Part d’enfance

Dans la chambre de mes lundis, je reste silencieuse. MA, face à moi le demeure aussi. Je n’entends que le bruit improbable d’une pellicule d’un film. Crépitements. Mes yeux cherchent en vain la bobine, le projecteur.

Où sont d’ailleurs les images ?

Je suis morte et dors contre mon père. Je me réveille, me dirige vers ma chambre, que je trouve entièrement refaite. Le parquet, ainsi que les murs ont été recouverts d’une épaisse moquette pour étouffer mes cris, mes hurlements.

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Paris. Le paysage de la mégapole s’offre à l’assemblée. Le panorama s’étire au maximum depuis ce 35ème étage. Le ciel bleu semble détenir une belle perspective. L’horizon est repoussé au plus loin.

Mes yeux courent dans le ciel de Paris à la recherche de l’église Saint Sulpice et de ses clochers jumeaux. Un immense écran diffuse une multitude d’images, en silence. Les bulles de champagne montent dans les flûtes en pétillant. Légèreté, convivialité règnent dans cet espace privilégié. L’oeuvre d’art en hommage à Hantaï, est révélée au public, comme à un vernissage.

 Simon Hantaï – Huile – 1967/68

Les exercices d’admiration se succèdent et s’enchaînent comme les vers d’une tragédie grecque. Le livre d’or a fait le tour du monde. Il est déjà bien rempli. J’y dépose quelques lignes d’encre bleue et un papillon japonais.

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Je retrouve C. qui me nargue avec son nouveau parfum. Il a abandonné sa senteur pour une autre eau. Mes narines tentent de saisir la fragrance, sans succès.

Je n’arrive pas à écrire, à trouver une table pour y poser mon carnet. Aucune surface n’est suffisamment stable. Les pages blanches rétives, s’affaissent dès que mon stylo se pose sur le papier. S’enfuient-elles à l’approche de mon encre ? Je fais donc face à une impossibilité d’écrire durant ces songes. J’expulse l’encre depuis mes yeux. Mes larmes forment un torrent.

Je marche dans la campagne. Je trace un passage dans l’herbe haute. Arrêt. Je décide de faire un retour arrière dans le seul but de me convaincre que je peux non refaire ma vie, mais la modifier, la changer, créer un changement ou une variation.

Je me vois donc parcourir à nouveau mon chemin. Vais je réussir à dessiner un autre chemin, tourner à gauche, et ne pas continuer tout droit, comme je l’avais fait initialement ?

L’instant est intense, aiguisé comme le désir. Je regroupe l’intégralité de mes forces et me concentre sur cet objectif. Je vais contre vents et marées, contre des forces opposées. En luttant, je parviens à pencher mon corps sur la gauche. Oui, j’ai résolument pris la tangente, et bifurque vers un nouveau monde. Affaiblie après tant d’efforts déployés, je tombe dans un sommeil profond.

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