Georges Braque : la liberté d’être inactuel – Grand Palais

Pour moi, Georges Braque possède l’immense liberté d’être inactuel.

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 La rétrospective Braque qui se tient au Grand palais jusqu’au 6 janvier 2014, a lieu 50 ans après sa mort du peintre et 40 ans après la  dernière exposition majeure à l’Orangerie des Tuileries.

Devant tant de rareté, l’exposition au Grand palais est incontournable. Et le succès qu’elle rencontre fait qu’il est bien difficile d’admirer dans la quiétude les plus de deux cents oeuvres.

A force de faire rentrer au forceps de si nombreux tableaux et dessins dans un espace aussi exigu, le visiteur ne peut voir grand chose. Pourquoi tant de tableaux ? Par repentance d’avoir laissé dans l’ombre le peintre durant sa vie ? Pour répondre à la pression des collectionneurs privés pour qui une oeuvre exposée prendrait de la valeur ?

Il résulte de cette abondance, un inconfort immense pour le visiteur. Il est impossible de prendre du recul dans les minuscules salles du grand palais et impossible de prendre son temps, tant le visiteur est emporté par le flot des passants. Le nombre des tableaux et la pression de la file vous poussent,  et font que l’indigestion arrive vite. Il ne reste qu’à s’y prendre à plusieurs fois pour apprécier l’exposition.

Cette rétrospective a néanmoins l’immense mérite de nous montrer la multiplicité et richesse de la peinture de l’artiste. Elle fait exister l’immense peintre sans ceux qui lui ont volé la vedette durant sa vie : Cézanne, Picasso, Matisse.

Braque est un peintre qui reste dans l’ombre, mais est aussi un peintre de l’ombre : une certaine tristesse marque son oeuvre. Est-ce du aux couleurs sombres aimées par l’artiste ? Ses tableaux dénotent rigueur, ténacité, austérité, discrétion. Le caractère inactuel de son oeuvre est à mes yeux le plus beau des compliments et me prouve la solidité et la force de sa peinture.

Il faudra plusieurs visites, beaucoup de visites, être patient, tenace, comme pouvait l’être Georges Braque, pour découvrir la profondeur de l’oeuvre de l’artiste.

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Les 4 tableaux que j’élis :

– Nature morte au violon : 1911

nature morte au violon-1911-Georges Braque

Une grande huile sur toile, cubiste, aux gris dominants. En la regardant, j’ai eu l’impression de tourner autour de ce violon. Des touches de couleur gris blanc, disposées comme le font les pointillistes illuminent la toile, lui donnent un caractère singulier.

– Un des papier collés : La clarinette – Tenora ; 1913

george braque- clarinette-tenora

Tous les papiers collés dégagent de la simplicité. Ils ont été réalisés avec peu de moyens, une économie qui justement apporte du « plus ». Ces papiers collés sont aériens. La quasi absence de couleurs (si ce n’est celles apportées par le carton, le papier gauloise, le papier journal …).

– Le billard : 1947 – 1949

Braque-Le billard ; Musée de Caracas

Ce tableau imposant relève de l’explosion. La déconstruction, les contours anguleux, les lignes brisées du billard appellent les mouvements des trois billes qui roulent s’entrechoquent, rebondissent sur les bandes. Ils suggèrent la vitesse, la surprise qui vont effrayer les oiseaux. Ceux ci s’envolent épouvantés, et semblent surgir de la fracture du billard, de la cassure, du bord brisé où s’est fracassée la bille. Georges Braque déploie toute sa virtuosité, réussit à capturer le temps, cet instant fugace de la collision !

– L’atelier 1949, pour illustrer l’admiration que vouait Nicolas de Staël à Georges Braque.

La série des Ateliers de Braque, a obligatoirement inspiré Nicolas de Staël. Une solide amitié liait les deux peintres.