Aves

Un somptueux couple de tourterelles avait essayé au printemps de faire un nid dans mon laurier rose, sur le balcon. Avec mes deux chats et leur instinct de chasseur, j’avais réussi à les en dissuader.

Depuis que j’ai réalisé qu’il a élu domicile, dans la jardinière d’une fenêtre de l’hôtel en face de chez moi, je suis pétrie d’inquiétude. Oui, car au moins un oisillon est venu au monde, et est en vie. J’imagine et vois les parents surveiller ce nid, aller chercher de la nourriture, protéger l’enfant de la pluie, de la brusquerie des femmes de ménage.

Devant la barbarie humaine, mon inquiétude de voir cet oisillon mourir, me rend malade. J’ai tiré les voilages, fermé les volets pour me protéger du malheur. Je ne peux regarder cette jardinière craignant de la voir vidée, vide, ou sans vie.

Tout cela me confirme que je ne vais pas bien du tout, puisque j’absorbe, comme une éponge, la moindre douleur des autres, y compris celle des animaux.

Je n’arrive pas à comprendre pourquoi le sort de ce nid, de ces deux tourterelles et de leur progéniture m’inquiète au point de ne plus pouvoir regarder par la fenêtre, et de tout obturer.

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Mercredi soir 14 septembre soir : Ce que je craignais est arrivé, le nid et l’oiseau ont disparu. La jardinière est vidée, sans vie.

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Je me suis surprise à découvrir, hier, lors d’une réunion, un tic particulier, chez S.V.. Il a ce mouvement aviaire, d’avancer légèrement son cou, et de le rétracter de manière subite, exactement comme l’ont les volailles.

Ce geste déporte un peu plus encore, sa petite tête toujours placée à l’avant de son cou.

Il a le crâne étroit et long, d’un poulet. Ses yeux sans expression, perdus, vitreux ont la forme de ceux de ce volatile.  Avec sa cervelle d’oiseau timoré, je le regarde prendre des notes, avec application.  Son écriture fine, hachée, semble plus formée par l’extrémité d’une plume que par celle du stylo bille qu’il tient entre ses doigts maigres, apeurés.

S.V. se révèle à moi comme un poulet, condamné à mort, à être pendu au dessus de l’étale d’un boucher ou volailler.

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Ce cauchemar est revenu. Je suis seule aux abords de la maison de la famille B. vide, depuis leur mort. Le village est déserté et je suis seule. J’erre dans l’anxiété, à la recherche de je ne sais quoi, du malheur, du temps perdu ?

Je nourris et prends soin des oiseaux dont le sort me préoccupe. Je les ai cachés chez les B., espérant les mettre en sécurité.

Un matin, j’ouvre cette porte, et découvre un peu plus loin dans cette remise au sol en terre battue, deux flamands roses avec leur progéniture. Je me demande, si je vais devoir faire le choix entre les tourterelles, oiseaux moins gracieux, à l’aspect banal, ou ces splendides flamands roses, hors du commun ?

Vais-je moi aussi devoir choisir et faire le mauvais choix, tuer un animal sans qualités ?

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Serais-je ce pigeon, pour qui on m’a toujours prise ?

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