Lieux d’écriture : Le café des éditeurs

Un ciel bleu comme on voudrait en voir plus souvent, me tire de mon sommeil, me donne de l’entrain, une certaine bonne humeur.

Je prends la rue Saint Sulpice et vagabonde. La terrasse vide, ordonnée, ensoleillée, du Café des Editeurs capte mon attention. Le carrefour de l’odéon est calme à 7h. Je jette un oeil à l’intérieur et les murs couverts de livres me donnent envie de faire une halte. Ce café pourrait être un lieu d’écriture, de paix et d’harmonie.

Le service est rapide, soigné. Le double expresso serré vient avec un verre d’eau. Les volutes aromatiques caresse mes narines. Vraiment bien ce café …

Le soleil apparaît au dessus des toits du Relais Saint Germain, juste en face. Les rayons réchauffent mon visage. L’addition est déjà sur la table : 5€60 … cher, mais bon… Je dépose 7 €. Je laisserai 40 centimes d’€ de pourboire. C’est alors que le grain de sable entre en scène.

Je ferme les yeux derrière mes grandes lunettes de soleil en écaille. J’entends la serveuse prendre mes sous et me dire : « je vous ramène de suite la monnaie ».

Des américains s’installent non loin de moi. Elle les aide à choisir les formules de petit déjeuner.

Un bus passe devant moi. J’ouvre les yeux et découvrent 1€ et deux pièces de 10 cents. Bizarre …. je suis persuadée qu’il manque 20 cents. Je ne dis rien, attends un peu. Le papier de l’addition a été pris.

La serveuse arrive avec des croissants pour mes voisins américains. Je la hèle gentiment : il manque 20 cents d’€. Oui, le double est à 5.60€.

Elle me regarde fixement, ne perd pas son aplomb, et m’invective : le café est à 5,80€. Elle a un regard de menteuse, de petite menteuse, prête à voler 20 centimes d’€ au client de passage, qui ne fait pas attention.

Je rentre dans son jeu. Ah, alors je suis vraiment confuse, j’étais persuadée que le double était à 5,60€. Je laisse les deux pièces de 10 centimes sur la table, mets celle d’un euro dans mon porte monnaie et ferme les yeux.

Le patron vient me donner discrètement 20 centimes d’€. La fille passe fièrement devant moi avec jus frais et cafés. Malhonnête, elle ne s’excuse pas, prend soin d’éviter mon regard. Elle fait comme si j’étais partie, comme si je n’étais jamais venue, comme si je n’existais pas.

Les 40 centimes d’euros sont sur la table. Je me lève et quitte pour toujours le Café des Editeurs.

Le Café des Editeurs est mis sur ma liste noire …. Aux clients de ce café : vérifiez bien votre monnaie !