Montagnes libanaises : Laqlouq

Alors que j’avais rêvé marcher dans la vallée de la Qadisha, en allant de monastère en ermitage, je décidai, comme l’avion du 15 août, de changer d’itinéraire, à la dernière minute. Non, je n’irais pas à Damas, mais je demandais à Joseph, mon chauffeur que j’avais retrouvé à l’aéroport de Beyrouth en ce 16 août, d’abandonner la route vers le nord, et de bifurquer, alors que nous venions d’atteindre Jbeil, vers la montagne pour rejoindre Laqlouq, une petite station de ski à 2000 mètres, dotée de neuf pistes.

La route serpentine faisait défiler un paysage vert -forêts et vergers-, puis en abordant l’autre versant, des falaises de pierres offrant un panorama lunaire.

En arrivant à Laqlouq, Joseph prit la direction du Shrangri-La, hôtel désuet, bâti à la fin des années cinquante. Non, je ne voulais pas rester au Shrangri-La, mais trouver le lieu de mon retirement dans ce monastère improbable, découvert en ouvrant un livre au hasard, à la librairie La Procure.  C’était là où je souhaitais me rendre.

Il fallut plus de deux heures pour le trouver : Joseph a fait preuve de la meilleure détermination. Les rares villageois au bord des routes jonchées de chardons bleus, de lavande, et de tournesol, nous avaient orientés vers une mosquée, puis une roue en impasse. Désormais, nous pouvions voir le monastère : il ne restait plus qu’à trouver le chemin pour y accéder.

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Je suis entrée dans la bâtisse vide. J’entendais néanmoins des voix masculines prier en arabe.

Je restais un petit quart d’heure à attendre dans la pièce d’accueil où le poêle à charbon me surprenait.

Pierre est arrivé, m’a conviée à la messe. Après l’office, j’ai pu m’entretenir avec le père supérieur. Ce fut une audience privée, comme une audience papale. Le monastère hébergeait trois moines et Jacqueline.

J’ai pu libérer Joseph qui viendrait me chercher dans cinq petits jours.

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Ma retraite dans ce minuscule monastère allait donc débuter. Cinq jours de silence, de dépouillement, de simplicité devant un paysage lunaire. Je pourrai divaguer, ne penser à rien, dans la solitude de cette cellule meublée du minimum : Un lit, une icône, une chaise, une table. La large fenêtre s’ouvrant vers le nord, offrait  beaucoup de clarté à la pièce et aussi le plus beau des panoramas : l’aridité de la montagne libanaise, près de Laqlouq.

L’odeur de l’encens me rappelait celle du couvent de Lesna ou celle de l’église de la rue Daru. L’accueil du père supérieur, des deux moines et de Jacqueline fut sans égal.

La sérénité du lieu et sa simplicité lui confèrent un aspect magique, unique. La nuit tomba doucement, donnant au ciel une couleur bleu lait. Après un dîner frugal et une séance de prière, je regagnais ma chambre, qui ne portait pas de numéro. J’ouvris doucement la fenêtre et me suis extasiée devant la nuit devenue profonde, sans le moindre rayon lunaire. Les étoiles brillaient d’autant mieux. Une pluie d’étoiles filantes m’offrirent un balai céleste.

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