Le Mépris – Casa Malaparte

« Le cinéma substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs. »

Cette citation en épigraphe du film ne viendrait pas d’André Bazin comme l’indique le cinéaste, mais d’un article de Michel Mourlet intitulé « Sur un art ignoré » paru dans les Cahiers du cinéma en 1959.

La citation exacte est :

« Le cinéma est un regard qui se substitue au nôtre pour nous donner un monde accordé à nos désirs, »

Ci-dessous, un court extrait du Mépris de Jean-Luc Godard (1963).

Extrait du Mépris (source Flickr)

J’y ai retrouvé ce  moment magique, où après la conversation entre Fritz Lang et Michel Piccoli sur les sentiers derrière la Casa, la musique se transforme soudainement.  La caméra change radicalement d’angle et se détourne, se retourne rapidement  pour nous révéler la Casa Malaparte, avec l’air “Camille” de Georges Delerue pour accompagner ce mouvement.

Godard fixe alors intensément la Casa Malaparte et semble littéralement hypnotisé !

JL Godard nous permet par ailleurs de contempler les paysages environnants, que Malaparte dit avoir dessinés !

«Et lui montrant d’un geste lent et large, la paroi à pic de Matromania, les trois gigantesques rochers des Fariglioni, la péninsule de Sorrente, les îles des Sirènes, le bleu, le vert et le pourpre de la côte d’Amalfi, et là-bas, au loin, l’éclat doré du rivage de Paestum, je lui dis :

– Moi, je n’ai dessiné que le paysage. »

La Peau, Editions Denoël 1949, Traduction René Novella

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Lieux d’écriture : Le café des éditeurs

Un ciel bleu comme on voudrait en voir plus souvent, me tire de mon sommeil, me donne de l’entrain, une certaine bonne humeur.

Je prends la rue Saint Sulpice et vagabonde. La terrasse vide, ordonnée, ensoleillée, du Café des Editeurs capte mon attention. Le carrefour de l’odéon est calme à 7h. Je jette un oeil à l’intérieur et les murs couverts de livres me donnent envie de faire une halte. Ce café pourrait être un lieu d’écriture, de paix et d’harmonie.

Le service est rapide, soigné. Le double expresso serré vient avec un verre d’eau. Les volutes aromatiques caresse mes narines. Vraiment bien ce café …

Le soleil apparaît au dessus des toits du Relais Saint Germain, juste en face. Les rayons réchauffent mon visage. L’addition est déjà sur la table : 5€60 … cher, mais bon… Je dépose 7 €. Je laisserai 40 centimes d’€ de pourboire. C’est alors que le grain de sable entre en scène.

Je ferme les yeux derrière mes grandes lunettes de soleil en écaille. J’entends la serveuse prendre mes sous et me dire : “je vous ramène de suite la monnaie”.

Des américains s’installent non loin de moi. Elle les aide à choisir les formules de petit déjeuner.

Un bus passe devant moi. J’ouvre les yeux et découvrent 1€ et deux pièces de 10 cents. Bizarre …. je suis persuadée qu’il manque 20 cents. Je ne dis rien, attends un peu. Le papier de l’addition a été pris.

La serveuse arrive avec des croissants pour mes voisins américains. Je la hèle gentiment : il manque 20 cents d’€. Oui, le double est à 5.60€.

Elle me regarde fixement, ne perd pas son aplomb, et m’invective : le café est à 5,80€. Elle a un regard de menteuse, de petite menteuse, prête à voler 20 centimes d’€ au client de passage, qui ne fait pas attention.

Je rentre dans son jeu. Ah, alors je suis vraiment confuse, j’étais persuadée que le double était à 5,60€. Je laisse les deux pièces de 10 centimes sur la table, mets celle d’un euro dans mon porte monnaie et ferme les yeux.

Le patron vient me donner discrètement 20 centimes d’€. La fille passe fièrement devant moi avec jus frais et cafés. Malhonnête, elle ne s’excuse pas, prend soin d’éviter mon regard. Elle fait comme si j’étais partie, comme si je n’étais jamais venue, comme si je n’existais pas.

Les 40 centimes d’euros sont sur la table. Je me lève et quitte pour toujours le Café des Editeurs.

Le Café des Editeurs est mis sur ma liste noire …. Aux clients de ce café : vérifiez bien votre monnaie !

Hôtel de l’abbaye : Le jardin de la rue Cassette

Un soleil généreux envahit ma chambre rue Malaparte. Le paysage sonore n’est que silence avant que les cloches de Saint Sulpice ne sonnent à pleines volées et m’incitent à me lever, à danser, à sortir, à écrire. Le roucoulement de la tourterelle qui a élu domicile sur le faîte de la cheminée, juste au dessus réveille l’instinct chasseur de mes deux chats. Ils deviennent fous en entendant cette proie potentielle mais invisible et inaccessible.

Sur la double porte du palier, je dépose délicatement les deux poules en chocolat, pour mes deux petits voisins, Antonio et Elena. Leurs cris enjoués, heureux, font partie de mon paysage sonore et me comblent.

L’expresso du café de la Mairie me tire de mes pensées. Mais comment écrire ici, alors qu’à 9H, il y a déjà un peu de monde. Je tenterai la salle à l’étage une prochaine fois.

Je traverse la place Saint Sulpice d’un pas franc et décidé, longe la Procure, rue de Mézières, et tourne sur la gauche pour prendre la rue cassette, qui doit receler des trésors ! L’Hôtel de l’abbaye. Un hôtel dont je ne connais aucune chambre, mais dont l’entrée discrète, au fond de la cour pavée retient mon attention. Je rentre et me dirige comme si j’étais venue déjà à plusieurs reprise, dans le salon, pour m’installer dans le jardin d’hiver donnant sur le jardin d’été.

 

Je suis accueillie par Mehmet, qui n’a rien d’un sultan ottoman, mais dont la silhouette ascétique et le visage taillé à la serpe, me rappellent davantage ceux des serviteurs de l’hôtel Palmyra de Baalbek.

 

Avec simplicité, discrétion, bienveillance, sourire, il assure un service parfait et semble déjà connaître mes habitudes en apportant une deuxième théière.

Depuis ma table, les jardins me surprennent par leur couleur verte. Ma soeur dirait que le lieu est encastré puisque, de part et d’autre de la fontaine qui chante dans le jardin d’été, le lierre grimpe galope jusqu’aux cimes, le long de la façade arrière de deux immeubles. Camélias, lauriers, orangers du mexique, agrémentent le jardin de leur feuillage persistant.

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Le temps semble ralentir, il passe sans compter. Donc, j’ai ce sentiment exquis de prendre tout mon temps, dans un lieu retiré, loin de la foule et du bruit. Le décor de ce jardin d’hiver, des salons de l’hôtel de l’abbaye, n’ont rien de la grandeur et du caractère historique des salles du 1728. Il s’en dégage au contraire, un esprit provincial, bourgeois, propre et bien rangé qui me rappelle la demeure où loge “le loup des steppes” d’H.Hesse.

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En rentrant à l’appartement, je trouve deux très beaux dessins à ma porte, de la part de mes deux petits voisins. Ma journée est illuminée par leur gentillesse.

Antonio et Elena

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Restauration : rue Malaparte

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Les travaux de la rue Malaparte relèvent-ils de la déconstruction ? Je ne sais. Je dirais plutôt de la reconstitution, de la restauration. Oui, j’ai abandonné les livres que je dévorais, vraie nourriture terrestre, pour me plonger dans ce projet.

Déshéritée, délaissée, abandonnée, je me serai donc construite seule. Cet appartement, ce bien, nourrissent mon esprit. Sa réhabilitation fait partie d’un processus qui concerne également, en quelque sorte, la mienne.

Je regarde le tableau de Delacroix, “la lutte avec l’ange” …

Si j’ai lutté toute la nuit, toute ma vie, je n’ai pas vu Dieu, et je lutte encore, sans gage d’être sauvée.

La rue Malaparte, royaume des escaliers et des clochers est toute proche du ciel. Toutes ces marches, cette démarche vont-elles me rapprocher du paradis ?

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Comment donner la ligne directrice, dessiner l’esquisse, en moins de trois lignes ?

Il me fallait la distribution géométrique de Descartes pour la quantité pure de l’espace mais aussi les équations de la chaleur pour les options.

Ce fut Pascal qui est venu compléter le tout en m’offrant son théorème pour l’alignement.

A cela j’ajoutais le dépouillement japonais, la ponctuation de la Villa Malaparte, et la porte qui ouvre sur la mer à Tyr.

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J’avais revisité en feuilletant mes carnets de voyages les hôtels que j’avais aimés, et les chambres que j’avais habitées. Les chiffres défilaient dans ma tête, …14, 30, 101, 110, 502, 2901, 5006.

J’ai entrepris un vrai voyage. Je pense et dessine le paysage et rêve ce lieu.

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Comme Curzio Malaparte, je laisse le soin à l’architecte de penser la demeure ; moi, j’invente le paysage : les clochers de Saint Sulpice, la fontaine de la Place, la frondaison du jardin du Luxembourg.

Le gris des toitures de la rue Madame est tel une ardoise où je dessine une cheminée à la craie. Les rires des enfants jouant dans la cour de l’école transforment le gris du ciel en un bleu profond, horizon, sans un nuage pour l’instant, et je pense au bleu du ciel de Bataille !

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Rue Malaparte

 

J’ai poussé la lourde porte cochère bleue. Le silence et l’intemporalité du lieu font que mes pas résonnent sous le porche.

Je réalise à la fois le hasard et la survenance des événements, tout le cheminement qui m’ont menée rue Malaparte. En reprenant le fil des mes idées, le fil de mes pensées, je capture les images de rêve : les escaliers, le chemin vers le ciel, le voyage, la solitude, la radicalité de cette terrasse, la chute de la falaise dans la mer, le soleil, les mots, les pages de la Peau, la langue de Malaparte. Marcel Proust est bien assis au fond du séjour.

Je suis là, devant la porte de ma demeure. La clé se meut, tourne comme par magie dans la serrure. Ce sont des ruines que je redécouvre. Je jauge le ciel, la lumière, le soleil, la frondaison des arbres du Jardin du Luxembourg, la tour sud de l’église Saint Sulpice que je verrais en me réveillant.

 

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La rue Malaparte représente la synthèse, le condensé de la Place que je désirais. C’est un lieu qui n’existe pas et que j’inventerais, construirais mot à mot !

Les mots ou la question de PM. C. trottent dans ma tête. “Je suppose que vous êtes heureuse”. Décontenancée, je bredouillais. J’étais arrivée à prononcer un oui timide.

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© Carole DARCHY  – Forbidden use Contact : carole.darchy@gmail.com

 

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