Ecrits et cris

Terrassée par une varicelle, je n’ai plus la force d’écrire. Mes mots ne tracent plus mes maux avec de l’encre. Je suis en quarantaine, condamnée à la solitude, tant je peux faire du mal à autrui.

Le rêve – le cauchemar-, la fièvre, les délires envahissent mes nuits, d’images récurrentes.

Je crie ma douleur, mon désespoir à une personne qui est atteinte d’un mal incurable. Elle est en train de devenir sourde. Cette surdité est irréversible. Je n’arrive pas à me faire entendre, me faire comprendre. Malgré cela, je m’épuise à crier.

Est-ce un homme, est-ce une femme ? Je ne le sais. Cet anonymat révèle mon incapacité  à me faire entendre de tous, depuis toujours.

C’est un peu cela l’absurde de ma vie ?

Les cris remplaceraient-ils l’écrit ? Les maux redeviennent prégnants à cause de l’absence de mots ?

*****

Je suis dans une salle d’attente. Assise sur un canapé, au plus près de la fenêtre. Le soleil envahit mon monde. Sur le mur en face de moi, un immense écran plasma diffuse des images que j’ai du mal à discerner à cause de la lumière. La pièce est complètement silencieuse.

Me vient à l’esprit le film « Trois couleurs, Bleu ». Emmanuelle Riva y joue le rôle d’une mère atteinte de la maladie d’Alzheimer. Elle vit dans une chambre d’une maison  spécialisée, avec pour seul compagnon, un poste de télévision muet. Les images déroulent. Elle les regarde ou les voit avec son regard absent.

Cette image capturée, illustre ma vie et le vide qu’elle trace à travers la matière, ou le long du fil téléphonique qui me relie à cet interlocuteur, pour rejoindre l’abîme.

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