Désorientée ?

La journée avait pourtant bien commencé. J’avais marché à travers Paris tout l’après-midi. Lasse, je m’arrêtais. Je n’ai pas osé m’installer en terrasse de peur d’être refoulée, puisque j’étais seule. Je prenais donc le soleil, debout, sur cette place, en buvant une San Pellegrino achetée à l’épicerie. Un orchestre se mit à jouer et attirait les badauds comme le nord capte l’aiguille de la boussole. Je me tenais, contre la barricade. La lumière de fin d’après midi donnait à la pierre une couleur chaude, dorée. Même moi, qui n’ai pas l’oreille musicale, qui ne sais apprécier ces morceaux de musique touristiques, avais mal, tant les fausses notes et l’arythmie massacraient mes tympans, plus qu’une otite.

Les amoureux se retrouvaient, les couples se tenaient la main, les amis étaient ensemble. Un étudiant des Beaux arts croquait la scène, un peu à l’écart. En plein milieu de la foule, ma solitude était exacerbée. Je sentis couler des larmes de fatigue.

Je me dirige vers la librairie à proximité. Je tombe sur un livre du dernier écrivain. En ouvrant une page au hasard, mes sourcils se froncent, mes mâchoires se contractent. La page que je lis, à travers ce style élégant,  me rappelle qu’à quarante ans, une femme n’est plus une femme. Alors à quarante neuf, je suis une vermine, un détritus, abjecte, provoquant dégoût et répulsion. Mes larmes roulent sur mes joues. J’ai envie de crier, mais je me retranche dans le silence exquis de mes mots. Mes nerfs se tendent. je suis au bord du précipice. je m’enfuis, terminant le trajet jusqu’à chez moi à pied.

Les feuilles mortes des platanes entassées sur le rebord du boulevard sentaient l’arrivée de la rentrée, étaient un présage à l’automne et aux promenades en forêt.

Je monte les six étages à pied, sans essoufflement. Je saisis le marteau sur la porte. J’aurais voulu le tenir comme une arme et me faire du mal, m’anéantir. Par instinct de survie, j’ai cogné doucement celui ci contre la porte. Il ne sert à rien de me faire davantage mal, et puis, je n’existe pas, suis inconsistante. Les « MetM’s » étaient rentrés dans l’après midi de Bretagne. Bronzés, reposés, Michèle rangeait valises et lançait les machines alors que Michel s’occupait des fruits de mer.

Nous étions conviés Nicolas, moi et les enfants à dîner, comme chaque dimanche. Le rituel reprenait. Une nouvelle année scolaire entamait sa révolution.

Blottie dans les bras de Nicolas, ses mains parcouraient mos dos pour me consoler. Je regardais les yeux déconcertés de Nicolas, légèrement rapetissés, derrière ses lunettes de myope. Il ne comprenait pas ma souffrance, ne pouvait imaginer mon désespoir. Pourquoi manquais-je d’amour à ce point ? Je n’avais jamais été aimée, j’étais mal aimée. Comment se faisait-il alors que je ressente l’absence d’amour, puisque personne ne m’a aimée. L’amour est-il un sentiment humain, vivant ou était-il naturel, spontané, animal ? Est-il possible de ressentir son manque alors qu’on n’a jamais été aimé ? Est-ce que cela suffit de voir des gens s’aimer, pour avoir envie d’aimer, d’être aimée, par simple mimétisme ? Je vivais au bord du précipice, sans ressentir quoi que ce soit, si ce n’est le vide, le néant, l’absence. J’étais déboussolée.

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