200 photos carrées – Diane Arbus – musée du jeu de Paume – Paris

Enfin, j’ai vu l’exposition Diane Arbus, dimanche dernier, au musée du Jeu de Paume. J’annonçais cette exposition sur cet espace dès le 18 avril, dans l’article : Photographes américaines : Diane Arbus.

40 ans après sa mort, son suicide, une rétrospective lui est enfin consacrée.

Il y avait foule en ce dimanche ensoleillé. Mon abonnement m’a donné ce petit privilège d’entrer rapidement.

Ce qui frappe tout d’abord, c’est l’absence de consigne donnée au visiteur. Tant mieux ! Les photos n’ont certainement pas été disposées par hasard, mais il n’y a pas des thématiques réellement regroupées. Les photos sont dispersées au gré des salles sombres. Et puis, les photos sont livrées bruts, sans explication, parfois même sans titre, comme par exemple les photos d’handicapés ou celles prises dans des asiles.

200 carrés, non pas de chocolat, mais de photos, car le format fétiche de Diane Arbus est le carré.

*****

J’ai déambulé sans but, en partant de la fin de l’exposition, puisqu’il n’y avait pas de sens, ni de sens interdit. A chacun de se faire sa propre opinion. Et puis, j’ai voulu suivre à la lettre la phrase de Diane Arbus :

“A photograph is a secret about a secret. The more it tells you the less you know.” Diane Arbus

Ce qui m’a émue est la force des clichés des gens ordinaires, ces new-yorkais photographiés dans les années 60. Ils sont anonymes, mais montrent un sacré caractère :

Comme ces deux new-yorkaises par exemple, dont les images, les traits, sont géniaux !

Femme au chapeau de roses et aux lunettes papillon – New-York

New-yorkaise au chapeau et perles – 1967

Seul un photographe talentueux pouvait réaliser de tels portraits.

Mais j’ai été également fascinée par l’intemporalité de certaines de ses photos, qui auraient pu être prises en 2011 :

Jeune homme à Central Park

*****

Bien sûr, on retrouve les photos connues de Diane Arbus dont la terrible “enfant à la grenade, prise dans un parc à New York, tout comme les séries sur tous ces marginaux, qui vivent dans la marge, hors norme : travestis, hommes et femmes du monde du cirque ou du Barnum.

jeunes filles trisomiques – handicapées

En cela, Diane Arbus a fait preuve de courage pour nous montrer ce que nous refusons d’accepter, surtout dans les années soixante. Je renvoie à mon article qui traite plus particulièrement des photos prises de marginaux : Photographes Américaines : Diane Arbus

*****

Mais je pense que ce que j’aurais voulu emporter, ce que je voudrais posséder est l’édition spéciale “Arbus’s Box of Ten Photographs”, conçue avec Marvin Israel qui regroupait une sélection de 10 photos prises entre 1963 et 1970.  Diane Arbus en a vendu de son vivant, seulement 4 sets sur les 50 : deux à Richard Avedon, un à Jasper Johns et un à Bea Feitler, qui travaillait pour Harpers Bazaars, Vanity Fair. Donc trois personnes qui ont su être en avance sur leur temps !

Set box of 10 photographs – Diane Arbus

Textes protégés par Copyright : 2010-2011 © Swimming in the Space

Paris Photo 2011 – Paris Photo OFF

10 au 13 novembre 2011

C’est l’effervescence ce week end à Paris dans l’art de la photographie.

  • L’événement Paris Photo au grand palais, sous cette splendide nef, rassemble pour la 15ème édition, près de 120 galeries de renommée internationale, et 20 éditeurs.

En marge, la photo Africaine est célébrée Gare du Nord, via l’exposition de “Cape Town à Bamako” :

Partenaire pour la 1ère année de Paris Photo, Gares & Connexions projette cinq photographes africains majeurs du 28 octobre au 26 novembre sur la grande verrière de la gare de Paris Nord. Venez découvrir les œuvres de Malick SIDIBE, Mikhael SUBOTZKY et Patrick WATERHOUSE, Seydou KEÏTA, James BARNOR et Nontsikelelo VELEKO.

Malick SIDIBE – Yokoro 1970

Et puis, du côté de Belleville, le salon de la photographie jeune et émergente se tient via PHOTO OFF . Parmi les galeries qui exposent : la très sympathique galerie Binôme avec des oeuvres de Marc Michiels (dont les triptyques me fascinent) et d’autres artistes de la galerie, comme Fabien de Chavannes, John Stewart …

Et puis, n’oubliez pas la très belle exposition Diane Arbus au musée du Jeu de Paume …

Donc voilà de quoi combler ce long week end. Profitez du ciel si bleu, du soleil, pour traverser Paris, pour relier la nef du Grand Palais au quartier de Belleville.

Soyez curieux ! Prenez un bain de jouvence, partez à la découverte d’artistes méconnus et qui gagnent à la reconnaissance !

Textes protégés par Copyright : 2010-2011 © Swimming in the Space

Musée du Jeu de Paume : Claude Cahun

Alors que je sortais de ma torpeur, que je réussissais enfin à quitter cette chambre sombre, l’idée d’aller au jardin des Tuileries a traversé mon esprit.

Le temps maussade m’a incitée à me replier sur le Jeu de Paume. Je ne connaissais rien de Claude Cahun, à qui le musée dédie une exposition.

Je me suis aussitôt posée la question : Est ce un homme ? une femme ?

L’ambiguité du prénom renforce l’interrogation, le doute.

Très sincèrement, lorsque j’ai fait un tour à la librairie du musée (ce qui est une sorte de rituel pour moi), en promenant mes yeux sur les images des catalogues, des cartes postales, des affiches, j’avoue que j’étais persuadée qu’il s’agissait d’un homme.

Les quelques photos survolées m’ont laissé une impression d’ambivalence, de malaise, liés à l’ego sur-dimensionné de cette artiste.

*****

L’exposition est majoritairement une mise en scène de l’artiste, par le biais d’autoportraits. Il y a bien quelques photos de ses amis, de son amante, mais l’essentiel est focalisé sur sa personne.

En se mettant en scène ci-dessus, à travers des jeux de miroirs, ou des montages, Claude Cahun cherche très certainement à exprimer l’angoisse et l’horreur des camps de concentration.

Certes…

*****

La focalisation des clichés sur sa personne m’a vite ennuyée. Qu’est ce que l’oeuvre de Claude Cahun : sa différence, sa personne et sa personnalité, certes en avance sur son époque, ou bien ses photos ?

J’ai trouvé qu’en tant que photographe, elle est une artiste mineure. La proximité du mouvement surréaliste et de ses grands photographes ne jouent pas en la faveur de la pérennité de son oeuvre.

Son oeuvre n’a rien à voir également, avec celle d’autres photographes femmes, ayant vécu à la même époque.
Lisette Model, par exemple, a un vrai talent, une curiosité, un “ailleurs” à nous transmettre, à travers son regard sur ses contemporains.

Le nombrilisme, l’egocentrisme de Claude Cahun sautent aux yeux et m’a mise mal à l’aise, au point de survoler l’exposition tant celle-ci devenait ennuyeuse. Je me suis surprise à prendre un appel téléphonique de ma nièce durant la projection du film qui lui est consacré et à quitter l’exposition en marchant d’un pas rapide dans la dernière salle.

*****

Impossible donc de me concentrer sur cette exposition. Je ne sais si cela est du à la fatigue extrême, à la tristesse intense qui m’imprègnent, ou à autre chose. Impossible d’adhérer aux photos présentées. Les clichés sont minuscules, les salles sombres, exactement à l’opposé de ce que j’avais adoré dans ce lieu, où j’avais admiré les immenses photos et la lumière zénithale, idéale pour l’exposition en hommage à l’oeuvre de Richard Avedon.

De cette exposition, je retiendrai peut-être une ou deux photos de “mains” :

Les mains photographiées ici manquent de naturel, de douceur. Elles sont excentriques, à l’image de la photographe.

Les mains me fascinent toujours autant mais je préfère tellement plus, celles inventées par Louise Bourgeois, ces Welcoming hands, qui viennent à moi, avec douceur et discrétion, lorsque je les regarde, à chacun de mes passages, dans ce parc en plein coeur de Paris.

Textes protégés par Copyright : 2010-2011 © Swimming in the Space

Photographes américains : Irving Penn

Radical Beauty :

J’ai reçu une newsletter qui m’a fait plaisir, celle de la galerie californienne Fraenkel pour annoncer une exposition sur Irving Penn, ce photographe de mode disparu en octobre 2009.

Le titre fabuleux de cette rétrospective a suscité ma curiosité : “Radical Beauty”

J’aime la radicalité, qui laisse transparaître la notion de “différence”. Et cette radicalité m’incite à tirer sur le fil en argent, qui se promène devant moi.

Les quatre photos qui étaient jointes, m’ont stupéfaite, tant les femmes photographiées y étaient étonnamment cachées, tant la beauté de ces femmes relevait de la fabrication, de la composition artistique, d’une esthétique inhabituelle.

Les deux premières photos sont des “focus” sur la bouche.

Seule et uniquement la bouche fardée, est révélée, occultant ainsi leur visage.

Une des bouches a la couleur rouge cerise : ce rouge profond, agressif et provocateur, dessine, sculpte ces lèvres aux formes parfaites, exquises. Une cigarette se consume, et tranche sur ce rouge.

L’autre bouche fait ressortir de multiples rouges apposés de manière inversée, verticalement et non pas horizontalement, en épousant le contour des lèvres. D’ailleurs, sciemment, ces rouges débordent de manière anarchique, faisant disparaître cette bouche : Vomit-elle du sang rouge sombre, presque noir à certains endroits, ou est ce l’image improbable d’une pivoine japonaise, avec sa déclinaison infinie de rouges flamboyants ?

L’absence de visage, la suggestion de la beauté, inspirée par ces bouches, dégagent, sans aucun doute, naturellement, du désir, presque de l’érotisme ; donc ces photos sont littéralement et précisément érotiques.

A quoi pense l’homme, en les regardant ? Le désir monte-t-il en lui ?

*****

Les deux autres portraits montraient le visage de femmes, dans leur entièreté.

Mais là aussi, les visages ne sont pas au premier plan :

Le premier visage est caché par un masque transparent (comme du collagène), qui laisse deviner un maquillage sophistiqué, sur un visage sublime. La chirurgie esthétique, les crèmes de jouvence subliment la beauté “construite” de toutes pièces, façonnent d’une certaine manière, les critères de beauté de notre époque : jeunesse, lèvres épaisses, absence de rides, peau tendue et non distendue. Aucun relâchement n’est toléré !

Le second visage revêt littéralement un costume, digne du carnaval de Venise : Peint en blanc, le visage est recouvert, décoré de fruits confits, réglisse, perles de sucre et autres confiseries : beauté et gourmandise seraient-elles enfin réconciliées ?

Il y a toute une mise en scène du visage, chez Irving Penn, dans ces portraits, tous réalisés en studio. Il suggère la beauté par la construction, par le fard, le masque, en faisant un déni du naturel.

Je trouvais cela très différent des photographies de Richard Avedon de “Modèles”. Avedon analyse le mouvement, veut rendre l’impression du changement incessant, de l’élan, de la super-activité du monde de la mode. Les photos de mode d’Avedon, sont prises parfois en extérieur. Le studio n’est pas son monde. Sa photographie est libérée, de ces travaux imposés, ces figures de style.

*****

En cherchant d’autres photos d’I.Penn, j’ai été vraiment frappée par sa série faite au Maroc, où il nous présente des femmes cachées, ligotées sous des étoffes, des drapées de tissus noirs.

Irving Penn – Femmes marocaines, 1950

Toutes ces photos nous montrent des femmes invisibles, avec le corps recouvert totalement. Impossible de deviner, une quelconque partie de leur corps.

Veut-il se révolter contre le sort réservé aux femmes dans ce pays où elles ont si peu de liberté ?

Ou bien, veut-il nous suggérer leur beauté, faire jaillir l’idée du désir chez les hommes, en masquant ce qui est beau, en imposant au spectateur, un devoir d’imagination, donc de rêve, de fantasme ?

*****

Enfin, je voulais terminer cet article, par cette photo improbable, ce cette guêpe sur la bouche de cette “guapa”, et qui me renvoie à la photo d’un apiculteur prise par Richard Avedon.

Va-t-elle s’engouffrer dans la bouche ? Va-t-elle enfoncer son dard dans cette lèvre ?

Qui va gagner, qui va faire mal ? la guêpe, ou la femme ?

La guêpe est attirée par le goût sucrée de la bouche de cette femme … Une nouvelle fois, Irving Penn, nous entraîne dans un imaginaire érotique et fantasmatique.

Mais est-ce une vraie guêpe ? ou est elle morte, ou factice ? Serait-elle posée uniquement sur cette bouche, non pas par hasard, mais pour magnifier uniquement l’image du désir caché, celui de découvrir le visage de cette femme ?

Avedon, quant à lui, après avoir trouvé cet homme par une petite annonce, cherche à transmettre le calme, la sérénité atteinte de cet homme, face à l’invasion de ces abeilles, qui se posent tranquillement sur son corps, qui se collent à sa peau, et potentiellement représentent un réel danger.

Les deux photos ont indéniablement des points communs mais le message est radicalement différent, à mes yeux.

*****

Je ne pense pas avoir l’opportunité d’aller à San Francisco pour voir cette exposition d’irving Penn, ces beautés radicales. Mais, sait-on jamais ?

Pourquoi ne pas provoquer, fabriquer cette opportunité, comme première étape d’un voyage à inventer. Ce serait, en quelque sorte, un alibi, un prétexte, pour rejoindre, la Californie, et tout ce qu’elle porte de liberté, de rêves, de fantasmes en moi.

Pourquoi pas ?

Textes protégés par Copyright : 2010-2011 © Swimming in the Space

Photographes américaines – Diane Arbus

Après Lisette Model en 2010, le Musée du Jeu De Paume va exposer, du 18 octobre 2011 au 5 février 2012, près de 200 clichés de  la photographe américaine Diane Arbus.

“Nothing is ever the same as they said it was. It’s what I’ve never seen before that I recognize.”

Diane Arbus, Five photographs by Diane Arbus, Artforum, Mai 1971.

“My favorite thing is to go where I’ve never been.”

Diane Arbus, An Aperture Monograph, Aperture Foundation, 1972.

Ces deux citations de Diane Arbus ne pouvaient qu’attirer mon attention, me captiver, me transporter car, comme elle, j’ai besoin d’aller vers ce que je ne connais pas, là où je ne suis jamais allée.

J’ai cette attirance pour l’ailleurs, le différent. J’ai ainsi la sensation de réellement  étendre mon imaginaire, repousser les frontières de mon monde, et découvrir, apprendre.

Autant les verbes découvrir, apprendre, sous-entendent la curiosité, la faim et en ce sens, je les adore ; autant j’ai banni de mon vocabulaire le verbe “savoir”, qui sous-tend un monde qui se réduit, se rétracte, un monde où le passé rassure, le futur fait peur.

J’aime l’arête, le bord, l’inconnu, la frontière et son passage vers l’au-delà, regarder devant. Cela permet de penser hors de la boîte et ainsi d’atteindre un esprit créateur.

Je recherche le déséquilibre. Cela me captive.

Lorsque j’ai vu ses clichés exposés au sein des collections permanentes du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, cela m’a arrêtée !

Car, c’est exactement, comme si je reconnaissais, ce que je n’avais jamais vu ! 

Il est également clair, que l’on retrouve l’influence de Richard Avedon, dans les thémathiques (inconnus, drifters, malades mentaux…)  ou de Lisette Model avec sa devise : “Plus on est particulier, plus on est universel”.

Les clichés de D.Arbus nous fait découvrir un New York des années soixante, extrêmement glauque, dérangeant, qui positionne le spectateur sur l’arête, le déstabilise pleinement !

Son thème majeur, est la marge, la marginalité, le bord ; tout ce qui est différent : jumeaux, travestis, nudistes, transsexuels, travestis, siamois, artistes de cirque, nains, géants, malades mentaux, SDF, … des “weirdos”, des “freaks”.

Alors qu’Avedon sublimait, magnifiait ses drifters (cf le triptyque de Clarence Lippard par exemple), Diane Arbus, les photographie tels qu’ils sont, froidement, comme un reporter.

Certes, les formats ne sont pas à échelle humaine, comme ceux de Richard Avedon.

Les photos sont petites, carrées, encadrées.

L’artiste déploie un style bien à elle. Elle fait elle-même, comme Avedon, le développement de ses photos.

D.Arbus, va à la rencontre de l’imprévisible, des inconnus qui n’ont rien choisi, de leur destinée.

Ils semblent tous avoir connu, le bord, l’arête, la limite. Certains, beaucoup sont allés, sans conteste, au-delà, l’ont dépassée, ont chuté  et s’y sont installés.

Ses photos sont crues, froides, violentes parfois, sans affect, factuelles, sans jugement.

Les personnages paraissent sur les photographies, avec un naturel étonnant, voire déroutant.

Le style, cette distance, cette froideur apparente confèrent à ses photos, fragilité,  sensibilité et à la fois une force extrême, une solidité implacable.

Diane Arbus est vraiment une photographe pleine de paradoxes !

Tout comme R.Avedon, D.Arbus a fait de nombreux portraits de gens connus. J’ai été ravie de pouvoir découvrir, la très belle photographie de JL Borges.

*****

J’ai tenté de choisir 3 photos ; cela n’a pas été facile. Je pense avoir retenu celles qui m’avaient vraiment mise mal à l’aise.

J’ai hâte de revoir ces photos et de découvrir des clichés plus rares, inédits, comme le promet le site du Musée du Jeu de Paume.

Transsexuel – Naked man being a woman, New york, (1968)

Diane Arbus, Nain mexicain dans sa chambre d’hôtel, New York (1970)

Diane Arbus, Enfant à la grenade, dans un parc à New York, (1962)
Textes protégés par Copyright : 2010-2011 © Swimming in the Space