Librairies parisiennes : Galignani

Je sortais bredouille de la Librairie Delamain. Il était temps d’aller visiter le SPA du Saint James Albany. Après avoir repéré les lieux, qui me promettaient un dimanche sportif, j’ai flâné, rue de Rivoli. Je regardais le ciel s’obscurcir, la nuit marcher lentement.

Je ne mis pas longtemps à atteindre la librairie Galignani, première librairie anglaise à s’installer sur le continent. Ma mère me vantait la richesse de ce lieu : livres classiques en anglais, en français, « beaux livres ». Elle s’y rendait presqu’aussi souvent que chez WH Smith, lorsqu’elle travaillait à l’ambassade américaine.

*****

J’ai trouvé immédiatement le livre que je cherchais sur le premier rayon des livres récemment publiés : Kamal Jann de Dominique Eddé.

J’hésitais à l’acheter et me suis rendue au fond du magasin m’asseoir dans un fauteuil club pour le parcourir. Le parquet craquait sous mes chaussures. Confortablement installée, j’ai tourné la couverture et ai commencé un étrange voyage.

Je me suis sentie mal à l’aise en abordant les premières scènes de torture. J’avais ressentie cette même impression, à l’été 2010, en arrivant à l’aéroport de Damas. Plus tard, à Alep,  je voyais bien la crainte de la population quand la police approchait. Les cafés internet étaient sous la coupe du régime : rentrer en contact avec l’extérieur était vraiment difficile. J’étais passée à Homs. A Hama, j’avais eu une pensée pour les massacrés de 1982. Mais j’avoue que je n’imaginais pas les tortures relatées par D.Eddé, ou bien celles décrites dans les journaux actuellement. Des milliers d’hommes, femmes, enfants sont tués et personne ne bouge. Quelques voix montent, mais rien de concret n’est fait pour se débarrasser de cette dictature.

En 2010, lors de mon voyage en Syrie, j’étais dans ma bulle, dans ma tour d’ivoire. J’avais alors réussi à faire abstraction de la dictature. J’inventais mon voyage, je rêvais.

Qu’était devenu mon chauffeur Abdou et tous ces gens accueillants que j’avais croisés ?

*****

Damas, Paris, New York, Beyrouth : un quartet qui me comblait. Quatre villes que j’avais reliées pour dessiner un chemin improbable, qui relevait de l’esthétique, de la poésie.

J’ai noté des coïncidences qui me touchaient dans ce livre. C’était, comme si D.Eddé avait lu mes pages de voyages. Je retrouvais à travers les lignes du livre, l’odeur des souks de Damas, le krak des chevaliers. Je revoyais, Beyrouth, les abords de la grande roue, non loin de la falaise de Raouché. J’arpentais les rues d’Achrafieh, les alentours du musée de Beyrouth…

A New York, Kamal habite Spring Street, comme moi. A Paris, Wafa demeure quai Voltaire, non loin de ma rue des Saint Pères.

*****

J’étais plongée dans ce livre, lorsque l’employé est venu me faire signe. La librairie fermait. Je reposais le livre de Dominique Eddé. Sur la table en face, je remarquais un livre rouge chine : « Proust et les Signes » de Gilles Deleuze. Voilà le livre qu’il me fallait.

Sur le chemin du retour, les images de mon loft à Soho défilaient dans ma tête, j’imaginais Kamal Jann, avec ses yeux envoûtants, y évoluer. Je rêvais et avais dépassé le Crillon, lorsque le téléphone me réveilla.  Nos voisins de palier, Michel et Michèle, les « M et Ms », comme les appelent les enfants, nous conviaient à partager des fruits de mer, tout juste ramenés de Bretagne : Homard, Coquilles Saint Jacques et bouquets de crevettes. La bonne humeur, simplicité et gentillesse ont régné toute la soirée du côté de chez Swann.

Textes protégés par Copyright : 2010-2012 © Swimming in the Space