Bleu nuit ou bleu noir

Les femmes aux yeux noirs dans la nuit avaient les yeux bleus dans la lumière du jour.

Bleu est la couleur du ciel, de l’encre

Le bleu du ciel se reflète dans le bleu de la mer

L’eau bleue noircit en profondeur,

Vertiges de bleu, vagues noires, vaguement

Echo bleu, noir, étoiles

Flou, fou, folie

Il nous plaît de confondre nos sentiments dans nos rêves

Nous rêvons en noir et blanc, en silence et en hurlant

Dans la lenteur du temps, à la vitesse de la lumière.

Nous rêvons dans le futur antérieur

Nous rêvons en nous perdant dans l’océan de la nuit,

Nous nous accoutumons à l’obscurité,

Cécité ou lumière ?

 

Diva

Il est des films qui laissent en vous une trace indélébile, qui s’ancrent dans la mémoire et vous accompagnent tout le long de la vie.

Les raisons peuvent s’expliquer parfois facilement : l’histoire, le complot, l’intrigue, un personnage en particulier, …. Nous sommes aussi amenés à croiser des films, à plusieurs reprises, par hasard ou par accident.

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“Diva” est bien un film qui m’a beaucoup marquée.

Etait-ce par ce que je l’ai vu à une époque privilégiée de ma vie, où tout me semblait possible ?

Je n’ai qu’un vague souvenir de l’histoire, ou plutôt des deux histoires juxtaposées dans le film. Non, ce n’est pas cela qui m’a émue.

J’ai aimé ce film pour ses contradictions : indéniablement sophistiqué, il s’en dégage néanmoins une impression d’épure.

Son esthétique m’a fait rêver, m’a permis de fonder un autre pan de mon imaginaire, d’étendre ce territoire vers l’inaccessible. Il a fait germer le désir d’impossible en moi.

Après tout, la manière la plus facile de faire jaillir une idée, n’est-elle pas le rêve? En ce sens, je rejoins pleinement la pensée de Serge Daney :

« Le succès de Diva est venu de ce que Beineix, le premier, a voulu moraliser l’héritage publicitaire en proposant une nouvelle ligne de partage entre l’invendable (l’âme, la création) et le prévendu (les objets, les clichés). » Serge Daney, Libération, 21 novembre 1988.

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De ce film, je garde quelques images très précises et incisives au point d’avoir le sentiment qu’elles se sont imprimées, voire gravées dans ma pensée, comme dans de la pierre, comme les motifs dessinés sur certains blocs ou stèles des temples de Baalbek.

J’avais aimé ce loft immense, avec la baignoire plantée en plein milieu, avec Richard Bohringer qui s’y délassait…

L’image de cette jeune asiatique qui y faisait du patin à roulettes en dessinant des cercles, en dansant dans cet espace, m’avait ravie.

Cette baignoire, me fait penser à la large baignoire en cuivre où je me suis délassée, pile face à la mer, cet espace infini, sans barrière.

Je “m’étais rendue”, j’avais déployé une inventivité et pris ce sentier qui bifurque pour rejoindre ce ryokan si improbable, si étonnant, situé dans la péninsule de Noto, face à la mer du Japon, uniquement pour me perdre dans l’océan, depuis cette baignoire unique au monde, inaccessible et donc désirée.

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Je gardais aussi en mémoire, ce phare solitaire, si froid, et en même temps, si lumineux, planté dans cet univers bleu. j’ai toujours cette idée, ce désir d’habiter un phare, de m’y retirer. Ne serait-ce pas un des plus beaux endroits pour se perdre dans l’écriture ?

Le bleu est indéniablement la couleur que j’associe au film : Le bleu de la mer, la lumière bleue des paysages parisiens.

J’ai suivi en rêve, la déambulation, au petit matin, à l’aube, – et d’ailleurs, ne l’ai-je pas reproduite, réécrite avec C. cet hiver ? -, lors de laquelle ce jeune postier et cette cantatrice qui représentent un couple improbable et donc magnifique se perdent et vivent des moments sublimes et éphémères.

Ces déambulations au milieu des jardins des Tuileries, place de la concorde, ainsi que sous l’arc de triomphe m’auront sans doute attirée vers ces quartiers.

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De ce film, je garde l’idée de lenteur, magnifiée par cet air d’opéra – La Wally, de Catalani. Cette musique donne de la majesté aux personnages, de la grandeur aux paysages. Elle participe certainement, à une partie de la combinaison qui fait accéder au rêve.

Que j’avais écouté cet air, en plein air, enfin presque, lors de mon voyage en voilier, au sud du sud, en antarctique. Plantée sous la bulle transparente au haut de l’escalier, cette houle, ces vagues amples et lentes qu’épousait le voilier, m’apaisait, libérait mon imaginaire. La Wally, chantée par Maria Callas, amplifiait la lenteur du temps. Je vivais dans un univers bleu et sa palette s’y déclinait de manière intense, voire maximale.

Jamais un air ne m’aura paru aussi beau et paradoxalement “silencieux”, au milieu du clapot, tant il se confondait avec le bleu silencieux du paysage, d’un rêve.

Jamais je n’aurai été si proche de l’extase, si ce n’est, peut-être en Syrie, l’été dernier.

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Nicolas de Stael : Entre art abstrait et figuratif

La peinture de Nicolas de Staël m’accompagne depuis toujours.

Elle aura bercé mon enfance puisque j’avais la reproduction d’un de ses tableaux, dans ma chambre d’enfant. J’ai grandi avec ces bateaux (1955), ce ferry bleu, avec la cheminée et sa fumée gris-noire, avec ce bleu du ciel qui ne faisait qu’un ou presque, avec le bleu de la mer.

Longtemps, je me serai amusée à chercher la ligne de démarcation, la frontière entre ces deux univers.

Longtemps, j’aurai imaginé prendre le ferry depuis Napoli, pour l’île de Stromboli, ou depuis Kiel pour rejoindre la Norvège.

J’avais devant moi, un excellent moyen de transport, dans un cadre. Pour partir, m’en éloigner, il suffisait d’inventer, ce qui irait, hors du cadre, ou autour !

Ce tableau m’aura aidée à bâtir les fondations de mon imaginaire, la lecture, l’écriture, le voyage !

Ce n’est pas mon tableau préféré de Nicolas de Staël. Même si je retrouve tout ce que j’aime chez lui  :

– ces aplats de peinture,

– les contrastes dans le choix des couleurs et à la fois, ces couleurs qui s’entremêlent, se fondent, et relient deux univers : un aérien et l’autre aquatique,

– le relief de la peinture qu’il pose au couteau,

– plus que tout, cette frontière ténue entre l’abstraction et le figuratif.

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Nicolas de Staël dans son atelier  : L’homme est grand, altier, beau, sobre. Je me perds tout de suite dans ses yeux rêveurs et perdus

Le visage de de Stael, sa stature imposante, son regard fragile qui a l’air perdu et à la fois déterminé !

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Sa peinture a évolué de manière significative vers la simplification. Un virage se sent en 1950.

Les ciels sont toujours sombres ou au contraire étonnamment clairs ;  les couleurs à la fin de sa vie, lors des derniers tableaux, tout particulièrement, prennent davantage d’espace et tranchent nettement, de façon violente, les unes par rapport aux autres. On ressent la douleur de l’artiste et aussi, la production intensive de tableaux.

Les lignes de démarcation entre le ciel et les autres éléments sont claires, nettes précises… Pourtant j’adore aussi les peintures où le ciel se fond dans la mer, où Nicolas de Staël nous offre toute sa palette de bleus, toute celle des verts !

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Mes tableaux préférés :

Le cap gris nez avec ce ciel gris bleu vert qui se reflète dans la mer… vert pâle ; l’écume roule sur le sable doré. Cette mer capture le vert intense du paysage. Nicolas de Stael me fait aimer ce vert, ces toiles marines, …

Agrigente, la sicile, le soleil : je ressens la violence du soleil, les distorsions de couleurs, les traits qui convergent vers ce rouge sang…..

Le parc de Sceaux et ses bleus, son abstraction radicale, la verticalité des lignes où le lecteur devine les arbres bleus, bleu nuit.

et ce tableau minuscule (16 cm sur 24 cm), que j’avais vu, à l’exposition de 1994, à la mairie de Paris ; ce tableau où ce soleil est intense, m’a renvoyée vers Van Gogh et sa folie;  l’intensité de ce tableau, ce soleil, le relief que procure ce jaune m’avaient laissée bouche bée.

Mon tableau préféré est sans conteste, ce nu, aux lignes essentielles, improbables, qui versent dans celles du génie et qui appellent celles de la folie.


Quatre couleurs mais en fait plus : un rouge rare, profond, voluptueux, le corps alliant tout une palette de gris bleu, sans oublier la chevelure noire, et ces draps gris blancs. Les jambes sont en mouvement, elles bougent sur ce drap.

Ce tableau semble simple mais en fait non, lorsque je le regarde bien. Non, l’esprit du peintre est tourmenté, mais il capture l’image, ce corps d’une manière magistrale, telle que pourrait le faire Matisse.  Les lignes, les angles semblent tranchants mais non, ils ne le sont pas tant. il y a de la sensibilité, de la douceur, de la violence, de la combativité dans ce tableau.

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Ce qui me bouleverse, me renverse, m’attire, dans l’oeuvre de Nicolas de Staël est ce sentiment étrange que je ressens lorsque je regarde ses tableaux : je ne sais jamais où je suis, dans l’abstraction, ou bien dans le figuratif. Je suis dans le questionnement, donc je vais au delà, je suis dans le futur, je suis en avance sur le temps.

Nicolas de Staël, ne cesse de marcher sur cette fine ligne entre génie et folie, entre abstraction et figuration et à tout moment, il peut tomber dans l’un ou l’autre univers, il m’y entraîne, en me faisant sans cesse voyager, entre ces deux univers.

Je passe de l’abstraction au figuratif comme je passe, sans cesse, de la réalité, de la vraie vie, à mon imaginaire.

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