Sophie Hong’s silk clothes

Qu’est ce qui m’aura arrêtée et fait entrer cette fois-ci dans la petite boutique de Sophie Hong, alors que je traversais le jardin du Palais Royal ?

Galerie Montpensier 

Je passe pourtant devant, depuis longtemps. Je pense que c’est la « différence », le style personnel, discret et à la fois affirmé de Sophie Hong qui m’a convaincue, de pousser la porte et d’entamer un voyage merveilleux qui m’a transportée dans un « ailleurs ».

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Sophie Hong, taïwanaise, dessine, fabrique des vêtements en soie. Mais il s’agit d’un travail d’orfèvre en couture, de haute couture, tant les matériaux, la soie, y sont hors du commun, splendides, travaillés. La matière – la soie – est teintée selon les processus traditionnels anciens des chinois. Ainsi, a-t-elle presqu’un aspect de papier froissé, tout en gardant une fluidité impressionnante. Les motifs des tissus sont simples et à la fois sophistiqués.

Les vêtements des collections de Sophie Hong, ont des formes épurées, géométriques, simples, parfaites, uniques, qui se déclinent selon une palette riche, étonnante de gris, bleus, verts, rouges, roses et mauves.

Chaque vêtement semble être une pièce unique. Le souci de la perfection, du détail qui sait se faire oublier, confère à ses collections une intemporalité. Son travail se situe dans un espace temps « autre » que notre quotidien, autre que l’ordinaire.

Je pensais, en regardant les vestes, tuniques, à des idéogrammes, au souffle unique et régulier utilisé en calligraphie, pour chercher l’équilibre des signes sur la surface de papier, aux traits de vie que m’inspire l’art de la calligraphie japonaise. Je pensais à la méticulosité, à la patience mais aussi à l’inventivité déployée pour utiliser l’espace. Je me sentais aérienne.

Le papier que j’achète au Japon pour reproduire les Haikus, ou Tenkas, provient souvent de Taïwan ! C’est vrai qu’il a un aspect soyeux, tout comme la soie de Sophie Hong a l’aspect unique de papier.

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J’ai adoré l’atmosphère qui règne dans la boutique minuscule de Sophie HONG nichée dans la Galerie Montpensier, au coeur du Palais-Royal.

En poussant la porte de cet écrin, j’ai entamé un voyage merveilleux, dans le temps et dans l’espace !

Dans le temps, et hors du temps, car cette boutique est un bijou, avec son sol de carreaux noirs et blancs d’origine, son meuble en bois poli, et ses miroirs aux bords arrondis. Le calme, l’accueil chaleureux, l’élégance non ostentatoire, la discrétion qui s’en dégagent, renforcent cette intemporalité.

J’avais l’impression en essayant les vestes de Sophie HONG, de me transporter en extrême orient, aux confins de la Chine. Je voyais les mandarins déambuler dans leurs vêtements d’apparats.

Puis, je passais dans le Japon du XIème siècle, en voyant défiler quelques fragments colorés des « Notes de chevet » de SEI SHÔNAGON que j’aime tant :

Choses que l’on a grand hâte de voir, ou d’entendre :

Les tissus qu’on a teints après les avoir tordus, les étoffes de nuance inégale, toutes celles qui ont des tons divers, obtenus par exemple en liant certaines parties avant la teinture.

P201, Notes de chevet – Sei Shônagon – Gallimard – Connaissance de l’Orient.

 

Un matin, je vis une femme vraiment jolie, d’une beauté qui se passait d’artifices, … Elle portait un vêtement écarlate très foncé, à la surface délustrée, avec, par dessus, un manteau couleur de feuille morte, et un autre d’étoffe très légère.

P226, Notes de chevet – Sei Shônagon – Gallimard – Connaissance de l’Orient.

 

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En quittant la boutique de Sophie Hong, je suis rentrée chez moi à pied. Place de la Concorde, la nuit tombait. Le ciel était partiellement envahi de nuages sombres. Le panorama et la lumière exceptionnels m’ont fait prendre une photo.

En passant devant l’hôtel Crillon, à la façade enfin restaurée, j’ai vu passer un bagagiste qui prenait en charge la livraison d’un vélo de course, flambant neuf, protégé par des emballages en plastique et en carton, pour un riche client américain, qui supervisait l’opération. Je l’imaginais faire le tour de sa suite à bicyclette, à moins qu’il ne se risque à faire le tour de la Place de la Concorde !

Je me suis faufilée, rue Boissy d’Anglas, pour regagner mon domicile.

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