Les 2 plus beaux baisers surréalistes – peinture & photographie

Est-ce le bleu du ciel, les rayons du soleil qui plongeaient dans mon espace d’écriture, inondaient mon territoire,  qui m’ont donné envie d’écrire, ou bien, ce rêve que j’avais fait au petit matin, et dans lequel j’embrassais un homme ?

Je me suis réveillée, avec cette absence, ce manque, ce vide puisque je n’avais aucun souvenir de l’homme que j’embrassais.

Impossible de me remémorer  sa silhouette, son visage, …

Est-ce que je le connaissais ? L’avais-je déjà embrassé ? L’avais-je croisé dans la rue, un avion, au cours de mes voyages lointains ? Avais-je eu envie, dans un présent imparfait, dans un futur antérieur, de lui planter un baiser dans le cou ?

Etait-il un souvenir, un futur, un présent imparfait, un désir partagé ?

Je me suis demandée, dans quel endroit je pouvais être, dans ce rêve : cela me taraudait l’esprit, car je n’y reconnais aucun pays ; la géographie -ses paysages, ses accidents-, y était étrangement absente.

Je ne peux même pas assurer, que je me trouve dans un appartement, dans un salon, une chambre.

Serais-je dans un monde flottant ?

Le silence règne dans ce monde flottant : je n’y entends aucun langage, aucun mot, aucune voix, aucun son.

Serais-je donc dans mon monde, cet imaginaire, c’est à dire potentiellement partout, nulle part ?

J’avais, juste et uniquement gardé, conservé, le doux goût du baiser, dans ma bouche, et la sensation de plénitude qui s’en dégage. Cet état d’extase que procurent l’étreinte, deux langues qui se lient à merveille.

*****

Peut-être que cet homme n’existait pas, tout simplement.

Donc, d’une certaine manière, cet homme inaperçu en rêve, “embrassait-il” tous les hommes ? J’avais aimé cette idée d’universalité que dégage l’anonymat, car l’anonymat de cet homme rêvé, ouvrait le champ des possibles, abattait les murs, dégageait l’horizon.

Tout pouvait arriver, comme rien d’ailleurs.

J’avais alors, en tête, comme une obsession, ce tableau de Magritte, qui pour moi, se juxtaposait parfaitement à mon rêve.

L’anonymat des deux amants me fascine. En plus de l’universalité que ce tableau dégage, je pense que son intemporalité est, encore plus, prégnante.

Ces visages subtilement cachés par cette étoffe, confèrent au tableau, cette éternité, cet “hors du temps”. Le temps n’est plus chronologique.

L’étoffe esquisse, suggère les deux visages, mais ne les révèle pas : En cela, ils appartiennent à l’humanité. Cela peut être chacun d’entre nous.

Les plis du coton suggèrent le mouvement, l’étreinte du couple, dont on ne voit pas les mains s’enlacer.

Aucune partie du corps n’est révélée, à l’exception du haut du bras, partie du corps bien anonyme, de la femme.

*****

J’essayais de scruter ma mémoire et de penser à des oeuvres, à des baisers anonymes.

Tous ceux auxquels je pensais, qui traversaient mon esprit, ne l’étaient pas.

Oui, car à mes yeux, en révélant les visages, en y voyant les yeux, la bouche, le nez, clairement dessinés, ou sculptés, photographiés, l’artiste fait “tomber” l’anonymat, exactement comme on fait tomber le secret, le voile. Le mystère s’estompait alors, pour être aboli. Sans mystère, il n’y a plus de rêve.

Par exemple, la photographie de Robert Doisneau, montrant ce couple qui s’embrasse devant l’Hôtel de Ville, est sûrement belle, mais n’a rien d’anonyme.

Elle est certes, universelle, car des milliers de couples se seront sûrement embrassés, de cette manière, en ce lieu. Mais les visages, les mains de l’homme, de la femme, leurs vêtements et l’Hôtel de Ville introduisent l’espace temps, l’histoire et la géographie et rompent la magie de mon rêve.

Je me disais que j’en trouverais d’autres, certainement chez les artistes surréalistes ; ces artistes qui explorent si bien les rêves.

J’ai trouvé mon bonheur, ce que je cherchais, une autre oeuvre, qui semblait correspondre à mon rêve.

Car je voulais, d’une certaine manière que ce baiser, se reproduise, que la répétition soit possible. Pour cela, il me fallait une photo.

Cette rayographie (* cf  pied de page pour la définition), de 1922, “le Baiser” de Man Ray, montrant ce couple qui s’embrasse, est totalement anonyme.

Même si je découvre, en lisant un article sur la photo, qu’il s’agit de Man Ray et Kiki !

Je me demandais, si ces mains leur appartenaient ?

Oui, car elles semblaient avoir été juxtaposées.

Obligatoirement, il s’agissait de leurs deux mains.

Cette photo, exquise esquisse, est exceptionnelle d’esthétique, de perfection artistique, et elle dégage, de surcroît, énormément de créativité et surtout, une émotion “hors-norme”.

Elle me rappelait les photos des ombres projetées sur les murs, que j’avais vues, au Musée du Mémorial pour la Paix, à Hiroshima.

J’adorerais, alors, que nous nous embrassions, que nos ombres soient projetées, pour l’éternité, dans les endroits bien aimés.

Mourir, alors, ne me ferait plus peur.

Car ce moment de “présent imparfait”, de “futur antérieur”, exceptionnel, unique, serait alors, imprimé pour l’éternité, hors du temps, dans une géographie adorée : la Villa Malaparte, la Terrasse de l’Infini, un des six piliers du Temple de Jupiter, le loft où j’ai vécu au 34 Greene Street …

(*) A photogram is a picture made on photographic paper without the aid of a camera. To make this one, Man Ray exposed the paper to light at least three times. Each time a different set of objects acted as a stencil: a pair of hands, a pair of heads kissing, and two darkroom trays, which seem almost to kiss each other with their corner spouts. With each exposure, the paper darkened where it was not masked.

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Roy Lichtenstein – “We Rose Up Slowly…”

“We Rose Up Slowly…

As if we didn’t belong to the outside world any longer…

like swimmers in a shadowy dream…

who didn’t need to breathe…”

J’aime beaucoup la peinture de Roy Lichtenstein. Avant de lui consacrer un texte plus global, qui parcourrait son oeuvre, je souhaitais faire un zoom, sur un de ses tableaux.

C’est un tableau, que j’avais rangé soigneusement dans un coin de mes pensées, avant de réaliser, par accident, ce matin, en voyant poindre des boutons rouges sur ma peau, que ce tableau irait parfaitement dans mon espace d’écriture, au coeur de “Swimming in The Space”, qui, finalement, aurait pu tout aussi bien s’appeler : “Swimming in a Dream”.

Ce tableau peint en 1964, se situe au Musée d’Art moderne de Frankfurt.

Ce tableau m’aura fait rêver, m’aura transportée, grâce je crois à cette association unique de ce texte fluide comme la pensée, comme un rêve, une avalanche de bonheurs, et l’image de ces deux êtres en extase.

Il est tout à fait représentatif et classique de la période la plus “romance” et “comic strip” de R.Lichtenstein, avec toute la thématique qu’elle porte :

– la femme telle une icône aux cheveux blonds (celle ci ne pleure pas),

– l’homme,  une icône lui aussi,

– le thème du baiser, du désir,  si présent dans les peintures de ce cycle,

– la présence du texte associé à l’image, comme dans une bande dessinée,

– ce mouvement, cette force tourbillonnante, comme si les deux amants aux yeux fermés, aux corps dénudés, étaient en train de se renverser, vivaient un rêve.

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J’ai inclus ci dessous, un zoom de ce tableau qui montre parfaitement les “dots”, tous ces points rouges qui forment le visage de la femme mais aussi, celui de l’homme.

Zoom du tableau : "we rose up slowly..."

Roy Lichtenstein :

“[The kind of girls I painted were] really made up of black lines and red dots. I see it that abstractly, that it’s very hard to fall for one of these creatures, to me, because they’re not really reality to me. However, that doesn’t mean that I don’t have a clichéd ideal, a fantasy ideal, of a woman that I would be interested in. But I think I have in mind what they should look like for other people.”

Dans cette peinture, R.Lichtenstein se focalise sur ces points rouges. Ces points rouges qui forment, de loin, la peau de cette femme. Ce zoom montre le caractère très précis, de sa peinture faite de “dots”, de traits noirs, de couleurs flamboyantes.

Une vidéo : http://www.charlierose.com/view/interview/2743 montre l’artiste réaliser ce genre de tableau, avec une méticulosité impressionnante.

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Enfin, je voulais avoir une pensée, pour Léo Castelli, qui m’a reçue plusieurs après-midi, dans sa galerie de West Broadway, lors de mon année passée à New York en 86-87. Je me souviens parfaitement de ces moments privilégiés, passés en sa compagnie, où le temps ne comptait pas, tant il était heureux de me faire découvrir dans sa réserve les tableaux qu’il appréciait tout spécialement et de me parler de ses artistes, dont Roy Lichtenstein a fait partie.

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