« Saut du loup » au saut du lit

Je me suis levée aux aurores et j’ai vu le jour se lever. Malgré ce ciel si bleu, sans un nuage, mon coeur est triste.

Le panorama qui s’offrait à moi ne suffisait pas à éclaircir mon humeur. J’ai pris la direction du Saut du Loup au saut du lit !

Sur le chemin, rue Royale, j’ai pu voir défiler un convoi exceptionnel de 2 CV Citroën : une journée idéale pour circuler dans Paris en 2CV. Elles étaient toutes splendides et déclinaient toute une palette de couleurs vieillottes ; gris écru, vert…. les couleurs originales des 2CV.

J’ai traversé la place de la Concorde, cette place révolutionnaire, où la guillotine était installée. La grande roue, qui permet de faire le tour de Paris, d’entamer une révolution, venait d’être installée et marquait la fin d’une autre révolution, celle de l’approche de la fin d’année 2011.

Je suis rentrée au jardin des Tuileries. La lumière d’automne était idéale et magnifiait la couleur des pierres des bâtiments, des immeubles de cette rue de Rivoli. Les feuilles des tilleuls étaient encore accrochées aux branches. Ils faisaient de la résistance.

J’aime ce jardin aux lignes pures, géométriques, symétriques. J’aime y contempler, embrasser l’espace qui va de la cour carrée du Louvre, à la place de la Concorde, en passant par la pyramide du Louvre et le petit arc de triomphe, qu’est le Carroussel du Louvre. J’aime me perdre dans les labyrinthes, proches des statues Air de Maillol.

J’ai aperçu Spiderman accroché à une fenêtre du Louvre, non loin du Saut du Loup. Est-il le gardien du temple, de ce site ?

Enfin j’étais arrivée au saut du Loup qui n’attendait que moi !

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Le saut du Loup est ce café restaurant qui donne sur les jardins du Louvre et des Tuileries. Il est accessible depuis le Musée des Arts décoratifs ou alors, depuis ce jardin, que j’avais pour moi seule ce matin, que je pouvais embrasser.

Au saut du Loup je me suis assise pour écrire. Et là, pour une fois, je n’ai pas à choisir ma table mais plutôt ma chaise. Au saut du Loup, toutes les chaises sont différentes. J’ai choisi celle de Jasper Morrison. Mais avec la douceur, j’ai changé de place pour poursuivre mes pages d’écriture dehors. Habituée de ce lieu, j’ai pu demander qu’on m’apporte un café à l’extérieur, alors que la terrasse était encore fermée.

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Ces conférences sur l’écriture me perturbent et clouent mon écriture. Ce carcan imposé m’immobilise, m’emprisonne. L’écriture est ma liberté. Je tente de me plier à l’exercice, apprends obligatoirement, beaucoup grâce aux autres.

J’ai malheureusement compris que jamais je ne publierai quoi que ce soit, tant les éditeurs n’attendent que des figures imposées, des textes sortis d’un moule. Et rentrer dans une prison me stoppe immédiatement et radicalement dans ce que j’écris. Je ressens alors les grains de sable qui arrêtent ma machine à écrire. Je deviens la femme des sables.

Tout se bloque. Et je n’ai alors qu’une seule envie, rejoindre les champs de ruines de Baalbek où la vue de ces blocs énormes, éparpillés sur le sol, avait participé au grand déblocage que j’avais vécu à l’été 2010.

Voyager me manque : je partirai bien quelques jours à Barcelone, Istambul, Le Caire, Beyrouth, Naples, ou Athènes ; idéalement une grande ville en bord de mer, avec la garantie de la douceur et d’un ciel bleu. Cette idée a jailli en découvrant la galerie LAME à paris Photo OFF, la semaine dernière. J’ai pu y voir des clichés splendides d’artistes qui se concentrent sur la Méditerranée, des zones urbaines, l’eau.

Pour faire bouger les choses, me désensabler, j’ai acheté une reproduction d’un mobile de Calder à la boutique du Musée des Arts décoratifs. Je me perds dans cette statue en apesanteur qui n’est jamais la même, puisqu’en perpétuel mouvement grâce à ce petit courant d’air qui règne chez moi.

Depuis mon canapé, je vois la courbe parfait de ma Lampe Jieldé ainsi que la silhouette  du mobile de Calder.  Par sa simplicité, sa gracilité et sa cinétique, j’ose espérer qu’il mettra peut-être en mouvement mes pensées et fluidifiera mon écriture.

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Dimanche 20 novembre : 17H30. Le soleil vient de plonger, de disparaître. Le ciel flamboie, et la tour Eiffel semble dessiner une lance d’incendie pour éteindre le ciel en feu !

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