochetée, représentant tout le mauvais goût de l’Italie,

– du tour de Capri dont l’intérêt était nul à mes yeux, hormis la divine Villa Malaparte et son paysage

Comment lui expliquer que mon vol ne relevait en rien du tourisme, mais d’un voyage que j’écrivais, d’une quête, d’un désir ancré au plus profond de ma personne, d’une petite mort ?

Comment lui expliquer la beauté des pages de Malaparte qui décrivent le paysage ? Comment lui expliquer que je passais mes journées et mes nuits à scruter les ombres sur la Terrasse de l’Infini, à me perdre dans la découpe parfaite de l’escalier de la Casa Malaparte ? Comment lui expliquer l’idée de relier ces deux points ?

Comment lui expliquer l’inexplicable ?

J’ai du adopter un phrasé directif et un ton déterminé. Par inquiétude, il aura fallu que je m’y prenne à plusieurs reprises, que je me répète pour qu’il comprenne ma demande déroutante : relier ces deux points que sont la Terrasse de l’Infini et la Casa Malaparte.

Seuls les deux points magiques – la terrasse de l’Infini et la Casa Malaparte – et le tracé le plus direct, le plus intense possible, entre eux deux, m’importaient.  

Nous avons pu décoller, lorsque j’eus acquis la certitude qu’il avait compris ma demande, qu’il la respecterait et que toute inquiétude, toute mauvaise tension avaient quitté mon corps et mon esprit.

*****

L’air du film de Godard, « le mépris », trottait dans ma tête ;

Enfin, je flottais devant cette Terrasse de l’Infini, fermée au public à cette heure.

Je voyais le côté face de cette terrasse, avec les bustes qui étaient prêts à se jeter dans le vide. Le temps n’existait plus. J’étais en pleine extase devant tant de beauté, en nageant littéralement, dans l’espace.

J’étais stationnée, en plein vide, admirant cette falaise vertigineuse dont la fragilité, le silence, me renversaient littéralement. Après dix minutes, nous avons filé pour Capri.

Je connaissais chaque coin, recoin de cette côte que nous longions ; très vite, nous avons vu Capri et les splendides rochers des Faraglioni. De très loin, le point rouge intense de la Casa Malaparte était visible.

Ce fil se déroulait, s’écrivait, se lisait. Je me répétais à l’infini les phrases de Malaparte, écrites dans “la Peau”, et qui relatent la visite de sa maison par le maréchal Rommel :

« Un jour, à Capri, ma fidèle « House-keeper », Maria, vint m’annoncer qu’un général allemand, accompagné de son aide de camp, était dans le hall, et désirait visiter la maison. …

J’allai donc au-devant du général allemand et je le fis entrer dans ma bibliothèque. C’était le maréchal Rommel. …

Je l’accompagnai d’une pièce à l’autre dans toute la maison, de la bibliothèque à la cave, et lorsque nous revînmes dans l’immense hall aux grandes baies ouvertes sur le plus beau et le plus pur paysage du monde, je lui offris un verre de vin du Vésuve, provenant des vignobles de Pompéi. …

Il but d’un trait, puis, avant de s’en aller, me demanda si j’avais acheté la maison toute faite, ou si je l’avais construite moi-même. Je lui répondis – et ce n’était pas vrai- que j’avais acheté la maison toute faite.

Et lui montrant d’un geste lent et large, la paroi à pic de Matromania, les trois gigantesques rochers des Fariglioni,

la péninsule de Sorrente, les îles des Sirènes, le bleu, le vert et le pourpre de la côte d’Amalfi, et là-bas, au loin, l’éclat doré du rivage de Paestum, je lui dis :

– Moi, je n’ai dessiné que le paysage. »

Une chaise longue plantée, seule, au bord du toit terrasse, semblait m’attendre. Les couleurs des fonds marins, bleus verts tranchaient avec la couleur rose sienne des murs de la Casa.

J’ai pu regarder la Casa Malaparte yeux dans les yeux, me demandant humblement si je pourrai un jour la fouler de mon pas aérien !

J’ai pu contempler les vastes baies vitrées, l’escalier qui descend à la mer, la virgule plantée sur le toit, l’escalier à la découpe extraordinaire, que je n’avais jamais vu dans son entièreté.

La villa était ouverte et quelques hôtes, sans doute des étudiants en cinéma ou architecture, y demeuraient, le temps de ce mois d’août.

Pourquoi, oui pourquoi, ne pas avoir embrassé l’une de ces deux voies pour y séjourner ?

Car mon désir d’avoir survolé au plus près, la divine Casa et les paysages malapartiens, étant assouvi, il me faudrait l’approcher encore plus près, l’atteindre, la toucher, y fouler mon pied, pour la posséder, la faire mienne, quelques instants hors du temps.

Durant le vol retour, j’ai pu admirer les courbes du Vésuve. Le pilote m’a proposé de survoler Pompéi. L’idée était bonne, mais ce serait pour une autre fois. Il m’est impossible de mélanger des rêves.

Il fallait terminer de tracer ce rêve et regagner cette place forte, telle une ville médiévale, qu’est l’Hôtel Villa Cimbrone.

J’avais enfin écrit, ce trait d’union, entre les deux plus beaux endroits au monde, entre ces deux merveilles architecturales, improbables, érotiques, littéraires, cinématographiques, entre l’infini et le désir, deux mots qui s’accouplent de manière sublime.

La Terrasse de l’Infini commençait à être envahie. Nous étions revenus à temps pour échapper au flot touristique et rejoindre ma chambre 14 et sa terrasse, dont la forme avait été dessinée pour ressembler, au plus près, à celle de la Terrasse de l’Infini.

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Bleu méditerranée : de l’Italie au Liban

Ce qui se dessine au fil de ce mois d’août, de ce mois de vacances, est le thème de la longueur.

La mer ondule, passe du bleu turquoise, au bleu nuit et déroule toute une palette de couleurs pour rejoindre le vert, l’espoir ou l’espérance. Le vis à vis n’existe pas : face à moi, le panorama s’étire sans obstacle.

riviera amalfitaine

Punta Tragara

Le ciel se fond bien dans la mer, sur la riviera amalfitaine, alors que le ciel et la mer sont dissociés à Jbeil.

Jbeil

Les jours défilent comme la bobine d’un film cinématographique, au ralenti. L’air iodé du bord de mer anéantit mes allergies. Mes larmes sont stoppées net.

Ce qui relie ces deux quinzaines, ces deux pays, pour en faire le trait d’union, est le front – celui de la mer. Le bien-être italien suite aux longues baignades quotidiennes dans la grande bleue m’aura-t-il réconciliée avec cet élément qui m’effrayait et converti aux longueurs, à la natation ?

*****

Et oui, alors que j’avais rêvé de marcher dans la vallée de la Qadisha, en allant de monastère en ermitage, je décidai, comme l’avion du 15 août, de changer d’itinéraire, à la dernière minute. Non, je n’irais pas à Damas, mais je demandais à Marwan, mon chauffeur que je retrouvais à l’aéroport de Beyrouth en ce 16 août, de stopper sa route à Jbeil, et d’abandonner la route vers le nord et la Qadisha. J’étais captivée, non pas par la longue route côtière, avec son paysage urbain invariablement laid, sale et bruyant mais attirée comme un aimant vers la mer. Il y a deux ans, je n’avais fait qu’une courte halte à Byblos. Je souhaitais revoir les ruines, le port, la citadelle.

Je ne marcherais donc pas, peut-être parce que je ne voulais plus de marche ou plutôt des marches. Les interminables escaliers italiens ont permis d’entretenir la forme.

Les longueurs dans la mer me manquaient.

Mais si je devais rester à Byblos, ce serait uniquement au BSM. Lors de mon passage il y a deux ans, l’hôtel était en rénovation complète. Il était totalement repensé. Il ne fut pas difficile de trouver une chambre dans la ville désertée. Ma chambre porte exactement le même numéro que celle de la chambre italienne. Le numéro 110 marquerait la continuité du bonheur, du bien-être.

Dès l’aube, que ce soit en Italie, ou au Liban, je partais nager, effectuer ces longueurs. Après 9 heures, le soleil était trop fort, éclatant. Ses rayons anéantissaient les couleurs. Une brume doucement envahissait le paysage, les montagnes, la mer. La mer blanchissait.

Je reprenais la natation en fin de journée, une fois que la couleur commençait à exister de nouveau, une fois que le disque solaire étirait au maximum l’ombre du parasol sur le sol.

Je suis dans la mer comme dans une matrice. Les muscles se dénouent au contact de l’eau. Bras, jambes, dos s’activent et fendent l’eau qui masse mon corps, le dénoue. Les tensions disparaissent. Mon corps s’assouplit au fil des mètres, des vagues, des aller et retour.

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De la terrasse de l’infini à la terrasse du désir

Trajectoire du désir : Conjecture de Syracuse  pour n = 127 

Cette trajectoire ne cesse de monter dans le ciel, dans le bleu du ciel. Je déploie toute mon imagination pour “désirer”, atteindre l’inaccessible que devient ma folie douce, absolue, aussi pure et intemporelle que le cristal.

Je n’inverse pas le temps, cela n’a que peu d’intérêt mais je le renverse, je l’abolis, puisque ma volonté est aussi solide que le cristal.

Ma vie se réduit-elle à l’écriture de ma folie ? Puisque je ne saurais faire rêver aucun homme, je me fabrique un monde d’autant plus compliqué et complexe que je dois combler ce vide.

Ma retraite sera paradoxalement absolument dépouillée, et faite d’absolu, de quête d’absolu :

J’aurai le loisir de rêver, de m’installer dès l’aube, pour écrire dans cette solitude, en admirant la lumière du petit matin, sur cette terrasse de l’infini ….

 

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Dans ce désert, je pourrais crier ma folie et entendre l’écho de mon silence se perdre dans le vide. Je serai un peu comme devant un tableau de Francis Bacon. Je réussirai à capturer le silence, et m’arrêter, juste avant le cri, l’explosion des tableaux de Bacon.

Et lorsque j’aurai fini de me recueillir, d’écrire mes pages …..je plongerai dans cette piscine à la forme d’une aubergine : Ne pouvant m’y épuiser en longueurs, j’y tracerai les motifs de ma terrasse, ma terrasse de l’infini.

En suspension dans l’espace, sur ce bord, cette arête, je tracerai, j’écrirai donc des signes 220px-Infinite.svg.png (220×147)  indéfiniment

 

*****

La Villa Malaparte s’imposait aussi, obligatoirement, dans ma folie douce, non seulement, pour son esthétique, son escalier à la découpe parfaite mais aussi pour que je me fasse mon cinéma.

Je veux m’esperdre dans le vide, frôler cette villa.

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Carole DARCHY – 16/08/2011 – Copyright

*****

C’est alors que l’idée a jailli….. via une question improbable et donc précieuse, riche, prometteuse.

Et oui, comment relier mes deux villas, ces deux terrasses, ce monde de l’infini et celui du désir ? Comment n’en faire plus qu’un ? 

*****

L’idée de ce vol fou, me prendre pour Icare, m’est venue en repensant à la conjecture de Syracuse :

Cette conjecture, jamais démontrée à ce jour, est un vraie roman à elle seule (A ce titre, je ne peux que recommander la lecture de la conjecture de Syracuse d’Antoine Billot, aux Editions Gallimard)

Oui, cette conjecture est un vrai roman, car elle dessine le chemin de vie unique et universel de chaque être humain.

(Extrait Wikipédia) : Première approche et vocabulaire

La suite de Syracuse d’un nombre entier N est définie par récurrence, de la manière suivante :

u0 = N
et pour tout entier  n \geq 0 : u_{n+1} =  \begin{cases} \frac{u_n}{2}& \mbox{si } u_n \mbox{ est pair}\\ 3u_n + 1 & \mbox{si } u_n \mbox{ est impair} \end{cases}

La conjecture affirme que, pour tout N > 0, il existe un indice n tel que un = 1.

L’observation graphique de la suite pour N = 15 et pour N = 127 montre que la suite peut s’élever assez haut avant de retomber. Les graphiques font penser à la chute chaotique d’un grêlon ou bien à la trajectoire d’une feuille emportée par le vent. De cette observation est né tout un vocabulaire imagé : on parlera du vol de la suite.

On définit alors :

  • le temps de vol : c’est le plus petit indice n tel que un = 1
Il est de 17 pour la suite de Syracuse 15 et de 46 pour la suite de Syracuse 127
  • le temps de vol en altitude : c’est le plus petit indice n tel que un+1 < u0
Il est de 10 pour la suite de Syracuse 15 et de 23 pour la suite de Syracuse 127
  • l’altitude maximale : c’est la valeur maximale de la suite
Elle est de 160 pour la suite de Syracuse 15 et de 4372 pour la suite de Syracuse 127
u0 u1 u2 u3 u4 u5 u6 u7 u8 u9 u10 u11 u12 u13 u14 u15 u16 u17 u18 u19 u20
15 46 23 70 35 106 53 160 80 40 20 10 5 16 8 4 2 1 4 2 1

Après avoir grimpé, avoir eu potentiellement des hauts et des bas, le point culminant de la vie de chacun est atteint pour glisser sur ce second versant de la vie, à la vitesse de la lumière et tomber dans ce puits inexorable qui mène à notre mort, inéluctablement.

Suite de Syracuse  pour N=127

Cette suite de Syracuse, pour le nombre 127 me plaît bien.

Je voudrais atteindre ce point culminant de ma vie cet été lors de ce vol fou, inventé, à tracer dans les airs entre ces deux villas italiennes : la villa Cimbrone et sa terrasse de l’infini et la villa Malaparte et sa terrasse du désir. Rien ne pourra être plus intense : oui, je pourrai graver sur Google Earth ce trait fou, au rayonnement intense tant il sera le point culminant de ma vie.


*****

Merveilleuse, sublime, divine idée qui me mène à cette conjecture de Syracuse (non pas en Sicile mais aux Etats Unis)

Je vais donc “voler” au dessus de la péninsule Amalfitaine.  Je m’envolerai depuis  la Terrasse de l’Infini, pour rejoindre la virgule, plantée sur le toit-terrasse de la Villa Malaparte :

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Cette virgule, sera ce signe qui liera mes deux villas, mes deux terrasses, mes deux ruines.

J’approcherai la Villa Malaparte, non pas comme en 2009, par ce sentier terrestre, mais par la voie des airs : je vais aller à la conquête de cette villa sublime, en nageant dans l’espace !

J’aurais écrit, ce trait d’union, entre les deux plus beaux endroits au monde, entre ces deux merveilles architecturales, improbables, érotiques, littéraires, cinématographiques, entre l’infini et le désir, deux mots qui s’accouplent de manière sublime.

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La Casa Malaparte – (2)

ou une méditation sur la beauté du monde

La Casa Malaparte, fait partie des quelques endroits au monde, où j’aimerais aller avec un homme, et où mourir ne me ferait pas peur, exactement comme la “Terrasse de l’infini” à Ravello, non loin de Capri.

Cet endroit me transporte, me fait rêver, à cause de :

 

  • celles de la Casa, ce rouge légèrement rosé, que l’on voit poindre de loin, lorsqu’on arrive à pied, par le sentier depuis la terre
  • 700 marches qu’il faut grimper et descendre pour s’en approcher au plus près : Elle se mérite,
  • la forme de son escalier qui à mes yeux a une découpe parfaite, pure : un escalier à la beauté parfaite,
  • l’architecture de la Casa, ses proportions équilibrées,
  • ses larges baies vitrées,
  • la “virgule”, cette ponctuation,  plantée sur le toit-terrasse,
  • des scènes du Film le Mépris, qui y sont tournées.

Tout cela confère à la Casa Malaparte quelque chose d’inaccessible et donc suscite le désir !

 

J’adore le film de Godard, le Mépris. Il  comporte une des plus belles scènes du cinéma, empreinte d’érotisme – mise à part peut-être la scène culte de la Dolce Vita, où dans la fontaine de Trevi,  Marcello Mastroianni et Anita Ekberg  s’embrassent, sans que ne se touchent leurs lèvres-.

Dans le Mépris, je trouve cette scène avec des jeux d’ombre, envoûtante. B.Bardot prend tout son temps en énumérant les parties de son corps. M.Piccoli, un peu absent ou rêveur, dont les mains sont splendides, n’a que de courtes réponses : “oui”, “très”.

J’adore la réplique finale de cette scène où  M.Piccoli dit :

“Je t’aime totalement, tendrement, tragiquement”,

ce qui préfigure, en quelque sorte,  le drame qui va se nouer au fil du film et à sa fin.

*****

Cette Casa Malaparte, si belle, si spéciale à mes yeux, est inaccessible au Public ; elle m’est donc inaccessible. Je la désire, je tends désespérément ma main, pour tenter de l’atteindre, en sachant que je ne pourrais jamais y arriver : c’est un peu le pays où l’on n’arrive jamais !

Pour y séjourner, il faut avoir un projet d’étude d’architecture ou de cinéma, dûment accepté par une fondation à “Firenze”. Les critères de sélection sont féroces et les dossiers doivent être vraiment solides.

Donc, il faut accepter de la rêver seulement, d’y séjourner en rêve, ou de s’approcher du rêve, comme je l’ai fait, en séjournant à l’hôtel Punta Tragara, qui se situe à une centaine de mètres de la Casa Malaparte, et de m’approcher au plus près de la Villa sur ce sentier du plaisir, en enjambant le panneau “Défense d’entrer”, en m’enfonçant dans ce sentier en friche, non entretenu, ce qui à mes yeux, le rend encore plus beau, plus sauvage.

Dans la solitude qui m’accompagnait, j’aurai relu La Peau plusieurs fois, pour rêver devant ce paysage, pour m’en approcher au plus près, pour le graver, l’imprimer dans ma mémoire, sans qu’il ne se déforme.

Je rêve d’y retourner éternellement, et de m’y retourner avec un homme.

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