Nuit blanche et marée montante

Silence. Je vis dans mon monde silencieux. Assise au Jardin des Tuileries, devant mon champ de lavande, à l’écart de la foule, je me rends compte que je suis entourée de personnes immergées dans le bruit et la musique.

Depuis ma chaise, j’arrive à entendre la musique émanant de ces petits lecteurs électroniques que possèdent mes voisins. Ils dorment au soleil, abrutis par le son violent s’échappant des écouteurs. Je ne supporte plus la musique, excepté peut-être les préludes de Bach. Tout bruit me dérange, à me rendre folle.

Et moi, par quoi suis-je abrutie ? Par ma nuit blanche où je n’ai cessé de ressasser mes angoisses, le vide de ma vie ?

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Le soleil doux de cet été indien caresse ma peau. Je ressens le parfum de ces pieds de lavande taillés il y a peu. Par ailleurs, l’odeur de l’héliotrope si prégnante me provoque des éternuements. J’apprécie la lumière de ce soleil, qui vient magnifier la pierre des immeubles et conférer à leur couleur, une touche unique, reconnaissable dans la multitude.

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Je repense à cette conférence sur l’écriture à laquelle j’ai assisté jeudi soir : L’animateur m’a stupéfaite en me livrant une clé simple, évidente à laquelle je n’avais jamais pensé : regarder, appréhender un livre dans son ensemble, dans sa globalité et voire même, sans doute au delà, exactement comme regarder un tableau, ou de la peinture.

Ce fut une révélation.

Je me rends compte à quel point j’éprouve de la difficulté à écrire, à quel point j’écris mal, dans un cadre contraint, un exercice imposé.

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J’ai été heureuse de lire le message de ma mère me narrant ses après-midi ensoleillés, dans son jardin ou au Mont Saint Michel.

Oui, il fait un temps splendide dans ce bocage normand où elle habite, près de la mer. Elle va à la pêche à la crevette : La récolte a été excellente : 600 grammes de cette crevette rose et généreuse !! Le mal de dos s’oublie plus facilement devant des joies simples et partagées.

Mais je sais que je n’aurais pas su les manger avec plaisir. Je n’arrive pas à vivre la simplicité.

Le lendemain, elle s’est rendue au Mont St michel pour voir  » le mascaret », cette marée exceptionnelle par sa force, et peu fréquente, donc d’autant plus belle.

Les marées dans la baie du mont Saint-Michel ont de quoi impressionner : d’une amplitude de près de treize mètres les jours de fort coefficient, la mer se retire à grande vitesse sur une dizaine de kilomètres, mais revient aussi vite. L’expression consacrée est « qu’elle revient à la vitesse d’un cheval au galop ». Aujourd’hui le Mont-Saint-Michel n’est entouré d’eau et ne redevient île qu’aux grandes marées d’équinoxe, cinquante-trois jours par an, pendant quelques heures. Mais c’est un spectacle impressionnant qui attire de nombreux touristes ces jours là. (extrait de wikipédia)

Le temps a été idéal et la luminosité extraordinaire pour ce mascaret ». Les jeux de lumière provoquaient des reflets changeants, avec la mer qui montait, cette marée montante, galopante. La mer a fini par entourer, littéralement embrasser le Mont Saint-Michel

La lumière rougeoyante du soleil couchant vers 21H, et le Mont Saint Michel complètement entouré d’eau offraient aux rares spectateurs, un paysage magique.

Je suis heureuse de la voir profiter de cette vie. Moi qui suis à demi-morte. Oui, ma filleule a entièrement raison : je suis plus vieille que ma mère. Je n’ai jamais su vivre, apprécier l’instant présent, et sa simplicité.

La mort et le néant ne me quittent plus, ils marchent à mes côtés, prêts à prendre ma main.

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