Oeufs de Pâques

Qui avait jeté sur la table, près de la porte d’entrée, deux livres de Michel Onfray : la sculpture de soi et la puissance d’exister ? Ils étaient abandonnés, sans un mot.

A défaut de chocolat, ces deux livres représentaient les oeufs de Pâques, venus de nulle part, et non tombés du ciel. Je les ai adoptés. Quelle idée d’être sortie marcher dans les jardins du Palais Royal ? J’y ai trouvé un calme olympien après le brouhaha de la foule parisienne dans les rues jouxtant le jardin. Les feuilles vert tendre des tilleuls coloraient l’espace. Le pollen en suspension a irrité mes yeux, mon système respiratoire, à un point tel, que j’ai failli étouffer. Un cafetier compatissant m’a offert de l’eau. Je suis rentrée chez moi, à la hâte.

Je tournais en rond, comme un poisson dans un bocal, n’osant plus sortir de chez moi, à cause du pollen, de ces allergies, qui cette année, en particulier, n’ont jamais été aussi prégnantes.

Je n’ai pas touché un seul instant aux deux livres abandonnés. Je les regardais de loin. ils représentaient à mes yeux une provocation. C’est que je suis persuadée de mon inexistence, de mon inconsistance. Alors que dire de la puissance d’exister ? Cela me dépassait puisque j’en suis au point où j’inspire un minimum d’air et tente d’expulser toute ma douleur.

Quant à la sculpture de moi, je n’arrive pas à me la représenter si ce n’est par deux formes antithétiques : un monstre de graisse ou un fil inconsistant. Où est la vérité ? Personne n’est là pour me le dire. Je ne vois plus les autres. Personne ne me parle. En plein délire, mes yeux déforment mon corps dans le miroir, les vitres. Je ne peux plus les regarder, je ne veux plus les regarder. J’ai décidé d’abolir les miroirs, de les éviter.

Le désir d’écrire se fait rare, est quasiment absent, signe sans doute du vide au dessus duquel je me situe, de mon inconsistance.

Il aura fallu cette insomnie, pour que je pose ces quelques mots qui courent sur le papier.

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