Giacometti : du Musée de Beyrouth à la Pinacothèque

Une exposition sur la sculpture de Giacometti (Giacometti et les étrusques) vient de s’ouvrir à la Pinacothèque de Paris. J’ai découvert cela, dans le métro. L’image de l’exposition aura réussi à me réveiller alors que je marchais littéralement endormie, au radar, tant je connais mon itinéraire par coeur.

Je me suis rappelée alors de mes articles sur Giacometti (notamment : Giacometti – Bacon : les visages) mais aussi de mes 9 heures passées à me perdre dans Beyrouth, durant cette retraite levantine.

*****

Durant ces 9 heures que j’avais à attendre, avant de rejoindre Antoine, au Sporting Club de Beyrouth, j’avais quitté l’Albergo, seule, accompagnée de mon mal de dents.

Sans plan, ni carte, j’avais décidé de suivre un homme, le premier sur qui je tomberais en sortant de l’hôtel.

Il me conduirait, sans le savoir, où il voudrait.

Je serais seule, sans l’être vraiment.

J’aurais ce positionnement d’être en retrait, tout en étant intrusive.

J’avais alors pensé que je détesterais et adorerais, paradoxalement, qu’un homme me suive ainsi dans la rue, sans dessein, sans but, juste par hasard, pour que je le mène dans les endroits que j’aime, ou qu’il emprunte à mon insu, un itinéraire familier, voire intime.

Je serais bien incapable de mentionner avec exactitude les noms des rues ou des quartiers où je suis allée.

Quoi qu’il en soit, le premier homme que j’ai suivi, m’a menée par chance, par accident, au musée de Beyrouth. J’ai décidé alors, sans un mot, de le quitter, d’abandonner sa route pour visiter le musée.

*****

Le musée de Beyrouth est minuscule, sans grand intérêt. J’ai néanmoins apprécié, les grandes salles, le calme qu’il offrait, et me promener à mon rythme de salle en salle.

Passer devant cette statue égyptienne, m’avait rapprochée en pensées, de Giacometti. Instinctivement, j’avais pensé à « l’homme qui marche ».

Juste derrière, une vitrine remplie de minuscules statuettes a attiré mon attention.

J’ai tout de suite aimé y contempler cette multitude de personnages longilignes, qui auraient idéalement, et littéralement, pu inspirer Giacometti, s’il les avait croisés.

J’étais heureuse de découvrir que ces statues avaient été trouvées à Byblos (Liban).

Cette ville avait été un souvenir agréable de mon séjour au Liban, en 2010.

Leur forme longiligne, leur aspect simple, squelettique, sans visage clairement dessiné m’ont arrêtée.

Je voyais dans mes pensées, des statues de Giacometti, …., toutes ses statues fines, minimales, primitives, mais chargées de sens, de douleur.

Oui, ces statues sont en suspension. Elles me semblent hors du temps, intemporelles, incarnant parfaitement l’éternité.

*****

Je suis sûre que Giacometti en a croisé des semblables, au Musée du Louvre, sûrement plus belles, plus rares, qu’elles soient étrusques, égyptiennes, phéniciennes…

Je ne sais si j’irai voir cette exposition focalisée sur Giacometti et les étrusques. Pourquoi vouloir limiter, étudier cette influence seule sur l’oeuvre de Giacometti ?

Pourquoi fermer les yeux sur d’autres inspirations primitives, voire des influences de l’art premier ?

*****

Quoi qu’il en soit, ces statuettes, ces figurines m’auront fait visiter une exposition de Giacometti, exactement comme les fresques de la Villa des Mystères à Pompéi, m’auront fait visiter une des plus belles expositions de Rothko.

J’ai d’ailleurs réalisé qu’une exposition sur l’art de vivre à Pompéi venait d’être inaugurée au musée Maillol.

Mes vacances libanaises auraient-elles été une préparation à ces expositions ?

Comme par magie, je veux penser, je veux rêver que mes vacances auront influencé la rentrée artistique de ces deux petits musées parisiens. Et que d’une certaine manière, j’aurai été en avance sur mon temps, grâce à mes voyages estivaux.

Textes protégés par Copyright : 2010-2011 © Swimming in the Space