Librairies Parisiennes : Nicaise

Cachée, un peu en retrait du boulevard Saint Germain, la librairie Nicaise, ce palais des livres, offre exclusivement des éditions limitées, originales.

Michel-Ange présente, propose des livres d’artistes, ou des oeuvres littéraires illustrées par des artistes, venant de maisons d’édition rares, des livres au papier improbable, au format qui surprendront tout amoureux de poésie, littérature, estampes…

J’adore y rentrer et m’installer à la table qui invite le passant, l’amoureux des livres, le lecteur. J’aime me perdre dans les livres des Editions Fata Morgana, plonger dans Michaux, Alechinsky, B.Noel, André masson, Cioran … et tant d’autres.


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J’aime prendre tout mon temps à parcourir les rayons qui montent jusqu’au plafond, à m’installer sur cette table et me perdre dans ces livres improbables, qui m’attendent.

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Je me suis promise d’acheter un exemplaire du livre de Pierre Alechinsky en hommage à Reinhoud : il me faut ce livre qui réunit les deux complices.

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Et puis, la librairie Nicaise est celle où j’ai trouvé cette contradiction : “Un mot”  :

J’avais acheté ce livre, ce poème de G.Puel, pour son format si délicat, mais surtout pour son titre qui se contredisait : il y avait deux mots et non un.

En fait, j’avais acheté les deux seuls exemplaires disponibles, un pour moi et un pour lui. Je n’avais pas choisi les N° car il s’agissait d’une édition originale, à la numérotation limitée.

Son livre portait le N°6 et le mien le N°9.

Il ne cessait de me dire que je nourrissais son imaginaire érotique  ; cela tombait bien. Ces deux exemplaires, ces deux mots, s’accouplaient parfaitement.

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En ce 18 septembre 2010, cette librairie m’aura offert l’improbable, le plus inattendu à mon retour de mon voyage d’été au liban, l’année dernière :

Alors que je cherchais l’édition originale des Exercices d’Admiration de Cioran, il aura fallu que je me rende dans cette librairie du Bld St Germain.

J’avais pourtant hésité à franchir la porte car il était indiqué que le magasin était fermé entre 13 et 14h. Il semblait réellement vide.

Ma montre indiquait 14H10, j’ai donc poussé la porte, et là, comme dans un film qui se déroulerait au ralenti, j’ai senti mon regard attiré, par un livre posé sur le coin de la table.

J’ai lentement tendu mon bras et posé mon doigt d’un geste assuré, sur le livre auquel je m’attendais le moins & qui donc m’a fait un plaisir immense : « les cinq chambres d’été au Liban » de Richard Millet, aux éditions Fata Morgana.

En arrêt, stupéfaite, je n’ai pu que murmurer à Michel-Ange qui discutait alors avec Marie-Ange : « c’est ce livre qui m’attend ».

Entourée de tant d’anges, je me suis demandée si j’étais au paradis ou dans la vraie vie.

Je n’ai ouvert que la dernière page du livre & y ai lu « vingt numérotés sur chiffon de la Bekaa ». Le livre portait le n°XV.

En lisant ce numéro par un double prisme, cet exemplaire ne pouvait que me mener, à cette chambre de la plaine de la Bekaa, que j’avais habitée : cette ruine, face aux ruines.

Michel-Ange me prit le livre des mains et dit alors : « je vous fais bien sûr un paquet cadeau ».

Je ne pouvais qu’opiner.

Ce livre serait un prolongement, un follow-up, une fin et suite à mon séjour à Baalbek.

Ce voyage qui m’a guidée vers la Syrie & le Liban, m’a procuré du plaisir et pas seulement du rêve.

J’ai été heureuse de découvrir ces pays qu’il me fallait, car je savais que j’y trouverais de la plénitude.

Ma surprise est que la plénitude que j’y ai trouvée n’a pas été « dans la moyenne », mais « hors norme », sans mesure.

J’ai ouvert le livre au jardin des Tuileries, devant mon champ de lavande.

Enfin, j’ai cherché les cinq chambres. Les feuilles étaient pliées, pas encore découpées. Je n’ai pas trouvé tout de suite celle que je cherchais. Deux lieux mentionnés me transportaient,… Tyr, Jezzine, … ; mais je ne trouvais pas Baalbek.

Je ne l’ai trouvé qu’en rentrant chez moi.

J’ai délicatement déplié les feuilles.

J’ai lu ces quelques pages, comme j’aurais lu une carte géographique, une carte marine, un territoire.

Je recherchais dans les mots : les reliefs, les accidents, les couleurs, la texture des différentes matières, l’ombre et la lumière, toutes les lumières, l’obscurité, les ombres, de chaque moment du jour, jour après jour, les odeurs, les bruits, le silence, le vide, ses hôtes passés et à venir, l’absence, la présence, la clé à deux faces.

Et, j’avoue, après avoir lu le texte, que je me suis demandée, si Richard Millet l’avait vraiment habitée. Au mieux, y-a-t-il passé la tête ou jeté un oeil ?

Ce n’était pas la chambre que j’avais habitée, que j’avais aimée, sans pouvoir y aimer un homme. Ma chambre était celle de la présence de l’absence.

Pourquoi chercher quelque chose, vouloir trouver ce que j’ai vécu, de manière unique, dans un livre ?

Mes chambres d’été au Liban, ces ruines que j’avais habitées, à Bcharré & Baalbek, dans la solitude qui m’accompagnait, ne pouvaient être que « différence ».

Je rêve de retrouver la vallée de la Qadisha, la plaine de la Bekaa, de retourner dans les chambres de Bcharré & de Baalbek, et de m’y retourner avec un homme.

Il y a plus de cinq chambres dans ce livre. Celle qui m’a peut-être le plus émue, est la dernière, celle où l’éternité nous attend tous, que nous soyons au Liban ou ailleurs, quelle que soit la saison, été, hiver…

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Cinq chambres d’été au Liban – R.Millet

Fil d’ariane : 

Alors que je cherchais l’édition originale des Exercices d’Admiration de Cioran, il aura fallu que je me rende dans cette librairie du Bld St Germain, en ce 18 septembre.

J’avais pourtant hésité à franchir la porte car il était indiqué que le magasin était fermé entre 13 et 14h. Il semblait réellement vide.

Ma montre indiquait 14H10, j’ai donc poussé la porte, et là, comme dans un film qui se déroulerait au ralenti, j’ai senti mon regard attiré, par un livre posé sur le coin de la table.

J’ai lentement tendu mon bras et posé mon doigt d’un geste assuré, sur le livre auquel je m’attendais le moins & qui donc m’a fait un plaisir immense : Cinq chambres d’été au Liban de Richard Millet, aux éditions Fata Morgana.

En arrêt, stupéfaite, je n’ai pu que murmurer à Michel-Ange qui discutait alors avec Marie-Ange : “c’est ce livre qui m’attend”.

Entourée de tant d’anges, je me suis demandée si j’étais au paradis ou dans la vraie vie.

Je n’ai ouvert que la dernière page du livre & y ai lu “vingt numérotés sur chiffon de la Bekaa”. Le livre portait le n°XV.

En lisant ce numéro par un double prisme, cet exemplaire ne pouvait que me mener, à la chambre 30, cette chambre de la plaine de la Bekaa, que j’avais habitée : cette ruine, face aux ruines.

Michel-Ange me prit le livre des mains et dit alors : “je vous fais bien sûr un paquet cadeau”.

Je ne pouvais qu’opiner.

Ce livre serait un prolongement, un follow-up, une fin et suite à mon séjour à Baalbek.

Ce voyage qui m’a guidée vers la Syrie & le Liban, m’a procuré du plaisir et pas seulement du rêve.

J’ai été heureuse de découvrir ces pays qu’il me fallait, car je savais que j’y trouverais de la plénitude.

Ma surprise est que la plénitude que j’y ai trouvée n’a pas été “dans la moyenne”, mais “hors norme”, sans mesure.

Devant la platitude des échanges sortant de la bouche de ces deux anges, je revenais à la réalité et quittais la librairie.

J’ai ouvert le livre au jardin des Tuileries, devant mon champ de lavande.

Enfin, j’ai cherché les cinq chambres. Les feuilles étaient pliées, pas encore découpées. Je n’ai pas trouvé tout de suite celle que je cherchais. Deux lieux mentionnés me transportaient déjà : Tyr, Jezzine, … ; mais je ne trouvais pas ma chambre 30 de l’hôtel Palmyra à Baalbek. Et j’étais sûre pourtant, qu’obligatoirement, elle figurait dans le livre. Il ne pouvait en être autrement.

Je ne l’ai trouvée qu’en rentrant chez moi.

J’ai délicatement déplié les feuilles.

J’ai lu ces quelques pages, comme j’aurais lu une carte géographique, une carte marine, un territoire.

Je recherchais dans les mots : les reliefs, les accidents, les couleurs, la texture des différentes matières, l’ombre et la lumière, toutes les lumières, l’obscurité, les ombres, de chaque moment du jour, jour après jour, les odeurs, les bruits, le silence, le vide, ses hôtes passés et à venir, l’absence, la présence, la clé à deux faces, les deux dessins de Cocteau.

Et, j’avoue, après avoir lu le texte, que je me suis demandée, si Richard Millet l’avait vraiment habitée. Au mieux, y-a-t-il passé la tête ou jeté un oeil ?

Ce n’était pas la chambre que j’avais habitée, que j’avais aimée, sans pouvoir y aimer un homme. Ma chambre 30 était celle de la présence de l’absence.

Pourquoi chercher quelque chose, vouloir trouver ce que j’ai vécu, de manière unique, dans un livre ?

Mes chambres d’été au Liban, ces ruines que j’avais habitées, à Bcharré, Beyrouth, Byblos, Baalbek ne pouvaient être que “différence”.

Je rêve de retrouver la vallée de la Qadisha, la plaine de la Bekaa, de retourner dans mes chambres de Bcharré & de Baalbek.

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Il y a plus de cinq chambres dans ce livre. Celle qui m’a peut-être le plus émue, est la dernière, celle où l’éternité nous attend tous, que nous soyons au Liban ou ailleurs, quelle que soit la saison, été, hiver…

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Pour Reinhoud (d’Haese)

En écrivant ce texte, j’ai fait un chemin à rebours dans le passé ; cela a été un moment enchanté.

Je souhaitais écrire, graver, imprimer à Reinhoud, toute ma reconnaissance, mon émotion la plus sincère, pour tout ce qu’il m’a apporté en me faisant découvrir son monde.

Il a ouvert les portes, à l’enfant que j’étais, du monde artistique. Il m’a délicatement mise sur ce chemin, avec son sourire généreux dont je me rappellerai toujours. Je suis sûre, que depuis le ciel, il regarde évoluer ma collection avec attention et bienveillance.

Je ne sais si c’est mon scaphandre (celui de mon grand-père) qui a inspiré Reinhoud,

ou si c’est moi qui pense à mon scaphandre, lorsque je regarde ma petite lithographie de Reinhoud.

L’artiste me l’avait offerte lorsque je suis partie à Paris faire mes études. Je pense, je suppose que c’est Biel Genty qui l’a gravée.

Je ne sais pourquoi, mais je préfère penser, que je retrouve le scaphandre de mon grand-père, dans sa petite estampe
Et qu’il s’agit d’un accident… , d’un pur accident de dessin.

Son oeuvre est un vrai bestiaire ! Regardez ma petite estampe : c’est un adorable monstre avec des boucles d’oreille, en forme de 5, avec deux yeux sur des fesses rebondies; les pieds vont à rebours, à l’envers … Voilà l’imaginaire de Reinhoud, qui se joue de nous !

Oui, car ma petite estampe, contrairement “aux lapons en goguette” est un dessin et n’est pas faite d’assemblage de plaques en cuivre.

Je joins ci-dessous une lithographie qui ressemble beaucoup à mes “Lapons en goguette” : vous y verrez parfaitement ce travail d’assemblage ! Les soudures des différentes plaques se voient très clairement.

Il fallait voir travailler Reinhoud ! D’abord et avant tout sculpteur, il récupérait les déchets de cuivre de toutes les formes. Avec cela, il composait des êtres imaginaires, impossibles, étranges en assemblant ces morceaux de cuivre, en travaillant ces plaques de cuivre, repoussées au marteau. Les traces du marteau se voient parfaitement.

Reinhoud (d’Haese) a fait partie du Groupe CoBrA (Copenhague, Bruxelles, Amsterdam) et une profonde et sincère amitié est née avec P.Alechinsky.

Reinhoud était un sacré personnage. Je me le rappelle immense, solide, fort. Il marchait en claudiquant légèrement.

Il avait marqué l’enfant que j’étais.

Le personnage était d’une délicatesse et d’une gentillesse hors norme. Aller voir chez lui ses sculptures en métal, en mie de pain, ses estampes me ravissait. Il parlait avec économie, retenue, mais avait toujours un sourire et des yeux rieurs.

Je sais que là haut, il continue de sculpter et de ravir les anges !

Après être partie à Paris, je ne l’ai revu qu’une fois, au vernissage d’une de ses expositions à la Galerie La Hune, rue de l’Abbaye, à St Germain des Prés.

Je ne manquerai pas d’acheter un exemplaire numéroté de “Rein” aux Editions Fata Morgana, de P.Alechinky, en hommage à Reinhoud.

Fin 2010 – début 2011, une exposition rétrospective lui a été consacrée aux Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles, avec des oeuvres sculptées et des dessins depuis les années 1960 jusqu’aux années 2000.

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Pour terminer, je voudrais avoir une pensée pour mon grand-père, qui m’a offert son scaphandre auquel il tenait tant. Il plongeait avec en mer de Corée. Même s’il aimait l’aventure, l’ailleurs, il fallait du courage, beaucoup de courage pour faire ces voyages lointains et sous-marins. Ce scaphandre qui a l’air solide, est en fait d’une grande fragilité. D’une certaine manière, par atavisme, il m’a donné le goût des voyages atypiques.

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Un mot

J’avais acheté ce livre, ce poème, pour son format si délicat, mais surtout pour son titre qui se contredisait : il y avait deux mots et non un.

En fait, j’avais acheté les deux seuls exemplaires disponibles, un pour moi et un pour lui. Je n’avais pas choisi les N° car il s’agissait d’une édition originale, à la numérotation limitée.

Son livre portait le N°6 et le mien le N°9.

Il ne cessait de me dire que je nourrissais son imaginaire érotique  ; cela tombait bien. Ces deux exemplaires, ces deux mots, s’accouplaient parfaitement.

Il est parti avant que je puisse lui offrir, pour l’anniversaire de notre rencontre.

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Adaptation personnelle du poème de G.Puel :

Quand tout semble dit,

En cet instant de pur poème,

Une pensée jaillit, qui défie l’indicible.

Ce n’est qu’un mot, il défaille, il s’étiole,

Mais il défait l’accord d’un pli.

Pourquoi dès lors  se trouble tel sens, qui restait si vague ?

Pourquoi moi, la Discrète, m’affirme, si vivante

M’exaltant en silence, en ce lieu de grammaire et d’exil ?

Langue impure !

Face à la ruine, dans la ruine, dans ce fragile équilibre,

Sur cette fine ligne, entre plénitude et néant,

Je demande un béquet, j’appelle ce mot

Qui statufie l’Absent, puis me ruine,

Balayant mon parfum, mon étoffe, mon fil.

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