La Villa Malaparte fait son cinéma

 

 

La Villa Malaparte s’invite au Festival de Cannes. L’affiche officielle du 69ème anniversaire du festival de Cannes nous offre une montée des marches extraordinaire.

L’escalier à la découpe parfaite raffle la vedette aux marches de Cannes.

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Imbrication

Ce matin, les choses se sont imbriquées différemment. Il commença par regarder le bleu du ciel au lieu de regarder ses pieds. Il s’arrêta au café du coin, et prit tout son temps pour boire son café. Au lieu de partir et de s’engouffrer dans le métro pour aller travailler, il décida d’ouvrir son cahier à la couverture bleue, et d’écrire. Non, il n’irait pas travailler aujourd’hui. De fait, il ne voyait pas le temps passer. Son imaginaire était décuplé. Les lignes et les mots couraient sur les pages. Celles ci s’affolaient, et son crayon n’avait rien d’immobile dans sa main malhabile. C’était le bazar finalement sur cette table, se promenaient cahiers, crayons, journaux, tasses… L’ambiance dans le café était un vrai charivari.

Il était content de lui et s’imaginait racontant une quelconque mésaventure le lendemain à ses collègues. Sommeil, oui il avait tellement sommeil qu’il ne s’était pas réveillé. Panne de réveil. Cela passerait-il face à Monsieur Turpin, son chef de service ? Le mieux serait d’aborder le sujet autour d’un café, le matin durant ce bref moment de convivialité. Rapidement, aussi vite qu’un  vif éclair, il glisserait la panne de réveil. Alors son sort serait scellé. Soit monsieur Turpin avalerait le mensonge, soit il le tancerait.

Il commençait à s’inquiéter devant ce mensonge. Mentir lui semblait désormais aussi difficile que grimper une montagne escarpée, partir gravir l’Everest avec un chapeau gris et une canne…

Ce mensonge, finalement, ne serait pas une partie de plaisir…

Blue Jasmine : un atterrissage

Cela faisait plus de deux ans que je n’avais assisté à une séance de cinéma. Je ne sais quelle miraculeuse idée m’a menée à aller voir Blue Jasmine.

Quant à Woody Allen, j’avais carrément rompu avec lui. En regardant sa filmographie, je dois reconnaître que je n’avais vu aucun film de lui depuis 1992 avec « Ombres et Brouillard ». De ce film, il ne me reste que des souvenirs embrumés, une atmosphère en noir et blanc. Les années 90 n’ont pas été fastes à mes yeux pour le réalisateur. Lassée par ses films mièvres et superficiels, je l’ai mis de côté en jetant l’éponge.

Pour moi, les vrais films de Woody Allen sont ceux de mon adolescence puis de ma vie étudiante … Si je devais élire trois films Allenniens, élaborer un triptyque, je citerais :

  • « Annie Hall », qui m’a fait rêver de New York et dont j’admirais la liberté des personnages. Ces couples se font, et défont, au fil de scènes cocasses, très amusantes et de moments de déprime kafkaienne.
Diane Keaton et Woody Allen dans Annie Hall

Diane Keaton et Woody Allen dans Annie Hall

  • « Manhattan » dont je garde un souvenir mélancolique empreint de douceur, grâce au jeu émouvant de Mariel Hemingway qui se résigne à quitter son amoureux pour partir à Paris. Mais je me souviens aussi de l’introduction du film sur le panorama du skyline de New York la nuit, avec la musique de Gershwin.
Mariel Hemingway amoureuse de Woody Allen dans Manhattan

Mariel Hemingway amoureuse de Woody Allen dans Manhattan

  • La rose pourpre du Caire, ce film où Mia Farrow traverse l’écran et va de l’autre côté de la toile blanche, pour rejoindre un monde imaginaire, rêvé, celui où tout est possible : le monde du Cinéma !
Purple rose of Cairo- Mia Farrow

Purple rose of Cairo- Mia Farrow

Le désir d’aller voir un Woody Allen avait fané, s’était étiolé. Ce que j’aimais chez Woody Allen, c’était sa capacité à susciter le rêve, le voyage, à me transporter

*****

Avec Blue Jasmine, Woody Allen nous raconte non pas un rêve mais un atterrissage …. et d’ailleurs, d’emblée, Cate Blanchett, atterrit à l’aéroport de San Francisco. Woody Allen plante le décor.

Le jeu de l’actrice est fort, poignant. Son regard vide, hagard, lorsqu’elle déambule ou parle toute seule, retranscrit le désarroi, le vide, la folie de la descente aux enfers qu’elle vit. Le spectateur la voit, au travers de flashbacks, évoluer dans sa vie antérieure, au sein d’un microcosme new yorkais où la démesure de l’argent est telle, qu’il est difficile d’avoir une vie équilibrée. Elle ne se pose pas trop de questions sur l’argent qui coule à flots … L’ombre de Madoff est prégnante, en particulier dans le rôle joué par son époux. C’est davantage l’oisiveté, la jalousie, les tromperies de son mari, qui vont amener doucement le spleen, l’alcool, le Lexomil, puis l’ électrochoc (au sens propre comme au sens figuré). Le seul acte courageux de Jasmine n’est-il pas d’avoir dénoncé son mari au FBI ? Cela va-t-il suffir pour la sauver ?

Comment vivre une telle descente aux enfers, une humiliation à ce point forte ? Comment accepter une déchéance totale, impitoyable ? Est-il possible de se remettre d’une telle dépression, de trouver un chemin vers la résilience ou bien la folie est-elle irrémédiable ?

Blue Jasmine - Jasmine and Ginger (Sally Hawkins)

Blue Jasmine – Jasmine et son sac Hermés qui ne la quitte pas and Ginger (Sally Hawkins)

Il n’y aura que la demi-soeur Jasmine, « Ginger » pour l’aider, lui porter assistance, lui prêter un bout de son toit. « Ginger » est jouée par l’actrice épatante « Sally Hawkins ». Elle apporte à ce film un peu d’oxygène, de légèreté, de joie de vivre, de sincérité, de gratuité. Elle est un personnage désintéressé. Sally Hawkins s’était déjà illustrée dans Be happy (Happy-Go-Lucky), le film de Mike Leigh, où elle jouait le rôle de Poppy !

Jasmine survit, vit embrumée par l’alcool et les tranquillisants. Elle n’arrive pas à accepter la réalité, la honte, l’humiliation que lui a infligé son imposteur de mari. Son grand sac Hermes ne va pas la quitter de tout le film et semble être attaché, rivé à sa personne, souvenir de son statut social passé, trépassé.

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Cate Blanchett – Blue Jasmine – 2013

Le spectateur réalisera qu’elle est définitivement perdue, lorsqu’elle tombera dans le mensonge, ou le déni et ne saura dire la vérité sur son passé à l’homme qui vient de tomber amoureux d’elle.

Les dernières images du film la montrent errant pour l’éternité, comme le Hollandais Volant, dans le vide, le néant, la folie.

D’un point de vue de la mise en scène, Woody Allen force un peu le trait et les flashbacks sont amenés un peu abruptement. Mais, les deux actrices font le film, servent à merveille Woody Allen qui s’essaye à un exercice de gravité avec bonheur.

Gravity : Face au vide

J’avais envie de nager dans l’espace, d’y danser… En regardant le film d’Alfonso Cuarón, en 3D, j’ai davantage été secouée, chahutée par les vents spatiaux, et les débris satellitaires.

Les effets spéciaux sont certes étonnants. Je n’avais vu rien de tel avant. Le rendu des images est tel qu’on croirait qu’Alfonso Cuarón a filmé depuis l’espace, a ramené les images de l’espace. C’est sûrement une belle prouesse technologique et esthétique. Les personnages en apesanteur, les images de la terre, sont étonnantes. Si les images de notre planète sont belles, de nuit, de jour, il est vraiment dommage de ne pouvoir reconnaître les formes des pays, des villes.. Je ne pouvais m’empêcher de chercher un contour familier… mais non, impossible d’en trouver avec assurance.

Heureusement que le film est rondement mené, et que les rebondissements s’enchaînent.

Il faut tout de même être extrêmement bon public, pour rentrer un tant soit peu dans l’histoire qui ne tient pas debout. Le scénario est littéralement en apesanteur, face au vide, mais aussi empreint de gravité, et donc, n’a ni queue ni tête.

Que dire des acteurs ? Là aussi quelle vacuité ….  Georges Clooney aime les « flat jokes ». Sandra Bullock, a un rôle à peine plus consistant, mais il dure un peu plus longtemps.

J’aurai navigué, été propulsée de station spatiale en station spatiale : Américaine, Russe et Chinoise…, j’aurais pris le chemin des écoliers pour regagner notre planète, tomber dans l’eau, en sortir pour enfin marcher sur la terre ferme. N’est-ce pas un peu léger pour de la gravité en apesanteur ?

Le film n’a aucune profondeur, si ce n’est de rendre celle de l’espace, grâce aux lunettes 3D. Alfonso Cuarón retranscrit parfaitement l’époque à laquelle nous vivons, une civilisation où l’image est reine, un monde où la superficialité règne. Mais où sont la matière et la pensée ?

Pour combler ce vide, je vais de ce pas, regarder à nouveau, 2001 l’Odyssée de l’espace.

2001-l'odyssée de l'espace - S.Kubrick

2001-l’odyssée de l’espace – S.Kubrick

Mandarins – I

Alors que je sors de la piscine du Mandarin Hôtel, à deux pas de chez moi, le soleil fait irruption dans mon territoire. Le préposé aux serviettes s’approche et déplie un large drap de bain tiède, pour accueillir mon corps ruisselant. Je le remercie en le priant de bien vouloir m’apporter un thé vert, du jardin Hosen. Le service était aussi parfait qu’au Mandarin de Hong-Kong. Allongée sur le transat, je lis quelques passages des notes de chevet de Sei Shônagon. L’employé dépose délicatement une théière en verre près de moi, et verse dans un minuscule bol, exactement comme en extrême orient, le précieux liquide. Puis il me tend, en la tenant avec ses deux mains, une enveloppe. « De la part de Mr Wei » ajoute-t-il. J’écarquille mes yeux, mais déjà il avait disparu. Qui est ce monsieur Wei ? J’ouvre l’enveloppe en faisant attention à ne pas abîmer le sceau en cire brune.


Je découvre un message sybilin :

Te souviens tu de notre rencontre au 88 ? Rendez-vous chez You-Feng, rue Monsieur-le-Prince, samedi à 17h. Je sais que tu viendras. Wong Wei.

Avec si peu de matière, tant d’ellipses, mais une précision aussi forte que celle du 88 Xiantiandi, où j’avais séjourné à Shanghaï, peu après son ouverture, l’hameçon était parfait. Bien sûr, j’irai Samedi à 17h, rejoindre cet inconnu qui me connaissait.

*****

Samedi 10 heures, Claudine m’appelle pour courir aux Tuileries. Oui, pourquoi pas ; tu ne préfères pas voir l’exposition Berenice Abbott au Musée du Jeu de Paume ?

Léa, j’ai cinq kilos à perdre. Mon mari rentre la semaine prochaine. On ira manger japonais après, si tu veux.

Je venais de sortir de la douche en voyant mes fesses énormes. Etait-ce moi qui les déformais ? Aucun homme n’est là pour me dire si elles sont jolies ou pas. J’opte donc pour des rondeurs anormales. J’avais aperçu mercredi matin, à l’aube, la pleine lune, si ronde, si belle, si pâle. Finalement, des fesses parfaites, rondes, sans cellulite, cela doit être splendide. Je n’ai pas cinq mais dix kilos à perdre. Si je suis seule, c’est bien parce que je suis ronde. Objectif : quarante kilogrammes pour un mètre soixante huit. Cela semble raisonnable et atteignable. Mais Claudine a bien vingt kilogrammes à perdre. Elle est boulotte. C’est son problème, pas le mien.

*****

Quoi de plus stupide que de faire le tour des jardins des Tuileries en courant ? Enfin, l’endroit est beau, désert en ce samedi matin. Et Claudine m’offre une certaine émulation, même une émulation certaine. Les tilleuls et les parterres sont tristes. Les statues de Maillol, feraient bien de courir avec nous. Sans parler, mais en soufflant sans s’essouffler, Claudine et moi avons tenu la distance, la durée.

*****

A 13h, je suis devant YAKI, rue Sainte Anne, et j’attends Claudine. Je commençais à m’impatienter : j’avais faim et voyais le restaurant se remplir à vue d’oeil. Alors que je songeais à mon rendez-vous énigmatique de cette après midi, j’entends la voix argentine de Claudine : Alors Léa, je sais, je suis en retard, allez, je vais t’inviter.

A peine sommes nous rentrées dans la salle, que je sens Claudine tirer fortement mon bras. Je me retourne et la vois littéralement dans un état de panique : Les japonais me dit-elle !

C’est normal Claudine, c’est un des meilleurs restaurants japonais de Paris, !!!!!

Claudine, complètement déconcertée, au bord de l’évanouissement, se rapetissant derrière ma personne, me tire davantage vers la sortie. A l’extérieur, elle m’exhorte de la suivre rue Thérèse, en courant. Léa, Léa, c’étaient les amis japonais de mon mari !!!

Claudine, es-tu sûre ? C’est difficile de reconnaître des japonais, ils se ressemblent tous ! Et puis, quel est le problème ? Bon, cela fait un an jour pour jour que cette catastrophe de Fukushima est arrivée, mais, il ont tout le même le droit de manger et de voyager !

Claudine redouble de larmes, et est dans l’incapacité de s’exprimer correctement tant sa voix chevrote. Je la vois malheureuse. Nous marchons doucement vers la rue de l’Echelle. Une fois allongée sur son canapé, j’entends alors Claudine m’expliquer

– Mon mari était censé être avec ce groupe d’amis, à Tokyo. Et je les trouve là, à Paris, sans mon mari. Je suis sûre que Philippe me trompe, je vais demander le divorce. D’ailleurs, je vais appeler tout de suite, Jean-Paulin, mon cousin ; il est avocat.

Alors que je suis littéralement affamée, que je sens mon ventre émettre des borborythmes, je tente de calmer Claudine, de lui éviter les pires bêtises. Je saisis la main de Claudine qui compose le numéro du fameux Jean-Paulin. Pauvre type, cela doit être difficile de porter ce prénom ! Allez Claudine, écoute moi deux minutes, raisonne toi.

J’avais haussé le ton, et cela avait fait son effet. Enfin, Claudine m’écoute, malgré les larmes qui continuent à rouler sur son visage.

Ton mari travaille dans un domaine sensible, les minerais ! Il négocie peut-être un contrat secret, Il ne te dit peut-être pas tout car il n’en est pas autorisé ? Même s’il est en Nouvelle-Calédonie, vous formez un couple solide. Je ne connais pas Philippe, mais d’après ce que tu m’as raconté, il semble sérieux, très sérieux. Pas du genre volage ? Et puis, vous êtes heureux ensemble. Tout vous réussit ! Regarde, ton fils, ton splendide appartement, ton mari qui a réussi. Regarde-toi, Claudine, tu es jolie, ravissante, intelligente, douce, attentionnée. Ton mari a de la chance de t’avoir, et réciproquement. Regarde-moi, tu vois bien qu’il n’y a pas photo ! Tu n’es que douceur, générosité, féminité ; moi, jamais aucun homme n’a voulu rester à mes côtés. Alors, tu ne vas pas briser tout ce que tu as construit, toute ta vie, car on a vu des japonais, dans un restaurant japonais ?

Les heures défilent, et même si mes paroles calment Claudine, je vois bien qu’elle n’est pas rassurée. Un couple, cela s’use doucement mais sûrement. Philippe vit à l’autre bout de la terre, bosse comme un malade. Claudine, s’ennuie à Paris. Je vois les couples se déliter autour de moi, mais, cependant, ils restent soudés, pour de multiples raisons. Quoi de mieux qu’un solide point d’ancrage même si ce n’est pas le paradis ? A quoi bon anéantir tout ce qu’on a mis tant de temps à bâtir ?

Claudine ferait bien d’aller en Nouvelle Calédonie, passer une ou deux semaines. Philippe lui manque et elle se fait son cinéma, un mauvais film.

– Claudine, viens à la maison ce soir. Je dois partir, il est 16h30. J’ai un rendez vous vraiment étrange, je te raconterai tout cela ce soir. Et débranche ce téléphone !

*****

Je suis partie rassurée pour Claudine, moins pour moi !

Et moi, est-ce que je fais bien de me rendre à ce rendez-vous à la librairie You-Feng, rue Monsieur Le Prince ? Je n’en sais rien…

 Je saute dans le bus 21 qui va me mener en haut du boulevard Saint Michel.

Qui est Wong Wei ? Jamais je n’avais étreint d’asiatique. Pourquoi, pour quoi me convoquer à un rendez-vous secret ?

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